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interviewLe Média· 4 juillet 2025

ENTRETIEN EXCLUSIF. LES VÉRITÉS DE RIMA HASSAN, RÉFUGIÉE PALESTINIENNE ET DÉPUTÉE EUROPÉENNE LFI

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Moi, ça m'inquiète que des gens se disent que c'est un sujet comme un autre, que c'est banalisé, en fait, ce qui est en train de se passer. Si un génocide ne nous réveille pas, je ne sais pas où on va. Je suis actuellement au Parlement européen à Bruxelles où Rima Hassan, l'eurodéputée, nous a accordé une interview pour le Média.

Nous sommes revenus à la fois sur le combat qu'il mène au quotidien pour la cause palestinienne. Nous sommes également revenus sur son engagement, son engagement qui l'a poussé jusqu'à faire partie de la coalition pour la flottille Madeleine. Il y a plusieurs raisons.

D'abord, la question palestinienne a été tue pendant un certain nombre d'années. Je dirais, après Chirac, la question palestinienne n'a plus vraiment eu de place dans les orientations politiques du ministère des Affaires étrangères. Ce n'était plus non plus quelque chose qui était présenté comme une priorité.

Alors que dans la région, c'est la mère de toutes les luttes, pour les peuples en tout cas de la région. Et on ajoute à cela la dimension aussi des crimes qui sont commis de manière répétée par Israël. C'est vrai que c'est assez incompréhensible de se dire qu'un sujet aussi brûlant et aussi qui fait écho à autant d'injustice et autant d'impunité n'est pas été porté par la France.

Voilà, on peut se l'expliquer par les conjonctures politiques et les personnes qui ont été aussi au pouvoir, pour qui soit c'était un bon sujet, soit qui ont trahi, là je pense notamment au Parti socialiste, qui a trahi cette question. Donc ça, c'est le premier élément. Le deuxième élément, c'est que j'émerge dans un contexte, donc premièrement, où la question palestinienne n'est plus traitée depuis un certain nombre d'années, qui fait que c'est quasi générationnel.

Je veux dire, on a toute une génération qui n'a pas du tout été éduquée à la question palestinienne. Et j'émerge donc dans un contexte où cette question palestinienne, elle revient de façon explosive avec le 7 octobre, et en situant les palestiniens d'abord comme coupables. C'est ça, je veux dire.

On passe de l'absence de narratif sur la question palestinienne, d'informations, alors que les crimes sont continus tout au long de cette période. Gaza est une prison à ciel ouvert. On a des crimes de guerre qui sont répétés sur cette bande de Gaza.

Et à côté, on a la Céjordanie qui est victime d'une colonisation, d'occupation illégale. On a des milliers et des milliers de Palestiniens qui sont emprisonnés de façon arbitraire, qui sont pour certains torturés. Voilà, donc la question de l'apartheid était déjà documentée.

Et donc on passe de l'absence de narratif, disons, vraiment porté sur la question palestinienne, à un vide quasiment, une indifférence politique à la question palestinienne, à la question palestinienne revient, mais elle revient de façon explosive avec le 7 octobre, et en restituant un narratif politico-médiatique qui présente les Palestiniens exclusivement que comme les seuls responsables de ce qui se passe. Alors qu'historiquement, ce sont d'abord des victimes et qui réagissent. Alors on peut discuter de cette réaction du 7 octobre au blocus et aux exactions commises par l'État d'Israël.

On peut discuter du droit qui s'applique, des crimes qui ont été commis contre des civils. Et ça, il n'y a pas de débat là-dessus. Mais ce qui est indiscutable, c'est qu'historiquement, ce sont les Palestiniens qui sont victimes.

Donc forcément qu'une palestinienne, qui n'est pas seulement une palestinienne, c'est une...

Enfin moi, mon identité, elle dérange surtout parce que je suis une réfugiée palestinienne descendante de la Nakba et que mon simple statut d'apatride témoigne à lui seul de la dépossession dont j'ai été victime. Je veux dire, personne...

Enfin, quand on est apatride, c'est qu'il y a une raison. Il y a eu une conjoncture politique qui a expliqué que. Donc ça oblige chacun à revenir à 1948 et à comprendre ce qui se passait en 1948, à comprendre que Gaza est composé de 85% de réfugiés qui sont descendus de cette Nakba et à comprendre tout ce qui s'est passé depuis dans cette bande de Gaza jusqu'à aujourd'hui.

C'est-à-dire pas même encore aujourd'hui. On a, il y a 2-3 jours ou hier, on a arrivé au Maréchelle Le Pen qui parle de vous de temps en tant que Française de papier. Il y a quand même une obsession autour de ce que tu représentes.

Oui. Donc en dehors de ces 3 éléments, c'est-à-dire l'absence de narratif, la question palestinienne qui revient de manière explosive et qui revient avec ce cadre qui présentait palestinien exclusivement comme des monstres, des terroristes, des coupables, des animaux humains. On a en parallèle une conjoncture politique française européenne de l'arrivée au pouvoir ou en tout cas de la normalisation aussi de la place qui est faite des discours d'extrême droite.

On l'a vu aux élections des européennes. C'est Bardella qui est arrivé en tête, la liste du Rassemblement national. On l'a vu dans d'autres pays européens.

Ici, au Parlement européen, on a 3 groupes d'extrême droite. C'est pas un seul, c'est 3 groupes d'extrême droite et un groupe de droite qui ressemble à la droite que nous avons en France qui peut très régulièrement s'allier avec justement les groupes d'extrême droite et qui composent donc de fait la majorité au Parlement. Et ça, c'est une tendance européenne.

Donc j'arrive, qui plus est, dans ce contexte politique qui fait pas de place aux idées de la gauche, qui fait de moins en moins de place aux idées, disons, progressistes, de luttes progressistes. Et donc les luttes décoloniales font partie justement de ce socle-là. Et donc c'est une double, voire une triple bataille qu'il faut mener.

C'est une bataille contre le narratif et la propagande israélienne. C'est une bataille contre et le narratif de la propagande de l'extrême droite qui est une propagande raciste, fasciste. Quand on parle de déchéance de nationalité, je veux dire, c'est quand même des pratiques pétainistes, quoi.

Et puis on a le dernier élément, c'est l'ambiance d'islamophobie mondiale, je dirais, à partir du 11 septembre, et pour laquelle, si je cite que la France, on a des pays européens qui sont des pays, a priori, de liberté, qui sont des pays de démocratie, qui sont très régulièrement pointés par des organismes comme les Nations unies ou d'autres, pour ces discriminations-là. Donc forcément que quand...

Moi, j'arrive avec l'étiquette de réfugié. Donc tous les discours qu'on entend sur les questions de migration, je veux dire forcément que ça me concerne aussi de par mon parcours. Femmes, jeunes, racisées, d'origine palestinienne, d'un milieu qui est d'un milieu aussi précaire.

Enfin, je n'ai pas grandi dans les grands tours dans les régions parisiennes, mais j'ai quand même grandi dans les quartiers les plus précaires à New York. Forcément que ça fait énormément de couches. Et puis il y a l'étiquette de la France insoumise qui, de par les combats que mène ce mouvement, est, comme on le voit, aussi diabolisé.

Donc je paye aussi forcément cet engagement politique. En tout cas, le choix politique que je fais de rejoindre ce mouvement, et ça, c'est plutôt d'un aspect médiatique où je vois une grosse différence entre l'avant, mon engagement près de la France insoumise, et l'après. Donc voilà, effectivement, ça fait beaucoup de couches dans ce contexte et qui fait qu'effectivement, une personne était comme la mienne.

Et aussi le tour, je veux dire que moi, j'ai assumé très tôt d'avoir une radicalité sur cette question. une forme de radicalité sur cette question. Mais moi, je ne m'inquiète pas de ma radicalité.

Je m'inquiète de ceux qui n'en ont pas. Parce que dans un contexte de génocide, je ne sais pas ce qu'il faut de plus pour être radicale, dans son discours visant à réclamer justice, à dénoncer la complicité de la France, à relayer les crimes qui sont commis par l'État d'Israël. Donc moi, je pense que ceux qui me reprochent ma radicalité devraient se questionner sur l'absence de colonnes vertébrales, je veux dire, plutôt dans leur discours à eux, sans forcément peut-être être plus radical.

Mais je veux dire, moi, ça m'inquiète, quoi, que des gens se disent que c'est un sujet comme un autre, que c'est banalisé, en fait, ce qui est en train de se passer. Si un génocide ne nous réveille pas et ne nous rend pas forcément, enfin, intransigeant sur ce qui est en train d'être fait, je ne sais pas où on va. Et justement, est-ce que tu te sens seule ?

Parce que quand même, moi, j'ai regardé tes interventions par l'homme européen, tu parles de crime d'apartheid, tu parles de crime de guerre, tu parles de colonisation. Et justement, c'est un vocabulaire qui va à l'encontre du vocabulaire de ceux qui dominent. — Et un État aussi. — Ouais.

Du coup, est-ce que ça t'arrive de te sentir seule, de mener ce combat seule ? — Je sais pas si je me sens seule. Je pense que dans le spectre politique... — Je veux dire seule dans le sens où tu fais partie des rares personnes à porter aussi cette responsabilité-là. — Oui.

En tout cas, il y a aussi ce narratif. C'est vrai qu'il y a beaucoup de gens qui se positionnent sur la question palestinienne. Aujourd'hui, on a même Delphine Orville qui se dit sensible. au sort des Palestiniens.

Donc je vois qu'il y a beaucoup de gens, en réalité, qui investissent au sujet. Moi, je suis très, très attentive à comment on l'investit. Et j'ai aucun scrupule à attaquer des gens qui investissent la question palestinienne, mais qui sciemment, sciemment, vont taire les crimes, vont taire les revendications du peuple palestinien, et vont agencer pour placer la question palestinienne dans leur agenda politique, mais l'agencer de manière à ce que ça ne serve qu'à eux.

Or, pour moi, quand on investit une question politique, c'est d'abord des intéressés. Deuxièmement, ça a un prix. Il y a une dimension de sacrifice aussi.

Je veux dire, quand on porte une cause quelle qu'à soit, il faut prendre des coûts qui vont avec. En tout cas, c'est le prix à payer pour des convictions. Donc, si vous voulez, toute la peau sûre qui consiste à lisser un peu la question palestinienne.

Donc là, je fais, par exemple, référence aux gens qui ont défendu la cause palestinienne, mais que sous le prisme humanitaire. Ce qui se passe, c'est une crise humanitaire. Ça, c'est inacceptable.

Ou encore des gens qui, par exemple, se refusent jusqu'à aujourd'hui à parler de génocide ou à parler d'apartheid. Donc, je me sens seule parfois dans cette droiture, en tout cas, qui consiste à dire peu importe ce que ça va coûter, il faut un nommer la chose, il faut le dénoncer et il faut aussi pointer toutes les responsabilités. Pas juste se contenter de...

Voilà, j'ai placé l'homogénocide, puis ensuite, j'ai aucune responsabilité derrière. En fait, si, on a des responsabilités de dénoncer les entreprises, les collaborations en matière militaire, de dénoncer les discours politiques qui tendent à invisibiliser ou à normaliser ou à soutenir ce que fait aujourd'hui le régime israélien. Et donc, tout ça, ça a un coût.

Et effectivement, il y a des personnes qui embrassent la cause palestinienne et qui ne veulent pas du sacrifice qui va avec et qui ne veulent pas du tableau au complet. Et le tableau au complet, c'est effectivement nommer l'apartheid, nommer le génocide, nommer l'anakba, parler du droit au retour, parler de la responsabilité des entreprises, parler du boycott, parler...

Voilà, enfin, je veux dire, c'est aussi large que ça. En tout cas, t'as un point de vue national, t'es pas tout seul, parce qu'il y a eu un sondage, justement, qui fait partie des personnalités politiques préférées des Français, même au-dessus d'Emmanuel Macron. Quand t'as misé, qu'est-ce que ça t'a fait ?

Bon, alors, forcément, comme beaucoup de gens, quand je l'ai partagé, je me suis faite la réflexion de...

C'est un challenge assez facile, je veux dire, dans le contexte actuel, Emmanuel Macron est quand même au plus bas des soutiens d'adhésion à sa politique. Donc...

Mais il a fait souvent, quand même...

Il a fait souvent partie du classement le plus bas. Oui, oui, mais ce qui est sûr, c'est que c'est un miracle. Enfin, moi, après, je veux dire, une fois qu'on analyse la chose, parce qu'une fois qu'on a fait la petite...

Voilà, ces petites observations qui consistent à dire qu'Emmanuel Macron n'est pas non plus très bien placée dans le cœur des Français, quand on resitue, effectivement, la place qui m'a été faite sur le plan politique et sur le plan médiatique et qu'on analyse cette place-là, oui, c'est un miracle que je sois placée dans ce baromètre, disons, parce que j'ai été...

J'ai ressorti récemment, parce qu'on a travaillé avec mon équipe, à recenser les articles qui sont sortis sur moi, notamment par des médias qui ont surtout sorti des articles visant à me diaboliser ou à me cibler. Et on est arrivé, pour le JDD, à un article par semaine où je n'ai jamais eu la possibilité de répondre. Donc, c'est pas des interviews qu'on me donne.

Et donc, j'ai une tribune une fois par semaine pour exposer mon travail, mes opinions, etc., comme c'est le cas pour d'autres personnalités politiques. On a des personnalités politiques, comme Bardella ou d'autres, qui, toutes les semaines, sont sur au moins un plateau et où elles peuvent dérouler leurs opinions, les choses sur lesquelles elles travaillent, etc.

Moi, c'est un article par semaine pour le JDD sans que je puisse m'exprimer dans ces papiers. Et on a pu voir des titres comme Jean-Marie Le Pen est revenu, il s'appelle Rima Hassan. On a pu voir des titres comme La pieuvre de l'Iran.

Et donc ça, c'est une fois par semaine que ça sort. Une fois par semaine que c'est exposé à l'opinion. Pareil, si on prend Le Point.

Le Point, c'est une quarantaine, un peu plus de 40 articles. Donc c'est un tous les 10, 12 jours où je n'ai jamais été interviewée. Où j'ai été invitée à répondre à des questions sur mon travail, sur les mobilisations sur la Palestine, sur le droit international, sur le génocide.

Et paradoxalement, pour revenir sur ce qui a été dit au début de l'interview, c'est que j'ai été très médiatisée, mais j'ai eu très peu d'espace dans les médias qui parlaient de moi ou qui parlaient ou qui commentaient ce que je faisais, où j'allais ou ce que je disais. Donc c'est un paradoxe. Dans ce contexte-là, effectivement, je le vois comme un...

C'est assez miraculeux de finir parmi les personnalités préférées, les personnalités politiques préférées des Français. Mais en même temps, je trouve ça très beau parce que ça nous permet aussi de resituer que ce qui fait la France, ce n'est pas un gouvernement, ce n'est pas la position de la France actuellement sur cette question, c'est aussi la pleine conscience en fait des citoyens sur ce qui est en train d'être commis à Gaza et contre le peuple palestinien. Et ça témoigne de ce que René Broman a appelé un divorce entre les opinions et les gouvernements, notamment en Occident.

Il y a une sorte de fracture en fait sur la question israélienne. Et donc je pense que la manière de le témoigner pour beaucoup de Français, c'est de soutenir justement les personnalités qui portent cette question. Et j'ai beaucoup de chance d'être soutenue de ce point de vue-là.

Et est-ce que ça nourrit pas...

Est-ce que ça peut en tout cas nourrir aussi une forme d'ambition plus tard pour vraiment continuer en politique ou pas ? Non, moi j'ai été très claire là-dessus. Je pense que j'ai très à cœur de faire un deuxième mandat parce que j'aimerais beaucoup continuer à porter la question des droits humains, mais avoir un peu plus d'espace pour la porter sur d'autres zones géographiques.

Je travaille déjà sur la République démocratique du Congo. On a aussi porté une mission qui va se tenir normalement en octobre avec plusieurs députés. Donc j'y travaille aussi, mais nécessairement je suis moins exposée, médiatisée sur les autres sujets sur lesquels je travaille.

Mais j'aimerais pouvoir un deuxième mandat où je peux être utile pour d'autres causes encore, enfin élargir vraiment cet investissement. Et pour moi, c'est indispensable parce que la cause palestinienne, c'est une cause très structurante sur plein d'aspects, le droit international, la question coloniale, la question du racisme. et pour moi, elle fait pont.

Et c'est pour ça aussi que les mobilisations sont aussi importantes, je pense, un peu partout à travers le monde. Mais la cause palestinienne, c'est pas une cause isolée en fait dans l'état du monde. C'est une cause qui fait pont.

Et il y a une...

Dans la dynamique d'intersectionnalité des luttes, la cause palestinienne, elle est centrale. Et on le voit dans les mouvements cuir, on le voit dans les mouvements, dans les mobilisations antiracistes, on le voit dans...

Y compris sur les organisations mobilisées contre l'islamophobie. On voit peut-être tous les...

À quel point elle restructure quoi, certains mouvements. Et donc, j'aimerais pouvoir faire un deuxième mandat pour pouvoir élargir cet investissement qui est le mien sur la question des droits humains. Et dans la...

Cette question, la Palestine est une boussole. Mais je ne pense pas que...

Je n'ai pas d'autres ambitions. Nous sommes également revenus sur son engagement. Son engagement qui l'a poussé jusqu'à faire partie de la coalition pour la flottie Madeleine.

Pour moi, d'abord, ça s'inscrit dans une cohérence. Moi, je n'ai pas été élue pour rester dans ce bureau. J'ai été élue en partie pour porter cette question des droits humains et porter aussi la question palestinienne dans ses institutions, dans ses espaces.

Et beaucoup de gens ont voté pour moi en me disant vraiment, on compte sur toi pour les 5 ans pour ne pas lâcher cette cause. On en a besoin. On n'a pas beaucoup d'élus qui, dans ces sphères-là, sont investis sur le long terme, pas juste en réaction émotionnelle, sur les crimes qui sont commis, sur les images dont nous sommes toutes et tous témoins, mais porter vraiment cette question politiquement, sur le fond, et sur différents aspects tout au long de mon mandat.

Et donc, pour moi, il y a une question de cohérence à être disponible pour plein d'initiatives. Je voulais aussi me rendre à la marche pour Gaza, mais donc forcément, la détention dont on a fait l'objet a rendu possible ma participation. Mais pour moi, vraiment, quand je dis cohérence, c'est que je n'ai pas hésité une seule seconde quand la coalition m'a contactée. ensuite, sur la symbolique derrière, c'est pour moi une réponse d'abord à un vide politique.

Ce que fait la flottille à la liberté depuis des décennies, depuis que le blocus existe, c'est justement de dire nous, citoyens, on se mobilise pour tenter de briser symboliquement ce blocus là où les États ne font rien pour contraindre Israël à respecter le droit international. Donc, forcément, quand je me sens concernée, moi, au Parlement, je me bats pour que, justement, les politiques soient, justement, en cohérence sur cette question du droit international, sur les engagements des différents pays européens sur les conventions internationales. Et je me sens très seule dans cette bataille.

Donc, quand des citoyens organisent cette initiative en disant c'est notre responsabilité, on a un devoir moral, politique, citoyen, à mener toutes les actions qu'on peut mener pour briser symboliquement ce blocus et mener cette action politique, parce que c'est aussi une action politique, forcément, que je me sens très, très solidaire avec eux. Et puis, je crois qu'il y a aussi, enfin, cette dynamique de désobéissance, c'est-à-dire de désespoir, en fait, aussi, parce que, moi, j'entends que cette action ait pu être perçue comme complètement désespérée. Mais ce qui est désespéré et désespérant, c'est ce que font les dirigeants européens, d'abord.

C'est d'abord ça. Et donc, pour moi, il y a ce que Raphaël Pity a très bien dit, c'est que face au génocide, la seule réponse possible, c'est la désobéissance. Et donc, pour moi, il y a un moment où il faut embrasser toutes les actions qui consistent à dénoncer ce qui se passe et surtout, faire sa part.

Moi, je l'ai vraiment vu. J'ai compris très vite qu'on n'allait pas faire des miracles. J'ai compris très vite qu'on avait de fortes chances d'être intercepté, voire même d'être attaqué.

On a été formé pour ça dès le début aux différents scénarios. Et t'as eu peur ? Non, je me suis refusée à avoir peur.

Fondamentalement, je n'ai pas peur d'Israël ni de...

Je ne sais pas si c'est lié à mon vécu ou à l'éducation que j'ai. Je suis très fière devant eux. C'est la posture et le sentiment que j'ai, en tout cas, de mon retour de la détention et de notre interception.

J'ai le sentiment, quand je suis confrontée à eux, d'être du bon côté de l'histoire et ça, c'est ce qui compte en réalité. Donc, voilà, j'avais conscience, juste pour convaincre sur ça, j'avais conscience qu'on n'allait pas faire de miracle, j'avais conscience qu'on n'allait pas changer le sort de tous les Gazaouis avec ce petit bateau. Mais ce qui m'a fait tenir et ce qui m'a jamais fait douter de la nécessité de participer à cette action, c'est que je me disais que je faisais ma part.

Je suis en train, à mon échelle, de faire ma part. et participer à ces types d'actions, en plus de ce que je peux faire au Parlement, c'est pour moi faire ma part. Et je crois que chaque personne, quelle qu'elle soit, politique, citoyen, doit juste s'assurer face à cette montagne justement d'injustice de faire sa part.

Là où il peut faire, il doit le faire. Et moi, je veux dire, ça s'arrête à là. parce que moi, j'ai le sentiment de faire ma part, ça me va et personne ne peut me le reprocher aussi.

Enfin, je veux dire, on peut dire ce qu'on veut de la madeleine, on peut dire du bateau, on peut dire ce qu'on veut de l'initiative, mais personne n'a le droit de questionner mon intention dans ma participation à ce type d'initiative. Une petite fille née aujourd'hui justement dans un camp de réfugiés et qu'elle t'écoutait. Justement, qu'est-ce que tu aimerais lui dire ?

Tous les jours, il y a des enfants qui naissent dans ces camps. Et personne ne leur adresse une parole. Personne ne les regarde grandir.

Et personne ne les regarde devenir adultes et donc se prendre de plein fouet la violence du monde en sortant de la courte période où ils sont encore innocents et insouciants. Et c'est ce qui se passe dans ces camps, c'est-à-dire des humains qui naissent avec plein de rêves, plein d'espoir et beaucoup d'innocence et qui, à un moment donné, basculent dès lors qu'ils comprennent ce que ça veut dire être réfugiés palestiniens aujourd'hui. Ce que je veux leur dire, c'est que je n'ai aucun doute, absolument aucun, sur le droit au retour des Palestiniens pour avoir visité énormément de camps.

Ce n'est pas une position juste militante. Ma position militante, elle est connue de tout le monde. je milite pour le droit au retour.

Mais ce n'est pas seulement une position militante. Pour avoir visité énormément de camps, je n'ai pas été confrontée à une seule maison palestinienne où la question n'était pas maîtrisée par les enfants. Donc des grands-parents qui, pour certains, sont déjà morts, qui ont vécu la Nakba, aux différentes générations qui se sont succédées, tout le monde situe ce qu'ils sont, qui les a abandonnés, ce que le monde leur a fait et ce pour quoi ils doivent se battre.

Et la bataille dans ces maisons palestinières, la bataille dans le cœur des réfugiés palestiniens, elle est, plus de 75 ans après la Nakba, toujours portée sur le droit au retour. Donc je n'ai aucun doute sur le fait que ce droit au retour va s'opérer pour le retour comme pour la libération du peuple palestinien. La question qui s'oppose à nous, c'est à quel prix et quand ?

C'est les deux questions qui sont incertaines et auxquelles personne ne peut apporter de réponse. Ça peut être dans 5 ans, comme ça peut être dans 20 ans, comme ça peut être dans 50 ans et ça peut être au prix de...

Actuellement, c'est plus de 50 000 morts, comme ça pourrait être peut-être dans un an ou deux peut-être des centaines de milliers de morts. C'est les seules réponses, questions, moi, qui m'obsède et auxquelles je n'ai pas de réponse et qui sont terrifiantes parce que je me les pose avant de pouvoir le dire à une petite fille qui est née dans un camp. C'est des questions que moi-même qui me hante.

Moi, tous les jours, je me dis mais ça se trouve, je ne verrai jamais de mon vivant un avenir un peu plus radieux pour le peuple palestinien. Ça se trouve, je vivrai mes derniers jours dans un camp de réfugiés. Peut-être que je reviendrai de là où je suis venue.

Et voilà, donc si j'ai un message peut-être à faire passer, c'est autre chose que de l'espoir. c'est une conviction. Je suis convaincue qu'il y aura une issue favorable pour le peuple palestinien qui intègre les réfugiés palestiniens.

Il n'y a pas d'autre issue possible quand on se frotte un tout petit peu à ce que sont les camps palestiniens. Maintenant, je n'ai pas de réponse sur la temporalité et le prix qui doit être payé par le peuple palestinien pour sa propre libération. Merci Rima.

Merci à toi. Sous-titrage ST' 501