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interviewfranceinfo· 11 février 2026 11 min

Jérôme Guedj est l'invité politique de la matinale de franceinfo

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Jérôme Guège. Vous êtes candidat à la présidentielle depuis maintenant six jours dans un paysage totalement embouteillé à gauche. Est-ce que vous n'avez pas ajouté de la confusion là où il y en a déjà beaucoup ?

0:12
Jérôme Guedj

Non, moi j'ai essayé de porter le combat des idées. C'est celui qui m'anime depuis des années. La présidentielle c'est dans un an. Et je pense que l'année 2026 doit être utile pour répondre aux attentes de nos concitoyens. Moi j'essaye d'incarner avec beaucoup d'autres ce que j'appelle la gauche républicaine, la gauche universaliste, laïque. C'est-à-dire celle qui pense qu'on peut être intransigeant sur les questions républicaines, sur les questions de laïcité, sur les questions régaliennes, la sécurité, la défense. Mais qu'on peut aussi être radicalement de gauche parce qu'il y a des aspirations très fortes dans le pays sur les questions de logement, d'accès aux soins, de pouvoir d'achat.

Est-ce que ça fait une confusion ? Pour l'instant on n'a pas de ligne politique qui est tranchée à gauche.

0:50
Présentateur

Parce que vous dites quand même ne pas vouloir justement ajouter un nom à la liste, faire la course des petits chevaux. Mais comment convaincre que ce n'est pas qu'une aventure personnelle ?

1:00
Jérôme Guedj

Parce qu'elle porte ses combats collectifs. Et j'invite l'ensemble de cette gauche républicaine à se pencher sur ces questions et à construire le projet que nous proposons à nos concitoyens. Une année, ce n'est pas du tout de trop pour le faire. Or aujourd'hui, plutôt que de parler de tuyauterie, de savoir comment on va désigner le candidat, quel va être le périmètre des alliances, partons des attentes de nos concitoyens. Ils s'en fichent de savoir d'une certaine manière, il y a une aspiration unitaire, je la comprends parfaitement et je la revendique moi aussi. Mais l'Union ne fait la force que si elle est sur une proposition qui est cohérente.

Si on juxtapose des propositions antagonistes, ça ne marche pas.

1:42
Présentateur

Pourquoi ne pas faire part de votre discours en participant à la primaire de la gauche ? Je vous rappelle que cette primaire, elle est souhaitée par le patron, votre patron, le patron des socialistes, Olivier Faure. Vous venez quand même de lui tirer une petite balle dans le pied, cette primaire.

1:55
Jérôme Guedj

Non, mais d'abord, c'est la position personnelle d'Olivier Faure. Les socialistes, dans leur ensemble, ne se sont pas prononcés. Mon président de groupe, Boris Vallaud, lui-même a indiqué, dans la suite de ce que j'avais moi-même dit, qu'il ne croyait pas trop à une primaire, en tous les cas à celle qui a été envisagée aujourd'hui. Celle dans laquelle, et c'est parfaitement légitime, Marine Tondelier, François Ruffin, Clémentine Autain, Lucie Casté ont dit, nous nous souhaitons une primaire de cette nature. Et Olivier Faure a dit, écoutez, pourquoi pas, je ferais éventuellement valider par les militants socialistes.

2:25
Présentateur

Donc vous dites que vous, une autre primaire, ça serait quoi le bon périmètre ?

2:29
Jérôme Guedj

Pour moi, le périmètre, c'est le périmètre des idées. C'est des gens qui sont d'accord sur les questions de défense. Parce que le président de la République, il est responsable dans un monde chaotique, inquiétant, avec Donald Trump et Vladimir Poutine, où il faut affirmer une défense européenne. Est-ce qu'il y a une position convergente sur le rôle de l'OTAN, sur l'autonomie stratégique de la défense ? Est-ce que nous sommes capables d'avoir des positions convergentes, je le souhaite, j'en suis convaincu, sur le besoin de protection de nos concitoyens ? Voilà, les questions de protection sociale, évidemment, de financement de notre modèle social.

3:01
Présentateur

Donc vous voulez une primaire avec des gens qui pensent exactement la même chose ? Donc vous dites Marine Tondelier, non, François Ruffin, non.

3:06
Jérôme Guedj

Moi, je demande juste à vérifier et pas à mettre la poussière sous le tapis. Vous savez, dans le passé, des accords électoraux de cette nature ont été faits un peu le dos au mur, et ils volent en éclats quand ils se confrontent au réel. Lacan disait que le réel, c'est quand on se cogne. Eh bien, il y a un réel à gauche, c'est qu'on ne peut pas avoir des positions antagonistes. Et notamment sur un sujet qui, moi, me tient à cœur, qui est qu'en politique, on commence toujours par les valeurs, par des principes, l'universalisme républicain, le refus de la brutalisation du débat politique, la lutte contre le racisme, contre l'antisémitisme, le refus de l'assignation identitaire.

Aujourd'hui, il faut sortir des ambiguïtés qui peuvent parfois exister à gauche et qui se cristallisent notamment dans le rapport, moi j'assume cette position très claire, dans le rapport avec la France insoumise, ou en tous les cas avec la direction de la France insoumise. Je n'ai évidemment pas de difficulté avec les électeurs, je m'adresse à tous les électeurs du pays pour répondre à leurs préoccupations, mais pas rentrer dans des jeux d'appareils stériles.

3:58
Présentateur

Vous dites vouloir incarner donc une gauche républicaine, universaliste, sociale et écologiste. C'est le créneau de Raphaël Guxman. Pourquoi ne pas vous ranger derrière lui afin de créer une dynamique ? Il est à ce stade le mieux placé dans les sondages.

4:12
Jérôme Guedj

Mais il ne vous a pas échappé que Raphaël Guxman n'est pas candidat à l'élection présidentielle pour l'instant.

4:15
Présentateur

Enfin, il ne m'a pas échappé qu'il le sera sans doute peut-être bientôt un jour.

4:18
Jérôme Guedj

Écoutez, vous savez, c'est le contraire d'une aventure individuelle, la présidentielle. Moi je pense qu'il faut en effet une convergence de gens qui posent des propositions sur la table. La présidentielle c'est un projet, moi c'est ça qui m'intéresse. C'est comment on protège nos concitoyens. Sur les questions de pouvoir d'achat, sur les questions de santé, d'hôpital, de logement. Moi je n'entends que ça dans mes rencontres avec les Français, dans ma permanence à Massy. Et puis c'est aussi une incarnation de l'élection présidentielle. Et vous parlez de Raphaël Guxman avec qui je parle régulièrement.

Écoutez, on n'a pas le même style, on n'a pas le même tempérament, on n'a pas le même parcours. Ça n'interdit pas d'avoir des convergences. Mais je pense que la qualité du débat politique, c'est dans la préparation de la présidentielle, d'offrir le choix à nos concitoyens.

4:58
Présentateur

En multipliant, vous parliez de Jean-Luc Mélenchon, en multipliant justement les candidatures dans votre camp, est-ce que vous ne laissez pas le champ libre à Jean-Luc Mélenchon qui reste seul dans le sien ? Et donc d'une certaine manière, vous lui facilitez la tâche pour se qualifier pour le second tour ?

5:10
Jérôme Guedj

Écoutez, chacun voit midi à sa porte. La logique que je mets sur la table, comme d'autres d'ailleurs, c'est précisément la clarté d'une offre alternative. Parce que tout le monde a intégré, on peut le regretter, mais que tout ça ne mène nulle part. Que les sondages de deuxième tour indiquent que si d'aventure Jean-Luc Mélenchon se hissait au deuxième tour, il serait assuré d'être balayé par le candidat du Rassemblement national. Et moi, c'est le scénario que je veux absolument éviter. C'est la raison pour laquelle il faut que cette gauche soit capable d'avoir des positions nettes et claires au premier tour.

Mais je l'assume là aussi de ne pas s'aliéner le soutien des électeurs qui ne sont pas de gauche pour le deuxième tour. Moi, j'assume que la présidentielle se prépare dès le premier tour par un projet qui est celui de ce que j'appelle le courage de la nuance. La capacité de construire des compromis, d'avoir des positions fermes, mais de parler à l'ensemble des Français. Parce que la politique, c'est la dispute apaisée. Ce n'est pas avoir raison tout seul.

6:07
Présentateur

Dans ce cas de figure, Mélenchon versus Bardella ou Le Pen, au second tour, vous votez pour qui ?

6:13
Jérôme Guedj

Mais on m'a déjà posé la question. Évidemment que je ferai tout pour empêcher la victoire du Rassemblement national. Mais si on se retrouve dans cette situation, alors cette victoire, elle serait déjà quasiment acquise. Et donc, c'est pour ça que c'est en amont de ce premier tour qu'il faut s'organiser, se structurer avec une offre politique qui part des besoins de nos concitoyens. Vous voyez notre interview. Elle est peut-être passionnante, mais on parle tambouille, on parle primaire. Parlons des sujets qui préoccupent nos concitoyens. Oui, je sais, mais moi je parle des vulnérabilités que nos concitoyens mettent au devant.

L'accompagnement du grand âge, des personnes en situation de handicap, la protection de l'enfance, ceux qui sont touchés par la maladie au long cours et qui se disent la sécurité sociale, est-ce qu'elle accompagne ces besoins ? Comment on finance notre protection sociale ? Parlons de ces sujets-là. En quoi l'intelligence artificielle va tout bousculer ?

7:03
Présentateur

Trois questions. Juste sur les alliances, vous ne dites jamais d'alliance, pas d'alliance avec la France insoumise. Ça veut dire qu'à Paris, si par exemple Sofia Chikiru, l'insoumise est qualifiée pour le second tour, décide de maintenir, ça peut faire perdre éventuellement le socialiste Emmanuel Grégoire. Vous dites quoi ? Vous dites tant pis ?

7:19
Jérôme Guedj

Je dis que c'est dans la clarté des positions qu'on peut élargir les soutiens qui sont demandés auprès de nos concitoyens. Et on ne peut pas entretenir des ambiguïtés. Et quand on est dans des situations face à l'extrême droite, il y a un principe qui est celui du désistement républicain. C'est-à-dire pour empêcher la victoire de l'extrême droite, si on n'est pas d'accord entre forces de gauche, le mieux c'est que celle qui est la moins bien placée se retire.

7:43
Présentateur

Un mot également sur Emmanuel Macron qui doit confirmer ce matin en Conseil des ministres la nomination d'Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes. Il y a de nombreuses voix qui s'élèvent en ce moment pour critiquer ce choix. Est-ce que pour vous c'est un scandale ?

7:57
Jérôme Guedj

Je comprends que des voix s'élèvent. Amélie de Montchalin a assurément les compétences techniques. J'ai négocié avec elle puisque nous avons assumé de permettre à ce que la France ait un budget. J'ai passé des heures et des heures, des nuits à discuter avec Amélie de Montchalin que je connais bien puisqu'elle avait été mon adversaire aux élections législatives en 2022 et que je l'avais battue à ce moment-là. Donc j'ai du respect pour la personne.

Mais moi ce qui m'intéresse c'est l'institution de la Cour des comptes et le fait inédit qui a interpellé qui est qu'une ministre en exercice bascule immédiatement dans la présidence de la Cour des comptes, une ministre des comptes publics et que donc dans quelques semaines ou quelques mois elle va être amenée à présider une institution qui va juger et évaluer les budgets qu'elle a élaborés et les politiques publiques qu'elle a conduites.

8:42
Présentateur

Donc vous dites c'est rédhibitoire ? Parce qu'elle a le CV, les compétences, les nominations de proches, on a déjà vu ça. Mitterrand avait nommé Jox, Chirac, Séguin.

8:51
Jérôme Guedj

Oui mais vous voyez Philippe Séguin est nommé à la Cour des comptes plusieurs années après avoir exercé des responsabilités gouvernementales. Jox il est nommé mais il est auparavant ministre de la Défense. Il n'est pas directement ministre des comptes publics. C'est vrai aussi de Pierre Moscovici ou de Didier Migaud pour avoir les profils de personnes politiques.

Dans la période où nos institutions vont être mises à rude épreuve parce que partout dans le monde l'état de droit est questionné par les forces réactionnaires et illibérales il faut préserver et sanctuariser ces institutions qui ne doivent jamais être remises en question par un discours un peu complotiste ou un peu stigmatisant à l'endroit de l'état de droit.

9:27
Présentateur

Un tout dernier mot sur l'affaire Epstein qui prend une ampleur planétaire. Un diplomate français Fabrice Cédan apparaît lui aussi dans ce dossier là. Jean-Noël Barraud vient de digiter une enquête administrative, une procédure disciplinaire, la justice est saisie. Qu'est-ce que ça vous inspire ?

9:42
Jérôme Guedj

De l'effroi parce que derrière le caractère gigantesque de cette affaire il y a un entre-soi complaisant avec les puissants, l'argent, l'exploitation sexuelle de personnes fragiles et que donc moi face à des abus de cette attenure et des choses qui sont dégoûtantes, je n'ai pas d'autre terme, la justice doit passer et aussi un certain comportement moral pour tous ceux qui ont fricoté avec ces arcades.

10:09
Présentateur

Jacques Lang qui a entretenu des liens financiers, ça vous a étonné, ça vous a choqué, ça vous a surpris ?

10:16
Jérôme Guedj

En tous les cas il a pris la décision qui s'imposait pour préserver une institution qui est importante, une institution culturelle et diplomatique à l'Institut du monde arabe. Quand on est malheureusement au cœur du réacteur, on se questionne de comment on a fait pour y arriver, mais si on est attaché à l'institution qu'on représente, alors on doit la préserver, il a bien fait de démissionner.

10:33
Présentateur

Merci beaucoup Jérôme Guetsch, bonne journée à vous.