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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 28 février 2018 11 minComplaisantActualité / polémiqueEnvironnement & énergieAgriculture & alimentationEurope & internationalSanté

José Bové : "J'ai envie de dire à Nicolas Hulot de tenir bon sur le glyphosate"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 40 %Attaque 50 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:08OuverteRéponse directe

    Il faut considérer les militants de Greenpeace comme des lanceurs d'alerte ?

  • 3:09OuverteRéponse directe

    Nicolas Hulot s'est rendu au Salon de l'Agriculture : c'est normal pour un ministre de l'Environnement ?

  • 4:13OuverteRéponse directe

    Nicolas Hulot a-t-il pris le dossier glyphosate par le bon bout en annonçant des exceptions ?

  • 5:11RelanceRéponse directe

    Si c'est possible de se passer du glyphosate, pourquoi Nicolas Hulot lâche des concessions ?

  • 6:57OuverteRéponse directe

    Nicolas Hulot a-t-il craqué trop vite face aux lobbies ou a-t-il un poids politique trop faible ?

  • 7:44OuverteRéponse directe

    Pourquoi ne pas signer le traité Mercosur ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 5:04José BovéPromesse
    « Pour sortir du glyphosate, il faut interdire le glyphosate, point barre. »
  • 5:13José BovéFait
    « On sait très bien faire sans glyphosate aujourd'hui. »

Temps de parole

  • Locuteur 176 %
  • Locuteur 224 %

0,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Locuteur 2

8h21. France Inter. Le 7-9. Marc Fauvet. Bonjour José Beauvais. Bonjour. Député européen, vous terminez votre deuxième mandat sur les bancs du Parlement européen. Vous continuez à combattre la malbouffe sous toutes ses formes et à prôner une autre agriculture. On va en parler longuement des OGM, du glyphosate dans les champs, dans nos assiettes, mais aussi de Notre-Dame-des-Landes, enterré de l'évacuation il y a quelques jours du site de Bure. Vous nous direz aussi si Emmanuel Macron est un président vert, selon vous, et ce que vous pensez de Nicolas Hulot. Mais d'abord Greenpeace. José Beauvais, cette décision de justice tombée hier soir.

La justice qui condamne des militants de l'association à des peines de prison ferme, deux mois fermes, pour s'être introduit dans une centrale nucléaire il y a quatre mois en Moselle.

0:48
Locuteur 1

Est-ce que vous comprenez ce jugement ? Écoutez, je vois bien quelle est la logique de ce jugement, parce que les militants de Greenpeace ont mené une première action, ils en ont mené une deuxième. Visiblement, ceux qui ont été condamnés à la prison ferme, ce n'est pas leur première action, et donc c'est comme cela que les magistrats se justifient pour les condamner à une prison ferme. J'ai envie de dire aux magistrats, s'ils pensent que Greenpeace va s'arrêter parce qu'ils ont été les militants condamnés à la prison ferme, ils se rompent complètement. Ça veut dire que la prochaine fois, il y aura deux fois plus de militants qui seront prêts à s'engager et à mener cette action.

Je le sais, quand on a mené le combat contre les OGM, qu'on a fini par gagner en 2008, chaque fois qu'il y avait des condamnations, il y avait encore plus de faucheurs prêts à aller dans les champs. Donc moi, j'ai envie de dire juste aux magistrats, vous faites fausse route. Il faut évidemment que ce genre de condamnations s'arrête. J'espère qu'on appelle, effectivement, cela sera levé. Mais c'est en tout cas une mauvaise décision. Ça pose surtout la question, en fait, du nucléaire. La sécurité, effectivement, du nucléaire n'est pas assurée. Les dangers terroristes, effectivement, sont là.

Et si on fait une extrapolation, aujourd'hui, cette forme d'énergie est condamnée, à la fois au point de vue économique, au point de vue sécuritaire. Et on ne sait toujours pas traiter les déchets.

2:08
Locuteur 2

Il faut considérer, José Bové, les militants de Greenpeace comme des lanceurs d'alerte, aujourd'hui ?

2:12
Locuteur 1

De toute évidence. Parce que quand ils sont capables de rentrer aussi près, à l'intérieur d'une centrale, de l'endroit où il y a le réacteur, ils montrent bien qu'il y a des failles de sécurité énormes.

2:28
Locuteur 2

Et de faire courir des risques aussi. Que dirait-on ce matin si la police ou les gendarmes avaient ouvert le feu ce jour-là sans savoir qu'il s'agissait de militants ?

2:36
Locuteur 1

En fait, ils ne pouvaient pas tirer puisqu'ils n'ont pas l'ordre de tirer dans ce cas-là. Ils sont là en surveillance. Donc, les militants de Greenpeace savaient exactement ce qu'ils faisaient. Et cette action a été très bien menée. Et je suis solidaire de ceux qui ont été condamnés. Et j'appelle beaucoup de Français à rejoindre les rangs de Greenpeace pour que des actions de lanceurs d'alerte telles comme celles-là puissent se continuer.

2:59
Locuteur 2

José Bové, finalement, Nicolas Hulot s'est bien rendu hier après-midi dans les allées du Salon de l'Agriculture à Paris après avoir dit qu'il n'irait pas, que les problèmes ne se réglaient pas devant les micros et caméras. visite quasiment en catimini du ministre de l'Environnement. C'est normal ? C'est honteux pour un ministre de l'Environnement d'aller chez les agriculteurs ?

3:16
Locuteur 1

Non, mais la question qui s'est posée... Donc, il est allé sur le stand de l'INRA, de l'Institut de la Recherche Agronomique, pour parler justement des techniques pour sortir du glyphosate. Et donc, effectivement, il avait raison de s'y rendre. Il y avait un débat hier après-midi sur ces questions environnement et agriculture. Donc, c'était logique qu'il soit là.

3:34
Locuteur 2

Trois quarts d'heure sur place, quasiment sans aucun média. Il y avait Public Sénat, mais les autres médias n'étaient pas prévenus.

3:39
Locuteur 1

Écoutez, c'est pas évident parce qu'on sait très bien comment sa présence aurait été instrumentalisée par les dévanceurs de l'agriculture industrielle, qui seraient venus attaquer sur la question du glyphosate, sur la question des pollutions. On aurait pu parler des algues vertes en Bretagne et tout ça. Et donc, je vois bien comment le lobby agro-industriel aurait réagi, aurait organisé une bronca. Et Nicolas Hulot, en gros, n'a pas envie de ça. C'est comme ça que je l'interprète. Donc, il a dit, basta, j'y vais quand même. Je participe à ce débat, mais c'est pas là que ça se fait, effectivement, et je le comprends.

4:13
Locuteur 2

Est-ce qu'il a pris le dossier par le bon bout, Nicolas Hulot, celui du glyphosate, en expliquant que la France allait bien tenir sa promesse de l'interdire d'ici trois ans, là où les autres pays européens se sont laissés cinq ans, mais en expliquant tout de suite qu'il y aurait sans doute des exceptions pour les agriculteurs qui ne pourraient pas le faire en trois ans ? Est-ce qu'on lâche du lest dès le début ?

4:32
Locuteur 1

Alors, moi, je pense qu'il ne fallait pas le dire. Il ne fallait pas aller dans cette direction-là. Parce que, d'ores et déjà, ça explique qu'en gros, on ne va pas être capable de tenir et qu'on ne sera pas capable, au bout, de dire à partir du moment où c'est interdit en France, eh bien, ceux qui l'utiliseront seront sanctionnés. Alors, qui a fait pression ? Très clairement, le lobby agro-industriel, l'AFN SOA, a fait pression. Je pense que Monsanto et les autres fabricants de produits avec du glyphosate ont fait pression aussi. Aujourd'hui, il faut être clair. Pour sortir du glyphosate, il faut interdire le glyphosate, point barre.

5:08
Locuteur 2

Mais il ne suffit pas de décréter l'interdiction, Joseph Bovey.

5:11
Locuteur 1

Est-ce qu'on sait faire sans glyphosate aujourd'hui ? On sait très bien faire sans glyphosate. Aujourd'hui... Sans faire exploser les prix ? Mais sans faire exploser les prix. Chez nous, à peu près 30% des terres, même plus 40-50% des terres labourables, là où j'habite, sont faites en agriculture biologique. Ça fait 20 ans, 30 ans que certains agriculteurs n'utilisent plus une goutte de glyphosate ou d'autres pesticides, ni d'engrais chimiques. Donc, c'est possible. Pourquoi je dis d'engrais chimiques ? Parce que le glyphosate, c'est un herbicide.

Si on utilise de l'ammonitre, c'est donc en gros de l'azote qu'on met dans la terre sous forme de billes, qui est issu du gaz, donc réchauffement climatique aussi. Eh bien, ammonitre, plus, ça fait pousser les herbes au milieu des céréales, les adventices, et on traite avec du glyphosate. Et donc, c'est l'agriculture chimique, ce modèle qui est aujourd'hui dangereux et qui fait que toutes les eaux sont polluées derrière et qu'on est obligé à la fois de retraiter les eaux.

Si on compte aujourd'hui tous les effets négatifs de cette agriculture industrielle, donc ce qu'on appelle les externalités négatives, le coût pour la société en termes d'eau, en termes de santé, eh bien, ça représente au niveau européen la même somme que l'ensemble de la production agricole. Ce qui est quand même un comble, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, on est obligé de dépenser autant pour se soigner des effets, aussi bien pour la terre, pour l'eau, pour la santé de l'agriculteur industriel, que ce qu'on produit. On marche sur la tête, ce modèle n'est pas un modèle économique viable.

6:43
Locuteur 2

Si c'est parfaitement possible de se passer du glyphosate, José Bové, pourquoi Nicolas Hulot lâche des concessions avant même qu'on entre dans cette période de trois ans ? Et pour poser la question différemment, est-ce qu'il a craqué trop vite face aux lobbies ? Est-ce qu'il a un poids politique trop faible aujourd'hui ?

6:57
Locuteur 1

Je dirais que, d'abord, il n'est pas seul à piloter, qu'on voit bien comment certains poussent. Qui ? Que ça soit, je le dis clairement, l'agroalimentaire, la FNSEA, tous ces gens aujourd'hui sont là pour dire, c'est pas possible. Le ministre de l'Agriculture aussi ? Peut-être que le ministère de l'Agriculture, qui est plus près de cette logique-là, et qui n'a pas fait peut-être sa révolution, en tout cas, sur cette question-là, ils sont en train, effectivement, de faire marche arrière. C'est pour ça qu'il faut dire, moi j'ai envie de dire ce matin à Nicolas Hulot, tiens bon, il faut tenir sur le glyphosate, il ne faut rien lâcher.

On peut le faire en trois ans, aujourd'hui, on a tous les éléments de culture alternative qui montrent que c'est possible. Donc, allons-y, et ça se fait déjà dans beaucoup de régions.

7:44
Locuteur 2

Un mot du Mercosur, José Bové, le traité en cours de négociation avec les pays d'Amérique latine. La France, par la voix Nicolas Hulot, il y a quelques jours, disait que rien n'était fait, que rien n'était signé. L'Allemagne a expliqué hier qu'il avait bon espoir d'arriver à un compromis d'ici quelques jours, d'ici la fin du mois de mars. Pourquoi, selon vous, il ne faut pas signer ce traité ?

8:04
Locuteur 1

Mais je dirais que, globalement, il ne faut signer aucun traité de libre-échange. Par principe ? Par principe. Pourquoi ? Pour une raison très simple, si on prend la question de l'agriculture. Aujourd'hui, au moment où on est en train de rediscuter la politique agricole commune, c'est-à-dire on a un projet pour organiser la souveraineté alimentaire dans l'Europe, organiser la sécurité alimentaire, permettre à une agriculture plus saine de se mettre en place pour satisfaire les consommateurs et maîtriser les prix.

On fait ça, et en même temps, dans tous les dossiers, alors avec le Canada, le CETA, avec l'Australie, avec la Nouvelle-Zélande, maintenant, avec le Japon, puis après ensuite avec le Mercosur, on ouvre des importations de sans-taxe sur des produits agricoles qui sont concurrentiels de ceux qu'on produit chez nous. Donc, en gros, ce qu'on produit, on a des marchés sur lesquels on produit plus que nécessaire, je pense à la viande bovine, eh bien, on va importer. Pourquoi est-ce qu'on importe des choses dont on n'a pas besoin ? Ça me paraît invraisemblable. Alors, qui c'est qui a intérêt ?

Personne, parce qu'en réalité, ce que je suis en train de dire là, pour les paysans européens et les consommateurs européens, on peut le dire de la même manière de l'autre côté. L'autre, il y a quelques années, il y a eu un accord avec le Maroc, complètement cinglé, qui a été cassé, qui doit être réécrit sur les légumes. C'était trois entreprises.

9:24
Locuteur 2

Si ces accords sont si mauvais que ça, José Bové, pourquoi est-ce que l'Europe continue à chercher à en négocier avec toute la planète ?

9:29
Locuteur 1

Alors, je crois qu'il y a une espèce d'idéologie des accords de libre-échange qui est complètement... C'est du discours qui tourne sur lui-même, mais qui n'a pas de justification quand on parle d'agriculture. Et c'est vrai qu'on a vu, il y a quelques mois, le commissaire européen de l'agriculture, M. Hogan, faire le tour des marchés mondiaux pour dire, on va vendre du lait. On est en excédent de lait. Il est allé au Mexique. Le Mexique, on n'en veut pas. Les Chinois, on dit, on n'en veut pas. Personne ne veut de ce lait en plus. C'est aberrant. Or, aujourd'hui, eh bien, effectivement, il y a cette idéologie de croire qu'on va exporter.

Et donc, l'exportation, qui en gros représente moins de 10% de la production, eh bien, déstabilise l'ensemble des marchés. Il n'y a plus de maîtrise. Demain, il va y avoir une crise sur le lait dans les mois qui viennent. L'Irlande a produit plus 9%. On a arrêté les quotas, donc il n'y a plus de maîtrise à production. Les prix vont s'effondrer. Au moment où on va renégocier la politique agricole commune, on va être dans une situation catastrophique sur le marché du lait. Est-ce que les paysans vont tenir ? Je ne crois pas. C'est complètement fou de vouloir continuer à exporter au moment où on n'est pas capable de maîtriser à l'intérieur de l'Europe.

Il en a, je dirais, de la politique agricole, mais surtout de l'avenir des paysans, parce que beaucoup risquent d'être éliminés encore.

10:50
Locuteur 2

José Bové, invité de France Inter jusqu'à 9h. Le standard d'Inter est ouvert. Vous pouvez poser vos questions dès maintenant, l'interpeller. Vos témoignages sont les bienvenus. Également, 01 45 24 7 8h32.