Le discours de Bernard Cazeneuve lors de la Convention d'investiture à Lille
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Merci à tous. Je retrouve dans cette salle si comble et si chaleureuse l'esprit des grands rassemblements linois dont Martine a le secret. Et Martine ne m'en voudra pas de commencer mon propos en évoquant notre candidate pour lui dire tout le bonheur qui est le mien de pouvoir lui apporter avec force et conviction un soutien absolu dans cette bataille dans laquelle elle s'engage avec le courage. Et la détermination qu'on lui connaît. Ce soutien, je ne le donne pas simplement parce que Anne est la candidate de notre famille politique et que j'y appartiens depuis plus de 30 ans.
Je lui donne aussi ce soutien avec beaucoup de cœur et beaucoup de raison parce que nous avons vécu ensemble des événements singuliers, difficiles, douloureux. Qui ont laissé dans ma mémoire et dans mon cœur un souvenir qui me permet de vous dire parce qu'elle était là à ce moment là et que j'ai vu qu'elle était son tempérament et son caractère, qu'elle est une femme de cœur et qu'elle est une grande dame. Car lorsque j'étais ministre de l'intérieur et bien entendu, vous l'imaginez bien, je garderai cela au plus profond de moi même jusqu'à mon dernier souffle.
Nous avons été amenés à vivre des moments qui furent d'une particulière intensité et que vous avez vécu, vous tous, militants, socialistes, français, comme tous nos concitoyens, partageant un sentiment qui portait un nom simple qui se nomme le chagrin.
Lorsque nous nous sommes retrouvés avec Anne, quelques minutes après que des barbares avaient décidé de décimer la rédaction de Charlie Hebdo, de ces figures si familières, si impertinentes et qui, par leur stylo ou leur crayon, incarnaient l'esprit français, et que nous nous sommes retrouvés dans cette ambiance de désolation, il fallait qu'il y ait entre nous à la fois de la complicité, de l'affection et le sentiment d'appartenir à une même famille, celle des Républicains, pour tenir face à la douleur de l'épreuve à laquelle le pays était confronté.
Je me souviendrai toujours de la présence d'Anne à la grande manifestation du 11 janvier, lorsque, aux fenêtres des immeubles de Paris, des milliers de Parisiens applaudissaient les policiers pour les remercier de les avoir protégés de la barbarie d'individus animés par une idéologie haineuse. Je me souviendrai de Anne lorsque, avec une empathie profonde et une humanité que nous avions en partage, elle accompagnait les familles des victimes de ceux qui avaient perdu les leurs dans les attentats de novembre 2015.
Et ceux qui sont dans cette salle et qui ont vécu ces moments avec nous savent parfaitement de quoi je parle, et notamment le couple de camarades, dont je ne citerai pas le nom, mais qui se reconnaîtront, qui sont ici aujourd'hui et qui savent à quel point Anne a su être dans l'affection, dans l'empathie, à ce moment-là. Je n'oublierai pas non plus le sentiment ardemment républicain qui nous conduisit tous ensemble, et notamment elle, à trouver les mots justes pour dire au moment où nous étions confrontés à cette terrible épreuve qui était destinée à fractionner, à fracturer, à antagoniser la société française.
Je n'oublierai jamais à quel point elle sut trouver les mots pour dire la concorde et la fraternité. Et si la France est demeurée debout dans cette période où ceux qui font souffler les vents mauvais étaient déjà présents pour créer partout la division et faire passer la haine, s'il n'y avait pas eu des républicains et des républicaines comme Anne Hidalgo pour porter la parole de la République, alors notre pays, sans doute, se serait fracturé. Alors pour tout cela, chère Anne, merci, merci du fond du cœur pour avoir su, avec ces mots, avec cette force, avec cette sincérité, nous rappeler ce qu'était la République, ses valeurs, ses principes. Et puis, nous sommes ici à Lille.
Lille, ce n'est pas une ville comme les autres. Bien entendu, il y a Martine. Quand on est ministre du gouvernement, le fait qu'il y ait Martine à Lille est un bonheur et une angoisse. C'est un bonheur parce qu'on sait que sur les sujets les plus difficiles, on sera soutenu. C'est une angoisse parce qu'on sait que si les manquements venaient à survenir, on sera vilipendé, houspillé, rappelé à son devoir. J'ai eu le droit à l'un et à l'autre. Je me souviens de tout, mais je me souviens notamment du meilleur.
Pour peu qu'il y ait eu des moments qui ne relevaient pas, car ils ont tous relevé de l'amitié, je me souviens du meilleur et je me souviens notamment de ces moments où nous étions en pleine crise migratoire. 2,5 millions de migrants arrivant sur le territoire européen, une concentration de migrants désespérés, livrés à eux-mêmes, sans soutien, parfois sous la pression des passeurs qui prélevaient jusqu'à 15 000 euros sur chacun d'eux pour les envoyer dans des ratios de fortune, affronter la mort sur des mers improbables.
Et bien, lorsqu'il y a eu 12 000 migrants venus d'Erythrée, d'Ethiopie, de Syrie, d'Irak, d'Afghanistan, à Calais, qui étaient concentrés dans ce camp de la Lande où tout était précarité, vulnérabilité, misère, souffrance, solitude, et qu'il a fallu multiplier par deux le nombre de places en centres d'accueil pour demandeurs d'asile, lorsqu'il a fallu pendant cette période ouvrir 570 centres d'accueil et d'orientation, et je salue Emmanuel Kos, qui était à l'époque ministre du Logement et qui a fait un travail absolument remarquable pour que cela soit possible, lorsqu'il a fallu ouvrir ces 570 centres d'accueil et d'orientation pour permettre à ces femmes et à ces hommes qui étaient dans les désespérances et qui avaient déjà vécu les persécutions sous les régimes absolument abjects qui maintenaient leur peuple dans la soumission et dans la négation absolue des droits de l'homme, Martine, un jour, m'a dit, tu devrais réunir tous les maires de France et leurs associations à la Maison de l'Alchimie, leur demander de s'engager, et nous serons quelques-uns à s'engager à vos côtés pour faire en sorte que toutes ces femmes, tous ces hommes, tous ces enfants qui sont accalés puissent être mis à l'abri et entrer dans le dispositif national d'asile.
Et c'est ce que nous avons fait ensemble, chère Martine, et je veux pour cela, ici à Lille, rappeler à nos camarades que lorsque nous gouvernons malgré les difficultés du moment, malgré les épreuves, malgré les tensions, ensemble nous sommes capables de faire de grandes choses pour vivre les valeurs que nous avons en partage et auxquelles nous croyons. J'ai évoqué deux moments où la République fut convoquée dans ses principes, et comme vous pourrez le constater, ce sont deux femmes, deux grandes républicaines, dont j'ai évoqué l'action et l'engagement pour leur dire ma gratitude et mes remerciements.
C'est un signe quant à la capacité dans laquelle tu seras, chère âme, d'exercer les responsabilités avec ces compétences, ce talent, cet engagement que l'on sait. Je n'oublie pas non plus qu'ici, nous sommes dans une ville qui a compté de grands socialistes, et que nous ne devons pas non plus oublier l'héritage, et n'oubliant pas l'héritage, nous dispenser de nous comporter en héritiers, dilapidant cet héritage en oubliant d'ailleurs ce que sont les enseignements de l'histoire, les fils de l'histoire dont François Mitterrand avait raison de dire qu'il ne se coupe jamais, et les valeurs que charrie cette histoire et dont nous sommes comptables.
Comment être à Lille, à quelques jours du commencement du mois de novembre, et ne pas évoquer, compte tenu du climat dans lequel s'engage cette campagne électorale, la belle et grande figure, si symbolique de ce que furent nos combats, de ce que fut notre dignité, de ce que fut le courage politique de Roger Salingro.
Comment ne pas évoquer cette figure de notre famille politique qui aurait pu connaître un autre destin si elle n'avait pas été armée de la volonté de savoir, de connaître, si elle n'avait pas été habitée par l'amour des belles lettres, si elle n'avait pas, dans les meilleurs lycées, fait les meilleures études, au point de réussir, à l'époque ça n'était pas courant, le baccalauréat à l'âge de 16 ans, avant que de partir dans les meilleurs lycées de Paris pour suivre les meilleures études. Comment ne pas évoquer le cœur valeureux, l'homme courageux, ardent, dont les qualités éminentes furent reconnues par celui qui était le principal collaborateur de Jean Jaurès, je veux parler de Léon Blum.
Comment ne pas avoir à l'esprit que c'est parce qu'il avait ces qualités-là que précisément il fut nommé ministre du gouvernement du Front populaire et que l'un des premiers actes qu'il posa fut la dissolution des ligues qui en février 1934 avait, avec une violence extrême et la haine au cœur, conduit des individus dont la haine était la modalité à s'en prendre à Léon Blum lui-même au point de le blesser et de conduire à son hospitalisation pendant plusieurs jours ?
Et bien c'est précisément parce qu'il avait décidé de dissoudre ces organisations qui portaient la haine de la République, l'antisémitisme, le refus du parlementarisme dans l'esprit et dans le cœur, que Salingro connut le pire de la politique. Le pire de la politique, c'est lorsque la politique s'abaisse en abjection, en invective, que la polémique devient insulte. Le pire de la politique, c'est lorsque l'invective se fait mensonge, que le mensonge se fait calomnie, que la calomnie se fait rumeur, que la rumeur se fait meute et que la meute se fait mort, comme cela s'est produit dans cette nuit tragique de novembre 1936.
Alors je pense à Roger Salingro, ici à Lille, et à travers sa belle et grande figure républicaine. Je veux vous dire que ceux qui caractérisent cette droite extrême et cette extrême droite qui rentrent dans cette campagne électorale avec bien des complicités et bien des mensuétudes, nous livrant un message qui n'a rien à voir avec ce qui est le fond des problèmes auxquels les Français se trouvent confrontés. Cette droite extrême est toujours la même. Elle puisse ses vents mauvais au même creuset. pour reprendre la belle formule de Jean Jaurès qui disait que c'est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle à sa source.
Pour ce qui les concerne à eux, qui sont encore présents et qui n'ont en rien changé par rapport à ceux qui s'exprimaient dans les années 30, c'est en allant vers la boue que leur tonorant de haine reste fidèle à sa source, empoisonnée.
Alors évoquant la figure de Roger Salingro, oui, j'ai envie de dire à tous les républicains qui sont là, car on ne peut pas être socialiste sans être ardemment républicain, que nous devons compter sur Anne et que nous pouvons compter sur Anne pour qu'à partir d'aujourd'hui, entrant en campagne, elle rehausse le niveau de cette campagne et dise ce que nous avons au fond du cœur concernant cet abaissement politique qu'on subit et que subissent les Français et qui conduit un responsable politique qui n'a de responsable que le nom à dire, dans un pays laïque comme le nôtre, à des hommes et des femmes, et notamment à un grand-père qui a perdu ses petits-enfants à l'occasion d'un attentat terroriste abject à Toulouse et à Montauban, que lorsqu'il enterre ses petits-enfants en Israël, c'est à la France qu'il manque.
Non ! La laïcité, c'est la possibilité de croire ou de ne pas croire. Et dès lors que l'on a fait le choix de sa religion, c'est la possibilité d'être garantie qu'on pourra la vivre librement. C'est un principe de liberté, c'est un principe de fraternité, et ce n'est pas un principe au nom duquel on insulte la mémoire de ceux qui ont souffert dans leur chair en trahissant la République et le message de la France. Vous êtes porteur de cela. Serran, tu es porteuse de cela à partir d'aujourd'hui, et nous sommes confiants dans le fait que tu pourras porter loin ce discours et l'espérance qui va avec, parce que depuis longtemps, tel est ton engagement pour la France et pour la nation.
Alors, on m'a donné... On m'a donné huit minutes. Et ce n'est pas moi que vous êtes venu entendre. Vous comprenez bien que j'aurais mis l'autre chose à vous dire. Mais on me réinvitera peut-être, sait-on jamais ? Et je pourrais vous dire le reste. Sur les inégalités sociales qui se creusent, sur la démocratie sociale qui appelle le besoin de corps intermédiaires avec lesquels on dialogue pour faire le progrès social, et non cette verticalité qui n'est rien d'autre qu'une manifestation supplémentaire de narcissisme de la part de ceux qui se sont à un moment déclarés sociodémocrates et qui finalement se sont révélés sarkozistes. Et je voudrais terminer vraiment par une supplique à Anne.
On nous explique que finalement tout est joué, que les sondages, c'est les suffrages, que le second tour a lieu avant même que le premier n'ait permis aux uns et aux autres de s'exprimer. On nous indique que le président de la République est déjà quasiment réélu, tellement il est parvenu à se donner à lui-même les adversaires dont il rêvait. Eh bien, moi j'aimerais bien que nous n'ayons pas un deuxième quinquennat d'Emmanuel Macron. Et un premier quinquennat d'Anne Hidalgo m'irait bien. Et je vais vous dire pourquoi je ne le souhaite pas vraiment. C'est parce que j'ai très peur qu'un deuxième quinquennat d'Emmanuel Macron ressemble à un troisième quinquennat de Nicolas Sarkozy.
Alors, chère Anne, cette belle réunion, tu l'auras compris, témoigne s'il en était besoin de la détermination de chacun à te voir réussir et de prendre sa part pour se faire. Ça s'appelle mettre la pression. Mais il n'y a aucune victoire possible si au commencement du combat, il n'y a pas des hommes et des femmes déterminés, militants, élus, responsables. Et Johanna a montré à quel point la magnifique équipe des élus, des maires, des présidents de régions, présidents de départements que tu as autour de toi et des militants qui agissent dans les associations, les collectivités est une extraordinaire chance pour cette campagne de la voir réussir.
Alors, comme vous l'aurez compris, Anne compte sur vous. Elle peut compter sur nous, elle peut compter sur moi pour qu'au terme de cette campagne, nous ayons la très belle victoire de la République qui sera aussi la victoire de la France telle que nous l'aimons. Merci.