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AutreFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 17 décembre 2025 38 minContradictoireMixte

Que reste-t-il de l'industrie française ?

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0:00
Présentateur

France Culture. Les matins de France Culture. Guillaume Erner.

0:07
Locuteur non identifié

Qui veut tuer l'industrie française ? La Chine avec ses prix imbattables ou nos propres mains par décennie d'erreurs stratégiques. Pour tenter de répondre à cette question, Arnaud Montebourg, bonjour.

0:18
Invité politique

Bonjour, monsieur Erner.

0:19
Locuteur non identifié

Arnaud Montebourg, vous êtes entrepreneur du Made in France. Vous faites des amendes. Vous nous avez emmené des amendes de la compagnie des amendes. Vous êtes également dans la consolidation du nucléaire. Et vous avez également investi dans le lithium géothermal. En quoi ça consiste ? Racontez-nous.

0:37
Invité politique

Écoutez, c'est très simple. Nous construisons des entreprises de souveraineté. C'est-à-dire tout ce qu'on peut relocaliser et renforcer sur le territoire national. Dans l'agriculture, parce que l'agriculture, comme l'industrie, comme disait Jules Méline, ce sont les deux mamelles nourricières de notre pays. Que nous avons tellement délaissées qu'aujourd'hui, nous sommes en grandes difficultés économiques et financières. Parce que quand on n'a pas l'économie, l'activité, le niveau d'activité productive dans un pays comme le nôtre, grande puissance industrielle d'antan, eh bien, on a des difficultés financières pour financer notre train de vie.

Et c'est exactement ce qui est en train de se passer.

1:15
Locuteur non identifié

Alors, on va reprendre rapidement cette activité.

1:17
Invité politique

Je vous dis juste, ce sont des entreprises que nous avons avec des équipes, des gens de métier, que nous avons créées, que nous avons financées, que nous dirigeons avec mes amis et qui connaissent une évolution que d'abord nous apprécions, mais qui reste très modeste. La compagnie des amendes, maintenant, je vous donne les tailles et les chiffres, c'est 250 hectares environ plantés et 330 hectares fédérés de petits producteurs indépendants autour d'une usine que nous avons construite à Brignol dans le Var, qui permet d'être une entreprise filière.

C'est-à-dire qu'en fait, nous permettons à toute la filière de casser au prix espagnol en France et donc de délivrer aux consommateurs français des amendes made in France, de nos vergers et des vergers de tout le sud de la France.

2:05
Locuteur non identifié

Alors justement, j'allais vous demander, pourquoi la France n'y arrivait-elle pas en matière d'amende ? C'est beaucoup plus cher, l'amende française ?

2:12
Invité politique

C'est pas beaucoup plus cher, mais c'est une culture difficile parce que vous avez 6 ans sans récolte. Donc si vous n'avez pas de financement pour financer du travail sans revenu pendant 6 ans, c'est pas possible. Donc vous n'avez pas d'investissement en agriculture. Vous avez de l'investissement dans le vignoble, dans les grandes cultures, mais dans toutes ces productions végétales spécialisées, vous n'avez pas d'investissement. Donc c'était très difficile. En 1948, vous aviez 12 000 hectares d'amendiers, rien qu'en Provence. C'est un arbre méditerranéen.

Donc on a décidé de lutter, de reprendre des parts de marché aux Américains qui tiennent 80% du marché mondial parce qu'ils ont monté un verger dans le désert de la Californie intérieure de 650 000 hectares, qui d'ailleurs n'a plus d'eau puisqu'ils pompent les nappes phréatiques. D'ailleurs, le gouverneur de Californie est furieux après cette activité très destructrice sur le plan environnemental. Et donc, ils arrachent. Donc nous avons décidé de relocaliser cet arbre en France, en partie.

3:12
Locuteur non identifié

Alors, le nucléaire, ça pour le coup, c'est une industrie française. Pourquoi faut-il investir dans le nucléaire ? Alors que j'imagine qu'on est déjà extrêmement compétents là-dedans, Arnaud Montbeau.

3:22
Invité politique

Parce que vous avez une filière qui a vécu l'affaissement lié à l'hiver politique du nucléaire. C'est-à-dire pendant 15 ans, après Fukushima, on a dit c'est fini le nucléaire, au revoir. Donc toutes ces entreprises, elles ont des péris. C'est des petites boîtes qui fabriquent des pièces sur les réacteurs nucléaires. Donc il n'y a plus de commandes. Qu'est-ce qu'elles ont fait ? Certaines ont fermé, d'autres se sont reconverties. Et là, ça repart. Et on leur dit, bon maintenant vous allez acheter des machines, ça va vous coûter tant de millions. Vous allez embaucher le double de vos effectifs, vous allez les trouver. Et puis vous allez répondre à nos commandes.

Et là, les petites entreprises, elles n'y arrivent pas. Elles ont quand même des fonds propres qui sont défaillants. Elles ont déjà de la dette à financer. Et elles ne trouvent pas sur le marché des gens pour travailler. Donc en fait, on a décidé de les mettre ensemble pour former un groupe de métiers du nucléaire.

4:14
Locuteur non identifié

Et enfin, je termine avec le lithium géothermal, le lithium, les terres rares. Est-ce que ça par exemple, c'est quelque chose qu'en France on peut faire ?

4:23
Invité politique

Alors vous avez dans la plaine de l'Alsace, des réserves de lithium qui nous permettent d'atteindre l'autosuffisance dans les années 2030-2040. Parce que dans les eaux géothermales, on a découvert, alors ça sert à réchauffer la ville de Strasbourg. C'est de la chaleur qui est extraite du sol, la géothermie c'est une vieille technologie, mais qui est exploitée par le groupe Arvernes. Et notamment, mais aussi par EDF, qui est une filiale qui exploite la chaleur du sous-sol. Et on a découvert des molécules de lithium en quantité.

Et donc nous sommes en vérité, comme les Allemands de l'autre côté du Rhin, il y a deux entreprises qui exploitent des deux côtés le lithium qui est en profondeur dans les eaux. Donc c'est simple, on for de l'eau qui est dans les réseaux de chaleur, on extrait le lithium et puis on utilise des calories pour réchauffer la ville de Strasbourg. Voilà, c'est assez simple. Et donc ça prouve que nous avons d'abord beaucoup d'aptitudes technologiques, puis surtout que nous avons des capacités à construire notre souveraineté.

5:24
Locuteur non identifié

Justement, si on parle de souveraineté, vous en voulez apparemment beaucoup aux banques Arnaud Montebourg, aux banques françaises. Elles ne soutiennent pas assez l'effort de réindustrialisation ?

5:35
Invité politique

Les banques, elles ont été constituées sur le modèle précédent, c'est-à-dire la financiarisation de l'économie, qui a quand même été destructrice. Les banques, aujourd'hui, si on veut qu'elles réindustrialisent, il va falloir qu'elles reviennent sur le terrain, qu'elles ont quand même relativement déserté. Aujourd'hui, il y a des enquêtes d'opinion sur l'échelle d'entreprise, il y en a à peu près 50% qui ne sont pas contents de leur banque. Pourquoi ? Parce qu'elles ne sont pas là, tout simplement. Et qu'elles ne financent pas le tissu industriel dans des proportions suffisantes. Alors, quand vous écoutez les banques, quand même, qui tiennent le crachoir médiatique, tout va bien.

Mais quand vous regardez dans la réalité, en fait, ça ne marche pas. Quand vous regardez ce qui se passe en Allemagne ou en Italie, les banques, elles sont locales. Et elles ont financé, y compris en étant impliquées dans la gouvernance des petites entreprises locales. Quand je dis les petites entreprises locales, c'est devenu ce qu'on appelait le Mittelstand allemand. C'est-à-dire, c'est des entreprises qui sont devenues des entreprises de taille mondiale, mais de puissance locale. Et donc, c'est des entreprises de 2 000, 3 000 personnes. Et il nous en manque 5 à 600 en France pour arriver, retrouver un niveau d'industrialisation qui nous permette de financer notre train de vie. Voilà.

Et les banques ne sont pas dans ce modèle-là en France. C'est un cartel de 5 grandes banques qui, finalement, font leurs profits sur le marché et ont déserté le terrain de manière excessive. Mais l'État, par exemple, la BPI, la Banque Publique d'Investissement ? Ben, la BPI, c'est bien. C'est moi qui l'ai créée. Donc, je ne peux pas... Je vais vous dire. Heureusement qu'elle existe, parce qu'à l'heure, elle sera encore pire. Mais la BPI, c'est trop petit. C'est 5% du marché du crédit. Donc, la BPI, c'est très bien, mais en fait, il faudrait que tout le système bancaire soit réformé pour servir cet objectif de réindustrialisation.

C'est-à-dire qu'elle serve exactement ce à quoi doit servir une banque. Utiliser l'épargne locale des Français pour la réinvestir dans l'économie locale des Français.

7:33
Locuteur non identifié

Bon, mais si on prend, par exemple, l'affaire Brandt, qui a... Très bon exemple. Je vous laisse l'analyser parce qu'apparemment, il y avait un premier tour de table qui avait été réalisé. Les banques auraient refusé d'y aller, Arnaud Montebourg, mais elles disent en substance qu'elles ne sont pas là pour essayer de boucler un tour de table pour une entreprise non viable. C'était viable pour vous, Brandt ?

7:56
Invité politique

Alors, d'abord, je connais bien cette entreprise puisque, comme membre du gouvernement, je l'ai sauvée il y a 10 ans déjà. Et nous avons réussi à obtenir l'équilibre. C'est-à-dire que cette entreprise, contrairement à ce qu'on croit, n'est pas du tout condamnée. C'est une entreprise qui a un avenir. Pourquoi ? Parce que le Made in France, à l'étranger, connaît des succès absolument considérables qu'on ignore en France. Nous sommes nos propres procureurs. Est-ce que vous savez, par exemple, que toutes les tables de cuisson, de Dietrich, Brandt, et toutes celles qui sont fabriquées à Orléans, elles sont vendues 3 fois, 4 fois, 5 fois, 6 fois le prix en Chine ? Pourquoi ?

Parce que le Made in France et les marques françaises sont particulièrement appréciées au plan mondial. Le marché est très concurrentiel en France et en Europe parce qu'on a laissé rentrer, finalement, les Chinois qui, eux, cassent les prix sur des produits bas de gamme. Néanmoins, il y a de la place pour l'électroménager Brandt sur les systèmes de cuisson. Donc, vous aviez à la table un entrepreneur que je connais, M. Meston, brillant, qui a eu à son actif des réussites de retournement considérables, qui a montré ses aptitudes. Vous aviez une mobilisation de l'État, de la région, et des salariés autour d'un projet. Bon, alors, tout le monde est content.

On arrive devant le tribunal, le tribunal dit, ah non, ça va pas. Et pire, le procureur de la République, qui est censé défendre l'intérêt de la société. L'intérêt de la société, c'est qu'on ne perde pas Brandt. C'est qu'on trouve une solution. Et il y en avait une. Alors, elle était imparfaite, il manquait quelques millions. Mais, vous savez, il y a beaucoup d'entreprises qui, aujourd'hui, qui sont, d'ailleurs, sur le marché, qui n'ont pas de financement au-delà de 2027. Moi, dans mes entreprises, on n'en est pas à financer 2027. On finance 2026, vous voyez, par exemple, aujourd'hui.

Donc, est-ce que c'était grave de dire, ah ben, c'est pas financé pendant trois ans, donc, nous, on n'en veut pas ? Moi, je considère, dans cette affaire, que quand on veut sauver une entreprise, on doit aligner tout le monde. Donc, le gouvernement, le parquet, l'administrateur judiciaire, les syndicats, tout le monde doit être aligné.

10:00
Locuteur non identifié

Je vous suis tout à fait un nom de bourre, mais alors, s'il manquait quelques millions, pourquoi, par exemple, n'auriez-vous pas voulu investir dans Brandt ? Vous, moi, tout le monde veut investir. Si l'entreprise était viable, les banques ne sont pas l'ennemi, a priori, de leur propre intérêt ?

10:15
Invité politique

Ah ben, d'abord, les banques ne prennent aucun risque. Donc, si vous voulez, il ne faut pas demander à des banques d'investir dans une entreprise en difficulté. Il n'y en a pas de banque. Donc, on fait sans banque. Vous savez que, moi, j'ai financé la quasi-totalité de mes entreprises sans banque. On se débrouille avec des gens qui nous prêtent, mais qui nous prêtent, parce que, eux, ils veulent nous prêter, ils prennent des risques. Donc, c'est ça, la question. Et le sujet, c'est qu'il était en effet possible de trouver, et il est encore possible, je le dis ici, et c'est une des raisons pour lesquelles je pense qu'il y a encore un chemin pour sauver cette entreprise.

Il suffirait que le gouvernement donne l'ordre au parquet et au procureur de la République de faire appel, comme il en a non seulement le pouvoir, mais le devoir dans ce dossier. Je lance un appel sur votre antenne pour que le gouvernement prenne ses responsabilités et donne une instruction écrite au procureur de faire appel. Ce n'est pas une affaire pénale, donc il est parfaitement possible une affaire commerciale qu'un gouvernement ait une position qui soit celle de son gouvernement. Il n'y a pas de séparation des pouvoirs en la matière. Il ne faut pas confondre le procureur qui est le bras armé de la société et les juges qui, eux, sont indépendants et qui doivent être respectés.

11:25
Locuteur non identifié

Il y a différentes politiques industrielles qui sont menées. La politique industrielle menée par Donald Trump, autrement dit, une politique plutôt protectionniste. Qu'est-ce que vous en pensez, Arnaud Montebourg ?

11:36
Invité politique

Écoutez, les États-Unis et la France sont des pays qui sont à peu près dans la même situation. Ils ont des déficits du jumeau. Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que c'est ? Vous avez un déficit des finances publiques aux États-Unis comme en France, très prononcé. Et vous avez un déficit commercial aux États-Unis comme en France, très prononcé. C'est-à-dire qu'en fait, c'est une société de consommation qui ne se préoccupe pas de soutenir ses producteurs. Donc ça, ça a été le cas des États-Unis. C'est le cas de la France. Conséquence, comme vous n'avez pas assez d'activité économique, vous ne pouvez pas obtenir suffisamment de flux financiers pour financer votre train de vie.

Donc vous ne pouvez pas financer vos services publics, le modèle social. Pourquoi ? Parce qu'on ne produit plus sur le territoire. Tous les ans, on fait un chèque, par exemple, à la Chine, maintenant c'est 50 milliards. Il y a 10 ans, c'était 30 milliards. Donc M. Trump, qu'est-ce qu'il a dit ? Il a dit, bon bah, moi je ne vais pas faire payer aux Américains là, justement. Je vais demander aux autres de payer. Donc il fait un du protectionnisme et il met des taxes sur les produits qui rentrent pour rembourser ou rééquilibrer son déficit des finances publiques et pour essayer de rééquilibrer sa balance commerciale. Mais Arnaud Montebourg...

Donc c'est franchement, en soi, moi je n'aime pas du tout Trump et c'est un personnage, franchement... Non, on met de côté le style. Oui, oublions. Non, mais ce n'est pas qu'un style, c'est sa politique. Mais sur le plan économique, c'est exactement ce que l'Union Européenne devrait faire. Vous voyez ce que je veux dire ?

13:04
Locuteur non identifié

La Chine, c'est par exemple Chine, mais alors l'industrie française du textile, vous le savez très bien, Arnaud Montebourg, a été détricotée. Si Chine, aujourd'hui, il peut prendre de telles parts de marché, c'est aussi parce que les pouvoirs publics l'ont aidé indirectement.

13:21
Invité politique

Alors, la responsabilité d'un gouvernement, c'est de protéger son économie quand elle est attaquée. Attaquée de façon déloyale et de façon destructrice. Bon, ça n'a jamais été fait. Moi, je me souviens avoir campé à Bruxelles pour demander des droits de douane, déjà il y a dix ans, sur les panneaux photovoltaïques. Les Allemands ne voulaient pas, personne ne voulait. À conséquence, on a perdu toute l'industrie des panneaux photovoltaïques, l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne, la France. Et maintenant, à chaque fois qu'on fait des énergies renouvelables, on alimente les carnets de commandes chinois et on aggrave le déficit extérieur.

On va continuer sur les véhicules électriques où vous avez aujourd'hui une agressivité totale par du dumping subventionné par l'État chinois des véhicules électriques qui sont en train de détruire notre industrie automobile. Je rappelle qu'en Europe, c'est 15 millions d'emplois. Attention, ce n'est plus du tout l'industrie textile européenne.

14:21
Locuteur non identifié

On va en reparler. Oui, justement.

14:23
Invité politique

Vous me posez une question. Vous me parlez du textile. Textile, automobile, panneaux photovoltaïques. Je peux vous parler de la chimie, de l'acier ? Non, mais attendez, attendez, attendez. C'est très grave ce qui se passe. C'est-à-dire que vous mettez acier, chimie, automobile, vous mettez tout ça bout à bout, mais on va finir pays du tiers-monde, M. Werner. S'il n'y a pas des mesures prises par l'Union européenne ou la France, faute que l'Union européenne soit capable de le faire, pour protéger notre économie,

14:53
Locuteur non identifié

nous allons finir détruits. Mais pendant un moment, justement, on pensait qu'un pays du tiers-monde, c'était un pays qui avait une industrie. Pardon ? Pendant un moment, je ne sais pas qui a dit ça, mais ce n'est pas moi. Je ne sais pas qui a dit ça. Il n'y a pas que vous, Arnaud Montebourg.

15:06
Invité politique

Non, mais M. Werner, les seuls pays qui ont été capables de financer leur liberté, c'est-à-dire leur choix collectif, leur préférence collective, c'est ceux qui avaient une économie solide, industrielle. Les autres, ils ont été dans la main des autres. Ils ont fini esclaves des autres. Et là, nous sommes en train de devenir les esclaves numériques des Etats-Unis et les esclaves industriels de la Chine.

15:32
Locuteur non identifié

La faute à qui sur le plan politique ? Parce que l'idée que les services étaient préférables à l'industrie,

15:40
Invité politique

certains politiques l'ont eu. Écoutez, je ne suis pas là pour dire lui, il sait bien, il ne sait pas bien. On va essayer surtout en quelques secondes. Vous voyez ce que je veux dire. le sujet, c'est nous sommes un pays qui a défend, avons privilégié les consommateurs. Vous avez des pays européens qui ont privilégié les producteurs. Donc, tout le système politique, économique, financier, fiscal, en Allemagne, par exemple, défend le producteur. En France, on défend le consommateur. Le consommateur, lui, ce n'est pas le producteur.

16:14
Locuteur non identifié

On se retrouve dans une vingtaine de minutes. Arnaud Montebourg, vous êtes désormais entrepreneur du Made in France. Vous serez rejoint par Antoine Fouché, président du cabinet Quintet et Anne-Sophie Alcif, chef économiste du cabinet d'audit BDO et professeur à Paris 1, Panthéon-Sorbonne. 8h.

16:29
Présentateur

6h30, 9h, les matins de France Culture. Guillaume Erner.

16:36
Locuteur non identifié

Nos invités, Anne-Sophie Alcif, bonjour. Vous êtes professeur à Paris 1, Panthéon-Sorbonne. Antoine Fouché, président du cabinet Quintet. On vous doit sortir du travail qui ne paie plus aux éditions de l'aube. Et puis, enfin, Arnaud Montebourg, vous êtes entrepreneur du Made in France, ancien ministre de l'économie et du redressement productif. Un commentaire sur ce que vient de dire mon camarade Jean Lémarie sur le pragmatisme qui inciterait l'Europe à fissurer le dogme du tout électrique en 2035 pour les voitures ?

17:05
Invité politique

Il est vrai que c'est quand même, ça fait partie avec l'arrêt du nucléaire dans un grand nombre de pays européens, y compris la France, des accidents industriels politiques majeurs. Avoir décidé de façon quasiment unilatérale contre l'avis des constructeurs sans comprendre ce que voulaient les consommateurs qu'il fallait faire le tout électrique, la conséquence c'est que ça ne marche pas parce que c'est trop cher, on ne sait pas les produire de façon souveraine puisque finalement les batteries, on ne maîtrise pas la technologie, on n'a pas voulu s'en donner les moyens et on importe les brevets et les usines. Donc c'est sûr qu'on a un problème.

Et puis maintenant on est attaqué par les Chinois sur le véhicule électrique. Donc on avait la double peine. Alors est-ce que la solution c'était de démonter ce qu'on a monté dans une décision que moi je trouvais excessive ? Je ne crois pas et là je donne raison parfaitement à Jean Lémarie en disant la seule solution aujourd'hui là où on en était c'était nous protéger contre les importations des véhicules chinois subventionnés par l'état chinois et assurant une concurrence déloyale pour permettre à notre industrie européenne de muter. Alors est-ce que la position était celle qui devait consister à dire tout électrique ?

Moi j'ai fait un plan en 2014 qui était un plan des véhicules il y avait le plan électricité-batterie mais j'avais un autre plan qui était le plan véhicule à 2 litres. C'était un véhicule sur lequel nous avions mis de l'argent Peugeot à l'époque PSA et Renault étaient d'accord on aurait eu un véhicule 2 litres au 100 aujourd'hui ils sont à 5 ou 6 2 litres au 100 pour 2020 pendant le Covid on aurait eu des solutions alternatives pour les gens qui ne pouvaient pas se payer des véhicules électriques mais qui auraient pu participer à la réduction des émissions à effet de serre. Donc cette stratégie du tout électrique est un accident de politique industrielle.

19:00
Locuteur non identifié

Un accident de politique industrielle une victoire de Volkswagen Anne-Sophie Alsif ?

19:05
Invité

Alors c'est vrai que je pense que derrière l'industrie automobile il y a quand même l'industrie automobile allemande. Ce qui se passe depuis 20 ans parce qu'il y a quand même des rapports des études depuis que la Chine est rentrée au sein de l'Organisation Mondiale de Commerce il y a eu de la prospective sur le secteur automobile et en fonction des données qu'on avait on savait qu'il fallait avoir un virage électrique et que cette décision comme ça a été très bien dit du tout électrique ça donnait quoi ? Juste un marché à l'automobile chinoise. Donc ça c'est absolument factuel.

Des groupes notamment allemands étaient positionnés sur plutôt des voitures et ce qu'on appelle des véhicules lourdes la grosse berline si on veut dire. Et donc l'erreur que ça a été faite c'était de se dire malgré l'arrivée de l'électrique avec la Chine on va continuer d'une manière industrielle à rester sur le thermique et on arrivera à continuer de vendre nos thermiques notamment en Chine ou aux Etats-Unis. Et ça ça a été une erreur industrielle importante notamment en Allemagne.

L'autre élément c'était l'aspect de l'énergie puisque les constructeurs automobiles lorsqu'il y a 30 ans notamment la France avait proposé de faire l'Europe de l'énergie d'être indépendant notamment du gaz et du pétrole russe c'est encore l'Allemagne qui s'est opposée et qui a fait notamment le secteur automobile reposer sa compétitivité aussi sur une énergie très peu chère donc aujourd'hui bien évidemment il y a des difficultés là-dessus et donc la compétitivité coûts explose parce qu'on a des problèmes de compétitivité énergétique donc on voit que le manque d'anticipation ces erreurs je ne parle pas du scandale du diesel en termes de pollution là on atteint des sommets donc on voit que ce manque d'anticipation ce manque de prospective a des impacts pas que sur l'Europe mais vraiment au niveau international et vous l'avez très bien dit l'industrie automobile c'est 13 millions d'emplois en Europe donc ce n'est pas 2-3 personnes et donc aujourd'hui bien sûr que c'est une victoire pour les constructeurs et là je suis d'accord le tout électrique était donc sûrement mauvais de dire voilà on fait ça et on ne diversifie pas le mix énergétique mais par contre c'est surtout l'automobile allemande derrière qui a gagné ce deal

20:58
Locuteur non identifié

un avis qui détonne qui détonne justement dans ce concert de critique adressé à l'Europe en général à la France en particulier sur l'industrie la voix de l'économiste Gabriel Zuckmann qui publie une tribune dans le journal Le Monde je vous en lis un extrait il considère que l'Europe continentale a vu sa part dans le PIB mondial baisser mais que ce leitmotiv est un faux leitmotiv la sclérose européenne face à un supposé Eldorado américain dit-il ne repose pas sur grand chose qu'est-ce que vous en pensez justement Antoine Fouché est-ce qu'on a raison de se flageller et notamment sur la question industrielle

21:38
Invité

je ne sais pas si on se flagelle je pense qu'on essaye d'ouvrir les yeux sur notre nouvelle situation de pays émergents par rapport au reste du monde en matière industrielle pays émergents pays émergents pays émergents Arnaud Montebourg parlait de pays et encore

21:52
Invité politique

c'est un compliment ça veut dire qu'on va émerger ce n'est pas encore sûr

21:55
Invité

réémerger il faut en venir sur cette histoire il faut en venir à juste quelques années en arrière en fait le marché automobile c'est un marché mondial

22:06
Locuteur non identifié

je ne parlais pas que de l'automobile

22:07
Invité

on peut élargir l'industrie mais l'automobile comme beaucoup d'industries c'est un marché mondial la décarbonation c'est un enjeu d'intérêt général mondial donc tous les continents ou tous les pays sont face au même marché mondial et au même intérêt général mondial pour adresser ce sujet il y a eu deux manières de faire je simplifie mais je pense sans déformer trop la réalité il y a eu la manière européenne qui consiste à faire des normes et à imposer aux constructeurs de respecter ces normes pour pouvoir atteindre la décarbonation décarbonation et puis il y a eu la manière chinoise et américaine qui se ressemble en fait là dessus qui consiste à subventionner la technologie pour rendre rentable la décarbonation qu'est-ce qui s'est passé Biden a fait à subventionner avec l'IRA l'Eflation Reduction Act et les chinois ça fait 20 ans 15 ans qu'ils subventionnent à fond leur industrie automobile et leur industrie en général résultat aujourd'hui nous les Européens je pense vraiment on n'en a pas conscience ni en France ni dans le reste de l'Europe nous sommes devenus un pays émergent au sens précis où nous produisons de moins bons produits plus chers et donc pas surtout mais sur la majorité des produits industriels et donc nous sommes émergents au sens où encore une fois le marché mondial aujourd'hui de la libre concurrence il est totalement destructeur pour nous parce que nous sommes en retard technologique et que donc les consommateurs européens vont préférer logiquement acheter des voitures chinoises parce qu'elles sont mieux et moins chères et ça c'est valable pour de plus en plus de produits juste un chiffre la Chine aujourd'hui c'est 40% de la production manufacturière mondiale il y a un seul comparaison dans l'histoire vous avez fait une très bonne émission jeudi dernier sur la Chine c'est les Etats-Unis de 1945 au moment du plan Marshall et donc ça ça veut dire pour terminer par rapport à ce qu'a dit Jean-Lémarie je pense que le vrai pragmatisme en fait c'est un changement de logiciel européen qui consiste à dire le libre échange pour l'Europe tant qu'elle est en retard technologiquement c'est fini il faut qu'on se ferme temporairement le temps de rattraper notre retard industriel parce qu'on est en retard donc il faut qu'on rattrape notre retard et quand on sera moins en retard ou qu'on sera capable de jouer dans la cour des grands nous ne jouons plus dans la cour des grands on pourra à nouveau ouvrir notre marché pour que nos industriels puissent repartir à la conquête du monde ou en tout cas pouvoir satisfaire le marché européen ce qu'ils ne peuvent pas aujourd'hui parce que nous sommes à nouveau nous sommes en retard

24:46
Locuteur non identifié

mais à quoi ça sert de fermer si on n'investisse pas Arnaud Montebourg et si je vous suis si on n'investit pas si les banques n'aident pas évidemment on peut avoir affaire à des investisseurs mais normalement dans une économie

24:58
Invité politique

les banques doivent prêter ce que dit monsieur et je fais mienne toutes ces phrases j'en enlève pas une et je le remercie de le dire aussi clairement parce que c'est évidemment la seule solution aujourd'hui je rappelle qu'en 2000 donc il y a 25 ans la Chine avait 7% des parts de marché mondial l'Europe 25 les Etats-Unis 25 aujourd'hui on est Europe 15 Etats-Unis 15 et Chine 30 bon ben voilà vous avez compris donc les comme on pourrait au moins donner raison à Gabriel Zuckman en disant en effet les Etats-Unis et l'Union Européenne sont dans la même situation de désindustrialisation et donc le sujet c'est la Chine pour nous et là branle-bas de combat c'est ce que je vous disais tout à l'heure et je reprends à mon compte ce qui vient d'être dit alors un projet de réindustrialisation je vous donne les chiffres qu'est-ce que c'est c'est quoi comment on fait c'est quoi écoutez il faut qu'on arrive à relocaliser sur le sol national en 10 ans 10-15 ans 50 milliards de chiffres d'affaires à peu près 50 milliards de chiffres d'affaires ce qui correspond à 30 milliards par an d'investissement aujourd'hui l'industrie en France elle investit entre 80 et 90 milliards il faut passer à 120 on a l'argent c'est notre épargne elle est très mal utilisée les banques font pas le boulot on l'a dit donc il faut trouver le moyen d'utiliser cette épargne et de l'amener dans l'industrie pour donner des comparaisons

26:29
Locuteur non identifié

juste pour donner des niveaux d'échelle la BPI c'est 5 milliards d'investissement par an c'est ce que je vous disais c'est trop petit c'est trop petit vous l'avez dit je vous reconnais je veux dire que pour l'instant

26:39
Invité politique

c'est le levier je vous parle de ce que nous devons faire pas de ce qui existe malheureusement nous en sommes loin il faut trouver un million d'emplois à mettre dans les entreprises il faut créer 10 usines par département en 10 ans presque une par an et il faut 22 000 hectares pour faire ça donc vous voyez comment on peut organiser la mobilisation de toute la société autour d'un projet de et je veux dire on va rejoindre l'Espagne on va pas faire l'Allemagne avec ça on fait 5 points de vie l'Allemagne a 19 l'Espagne a 14 si on remonte à 14 on est bon et on paye alors là ça veut dire que la balance commerciale est à l'équilibre et qu'on paye notre train de vie Anne-Sophie Alsif

27:20
Invité

il y a deux choses qui sont vraiment regrettables un c'est en effet vraiment le parcours chinois et qui s'est vraiment intensifié depuis le Covid moi je le vois vraiment quand vous regardez la part des exports dans le commerce en valeur ajoutée donc vraiment en haut de gamme vous êtes avec une Chine qui est partout une augmentation de 20-30% par rapport à ce qu'on voit aux Etats-Unis et en Europe donc on voit vraiment qu'on a une montée en gamme qui est très rapide et qui est aujourd'hui sur tous les secteurs pas seulement sur les secteurs stratégiques donc il y a vraiment une montée en gamme de la Chine et l'idée d'être majoritaire sur la majorité des marchés et de devenir absolument indispensable et surtout parce que c'est aussi une question politique c'était très bien dit pour l'Union Européenne et moi je voudrais faire vraiment un lien très important peut-être que vos auditeurs écoutent tout ça et se disent oui il faut réindustrialiser c'est très loin de nous c'est très concret parce que c'est un lien direct avec quoi la désindustrialisation le pouvoir d'achat le fameux pouvoir d'achat dont on parle jour et nuit tous les politiques sont dessus etc le fait de s'être désindustrialisé c'est 20% de pouvoir d'achat qu'on a perdu par rapport à l'Allemagne le fait de continuer de ne pas avoir de production c'est beaucoup moins de valeur créée et donc comment vous avez payé vos retraites

28:24
Locuteur non identifié

c'est ça le sujet

28:27
Invité

et c'est pour ça qu'il faut faire du protectionnisme comme ça a été dit c'est pas de gaieté de coeur c'est pas parce qu'on a envie etc mais c'est parce que si on ne rattrape pas ce retard technologique on n'aura pas cette valeur ajoutée créée nous c'est vraiment ce qu'on mesure et aujourd'hui pourquoi la Chine sont numéro 1 c'est que 1 ils subventionnent comme ça a été très bien de dire leur économie ce n'est jamais arrivé ils vont avoir 1000 milliards d'excédents c'est à dire que le monde entier n'achète que Chinois et on leur donne le cash le cash ils inondent le monde entier de leurs produits ils disent mais attention vous fermez votre marché c'est mauvais pour le pouvoir d'achat de vos populations c'est très dangereux politiquement donc il faut arrêter de céder à ce chantagne du pouvoir d'achat et de se dire si on continue de produire Chinois et bien qu'est-ce que ça veut dire politiquement

29:05
Locuteur non identifié

bon alors moi je vais faire le méchant puisque vous êtes tous gentils Antoine Fouché je vais dire que fermer les frontières c'est subventionner des industries fragiles et que tout cela ne crée que de la fragilité à moyen terme

29:17
Invité

je vais essayer de concilier le point de vue des gentils et des méchants enfin je ne sais pas si c'est des gentils et méchants mais là où vous avez raison dans votre remarque sur une difficulté politique et économique c'est que à court terme il y a un double inconvénient de se protéger ça ne veut pas dire qu'il faut le faire encore une fois je pense qu'on n'a pas d'alternative il faut qu'on le fasse parce que sinon notre industrie européenne pas seulement française il ne reste pas grand chose en France mais l'industrie européenne va disparaître et ce n'est pas dans deux générations c'est dans 10-15 ans maximum donc il faut qu'on se protège mais c'est vrai qu'il faut dire la vérité aux gens il y a deux inconvénients à ça c'est à court terme ça renchérit le produit c'est d'ailleurs ce qui est en train de se passer aux Etats-Unis où les droits de douane renchérissent à court terme les produits qu'on importe et donc à court terme là aussi avant que l'industrie nationale ou domestique prenne le relais monte en gamme et arrive à faire aussi bien et au même prix que l'industrie chinoise qui encore une fois selon les industriels et les produits 10 à 15 ans d'avance vous avez 10 ans un peu difficiles à passer pour redevenir à la fois libre et je suis complètement d'accord avec ce qui a été dit avant l'une des raisons la principale qui fait que le travail ne paye plus au sens ne permet plus d'améliorer son niveau de vie pour la première fois depuis 1945 c'est la désindustrialisation donc il faut réinvestir ça va prendre 10-15 ans ça va être très difficile c'est assez incompatible avec nos régimes démocratiques qui demandent des résultats tout de suite mais si on dit la vérité aux gens on en a pour 10-15 ans rattraper notre retard et dans 10-15 ans on verra la lumière au bout du tunnel

30:57
Locuteur non identifié

Tiens Arnaud Montebourg si on parle des régimes démocratiques pourquoi justement les politiques que vous connaissez bien pourquoi les politiques ne font-ils pas cela puisqu'il y a une sorte de consensus semble-t-il sur le constat

31:09
Invité politique

que vous faites vous avez les consommateurs qui sont très nombreux les producteurs qui sont de moins en moins nombreux ils sont très petits les agriculteurs regardez ils sont 500 000 qu'est-ce qui pèse donc que les tracteurs les drapeaux les barrages ils sont plus écoutés parce qu'ils ne pèsent plus et les industriels c'est pareil c'est comme les nouveaux agriculteurs bon donc un pays qui ne met pas et c'est une bataille culturelle c'est la bataille culturelle du Made in France qu'est-ce que c'est c'est qu'on met au sommet de nos préoccupations comme le héros A-U-T de la société le producteur c'est ce qu'on fait toutes les grandes nations industrielles c'est ce qu'on a fait en France dans la première révolution la deuxième révolution industrielle donc ça veut dire que le consommateur il doit cotiser à l'existence d'un appareil productif voilà et non pas le producteur qui doit se sacrifier pour le consommateur donc ça veut dire que oui il faut accepter des produits plus chers oui alors justement je voulais vous poser la question vous allez expliquer

32:08
Locuteur non identifié

aux français qu'ils vont devoir perdre du pouvoir d'achat pendant

32:10
Invité politique

non non ils vont en gagner parce que tous ceux qui vont trouver du travail à court terme non tous ceux qui vont trouver du travail dans ces entreprises auront des salaires voilà au lieu d'avoir des allocations de chômage

32:25
Invité

vous avez donc en effet votre sécurité sociale 400 milliards de retraite c'est pas juste avec de la logistique et du tourisme que vous allez payer donc c'est juste pas possible donc à un moment il vous faut des industries puissances qui créent beaucoup de valeurs ajoutées pour avoir de la recette fiscale c'est tout c'est juste factuel vous n'allez pas créer de l'argent si vous voulez payer 400 milliards de retraite 300 milliards de sécurité sociale 100 milliards de charges de la dette à 2029 si on ne fait rien il n'y a pas le choix voilà

32:51
Locuteur non identifié

là vous ne dites pas quelque chose de différent à ceci près Anne-Sophie la question c'est que vous allez devoir dire dans un premier temps aux consommateurs votre voiture elle ne sera pas chinoise à 8000 dollars elle sera française à 30 000 euros

33:04
Invité

complètement mais le problème c'est pour ça que j'insistais beaucoup sur le pouvoir d'achat c'est que c'est une arme politique qu'utilise la Chine justement contre l'Europe en disant regardez en fait nous la Chine on préserve le pouvoir d'achat des Européens et ça c'est totalement faux déjà il faut le dire en France on a quand même 6 000 milliards d'épargnes donc on n'est pas un pays pauvre alors bien évidemment il y a des fortes inégalités en fonction des revenus mais tout de même et quand vous voyez qu'il y a des aides et autres on a vu avec l'indexation des retraites la moitié s'est transformée en épargne donc il y a quand même il y a de quoi consommer des produits plus chers et encore quand on dit plus chers on ne parle pas forcément de 20-30% plus chers puisqu'il faut le dire depuis l'annonce des 2035 notamment l'industrie automobile européenne a massivement investi dans l'électrique donc on ne part pas de rien Antoine Fouché il faut qu'on repasse Arnaud Beaunebourg une économie de la consommation il faut qu'on redevienne une économie de la production il y a un coup de transition pardon de le dire comme ça mais il y a un coup de transition effectivement qui fait que il y a un effort à faire qui peut paraître à court terme inacceptable ou problématique mais il faut aussi dire l'alternative c'est-à-dire une économie de consommation c'est une économie dans laquelle structurellement le travail ne paye pas au sens où les salaires n'augmentent pas d'une année sur l'autre il n'y a pas d'autre choix et c'est une économie dans laquelle à la fin le pays n'est pas libre parce qu'aujourd'hui déjà nous ne produisons plus d'après l'INSEE que 38% de ce que nous consommons tout ce qu'il y a je pense autour de cette table les appareils avec lesquels les auditeurs nous écoutent 90% n'est plus fait en France si jamais la pente qu'on prend c'est un appauvrissement collectif qu'on a déjà commencé à apprendre et là où c'est difficile à entendre mais il faut raison de plus pour dire la vérité c'est que là la seule alternative qu'on a à la pente de tiers mondisation parce que je pense que le terme n'est pas excessif je n'osais pas

35:02
Locuteur non identifié

vous poser la question comme l'a formulé Arnaud Montebourg en fait je devrais reprendre vos mots tout le temps Arnaud Montebourg

35:07
Invité politique

il serait temps il serait temps il serait temps merci beaucoup

35:10
Invité

il y a un chiffre qui dit ça qui montre ça me semble-t-il puis chacun peut le vérifier c'est que nous sommes aujourd'hui le 26ème PIB par habitant du monde voilà et le PIB on dit souvent on est la 6ème la 7ème puissance économique du monde etc mais c'est normal on est 68 millions mais si on ramène au nombre de populations nous sommes le 26ème PIB par habitant du monde ce qui veut dire en langage non technocratique que la France nous ne sommes déjà plus un des pays les plus riches du monde il y en a 25 autres dans lesquels en moyenne les gens sont plus riches qu'un français et à ce rythme là on sera 40ème ou 50ème quand nos enfants auront notre âge

35:43
Locuteur non identifié

Gabriel Zuckman par exemple ne partage pas votre pessimisme pas sur l'industrie il n'en parle pas mais il dit davantage de loisirs de meilleure performance de santé plus d'égalité

35:51
Invité

c'est pas contradictoire c'est pas du tout contradictoire toutes les nations industrielles ça a très bien dit qui ont de la production chez eux regardez ce qui se passe en Chine quand vous avez 1000 milliards d'excédents on peut dire que le niveau de vie des chinois ne cesse d'augmenter en loisirs en sorties en vacances vous voyez tous les jours qu'on vous promenez à Paris donc c'est totalement faux ce n'est pas du tout l'un contre l'autre c'est l'un justement avec l'autre c'est parce qu'on veut garder notre pouvoir d'achat et notre mode de vie qu'il faut se réindustrialiser c'est vraiment une lecture inverse qu'il faut faire écoutez deux chiffres

36:18
Invité politique

qui parlent le revenu par habitant moyen en France en dehors de la région Île-de-France et Provençal-Côte d'Azur est passé en dessous de la moyenne de l'Union Européenne donc nous sommes en voie de roumanisation c'est tout d'ailleurs traverser la France sortir des autoroutes aller voir à vendre à louer à vendre à louer vous voyez la pauvreté qui s'installe bon deux le nombre de personnes au travail dans la population active en âge de travailler et de 68% en Allemagne c'est 76% donc on n'a pas assez d'activité on n'a pas assez de travail voilà et d'ailleurs regardez les statistiques du chômage on dit le chômage a baissé très bien j'espère en tout cas moi ce que je sais c'est qu'il y a 6 millions de personnes qui ne travaillent pas qui sont plus ou moins subventionnées par les budgets publics qui s'endettent pour pourvoir au pouvoir d'achat de gens sans travail donc la seule question c'est comment on remet l'activité en France agricole et industrielle et servicielle un mot de conclusion

37:15
Invité

alors il faut donner quand même une note d'espoir à l'approche de Noël puisqu'on se dit ça y est c'est fini on a aussi des atouts quand même en Europe ça commence tout commence bon là c'est vrai qu'on a atteint quelque chose un petit peu que des sueurs et des larmes pendant 10 ans non non on a quand même énormément d'atouts on a déjà des secteurs où on est encore bon on a parlé de l'agroalimentaire on a aussi l'aéronautique on a encore des secteurs on a encore la pharmacie la santé le luxe on a encore des domaines où on est bon bon voilà mais par contre ce qui est très très important c'est vraiment de prendre un petit peu l'arrivée de cette Chine comme un réveil comme on a eu pour la défense pour l'industrie Antoine Fouché un dernier mot oui je pense que quand même sur le diagnostic il ne faut pas qu'on se mente parce que tant qu'on se ment et qu'on se raconte qu'en fait ça va aller quand même on n'est pas prêt collectivement à faire l'effort historique qu'on a à faire devant nous et qu'on n'a pas fait depuis 70 ans en ordre de grandeur c'est ça

38:06
Locuteur non identifié

Antoine Fouché merci votre livre sortir du travail qui ne paye plus merci Anne-Sophie Alsif professeure à Paris 1 Panthéon Sorbonne merci Arnaud Montebourg donc il faut manger des amandes made in France et du miel vous faites aussi du miel c'est très bon le miel dans quelques instants François Saltiel Lucille Comeau et le journal d'Anne Lorchouin Merci