Prisca Thevenot, députée Renaissance des Hauts-de-Seine | La politique et moi
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-Mon invitée a eu une carrière dans le privé après avoir grandi dans une ZEP de Seine-Saint-Denis, élevée par des parents immigrés. Un événement inattendu est venu bouleverser sa vie, et l'engagement politique est alors devenu une évidence pour elle. Générique ... Bonjour, Prisca Thevenot. -Bonjour. -Le public vous a découverte au mois de janvier 2020, quand vous avez été nommée porte-parole d'En Marche. Depuis, une grande partie de votre travail politique consiste en ça.
Là, vous nous parliez de la réforme des retraites. *-Laissez-moi vous expliquer. Oui, nous devons revaloriser les pensions minimales de retraite, prendre en compte les pénibilités, et les carrières longues. Moi, je vous dis simplement qu'il faut augmenter l'âge de départ pour financer cela. *-J'ai bien compris... *-Dites-le à vos camarades. -C'est un parfait exemple. Vous passez une grande partie de votre temps à défendre l'action de la majorité, à l'Assemblée, sur les plateaux télé. On vous voit ici face à Jean-Philippe Tanguy. Vous vous laissez pas déstabiliser, et pourtant, j'ai lu que vous vous définissiez comme timide et sensible. On peut être porte-parole et être timide et sensible ? -Oui,
je pense qu'on peut l'être. En tout cas, je le suis, donc je vais pas me réinventer. Je suis profondément timide et très émotive. -Mais donc, c'est une souffrance pour vous de faire un plateau télé ? -Ca pourrait, mais c'est devenu une force. Ma timidité m'oblige à préparer mes sujets. Ca ne veut pas dire juste relire des fiches, mais aussi aller confronter ces sujets avec mon entourage. Ma famille proche, évidemment, tout d'abord, mais également les gens de mon quotidien : le boulanger, la boulangère, mais aussi les professeurs, les parents d'élèves que je croise. -Vous forcez votre nature ? Vous devenez une autre personne ? -Je ne suis pas une autre Prisca Thevenot. Je m'oblige à me dépasser, à me surpasser
et je pense que c'est comme ça qu'on avance, c'est-à-dire ne pas rester sur nos acquis, sur nos facilités, et quelque part, on apprend tout au long de la vie. Il faut qu'on s'en souvienne, en tant que politique. -Quand vous devenez porte-parole, vous êtes militante En Marche. Vous n'avez aucun mandat, vous n'êtes pas députée, pas élue. Comment ça marche ? Porte-parole, propulsée sur les plateaux... Vous avez eu une formation ? -Non, non, pas du tout. Je dois le dire, je me permets, je suis toujours une simple militante. J'ai juste une mission particulière. -Vous avez un peu plus de bouteille. Vous êtes habituée à débattre. Vous ne l'aviez jamais fait, avant. -Non. Par contre, débattre,
on le fait depuis le plus jeune âge. Nos enfants essayent de débattre pour nous convaincre. Je le fais maintenant de façon plus officielle, plus affirmée, et devant plus de personnes. Il n'y a pas de formation, et la meilleure expérience qui soit, c'est la vie. C'est d'être en capacité de se dire qu'on ne sait pas tout et qu'on va apprendre, pas tout seuls, mais avec les autres, et pas seulement celles et ceux qui pensent comme nous, mais surtout ceux qui ne pensent pas comme nous. C'est peut-être la meilleure école de la formation. -Alors, pendant longtemps, vous étiez loin de la politique. Vous avez eu une carrière comme consultante dans les télécoms. Et puis, un jour, est arrivé ce que vous espériez sans plus y croire :
vous êtes devenue maman. -Oui. Oui, c'est vrai, en réalité... Merci pour le portrait que vous dressez, mais en réalité, j'ai eu un parcours d'une banalité extraordinaire, et c'est peut-être ça qui fait qu'aujourd'hui, je suis une députée pas ordinaire, parce que j'attache une grande importance à ma famille, bien évidemment mes enfants, mes deux garçons, que je ne cache pas, qu'on voit assez souvent, mais aussi mes parents, mes parents qui m'ont appris la chose la plus importante, c'est qu'on pouvait tout perdre, on pouvait tout nous enlever, sauf une chose cruciale : l'éducation. Ma mère, ça a été l'éducation par les livres. -Vos parents qui sont nés... -A l'île Maurice,
et qui sont venus en France par amour de la France, qui ont vécu cet amour. Ma mère, c'est par l'éducation, par les livres. Elle prenait des heures carrées à prendre du temps avec mes devoirs, apprendre mes leçons. C'était vraiment une chance. Mon père, c'était pas par les livres, mais par la vie. Il travaillait de nuit. J'attendais qu'il rentre. Quand il rentrait, vers 3 ou 4h du matin, j'arrivais discrètement dans la cuisine et je le voyais avec tous les journaux. Il disait : "C'est bien d'apprendre ce que les gens ont fait "dans les livres, mais intéresse-toi à ceux d'aujourd'hui, "ce qu'ils font aujourd'hui pour nous, demain." C'est important. -Vous parlez de la famille qui fait partie de votre engagement de députée. -Oui. -Moi,
si je me suis arrêté sur vos enfants, c'est parce que vous avez dit : "Je me suis lancée "dans la politique pour changer "le monde dans lequel mes enfants allaient grandir." La naissance de vos enfants a été le déclic ? -Exactement. Exactement. -Et pourquoi ? Ca a changé votre vue du monde ? -Ca m'a obligée. Je vous parlais de mes parents car ça s'inscrit dans cette démarche, celle de continuer à évoluer et celle de s'inscrire dans le monde dans lequel on est. Il s'avère, et j'en parle très rarement, que, pendant longtemps, pendant mon adolescence, on m'a dit que, pour différentes raisons médicales, je ne pourrais pas avoir d'enfants, Je me suis attachée à vivre mon existence
pour mon entourage, mais sans penser à ce que je laisserais, peut-être égoïstement, mais le jour où j'ai eu la chance de tomber enceinte, d'avoir mes deux enfants, je me suis dit qu'il fallait que je m'engage, et c'est là, effectivement, que je me suis arrêtée de travailler. Ca ne se fait pas comme ça, mais grâce à un homme, mon mari, qui m'a toujours soutenue. -Vous arrêtez votre carrière, vous créez une association pour aider les mamans qui reprennent le travail. L'engagement politique arrive plus tard, en 2017, avec une rencontre décisive, le 30 mars 2017, à Saint-Denis. *-Alors, je vais vous parler, pour être originale, d'éducation et d'accès au marché du travail,
mais en se mettant dans les baskets d'un jeune du 93. Pourquoi j'estime être légitime pour parler de ça ? Je suis fille d'immigrés. J'ai été élevée dans le 93. J'ai fait ma scolarité en ZEP. A Stains, plus précisément. Avec ce profil, je vous laisse imaginer les difficultés... -On parlait de votre timidité, je suis désolé, mais il faut du culot pour prendre la parole devant un candidat à la présidentielle. Qu'est-ce qui s'est joué, pour vous, ce jour-là ? -Ce qui s'est joué, ce jour-là, en réalité, je ne devais pas être là. -Pourquoi ? -J'avais entendu parler de cette organisation, pour "les jeunes talents des quartiers".
Je ne vivais plus dans le 93, mais je suis une enfant du 93. Par hasard, on m'a dit d'aller écouter, que c'était l'occasion d'assister à une réunion, c'était un peu le format "grand débat", déjà. C'était en 2017. J'entendais les uns passer après les autres, puis d'un coup, j'ai voulu lui demander pourquoi lui, on devait le croire. -Et sa réponse vous a convaincue, et vous vous êtes portée candidate aux législatives dès 2017. A l'époque, vous avez été battue, mais vous êtes restée engagée dans En Marche de façon bénévole. En plus, vous avez créé Civil Impact. Expliquez-nous un peu ce que c'est. -Civil Impact, je suis partie du principe
que j'arrivais de plein fouet dans un monde qui n'était pas le mien, la politique, où il y a des codes. Ces codes, si on veut un peu les briser, les renverser, ce qui est un peu mon objet, il faut quand même les connaître. -Avant de s'en affranchir ? -Bien sûr, c'est la base. Le principe, c'était de se dire que si je partais de ce postulat, d'autres aussi. C'est faux de dire qu'on va en politique comme on rentre au McDonald's, excusez-moi de la comparaison. Il faut pouvoir s'engager et créer cette communauté à laquelle on peut appartenir. Sur ce principe, il y a un exemple qui est très bon en ce moment et qui, moi, me guide depuis un certain nombre d'années, maintenant,
c'est la Première ministre de Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern... -Qui a décidé de se retirer. -Oui, mais avant, elle a décidé de s'engager, et ce d'une façon très étonnante, c'est-à-dire qu'elle n'a qu'une seule règle, celle d'en finir avec les règles du monde politique, d'en finir avec cette vision de la politique qui veut qu'on soit tout-puissant, qu'on soit en train de montrer les muscles, pour être dans un bras de fer contre tout, sur tout et en permanence. Quelque part, elle assume qu'il y a peut-être une faiblesse, la plus belle, que nous devons mettre au centre de notre action politique, celle du coeur, qui nous permet d'avoir une action raisonnée, passionnée, mais surtout audible et qui embarque.
Elle nous rappelle ce que j'explique dans Civil Impact, mon école d'engagement, c'est que, finalement, on ne doit pas être attaché au pouvoir en tant que politique, on doit être attaché à notre devoir, de faire, de bien faire, pas pour nous, mais pour celles et ceux qui nous ont donné une mission. -Derrière l'école, il y a l'idée que vous voulez faire bénéficier d'autres jeunes, peut-être issus du même milieu que vous, confrontés aux mêmes obstacles, de votre expérience ? -Il s'agit simplement de dire : "Venez. Venez apprendre. "Il est faux de dire que l'engagement est facile "et qu'il est inné. "L'engagement est difficile et il s'apprend." -Justement, l'engagement est difficile.
Je me suis arrêté sur cette phrase.
L'engagement peut être vécu comme une souffrance ? -C'est dur. -Dur en quoi ? -Je crois que j'invente rien. Je ne surprendrais pas grand monde en disant que oui, c'est dur, c'est compliqué, parfois très complexe, surtout en tant que mère de famille, vue comme "un peu jeune". Est-ce insurmontable ? Non, à la condition qu'on accepte de ne pas être seul, qu'on accepte de tendre la main, pour aider les autres et pour demander de l'aide. -C'est l'heure de notre quiz. Je vais prononcer le début d'une phrase, ce sera à vous de la compléter. "Etre une femme députée, c'est plutôt..." -C'est plutôt complexe.
C'est ce que je disais avant. En plus d'être une femme députée, je suis une maman députée, donc, c'est rock'n'roll, souvent, c'est passionnant, toujours. C'est une force. -Vous voulez dire que le regard des hommes sur les femmes, en politique, pose problème ? -C'est le regard du monde politique sur les femmes politiques. -Les femmes aussi ? -Bien sûr. Vous savez, je ne suis pas de celles qui disent que les femmes sont, par défaut, dans une sororité absolue. Ce n'est pas vrai. On doit le dire aussi. Nous sommes bienveillantes, oui, mais il faut aussi affirmer qu'il y a beaucoup de femmes, pour exister dans ce monde, qui ont dû faire comme les hommes. On reproduit certains schémas.
-On poursuit notre quiz. "Depuis que je suis députée, "ma famille me dit souvent..." -"Mange mieux." -Ah ? Ils se préoccupent de votre santé ? Et vos absences ? -Ils ne se plaignent pas, parce que... Déjà, avant, dans le privé, je n'étais pas souvent présente, mais c'est vrai que je fais attention à avoir des moments un peu sacrés, où je pose mon téléphone et je suis là. Oui, on a des rythmes infernaux et je mange quand je peux, et ce que je trouve. Ce n'est pas très bien. -"Entre porte-parole, on se dit souvent..." -"Ecoute." -C'est-à-dire ? -Oui, on est là pour parler, pour expliquer, pour mieux appréhender certains débats sur la sphère médiatique,
mais il faut qu'on apprenne à écouter. -Une dernière question. Vous êtes passionnée par la politique. Pour vous, cet engagement est pour la vie ou temporaire ? -On ne sait pas de quoi demain sera fait. -Vous vous projetez ? -Je me projette le plus loin possible, en tant que femme et mère, ensuite, l'avenir le dira. J'ai été salariée, je suis en politique, je n'étais pas censée être mère, je le suis. On verra. -Merci, Prisca Thevenot, d'être venue vous confier. -Merci. SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA Générique
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Prisca Thevenot