Clémentine Autain dénonce la "folie totale" de la mise en pause du plan Écophyto
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Bonjour Clémentine Autain.
Bonjour.
Troisième salve d'annonce du gouvernement concernant l'agriculture, la FNSEA. Les jeunes agriculteurs appellent finalement à suspendre les blocages. C'est un bon point pour le gouvernement ?
Écoutez, le compte n'y est toujours pas. L'essentiel, j'ai envie de dire, n'y est pas dans cette loi. Moi, j'attendais à la fois des prix planchers, ce qui permet aux agriculteurs, aux paysans de vivre de leur travail, et aussi un engagement ferme à arrêter les traités de libre-échange.
Alors, on va revenir sur ces différents points, mais ça veut néanmoins dire que les agriculteurs ont le sentiment d'avoir été entendus.
Il y a des éléments, des mesures qui vont dans le bon sens. Je pense notamment à la clause de sauvegarde. J'ai envie de dire, enfin, ça fait des mois que nous demandons qu'il y ait en effet des clauses de sauvegarde. Alors ici, c'est limité, puisqu'il s'agit seulement d'un pesticide, le thiaclopride, pour être précise. Donc, c'est l'idée qu'on arrête d'importer des fruits et légumes avec des pesticides que nos agriculteurs en France n'ont pas le droit de mettre dans leur production. Ce qui est déloyal, d'un point de vue de la concurrence, mais ce qui est aussi une folie sur un plan sanitaire.
Mais ce que je retiens de ces mesures, c'est évidemment la folie, la folie totale sur le plan écologique. Parce que s'il y a cette petite clause de sauvegarde, le plan éco-phito.
L'exécutif a décidé justement de mettre ce plan éco-phito qui visait à réduire l'usage des pesticides sur pause. C'était un plan qui suscitait la colère des agriculteurs. Est-ce que le gouvernement n'a pas eu raison d'entendre cette colère ?
Écoutez, il répond à la logique de la FNSEA, mais pas à l'intérêt de la majorité des paysans. Et certainement pas à l'intérêt des Français pour leur santé, à l'intérêt même des agriculteurs pour leur santé. C'est eux-mêmes, puisque l'utilisation des pesticides, les premières victimes en sont les paysans, qui sont contaminés. Et puis il y a un enjeu pour l'écosystème. Comment ils font en fait ? Vous voyez bien que le système ne marche pas. Et vous voyez bien que le système ne marche pas. C'est-à-dire que l'Union européenne et les gouvernements successifs ont détruit toutes les protections de notre agriculture pour favoriser le productivisme et l'accumulation de profits.
Et au total, qui paie la facture ? La majorité des paysans qui ne peuvent pas vivre de leur travail. Et notre santé, puisqu'on mange mal. Vous avez des agriculteurs qui crèvent la dalle, et nous qui mangeons des choses qui sont dangereuses pour la santé.
La jachère, qui est une pratique européenne bien connue, n'est pas particulièrement une mesure de surproductivité.
Précisément, oui. La jachère, la FNSEA, demande à ce qu'on sorte carrément de la jachère.
L'Europe, c'est l'Europe qui impose...
Oui, mais l'Europe, avec la PAC, vous le savez, comme moi, la PAC, elle favorise une agriculture qui est intensive. Et vous savez très bien que quand vous signez les traités de libre-échange, moi, sous le précédent mandat, je me suis beaucoup battue sur les CETA, contre le CETA, qui était un traité de libre-échange avec le Canada. Mais il y en a eu des floppés. Les gouvernements et la Macronie ont signé un traité de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande. Et là, sur le Mercosur, il n'y a pas d'engagement clair. Il y a une formule qui est alambiquée, puisque Gabriel Atta fait semblant de taper du poing sur la table en disant qu'il n'est pas question de signer ce traité du Mercosur.
Mais attention, en l'État, non, en l'État, il dit en l'État, les négociations ne sont pas suspendues. Donc nous, ce qu'on attend, c'est de dire que ça suffit. On ne peut pas être compétitif. Les agriculteurs, ils ne peuvent pas, Français, être compétitifs. Et vous savez que ces accords de libre-échange, ils visent aussi à exporter... Écoutez-moi, d'abord, ce grand déménagement du monde, d'un point de vue écologique, est une absurdité. Si on dit qu'on veut inscrire ce qui est déjà dans la loi, le gouvernement se moque un peu de nous, puisqu'il dit qu'on va inscrire la souveraineté alimentaire dans la loi. C'est déjà dans la loi.
Bon, mais admettons, on va le mettre à un autre endroit, on va essayer de consolider. La souveraineté alimentaire, ça veut dire aussi l'autosuffisance. Et si on est dans une logique d'échange, c'est-à-dire qu'on se met à manger des tomates produites à l'autre bout du monde, du bovin qui vient, qui est transporté, tout ça a un coût écologique. Ça a un coût écologique. Et par ailleurs, on ne peut pas, les agriculteurs français ne peuvent pas être compétitifs avec des pays où il n'y a aucune norme environnementale. En l'occurrence, sur le mercredi, sur le parti prier. Et donc le prix du travail, la rémunération du travail n'est pas le même.
Donc plus vous ouvrez, plus vous dérégulez le marché, ce qui a été la logique européenne et des gouvernements successifs, vous le dérégulez, plus vous affamez. Donc vous ne dites aucun accord de libre-échange, ils sont tous mauvais par principe. Bien sûr, les accords de libre-échange, mais ça ne veut pas dire aucun échange, ça ne veut pas dire une fermeture totale.
Parce que les affaires avec le Canada ont fait augmenter les exportations françaises de 43%. Qu'est-ce que vous dites aux agriculteurs qui ne pourront plus exporter leurs produits ?
Ce que je vous dis, c'est que ce sont les gros agriculteurs qui importent. Et ce sont ceux-là qui sont favorisés. Mais l'agriculture de proximité, l'agriculture bio, elle, elle n'y trouve pas son compte. Et d'ailleurs, elle n'y trouve pas son compte, y compris dans les annonces en millions. C'est en millions et pas en milliards, ce n'est pas énorme. Il y a un plan pour le bio, notamment. Oui, mais ce n'est pas énorme. Pour la filière bio, vous savez combien c'est ? 50 millions d'euros seulement pour la filière bio. Vous croyez qu'on va la sauver comme ça ?
Or, c'est la puissance publique, sa responsabilité, c'est d'investir dans le bio, c'est d'investir dans la relocalisation de l'économie et donc de notre agriculture. Par exemple, je vais vous prendre une mesure simple, quelques mesures simples qui d'ailleurs relèveraient de l'esprit public et du service public pour améliorer la situation. Je vous ai dit des prix planchers, d'abord, ça c'est pour réguler. Les prix planchers, c'est ce qui permet d'éviter la vente à perte et c'est ce qui permet que les agriculteurs aient une rémunération. Le gouvernement, le gouvernement n'en veut pas.
Alors, le ministre de l'Agriculture sur France Info vous dit que c'est démagogique, cette mesure, parce qu'on ne peut qu'agir sur les produits français. Donc, un kilo de tomate coûtera 10 euros, deux tomates françaises. À côté, un kilo de tomate importée coûtera 3 euros. Vous pensez que dans un contexte d'inflation, les Français se dirigeront vers quel sachet de tomates ?
Il suffit de faire des droits de douane. Vous pouvez jouer sur la douane. Non, ce n'est pas possible, ça ? C'est votre réponse. C'est une des réponses. Oui, protéger notre agriculture. Donc, toutes les tomates seront à 10 euros ? Non, de toute façon, l'idée qu'on doit payer toujours moins cher l'alimentation dans l'ensemble du coût de la vie, de tout ce qu'on a à rémunérer pour vivre correctement, est un problème. Donc, tout ça, il faut le rattacher au coût de la vie. Si votre logement était moins cher, s'il n'y avait pas une augmentation de l'électricité à 10% depuis hier, c'est énorme, 44%, 44% sur une période extrêmement courte depuis 2023, d'augmentation de l'électricité.
Si vous aviez une hausse des salaires, etc., etc., on pourrait décider collectivement que ce bien essentiel, qui est quand même la nourriture, pour en avoir une de qualité, pour que nos paysans puissent vivre, oui, on met plus d'argent dans l'alimentation, à condition que l'équation globale tienne. Or, le gouvernement n'est pas dans cet état d'esprit-là, absolument pas. Mais je voulais vous donner des exemples de ce que l'État, le public, pourrait faire. Si la restauration collective...
Pardonnez-moi, l'État qui s'engage notamment sur la question de la loi EGalim, qui semble-t-il à fonctionner à une époque, et qui ne fonctionne plus.
Non, mais cette loi, elle a six ans. Elle a six ans, la loi EGalim, et maintenant, les voilà ce gouvernement qui se réveille et qui se dit « Tiens, maintenant, on va peut-être essayer de faire en sorte qu'elle soit appliquée. » Vous n'avez pas l'impression qu'on se moque du monde. C'est-à-dire que dans les mesures qu'on nous annonce, c'est que les aides prévues vont être payées. Super, il était temps. Moi, j'ai vu des agriculteurs en Bretagne il n'y a pas si longtemps que ça, après des intempéries, ça faisait plusieurs mois, qu'ils attendaient d'avoir les aides auxquelles ils ont droit. Et entre-temps, comment vous voulez, qu'ils tiennent ?
Donc c'est quand même le minimum qu'un gouvernement s'échine à faire appliquer la loi, et non pas qu'émande, mais s'échine à la faire appliquer. Et deuxièmement, qu'ils versent les aides auxquelles les agriculteurs ont droit. Alors, qu'il faille un mouvement, une colère, des blocages pour en arriver là, vous voyez, c'est quand même assez pathétique. C'est assez pathétique. Mais je reviens sur ce que peut faire un État sur la restauration collective. – Alors, ça va, parce qu'après on va faire le filet. – Bien sûr, mais en positif.
Si la restauration collective, je parle des cantines, des restaurants, des EHPAD, était fournie par des agriculteurs qui sont dans un périmètre, vous voyez, proche, et bien, juste avec une mesure comme ça, légale, vous pourriez sauver la majorité des paysans qui aujourd'hui ont bien du mal.
– Il y a aujourd'hui des injonctions et des obligations d'avoir du bio et du local, notamment dans les cantines, dans les cantines scolaires.
– Je vous parle de circuit court, pas seulement du bio, je vous parle du circuit court. Du bio, c'est mieux, mais encore faut-il qu'à l'échelle européenne et française, on investisse dans le bio et qu'on arrête de nous mettre des pesticides partout. C'est dangereux pour la santé, c'est grave.
– Députée insoumise de Seine-Saint-Denis, on revient dans un instant, on va continuer à parler de tous ces sujets, juste après le fil info de Damien Mestre à 8h41. – La ministre de l'Éducation nationale ne songe pas à démissionner. Elle le dit ce matin au lendemain d'une grève des enseignants, Amélie Oudeac-Castera en partie engluée dans les polémiques à répétition depuis son arrivée au ministère. La situation doit progressivement rentrer dans l'ordre aujourd'hui sur les routes d'Île-de-France. Les barrages d'agriculteurs sont levés progressivement par la FNSEA.
Le syndicat agricole majoritaire salue les nouvelles annonces du gouvernement hier, mais dit poursuivre les actions sous une autre forme. Il livrait de la drogue à des prisonniers grâce à des drones. Des peines allant jusqu'à 6 ans de prison ferme requises hier à Tulle, en Corrèze. Peines requises contre les dirigeants de ce réseau, un réseau qui a alimenté des établissements pénitentiaires français et belges. La Corée du Nord maintient la pression en mer jaune. Le régime de Kim Jong-un tire de nouveaux missiles de croisière. C'est l'armée sud-coréenne qui l'annonce ce matin. Des tirs alors que les tensions ne cessent de s'aggraver depuis plusieurs mois entre les deux pays.
France Info
Le 830 France Info, Agathe Lambret, Jean-Rémi Baudot.
Toujours avec Clément Tinotin, député insoumise de Seine-Saint-Denis, on parlait à l'instant de la rémunération des agriculteurs. S'agissant de cette rémunération, justement, le gouvernement veut renforcer les lois égalimes qui vivent à assurer un juste prix. Toutes les chaînes de supermarchés seront contrôlées, des contrôles massifs des contrats, des contrôles sur les marques distributeurs, des contrôles sur les centrales d'achat à l'étranger, annoncés les exécutifs. Ça, est-ce que ça va au moins dans le bon sens pour vous ? Contrôler enfin ce que je disais,
contrôler enfin l'application de la loi, me paraît le minimum syndical qu'on puisse attendre. Mais ça ne va pas suffire pour faire en sorte que l'agro-industrie ne dégage pas des marges aussi délirantes qu'elle ne le fait aujourd'hui, au détriment de ceux qui, de leur main, produisent ces richesses. Vous voulez encadrer les marges ? Oui, on veut bien sûr qu'il faut encadrer les marges. Évidemment qu'il faut encadrer les marges. Évidemment qu'il faut que les paysans puissent vivre de leur travail. Quand vous savez qu'aujourd'hui, vous avez des éleveurs qui travaillent 70 heures par semaine, n'ont pas de vacances et sont à 700 euros par mois, vous trouvez ça normal ?
Pendant que Lactalis ou d'autres grands groupes engrangent des profits faramineux. Évidemment que c'est insupportable. Vous avez des écarts considérables entre les gros céréaliers, par exemple en Ile-de-France, et des éleveurs de moutons ou de chèvres. Vous voyez bien que les situations ne sont pas les mêmes. Et que vous avez des intermédiaires aussi qui s'en mettent plein les poches. Donc oui, le système est à revoir de fond en comble. Je l'assume. Et je veux dire d'un mot, si vous me permettez, parce que le Rassemblement national, M. Bardella, qui va avec ses bottes dans les champs, donne l'impression que lui serait comme un poisson dans l'eau pour résoudre le problème des paysans.
Mais je voudrais quand même rappeler ce que c'est que le Rassemblement national sur l'agriculture. Dans ses votes concrets, dans sa logique concrète, il est à la solde de la FNSEA probablement, c'est-à-dire en fait du haut du panier de l'agriculture. Parce que quand il s'agit d'un moratoire sur les mégabassines qui nuisent à la majorité des agriculteurs, le Rassemblement national vote non à l'Assemblée nationale. Quand nous proposons des amendements qui visent à protéger la rémunération des agriculteurs face aux industriels et à la grande distribution, le Rassemblement national dit non au Parlement européen, plafonnement des marges dans les chaînes de distribution agricole.
Précisément la question que vous me posiez, que fait le Rassemblement national ? Il vote non. Quand on propose des mesures pour les prix, le Rassemblement national vote non. Et d'ailleurs en décembre 2019, vous vous souvenez peut-être, un agriculteur venait de se pendre chez lui et Julien O'Doul du Rassemblement national se demande si la corde est française. Vous voyez un peu le niveau de cynisme et le double discours. Donc je veux alerter ici de manière assez forte parce que nous avons à combattre l'extrême centre qui est au gouvernement. Mais en embuscade, c'est l'extrême droite.
Est-ce que vous avez l'impression que les agriculteurs sont sensibles aux arguments du Rassemblement national ?
Je pense qu'ils peuvent justement être sensibles aux arguments parce que dans la petite musique des mots, il peut y avoir des choses qui sont en effet en concordance. Est-ce qu'ils sont sensibles à vos arguments ? C'est pourquoi je me permets de le dire. Ne croyez pas, la majorité des paysans ne vivra pas mieux
de son travail. Vous, chez les insuffis, vous le disiez,
vous êtes contre l'agriculture productiviste. Vous êtes contre l'agriculture productiviste. Vous ne considérez pas qu'il n'y a trop de normes ni trop de contraintes écologistes. Est-ce que c'est évident aussi pour vous de soutenir les agriculteurs et d'être en phase avec leurs aspirations, leurs attentes ?
Je me permets de préciser une chose, c'est que quand on dit normes, souvent on confond avec bureaucratie. Je pense qu'il y a trop de bureaucratie. Les agriculteurs, d'ailleurs, ce ne sont pas les seuls métiers. Vous pouvez discuter avec des commerçants, des architectes, tant de métiers, et dans la fonction publique, n'en parlons pas, où il y a un problème de bureaucratie, c'est-à-dire des paperasses dans tous les sens qu'il faut qu'on ne comprend plus rien. Ça, c'est une chose. Et puis, il y a des normes environnementales qui, elles, permettent qu'on ait une agriculture qui soit plus saine, d'accord, et qui protège notre écosystème.
Et ça, c'est le sens, vous voyez, d'une agriculture dont on a besoin. Le problème, c'est que si vous ouvrez à la concurrence généralisée et que vous favorisez les plus gros, alors ces normes peuvent devenir négatives pour eux. Mais je suis convaincue que l'avenir de l'agriculture se joue dans le bio. D'un mot, vous avez compris l'indulgence des exécutifs vis-à-vis des blocages ? Ce qui est évidemment choquant, c'est le deux poids deux mesures. C'est-à-dire que, d'un seul coup, il fallait comprendre la souffrance des agriculteurs, fort bien, mais quand il s'agit... Quel parallèle est-ce que vous faites ? Il y en a tellement ! Il y a tellement d'exemples de mobilisation.
Quand vous avez les jeunes pour le climat, alors là, il n'y a pas de quartier. Quand vous avez des camps de migrants qui sont lacérés, là, il y a la souffrance des migrants, plus personne n'a rien à dire. Quand vous avez des violences policières, notamment dans nos quartiers populaires, moi, je suis élue de Sevran, Villepinte et Tremblay, alors là, l'impunité règne. Et puis, on y va sans regarder l'état de droit. Donc oui, c'est le deux poids deux mesures qui est évidemment choquant.
Il y a des députés insoumis qui sont allés au commissariat pour soutenir des agriculteurs qui étaient en garde à vue après l'invasion de Rungis.
Vous, vous n'y étiez pas ? Bien sûr, comme nous y étions pour d'autres mouvements pendant les retraites, le mouvement sur les retraites, on a fait aussi la tournée des gardes à vue.
Hier, les enseignants étaient en grève. 20% de grévis selon le ministère, deux fois plus selon les syndicats. Au cœur des revendications, il y a les salaires, les conditions de travail, mais aussi la défense de l'école publique après les propos de la ministre Amélie Oudéa-Castera. C'est l'une des plus fortes, la plus forte mobilisation depuis janvier 2022, bien que l'école ait été érigée en priorité par le président. Qu'est-ce que cette mobilisation dit, selon vous, du climat actuel au sein de l'éducation nationale ?
Un profond malaise grave qui s'ancre année après année et qui se constate par les problèmes de recrutement.
Et ça allait mieux sur Gabriel Attal ou pas ?
Mais non, mais c'est une plaisanterie. Enfin, écoutez, Gabriel Attal, il a été ministre de l'éducation nationale pendant trois mois. Il a masqué avec son affaire de la Bayard une rentrée qui, sur le plan des moyens, était catastrophique. Bon, c'est une plaisanterie. Je veux dire, Gabriel Attal aurait pu, sans doute, être un très bon communicant. D'ailleurs, il nous a fait un discours de politique générale. On aurait dit une copie de Sciences Po. Fort bien. Mais ce n'est pas le sujet.
Je veux dire, le sujet, là, c'est la destruction patiente de tous les services publics depuis des décennies, accélérés sous la Macronie, qui devient un agent des intérêts privés et un destructeur de l'esprit public.
Il y aura un projet de détruire le service public, de détruire l'école publique.
Alors que les enseignants ont été revalorisés sous Emmanuel Macron. Oui, on va écouter, après un gel... De 9 à 12% d'augmentation sur les 8 premières années pour un professeur des écoles. Attendez, attendez. En cumulant les indemnités, les primes...
Oui, dans la fonction publique, il y a 10 ans de gel de point d'indice. Il y a un appauvrissement généralisé de tous les agents. Les profs, prenons un exemple clair. Début des années 80, un enseignant qui démarre sa carrière, il a 2,2 SMIC. L'équivalent de 2,2 SMIC. Aujourd'hui, vous savez à combien l'équivalent d'un enseignant qui démarre ? 1,2 SMIC. Vous le voyez, là, l'appauvrissement ? Donc c'était un rattrapage qu'a fait le moment, mais ce n'est pas assez. Le rattrapage, il ne rattrape de rien. C'est un micro-rattrapage.
Là, on a besoin de l'équivalent d'un plan Marshall, vous voyez, de quelque chose de très fort qui permette de remettre debout l'éducation nationale, nos hôpitaux, nos transports,
qui sont ouverts à la concurrence. Amélie Oudea Castara, est-ce que c'est la bonne personne ? La ministre de l'Éducation, ce matin, dit qu'elle n'envisage pas de démissionner. Est-ce que c'est la bonne personne à la tête de ce ministère de l'Éducation nationale ?
C'est une question sérieuse. On a le droit de poser toutes les questions. Évidemment que Mme Oudea Castara est une calamité. C'est la première fois qu'on voit une ministre, lors de sa première sortie, insulter carrément les agents dont elle a la charge, mentir en chaîne, et dont on découvre qu'elle est vraiment... Vous l'avez vu, quand elle était ministre des Sports, uniquement des Sports, elle a fait quelque chose d'assez formidable. C'est qu'elle a... pas quand elle est d'assez formidable, puisque c'est qu'elle a agi pour qu'on ait une école qui soit mise sous contrat. C'est-à-dire qu'elle se bat pour l'école privée.
Une école de sport, enfin, pour aller très vite, une école de sport payante et pour laquelle, en fait, elle a poussé pour...
Très bien, vous résumez ce matin mieux que moi. Sur l'agrément. Mais c'est symptomatique. L'année dernière, on a eu 9 milliards de plus pour l'école privée. Donc, vous faites quelque chose d'assez simple. Vous détruisez l'école publique, ensuite vous dites ça marche pas et donc il faut donner au privé avec toujours cette idée que le privé ferait mieux. Non, le privé ne fait pas mieux. Il faut sortir de là. Ça t'aide de là. Et comme disait le Premier ministre, tu détruis, tu répares. Vous savez, c'est ce qu'il a dit aux jeunes.
C'est ce qu'il a dit, notamment.
Ça serait bien que le gouvernement entende ce message. Il détruit l'hôpital, il reconstruit. Il détruit l'école, il reconstruit. Détruit nos transports publics, il les reconstruit. C'est ça qu'on attend d'eux.
On va parler du logement dans un instant. Clémentine Autain, député insoumise de Seine-Saint-Denis. Du logement, on en parle juste après. Le fil info à 8h52. Damien Mestre. Le plan éco-phito critiqué frontalement par la porte-parole du gouvernement ce matin. Ce plan qui vise à réduire l'usage des pesticides et mises en pause, annoncière Gabriel Attal. Il permettait de faire de beaux slogans marketing mais n'était pas efficace, dit Priska Thévenot dans le même temps. Plus de 98% du territoire français est désormais relié à la 4G. Le réseau mobile, très haut débit, la part de zones blanches non couvertes est divisée par 5 depuis 2018.
Une accélération qui concerne en particulier les zones rurales. Amazon en croissance de 14% sur un an. Résultat bien supérieur aux attentes du marché. Le géant du commerce en ligne américain enregistre un chiffre d'affaires de 170 milliards de dollars au quatrième trimestre. Après 12 saisons de Formule 1 passées chez Mercedes, le septuple champion du monde Lewis Hamilton change d'écurie. Il rejoindra Ferrari en 2025. Objectif d'écrocher un huitième titre mondial pour dépasser Mickaël Schumacher.
France Info
Le 830 France Info Agathe Lambret Jean-Rémi Baudot
Bonjour à Clémentine Autain, députée insoumise de Seine-Saint-Denis. Gabriel Attal a annoncé dans son discours de politique générale vouloir revoir la loi SRU sur le logement social. Il veut inclure le logement intermédiaire qui concerne les classes moyennes dans le quota de logements sociaux imposés aux communes. C'était une demande notamment d'élus de droite. Qu'est-ce que vous dites ? Le Premier ministre les a entendus ?
Je dois dire que c'est un des moments du discours du Premier ministre où j'ai vraiment sauté sur ma chaise. Tellement j'ai trouvé ça insensé, insensé comme proposition. L'urgence, c'est l'application de la loi SRU. C'est enfin de s'attaquer à tous ces maires délinquants qui n'appliquent pas la loi SRU. Vous savez qu'en 2023, c'est 63% des villes, des communes qui n'ont pas atteint leur objectif. C'est considérable. Donc l'urgence, elle est de faire appliquer la loi SRU. Mais donc c'est quoi ?
C'est un cadeau que le Premier ministre fait à ses élus récalcitrants ?
Évidemment, parce qu'ils pourront atteindre l'objectif en faisant du logement intermédiaire. Logement intermédiaire, vous savez, ce n'est pas pour un instituteur, pour un pompier, c'est pour des cadres en fait. Donc moi, je suis pour le logement public, donc pas du tout opposé à ce qu'on construit du logement intermédiaire. Mais on ne peut pas faire rentrer dans la loi SRU ces logements intermédiaires. Ça, ce n'est pas acceptable. Ce n'est pas acceptable parce que nous avons un grave problème de logement et ce n'est pas simplement moi qui le dis. La fondation AP Pierre parle d'une année noire pour le logement.
Il faut savoir que depuis qu'Emmanuel Macron est élu, c'est-à-dire depuis 2017, on a 135% de plus de sans-abri. C'est-à-dire qu'on est passé de 143 000 sans-abri à 330 000 sans-abri.
Et là, il y a une promesse de créer 30 000 nouveaux logements d'ici à trois ans.
C'est une plaisanterie. Vous le savez bien. C'est une plaisanterie au regard de besoins. En plus, on a un problème, c'est que les hébergements, les demandes d'hébergement non pourvues, elles aussi ont explosé. Plus 40% en maintenant.
Quelles sont les solutions pour relancer le logement, pour relancer la construction ?
Que l'État finance. D'abord, il faudrait prendre toute la chaîne des problèmes. Il faudrait s'attaquer à la spéculation. Le gouvernement ne veut pas parce qu'il est enfermé dans ses logiques de l'offre et de la demande, du marché. La spéculation est une catastrophe pour le logement. Une catastrophe. Il faudrait investir dans le logement public. Ce que le gouvernement ne fait pas puisque ce qu'il investit n'est pas du tout à la hauteur des besoins pour aller de l'avant dans la construction.
Vous les connaissez, les quartiers de l'ANRU, les quartiers où il y a des investissements ? Oui, mais les investissements,
ils sont... Je les connais très bien parce que j'en ai beaucoup chez moi. Les programmes de l'ANRU, c'est pour détruire et reconstruire. Donc vous ne créez pas de logement supplémentaire en détruisant et en construisant au même endroit et parfois en reconstruit avec moins de logements. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de programme. Je dis que c'est totalement insuffisant. Par ailleurs, il faudrait réglementer les loyers. Or, il y a quelques expériences qui sont menées puisque la loi permet des petites entailles. Je pense par exemple en Seine-Saint-Denis, on a Est-Ensemble qui réglementent les loyers et c'est tout à fait pertinent.
On arrête de louer des cages à lapins à des prix exorbitants que les gens ne peuvent pas payer. Mais cet encadrement des loyers, il est malheureusement contraint par la loi ELAN, par la loi 3DS qui ne permettent pas à plein de communes de pouvoir le faire. D'ailleurs, ça ne devrait pas être aux communes de le faire. La réglementation des loyers, elle devrait être nationale. La lutte contre la spéculation, elle devrait être nationale. L'investissement pour le logement, il devrait être massif. L'hébergement d'urgence, c'est une calamité. Je vais vous donner un exemple qui moi me tient à cœur.
Quand je reçois dans ma permanence des femmes qui sont victimes de violences conjugales et qui cherchent un hébergement d'urgence pour pouvoir sortir de leur foyer qui est dangereux, je n'arrive pas à trouver de solution. J'appelle le 115, je demande à la préfecture, il n'y a pas de solution. C'est inadmissible, absolument inadmissible. Donc, il faut agir et contraindre ces logiques de marché qui pèsent sur le logement. Et là encore, on en revient au service public parce que c'est là aussi l'esprit public, le service public qui peut être garant de l'intérêt général, d'une égalité et de faire vivre le droit au logement qui devrait être inscrit dans notre Constitution et surtout traduite
dans la loi. Autre sujet, les Européennes dans quelques mois. Tous les partis de gauche ont désormais leur tête de liste pour les Européennes. Juste d'un mot, Manon Aubry, c'est la tête de liste officielle des Insoumis ou pas encore ? Écoutez, si j'ai bien compris, c'est la chef de file.
Elle a été désignée comme chef de file et elle, visiblement, sera prochainement, très prochainement, désignée tête de liste. Il y a une différence
entre chef de file et tête de liste. D'accord. En tout cas, pour l'instant, celui qui se détache, c'est Raphaël Glucksmann qui mène la liste des partis socialistes. C'est vous qui le détachez. En tout cas, dans les fondages, il est autour de 10%. Manon Aubry, autour de 7-8%. C'est pas mal parti pour vous ?
Non, mais vous détachez. Excusez-moi, mais j'entends bien qu'il y a un engouement médiatique autour de la candidature de Raphaël Glucksmann, mais n'exagérons rien. C'est pas le retour de la social-démocratie. Non, mais quand vous voyez que vous avez trois listes qui sont entre 7 et 10, certes, il y en a une qui est à 10, mais l'autre est à 8 et la troisième est à 7, vous voyez bien qu'on ne peut pas dire que quiconque se détache, surtout quand la campagne européenne n'a pas encore commencé.
Est-ce que la stratégie du conflit, de la radicalité vous a coûté des plumes chez les Insoumis, selon vous ?
La stratégie du conflit... Alors là, je ne reprendrai pas tout à fait vos termes. Je pense en effet que le profil de la France Insoumise depuis un an n'a pas permis d'engranger des forces et effectivement nous a coûté. Oui, je le crois. C'est un enjeu de profil, de certains positionnements, du clash, de manque parfois à mon sens de solennité. Et sur certains sujets nous n'avons pas été compris. Je l'ai dit, il n'y a rien de nouveau
sur le soleil de ce que je crois. Et là, on est où l'initiative sachant que la NUPES est morte, des socialistes, des communistes, des écologistes qui voulaient créer une autre union avec une autre tête d'affiche. Elle en est où cette initiative ? Il y a eu des meetings communs ?
Écoutez, moi je vais vous dire ce que je pense, c'est que là, pour les élections européennes, il y a trois listes et je le regrette, je pense que nous aurions été plus forts avec une liste NUPES pour essayer d'être en tête face à la Macronie et au Rassemblement national et que la suite, elle est assez simple. En 2027, nous devons avoir une candidature de rassemblement de la gauche et des écologistes. Nous avons un devoir de gagner. Nous avons un devoir de gagner.
Merci beaucoup Clémentine Autain, députée insoumise de Seine-Saint-Denis. Merci beaucoup d'avoir été l'invité du 830 à Gatelambray. On se retrouve demain et dans un instant, c'est les informés de Renaud Dely. A tout de suite.
Clémentine Autain