Emmanuel Macron par Alain Duhamel - C à Vous - 15/01/2021
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 15 %Attaque 25 %Défensif 60 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:17ComplaisanteÉludée
Quelle est votre routine à 18h, Alain Duhamel ?
- 1:06OuverteRéponse directe
Partagez-vous les critiques sur la gestion de la vaccination ou les trouvez-vous injustifiées ?
- 1:59RelanceRéponse directe
La stratégie vaccinale est-elle déraisonnable ?
- 3:39OuverteRéponse directe
La gestion de la crise sanitaire par Macron est-elle hardie ?
- 4:48OuverteRéponse directe
Macron choisit-il toujours le risque, ce qui le rend hardi ?
- 5:40OuverteRéponse directe
Ce côté insolent et provocateur vous a-t-il séduit ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:33Invité politiqueFait
« Quand on cherche à faire peuple artificiellement, on trébuche et ensuite on est ridicule. »
- 18:20Invité politiqueFait
« Il descend, à mon avis, d'une tradition obscure qui est la tradition bonapartiste. »
- 27:03Invité politiqueFait
« À droite, aujourd'hui, c'est Xavier Bertrand qui est le mieux placé. »
Temps de parole
- Emmanuel Macron68 %
- Présentateur17 %
- Invité10 %
- Invité 23 %
- Invité 32 %
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Et vous m'avez demandé, il y a une vedette ce soir, c'est à vous, et on vous a dit, c'est vous, la vedette. J'ai ri. Oui, mais vous n'avez pas démenti. Alain Duhamel, on est ravis de vous accueillir ce soir à l'occasion de ce portrait passionnant que vous dressez d'Emmanuel Macron, Emmanuel Lehardi, un président expérimental, on y revient longuement. Juste une question, vous faites quoi à 18h en général, Alain Duhamel, le soir à 18h ?
C'est pas l'heure de votre whisky, c'est ça la question.
Ah, si c'est... Ecoutez, franchement, j'ai trouvé que c'est exactement le genre de travers qui se retourne toujours contre son auteur. Quand on cherche à faire peuple artificiellement, on trébuche et ensuite on est ridicule.
C'est exactement ce qui s'est passé. Ah bah oui. C'était l'une des polémiques de la journée d'hier, et c'est bien simple, c'est une polémique par jour. En ce moment, la difficulté de prendre rendez-vous pour les plus de 75 ans qui veulent se faire vacciner, le retard de la vaccination en France, le consentement en EHPAD, le couvre-feu qui pénalise les commerces, les enfants qui vont être forcés de faire de l'agiment extérieur en plein hiver. Vous partagez certaines de ces critiques ou elles vous paraissent injustifiées, artificielles ?
Elles me paraissent d'abord inévitables. On est dans une période difficile pour tout le monde et très difficile pour certaines catégories, en particulier les jeunes, pas seulement, et puis tous ceux qui ne peuvent pas travailler dans ces circonstances-là, et ceux qui ont des problèmes financiers qui sont quelquefois accrus de façon dramatique dans cette période. Donc tout le monde est nerveux, tout le monde est anxieux, donc beaucoup sont de mauvaise humeur. Bon, et puis les Français sont ce qu'ils sont. Moi, je n'ai jamais vu les Français en dehors de périodes vraiment très courtes. Il faut en général 24 heures quand on gagne la Coupe du Monde de football.
Et puis quand même peut-être la journée de la libération à Paris, enfin des choses comme ça. C'est des histoires de 24 heures. Et puis ensuite, on râle. Si on ne râlait pas, on ne serait pas Français, franchement.
Mais le débat autour de la vaccination, de la stratégie vaccinale du gouvernement, le retard pris à l'allumage, hier encore sur notre plateau, deux représentants de l'opposition s'insurgeaient contre le chaos de la stratégie vaccinale. Cette course à la vaccination, vaccinotons comme dit Patrick, c'est-à-dire la comparaison quotidienne par rapport au chiffre de nos voisins européens, ça, c'est déraisonnable ?
Non, alors il y a deux choses dans ce que vous dites. La première, c'est est-ce que le gouvernement a commis des erreurs ? Est-ce que par exemple, devant la première vague, on a lamentablement tâtonné ? Est-ce qu'il nous manquait beaucoup de choses ? Ben oui, il nous manquait beaucoup de choses. Et oui, le gouvernement s'est trompé. Oui, le gouvernement a trébuché. Oui, le gouvernement à un moment a menti, etc. C'est vrai. Bon, la deuxième vague, le gouvernement s'en est bien tiré. Et on est de ce fait dans une meilleure situation. Bon, maintenant, quand j'entends, comme vous le citiez, les dirigeants de l'opposition, et ça, c'est depuis la deuxième vague.
Alors d'ailleurs, c'est quand même un des paradoxes. Pendant la première vague, les chefs de file de l'opposition étaient compréhensifs, à un moment où ils auraient dû être critiques. Et quand maintenant, on s'y prend... Enfin, on, façon de parler, s'y prend convenablement, à ce moment-là, ils se déchaînent de façon non seulement artificielle, mais en plus totalement démesurée. Enfin, on en est à la limite du crime d'État, on parle déjà de tribunaux. Enfin, je veux dire, c'est ridicule. Et en plus, je ne suis pas sûr du tout que ça leur bénéficie.
C'est peut-être parce qu'ils ont raté la première vague de la critique. Donc, ils se raccrochent à la deuxième vague pour critiquer le gouvernement.
Oui, enfin, c'est quand même mieux de critiquer quand c'est critiquable que de critiquer quand ça l'est moins.
Parce que la gestion d'Emmanuel Macron, la gestion de la crise sanitaire par Emmanuel Macron, est-ce que vous la jugez hardie à son image, pour reprendre le titre du portrait que vous conseillez à Emmanuel Macron ?
Oui, elle est hardie. On peut discuter de toutes les modalités du monde. On peut discuter aussi de sa façon de s'exprimer. Elle a quelquefois été ratée. Elle a, à d'autres moments, été beaucoup mieux réussie. Mais, en tout cas, s'il y a une chose, c'est qu'il prend les décisions et il les assume. C'est lui qui les prend, je dirais de façon même très personnelle.
Un peu trop, peut-être, solitaire.
Très personnelle, sans doute plus personnelle que n'importe quel chef d'État ou de gouvernement européen, en tout cas. Bon, donc, très personnelle, mais il assume et il décide. La pire des choses dans une période aussi difficile que celle-ci, où on est tous plus ou moins tétanisés, etc., c'est d'avoir un chef d'État ou un chef de gouvernement, ça dépend des régimes, hésitant. Ce qui n'est pas le cas. Ah non, alors peut-être qu'il se trompe. Je ne dis pas le contraire, c'est très possible. Mais au moins, il décide.
C'est inhérent à son tempérament que vous décrivez très bien. Il choisit toujours le risque, ce qui le rend hardi. Et c'est à bien différencier de téméraire. Oui. Il faut expliquer cette nuance.
Alors, j'ai honnêtement hésité jusqu'au bout. Entre les deux. Entre les deux, qualificatif. Et en réalité, je n'aurais vraiment ma réponse que dans un an et demi.
Téméraire, c'est l'échec. En gros, c'est ça.
Non, téméraire, c'est l'excès de risque se retournant contre son auteur. Donc, il aboutit à un échec. Voilà, ça aboutit à Charles le Téméraire se faisant dévorer par les loups dans une neige solitaire. Bon, c'est comme ça que ça s'est passé. Transposé au XXIe siècle dans une démocratie, c'est battu... Hardi, c'est qui aime le risque par tempérament, qui court des risques et qui s'expose au risque.
Et qui fait preuve, pour le coup, d'insolence, voire de provocation. Mais cet aspect de sa personnalité vous a séduit, Alain.
Le côté qui prend des risques... Emmanuel Macron, il est arrivé au moment où il y avait la pire crise politique. Pas crise politique au sens de majorité gouvernementale, majorité parlementaire. crise politique, c'est-à-dire les Français par rapport au pouvoir au pluriel. Je dis bien au pluriel. Bon, où il y avait une crise économique qui était loin d'être achevée. Ça s'améliorait un peu, mais c'était loin d'être achevée. Où il y avait une grange sociale qu'on avait connue sans arrêt, les deux années avant qu'il n'arrive. S'il y avait eu à ce moment-là une personnalité un peu fallote, quelqu'un élu comme ça arrive, à défaut de... Je pense que ça aurait pu être vraiment très mauvais.
Bon, on a eu quelqu'un qui, quelquefois, clashe, qui très souvent divise, qui exaspère une partie de la population, qui est admirée sans borne par une autre partie de la population. Mais il fallait quelqu'un de jeune prenant des risques. Bon, on a eu quelqu'un de jeune prenant des risques. Est-ce que c'est quelqu'un d'infaillible ? Certainement pas. Et est-ce que c'est quelqu'un... Alors, c'est ça, ce qui est étonnant encore dans sa personnalité. C'est que c'est quelqu'un de complètement neuf, c'est quelqu'un de complètement différent. C'est pour ça que je dis souvent que c'est un prototype et qu'il ne faut pas le mettre dans les cases habituels. Il dérange. Et il fait tout pour ça.
Et alors, il y a un décalage énorme entre son intelligence, qui est quand même brillante, et sa maladresse, qui est théâtrale, spectaculaire, ridicule. Ben oui, il est maladroit. La psychologie politique, et lui, ça fait deux.
Sensibilité archaïque, écrivez-vous. Oui. Intelligence hyper moderne et sensibilité archaïque.
Ben oui.
On va y revenir très longuement avec Patrick. Patrick, mais ça, c'est le fruit d'une observation, plus que de le fait d'avoir approché Emmanuel Macron. Je me souviens que dans votre précédent livre, vous racontiez à quel point François Mitterrand, notamment, vous appelait après chaque heure de vérité pour faire des reproches, parfois, pas que vous conviez à des brunchs improvisés à l'Élysée. Là, vous n'échangez pas avec Emmanuel Macron, si ?
Non.
Pas du tout ?
Non, enfin, le minimum légal. C'est-à-dire ? Non, je veux dire, il m'était arrivé de le rencontrer, mais non, je ne l'approche pas.
Pas d'appel régulier, pas de SMS ? Ah non, non. Parce qu'il en a une pratique quasi convulsive.
Oui, il est connu pour ça, mais je ne lui ai jamais envoyé un SMS. Et lui non plus ? Ah ben non.
D'accord. Donc, c'est à distance que ce portrait est réalisé.
Je veux dire, c'est aussi un choix que j'ai fait. J'aurais pu demander, je crois que j'aurais obtenu, puisque c'est ce qu'on m'avait suggéré, de le rencontrer pour ce livre. Mais ce qui m'intéressait, c'était d'essayer d'expliquer comment je le voyais, et non pas d'essayer de savoir comment lui souhaitait être vu. Ce n'est pas du tout la même chose.
Et ça n'aurait pas donné le même livre.
Président anormal, unique en son genre, il l'est aussi dans son rapport à l'opinion, que vous analysez longuement dans un chapitre, dans un chapitre avec beaucoup de points d'interrogation, parce que c'est une longue interrogation. Dans les sondages, Emmanuel Macron bénéficie d'une approbation et d'une popularité assez stable, disons entre 30 et 40% selon les instituts, ce qui est supérieur, non ?
Si, si, à ses deux prédécesseurs au même moment.
À François Hollande et même à François Mitterrand.
Oui, oui.
C'est-à-dire après trois ans et demi de mandat.
Absolument. Cela dit, elle est très variable selon les moments, mais s'il y a une particularité, moi l'opinion c'est quelque chose que j'ai étudié quand j'étais jeune, s'il y a une particularité, c'est sa capacité à remonter après avoir traversé un creux, et ça ce n'est pas du tout banal.
Non, ce n'était pas le cas du tout de ses prédécesseurs qui ne sont jamais arrivés à remonter. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne va pas redégringoler, ça je n'en sais rien. Absolument, mais ce socle de 30 à 40% peut suffire notamment à le faire réélire, et donc à maintenir une incertitude peu, j'ai dit peu. Ça peut, ça peut. Et symétriquement, il n'est non pas rejeté, mais vous l'avez dit tout à l'heure, détesté, voire haï par une part à peu près aussi importante de citoyens comme aucun autre président avant lui.
Les gilets jaunes et la sympathie que ce mouvement a suscité dans l'opinion en ont fait la démonstration, ce qui vous fait dire qu'Emmanuel Macron est le plus grand déclencheur de passion politique de la Vème République. Alors pourquoi ?
Alors pourquoi ? Bon, d'abord parce que, comme je le disais, tout à l'heure, quand il est arrivé, on était au centre de trois crises. C'est quand même rare d'avoir trois crises en même temps. Une crise du politique, donc de la démocratie, une crise économique durable, profonde, et la crise sociale qui s'en suivait. Bon, déjà, c'est un facteur. Bon, deuxième facteur, il est arrivé en pleine déliquescence de toutes les formes classiques de la politique. C'est autre chose que la crise de la société politique, mais tout ce qui comptait, les partis, les syndicats, les élus locaux, etc. Bon, lui saute par-dessus, et les Français s'en étaient éloignés eux-mêmes.
Alors c'est aussi un facteur qui pèse. Bon, le troisième facteur, c'est qu'il est arrivé, d'ailleurs il l'a proclamé, il a même été élu en partie pour ça, pour transformer un pays. Bon, les Français ont d'énormes qualités. Ils sont originaux, ils sont brillants, il leur arrive d'être très courageux, ils ont une histoire magnifique, etc. Ils ont une culture enviable, très bien. Bon, mais ils sont égneux, et ils sont inflammables. Et lui, de ce point de vue, il a fait les brandons de la discorde, c'est quand même largement lui qui les a utilisés.
Alors ça aussi, et puis comme il a vraiment concentré le pouvoir exécutif réel entre ses mains, qui s'est beaucoup mis en avant, donc exposé, qu'il a voulu incarner au maximum, ce qu'il a fait d'ailleurs. Il a voulu incarner, il l'a fait très bien, mais il a déclenché des passions formidables. C'est un tison vivant.
Un fabricant de tornades, écrivez-vous, on revient à sa hardiesse qui confine à l'imprudence, à l'arrogance, souvent d'un homme trop sûr de lui, il y a une part de provocation et d'arrogance dans la dimension de la hardiesse, et qui se laisse aller publiquement à lâcher ceci. La politique sociale, regardez, on met un pognon de dame dans des minima sociaux, les gens ils sont quand même pauvres. Ce peuple luthérien qui a vécu les transformations des dernières décennies n'est pas exactement le Gaulois réfractaire au changement. Je ne céderai rien. Ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes.
Certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d'aller regarder si ils ne peuvent pas avoir des passes. Parce qu'il y en a qui ont les qualifiés. Oui, oui. Et une gare, c'est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien. Un président ne devrait pas dire ça ?
Un président ne devrait pas dire ça. Surtout la dernière. Dans ce qu'il dit, il y a des choses qui sont vraies. Par exemple, tout le monde lui est tombé dessus quand il a parlé des Gaulois réfractaires. D'abord, c'était une allusion historique. Les Gaulois réfractaires, ça venait des commentaires sur la guerre des Gaules de Jules César. Ce n'est pas tout à fait neuf, ni inédit. Et en fait, c'est vrai qu'on est un peuple réfractaire. D'ailleurs, ça a d'énormes qualités. Ce n'est pas seulement un défaut d'être réfractaire. On est un peuple qui dit ce qu'il a à dire et qui punit ce qu'il a envie de punir.
À côté de ça, il y a beaucoup de maladresse dans ces improvisations notamment.
Il y a surtout, c'est ça qui me fascine et qui m'interroge, comme on dit, il y a une énorme... Ce n'est pas un décalage, c'est une contradiction entre des discours très intellectuels, très littéraires, souvent très brillants, toujours très intéressants, et puis les improvisations de petites phrases lâchées au pire moment, n'importe comment, et dont il ne se rend pas compte qu'il blesse. Alors, je suis sûr que ce n'est pas ce qu'il cherche, évidemment, il ne cherche pas à blesser. Ce n'est pas un tortionnaire. Mais c'est ce qu'il fait. Et je trouve ça étonnant, parce que d'un côté, on a une intelligence qui réfléchit, et de l'autre côté, on a une bouche qui trébuche.
Mais il y a une explication, oui.
Oui, qui trébuche et avec un phénomène d'amplification par les chaînes d'information continue et des réseaux sociaux. Vous avez quand même des lignes assez sévères sur la façon dont il est difficile de gouverner aujourd'hui, parce que le rythme de la vie politique au quotidien a changé. Vous avez raison. Avec cette surveillance de l'inverse 24.
C'est tout à fait ce que je pense. Ça fait partie aussi des facteurs pour lesquels il suscite plus de patients que les autres. Je vous en ai donné deux ou trois. J'aurais pu continuer ma liste. Bien sûr. Mais il y en a un qui est qu'aujourd'hui, un président, bon, un homme public en général, mais un président en particulier, a fortiori, quand il est jeune, différent et autoritaire, un président est, au sens littéral, sur le grill en permanence. Ce n'était pas du tout le cas. Il y a dix ans, ça n'était pas le cas. Là, c'est... Je dirais que pendant un moment, c'était... On était sur le grill à l'époque du général de Gaulle une fois par trimestre.
Ensuite, en ce qui concerne Giscard, ça a tourné à une fois par semaine. Là, on en est à une fois par seconde. C'est-à-dire, en permanence, il est scruté, observé, détaillé, mis en scène, quelques fois déformé. Et donc, ça enflamme. Et lui, ce jeune, ne communique pas au rythme de son époque. Mais en tout cas, il n'intègre pas dans son comportement ce qu'implique le fait d'avoir une information continue qui le suit et qui, par nature, dramatise. Et, a fortiori, les réseaux sociaux qui, eux, ne se contentent pas de dramatiser, mais qui hystérisent. Et ça aussi, ça explique les déclenchements des patients.
Mais avec tous ces facteurs et dans le contexte d'une société française terriblement fracturée, je me suis quand même demandé en vous lisant quel autre type de président, je ne vous demande pas de nom, mais quel genre de président pourrait apaiser ou redonner une forme d'apaisement à la société française ? Je vois, en tout cas, trois archétypes.
Il peut y avoir un géant de l'histoire, un héros de la politique. Bon, ça arrive une fois par siècle. Ils sont morts, oui. Une fois par siècle. Une fois par siècle. Bon, ça peut être au contraire quelqu'un de rond, de convivial, de tolérant, de souriant. Bon, c'est possible, mais il faut que ça soit à la fin de la crise, parce que si c'est en plein dans la crise, ça ne colle pas. Un pompidou. Oui, c'est ça, mais encore qu'il n'était pas tellement souriant. Mais en revanche, il inspirait... Il rassurait. Voilà. Et il y avait très peu d'animosité contre lui. Bon. Et puis, la troisième solution, c'est un archétype, c'est quelqu'un de complètement différent. Et c'est Macron.
C'est ce qu'est Macron. Alors, ça ne veut pas dire que ça réussira. Ça ne veut pas dire que les gens s'y habitueront. Ça ne veut pas dire qu'il terminera bien. Je n'en sais rien. Parce que ce qui est fascinant dans cette période, c'est que quand on dit que dans tous les domaines, mais en particulier pour une élection présidentielle, tout peut arriver en l'occurrence, c'est vrai. Personne ne peut dire aujourd'hui, X est favori. Personne ne peut dire lui va gagner, etc. On n'en sait rien. Et lui non plus. Et ça, c'est vraiment inhabituel, intéressant. Avant, François Hollande, Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac, mais puis on connaissait les rapports de France entre des familles politiques.
Lui, le problème, c'est qu'il n'est pas une famille politique.
Il a tout détruit. Il n'en a pas construit une.
Il ne descend pas d'un parti. Il descend, à mon avis, d'une tradition obscure qui est la tradition bonapartiste.
Alors justement, vous dites d'Emmanuel Macron qu'il incarne un bonapartisme du 21e siècle. Pour vous, c'est d'abord son côté chef, autoritaire, le goût de l'exploit, de l'héroïsme, l'hubris.
Alors, d'abord, quand je dis ça, il ne faut pas le prendre littéralement. Bonapartisme du 21e siècle, ça n'est pas le premier consul. On est bien clair. Absolument. C'est un bonapartisme démocratique ou un bonapartisme civil, déjà, tout simplement. Bon, mais les caractéristiques du bonapartisme. Un, c'est la rupture. Le bonapartisme, il faut qu'il y ait une rupture. Bon, c'était vrai avec le premier consul, c'est vrai avec lui. Deux, il faut l'autorité et même l'autoritarisme, en tout cas, le goût de l'autorité et la possibilité de l'expliquer. Bon, ça marche.
Trois, il faut une volonté, plus qu'une volonté, une avidité de réforme et de transformation, à la fois parce qu'on pense que c'est indispensable à la société et aussi parce qu'on pense que si on le fait, on est grand. Bon.
Donc, c'est vrai aussi, même si ça marche moyen.
Il y a encore, il faut une incarnation. Ben, il essaie, il incarne. Bon, je pense pas qu'il ait un charisme particulier, mais il a une autorité, à mon avis, réelle. et je suis frappé de voir que ceux qui l'approchent parmi ses ministres, parmi ses collaborateurs, quand je les connais, il y en a quand même un certain nombre que je connais, ils sont quand même médusés. Médusés. Médusés.
Vous le comparez à Barack Obama ?
Médusés par son énergie ? Par sa capacité à prendre des risques et par sa rapidité de compréhension des choses. Et c'est ce qui est étonnant, c'est que c'est une machine qui tourne à toute vitesse, qui tourne très bien et qui dérape aussi assez régulièrement. Et qui tourne trop vite, vous dites. Et qui tourne trop vite. Par rapport à un pays,
une administration qui ne suit pas forcément cette concentration du pouvoir passée par-dessus les partis, les syndicats, les élus locaux, elle est très critiquée. Est-ce que ça vous inquiète, vous, ce tête-à-tête avec les Français ou est-ce que c'est la seule manière de faire, d'avancer ?
Non. Je pense que c'est un risque. Le fait d'avoir un tête-à-tête direct entre le président et non pas simplement l'opinion, mais réellement le peuple sans intermédiaire qui sont... Parce que les intermédiaires sont aussi des amortisseurs. Là, on est dans une société politique sans amortisseurs. Alors donc, je trouve qu'en soi, c'est quelque chose de potentiellement dangereux. C'est pour ça que je termine mon livre en suggérant... C'est mon idée. Je ne dis pas qu'elle s'impose à tout le monde. Mais qu'on passe à un régime vraiment présidentiel. Sans Premier ministre.
Sans Premier ministre, mais avec du coup une Assemblée nationale et un Sénat très renforcés, comme ça existe aux États-Unis, et à condition aussi qu'il y ait un mode de scrutin avec une bonne dose de proportionnel, comme c'est très facile de faire d'ailleurs, qui permettrait d'avoir certes des majorités beaucoup plus étroites, qui certes pousseraient à des coalitions, mais après tout, c'est bien aussi, les coalitions. En tout cas, ça marche chez nos voisins, donc il n'y a pas de raison. Enfin, ça ne marche pas très bien en Italie, mais enfin, ça marche très bien en Allemagne et dans tous les pays d'Europe du Nord. Qu'est-ce que vous voulez ?
Si on a un système de ce genre, avec une meilleure représentation des différentes sensibilités, avec la possibilité d'une majorité plus limitée, et surtout avec des vrais contre-pouvoirs, à ce moment-là, je pense que ça sera...
Parce que c'est du Premier ministre. Celui qui avait proposé ça sans la proportionnelle, c'était François Fillon.
Oui, mais d'autres. François Fillon l'avait proposé avant d'être Premier ministre. Oui, c'est vrai.
Après, c'était terminé.
Bon, il en a évidemment parlé, mais... On proposera, on ferait la proposition à Jean Castex-Landu. Chez François Hollande, il y a ce raisonnement-là à progresser. Et moi, je me rappelle avoir fait il y a très très longtemps un débat avec Philippe Seguin, qui était un partisan acharné du système présidentiel.
Dernière petite question plus anecdotique à propos de Bonaparte. On a vu dans Paris Match que votre épouse vous offrait un petit soldat de plomb...
Pas tellement petit.
Un gros. Enfin, vingtaine de centimètres, je dirais. Oui, ben oui. Oui. Donc, oui, effectivement, il n'y a plus tant de place que ça sur la cheminée. À chaque fois que vous écriviez un livre, il y en a combien, vous savez ?
Alors, je sais combien il devrait y avoir en théorie, mais ma femme est plus subtile et directrice que cela. elle m'en offre un quand elle aime bien le livre. Et donc, j'en ai écrit 23, mais je n'ai pas 23 soldats. Il y en a combien ? Il y en a moins. Il y en a moins. Il y en a pas mal, mais il y en a moins. Votre épouse. Elle a de la personnalité.
Ah, ben oui. Et d'ailleurs, pas bête. Oui, oui. Le livre est évidemment... Ça met un peu de bonapartisme
à la maison.
À votre épouse. Très minin. Oui. Ben nous, on vous offrira des soldats de plomb si jamais vous n'en avez pas de la part de votre épouse. On complétera. Évidemment, le livre se termine entre autres en faisant l'état des lieux des candidats possibles à l'élection présidentielle. Emmanuel Macron a envie d'un deuxième mandat. Tout le pousse à en avoir envie. Tout se jouera, selon vous, sur la fin. C'est-à-dire que c'est le Covid qui décidera. Vous dites d'ailleurs qu'il est en cohabitation avec le coronavirus.
Oui, c'est ça. Parce qu'on s'est aperçu à l'expérience que les seuls présidents qui arrivaient à se faire réélire, c'était des présidents qui avaient traversé une phase de cohabitation. Les autres ont été battus, n'ont pas pu se présenter ou ont disparu. Bon, lui, en fait, on ne le sait pas, mais d'ordinaire, la cohabitation, c'est avec une opposition parlementaire. Lui, il a une cohabitation qui est avec le Covid. Le Covid, c'est un élément, enfin, une puissance comparable à la sienne et qui pèsera énormément. Enfin, je pense que ça sera le pouvoir déterminant. Le problème, c'est de savoir à quel moment les Français se feront leur bilan. Est-ce que ça sera trois mois avant ?
Est-ce que ça sera six mois avant ? Ça, ce n'est pas prédictible, mais c'est ça qui l'emportera. C'est son principal adversaire,
plus que Marine Le Pen qui a pourtant, vous l'écrivez, jamais eu autant de chance de faire un très gros score au premier tour, voire même d'arriver en tête cette fois-ci.
On ne peut pas l'exclure. Ce qui est frappant avec elle, c'est que son parti ne se porte pas particulièrement bien, que son envergure n'a pas éclaté, mais qu'il y a en revanche un électorat qui est de loin le plus fidèle à son chef de file. L'électorat de Marine Le Pen, je crois qu'elle pourrait commettre dix bêtises de suite. Il lui reste acquis. Et ça, c'est une force. Ça ne veut pas dire que je pense que c'est elle qui est favorite pour le second tour. Mais je pense qu'elle fera un bon score et qu'elle a des chances. Ça n'est pas la seule qui puisse en rêver. Mais qu'elle a des chances de se qualifier pour le second tour de nouveau.
Pour le reste, aucun candidat ne semble émerger. Et comment vous avez reproché en 2007 d'avoir oublié Ségolène Royal dans votre ouvrage ? Et surtout pas voulu. Ah ! Là, vous n'oubliez personne.
Ben, si. Ah ! Parce que... Mais je commence par expliquer que justement, il peut y avoir une surprise énorme. Exactement. Venant de la société civile ou venant de n'importe où d'ailleurs.
Le professeur Didier Raoul, par exemple, ne veut pas faire de politique. Mais vous dites que si jamais elle changeait d'avis...
Il aurait ses 500 signatures, en tout cas. Ça, c'est évident. Et il ferait un score. Ça, sûrement. J'espère pas trop haut. Et enfin, il ferait un score.
Oui, vous n'écartez pas le surgissement d'un personnage populaire ici de la société civile tant la période est fiévreuse, anxieuse, orageuse même. Un échec d'Emmanuel Macron face à la crise favoriserait Xavier Bertrand, à droite. Oui. Un désastre ressusciterait Nicolas Sarkozy. C'est encore possible.
Écoutez, si on était dans une période de convulsion absolue, ça dépend du climat, mais si vraiment, on voyait qu'Emmanuel Macron, par exemple, ne pouvait pas se présenter, ne voulait pas, ne sentait pas la possibilité de gagner, si la question du Covid n'était pas réglée, si on était, ce qui malheureusement sera encore le cas au moment de l'élection, dans les conséquences économiques et sociales du Covid, on ne sait pas. On ne sait pas. Emmanuel Macron, assez fidèle et à son socle, lui aussi. Moins absolument solide que celui de Marine Le Pen, mais susceptible d'être beaucoup plus élargie, évidemment. À droite, aujourd'hui, c'est Xavier Bertrand qui est le mieux placé.
Mais si jamais on était dans un orage absolu, on ne sait pas.
Et j'aime la façon dont vous, en quelques mots, vous dressez le portrait de ces possibles candidats. Anne Hidalgo qui reste la meilleure percée des socialistes impérieuses, intransigeantes, mais dures et cassantes. Pas une oratrice inspirée, mais une débattrice vigoureuse. Vous citez également Yannick Jadot, écologiste, mais trop réaliste. Valérie Pécresse qui manque de charisme. Rachida Dati a l'ambition proverbiale, mais qui, comme Jean-Luc Mélenchon, aime trop le bruit et la fureur. Philippe Juvin, le professeur qui était la semaine dernière sur notre plateau, qui a les yeux plus gros que le ventre.
Et vous citez même Jean-Marie Bigard qui, à un moment donné, a été tentée par le scénario Coluche, mais a priori, s'est mis de côté. Eric Zemmour également est cité.
Oui. Il y a une partie des Français qui souhaiteraient que de ce côté-là, il y ait un homme nouveau à côté de ceux qui, au fond, ne croient pas qu'ils sont. Ceux qui sont à l'extrême droite ou proches de l'extrême droite, qui ne croient plus en Marine Le Pen, un certain nombre souhaiteraient que ce soit Eric Zemmour.
Parce que le rejet en soi est un projet suffisamment solide pour faire émerger une personnalité
de ce genre. malheureusement, toutes les dernières élections depuis 1981 inclus, ont été fondées sur des rejets.
Ça risque d'être le cas également en 2022. On va continuer à commenter. Ça peut l'être. Ça peut l'être. En tout cas, c'est passionnant. On ressort une fois de plus un peu plus intelligent. Au fil de vos livres, je vais finir peut-être par décrocher un prix Nobel. Non, mais c'est vrai. Emmanuel Le Hardy, c'est aux éditions de l'Observatoire. C'est passionnant. Vous restez avec nous pour commenter le reste de l'actualité. C'est l'heure du 5 sur 5 d'Antoine Janton.
Emmanuel Macron