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Interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 18 septembre 2025 23 minContradictoireActualité / polémiqueRetraitesSolidarités & familleÉconomie & entreprisesImmigration & asile

Mobilisation du 18 septembre, consultations de Sébastien Lecornu, le “8h30 franceinfo” de Sophie Binet

Source d'origine 4 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 40 %Attaque 50 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:01OuverteRéponse directe

    Quel budget trouverait grâce à vos yeux ? Y a-t-il un climat de chasse aux riches en France ?

  • 0:12OuverteRéponse partielle

    Entendez-vous aussi les inquiétudes sur l'immigration ?

  • 0:50RelanceRéponse directe

    On ne peut pas manifester sans qu'il y ait de violence en France, Sophie Binet ?

  • 1:06RelanceRéponse directe

    C'est de la faute de Bruno Retailleau s'il y a des violences ?

  • 1:29OuverteRéponse directe

    Pourquoi un tel déploiement de force ?

  • 1:36FerméeRéponse directe

    Peut-être parce qu'il y a des black blocs qui sont attendus ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:20InvitéChiffre
    « 80 000 policiers. »
  • 1:21Invité politiqueChiffre
    « 80 000 policiers, pendant la mobilisation contre la réforme des retraites, c'était 10 à 15 000 par jour. »
  • 3:27Invité politiqueChiffre
    « Dans la chimie, on a recensé 150 appels à la grève. »
  • 5:11Invité politiqueFait
    « Le Premier ministre a lui-même parlé de rupture. »
  • 5:31Invité politiqueChiffre
    « Le doublement des franchises médicales, ça serait 200 euros de reste à charge chacune et chacun. »
  • 5:37Invité politiquePromesse
    « Je lui ai demandé s'il allait mettre en place une année blanche. »
  • 7:29Invité politiqueChiffre
    « Cette taxe qui toucherait 1800 Français qui ont un patrimoine de plus de 100 millions d'euros et qui permettrait de faire entrer 20 milliards d'euros dans les caisses. »
  • 8:48Invité politiqueChiffre
    « Ces 1800 personnes ont vu leur fortune multiplier par 5 depuis 2010. »
  • 8:52Invité politiqueChiffre
    « Là, on propose seulement de les taxer à hauteur de 2% par an. »
  • 11:49Invité politiqueChiffre
    « Résultat, les morts au travail explosent. Chaque jour, il y a trois salariés qui meurent au travail aujourd'hui en France. »
  • 12:02Invité politiqueChiffre
    « Cette année, ils ont distribué plus de 100 milliards d'euros de dividendes à leurs actionnaires. »
  • 13:21Invité politiqueChiffre
    « 3 milliards en 2026. »
  • 13:27InvitéChiffre
    « Les prédictions chiffrées de la Direction du Trésor parlent plus de 24,2 milliards à partir de 2030. »
  • 15:35Invité politiqueChiffre
    « C'est 211 milliards d'aides publiques qui sont consenties sans condition ni contrepartie chaque année aux entreprises. »
  • 18:08Invité politiqueChiffre
    « En Espagne, depuis cinq ans, le SMIC a été augmenté de 80%. »

Temps de parole

  • Invité politique70 %
  • Présentateur16 %
  • Invité10 %

≈ 4,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Bonjour Sophie Vinet. Bonjour. On va parler de vos propositions. Quel budget trouverait grâce à vos yeux ? Y a-t-il un climat de chasse aux riches en France ? Entendez-vous aussi les inquiétudes sur l'immigration ? Mais d'abord, 900 000 personnes sont attendues par les autorités en cette journée de mobilisation. Vous allez nous dire ce que vous en attendez. Mais avant, Bruno Retailleau, le ministre de l'Intérieur des missionnaires, a déjà relevé des tentatives de blocage. Les autorités se préparent à des violences. Écoutez, le ministre ce matin porte d'Orléans. Pas de chien-lits, dit-il.

0:34
Invité

Ces ultra-violents qui veulent imposer la loi de la jungle, la force de la violence, c'est bien assez violent. Nous opposerons, nous, la force de nos lois. Le dix dernier, on a débloqué la France pour que la chien-lits ne s'installe pas en France.

0:50
Présentateur

On ne peut pas manifester sans qu'il y ait de violence en France, Sophie Binet ?

0:55
Invité politique

Si, d'ailleurs, le 10 septembre, il n'y a pas eu particulièrement de violence. Et aujourd'hui, il n'y aura pas de violence, à part les violences qui sont organisées à cause de la stratégie du maintien de l'ordre qui est déployée par le ministre des missionnaires.

1:06
Présentateur

C'est de la faute de Bruno Retailleau s'il y a des violences ?

1:09
Invité politique

Le problème, c'est que depuis ce matin, il y a des manifestantes et des manifestants qui sont gazés, nassés, violentés, alors qu'ils sont pacifiques. Le dispositif policier qui est déployé aujourd'hui est inédit.

1:20
Invité

80 000 policiers.

1:21
Invité politique

80 000 policiers, pendant la mobilisation contre la réforme des retraites, c'était 10 à 15 000 par jour. Donc, c'est inédit. Pourquoi un tel déploiement de force ? Je pense que c'est un problème pour les Françaises et les Français, parce qu'il y a besoin des policiers ailleurs, et que les policiers ont autre chose à faire que...

1:36
Présentateur

Peut-être parce qu'il y a des black blocs qui sont attendus ? Des milliers de casseurs qui vont s'en prendre aux commerçants, aux banques, aux abribus, non ? Pas plus que d'habitude, en fait.

1:47
Invité politique

Les cortèges syndicaux vont être pacifiques, festifs et tout à fait sécurisés. Et oui, peut-être qu'en début ou en fin de cortège, il y aura quelques individus qui causeront problème. Mais il n'y a pas besoin de 80 000 policiers pour cela. Et il faut faire la distinction entre la quasi-totalité de la population qui veut manifester pacifiquement, comme ça s'est passé le 10. Et le problème, c'est que le ministre de l'Intérieur, aujourd'hui, met de l'huile sur le feu.

2:11
Invité

Alors justement, quelles sont vos attentes pour cette journée du 18 ? Parce que vous parliez à l'instant du 10 septembre, c'est aussi le mot « chien lit » dans la bouche du ministre de l'Intérieur. Il était lié au 10 septembre. Et franchement, le 10 septembre, ça a plutôt fait un flop. Franchement, il n'y avait pas grand monde dans la rue. Et la France n'a pas vraiment été bloquée. Franchement, il n'y avait pas grand monde.

2:25
Invité politique

Ça, c'est vous qui le dites. Il y a eu des manifestations... Oui, c'est le reporter sur nos constatations sur le terrain. Il y a eu des manifestations très importantes.

2:30
Invité

Mais moins massives que vous ne l'espériez ?

2:32
Invité politique

Non, pas du tout. Plutôt plus massives que ce qu'on espérait. Non, non, je vous assure. Puisque le 10 septembre, on n'avait pas à déployer d'énormes manifestations. Aujourd'hui, ça va être beaucoup plus gros. J'invite d'ailleurs toutes celles et ceux qui nous écoutent à venir manifester très nombreux et nombreuses. C'est très important de ne pas céder à cette stratégie de la peur qu'essaye de déployer le gouvernement parce qu'il est fébrile et qu'il n'a plus d'autres solutions.

2:55
Invité

Vous visez les millions de manifestants ?

2:57
Invité politique

On vise le plus de manifestants et de manifestantes. Dès lors que c'est plus que le 10, parce qu'on est sur une mobilisation crescendo. Ce qu'on constate ce matin, c'est qu'il y a déjà énormément de grèves. D'abord à Radio France, il y a quand même plusieurs antennes qui ne fonctionnent pas ce matin et puis d'autres au ralenti. Ensuite, dans tous les services publics, les écoles, les piscines, les crèches sont fermées. Le traitement des déchets, c'est compliqué. Il y a les transports, beaucoup de transports qui sont affectés. Beaucoup d'usines aussi qui sont fermées. Dans la chimie, on a recensé 150 appels à la grève.

Dans le secteur du vert, par exemple, toutes les usines vont être concernées par des débrayages et beaucoup d'usines qui fabriquent des bouteilles ne vont pas fonctionner aujourd'hui. Donc, c'est une journée de mobilisation qui s'annonce très belle et très suivie. Pourquoi ? Parce qu'il y a une exaspération sociale énorme. Cette politique du passage en force au service des plus riches, ça n'est plus possible.

3:48
Présentateur

Voilà ce qu'on va dire aujourd'hui. Sophie Binet, vous vous rappelez les immenses cortèges contre la réforme des retraites en 2023. 14 journées de mobilisation jusqu'à 3,5 millions de personnes en une seule journée dans la rue. Et il ne s'était rien passé ?

4:00
Invité politique

En fait, si, il s'est passé plein de choses. C'est depuis cette mobilisation contre la réforme des retraites qu'Emmanuel Macron a perdu toute majorité. Il a décidé de passer en force et malheureusement la Constitution... Mais la réforme n'a pas été abrogée. Eh bien oui, parce qu'il y a un truc qui s'appelle la Constitution de la Ve République qui donne des pouvoirs exorbitants et qui permet d'imposer une réforme sans validation du Parlement. C'est exotique au niveau européen. On est un des seuls pays à pouvoir faire ça. C'est un problème d'ailleurs. Mais depuis ce passage en force, nous l'avions dit, Emmanuel Macron allait le payer d'une profonde crise démocratique.

On y est dans cette crise démocratique. Et donc, ce que nous disons, c'est que pour sortir de la crise démocratique, pour éviter de basculer dans une crise de régime, il faut abroger la réforme des retraites.

4:39
Présentateur

Donc c'est ça que vous attendez de cette journée, qu'elle fasse pression sur l'exécutif pour l'abrogation ?

4:43
Invité politique

Pour l'abrogation de la réforme des retraites. Et puis aussi, il faut enterrer le musée des horreurs du budget Bayrou, qui pour l'instant est toujours à l'ordre du jour.

4:49
Invité

Alors François Bayrou, lui, n'est plus à l'ordre du jour. Vous avez été reçu de votre côté lundi à Matignon par Sébastien Lecornu. Comment vous l'avez trouvé humainement ? C'est communiquant nous vend d'un négociateur. Qu'est-ce que vous avez négocié ?

5:01
Invité politique

En fait, nous, ce qu'on regarde, c'est le contenu et le résultat. À ce stade, le résultat, c'est 1 sur 20. C'est-à-dire que le Premier ministre a lui-même parlé de rupture. Donc moi, je lui ai posé des questions très précises pour savoir s'il était prêt à la rupture.

5:15
Invité

Alors soyons très précis, sur quoi ?

5:16
Invité politique

Ces questions très précises, je l'ai interrogé pour savoir s'il allait doubler le montant des franchises médicales. Il ne m'a pas répondu. Je l'ai interrogé pour savoir si... Ça vous êtes contre ? Bien sûr, le doublement des franchises médicales, ça serait 200 euros de reste à charge chacune et chacun. Donc pour un foyer, ça pourrait être 1000 euros si on compte les restes à charge pour les enfants. Je lui ai demandé s'il allait mettre en place une année blanche, c'est-à-dire faire baisser les pensions des retraités, les prestations sociales, le salaire des agents de la fonction publique. Il faut expliquer une année blanche.

C'est-à-dire que c'est un gel des prestations sociales, des retraites ? Qui ne sont pas indexés sur l'inflation et donc qui baissent. Il ne m'a pas répondu. Je lui ai demandé s'il allait faire une réforme de l'assurance chômage et pénaliser toutes celles et ceux qui sont parmi les plus précaires alors que nous avons déjà eu à subir quatre réformes de l'assurance chômage et que les chiffres du chômage repartent à la hausse et que les licenciements se multiplient. Il ne m'a pas répondu.

6:06
Locuteur non identifié

Vous avez répondu sur rien.

6:07
Invité politique

Sur rien du tout. Et donc là, nous voulons des actes immédiats. Nous voulons que le Premier ministre nous dise qu'il envoie tout le musée des horreurs du budget Bayrou à la poubelle.

6:16
Locuteur non identifié

Une meilleure expression, musée des horreurs, c'est votre mot du jour. Musée des horreurs, musée des horreurs.

6:20
Invité politique

Je pense que ça résume à peu près ce à quoi correspondait ce budget. C'est-à-dire que ce n'était que des sacrifices pour le monde du travail alors que ça fait huit ans que nous passons notre temps à passer à la caisse. Ce que nous voulons dire en étant mobilisés aujourd'hui, c'est que la nuit sans fin du macronisme, on n'en peut plus. Le disque rayé, toujours les mêmes arguments sur il faut faire des réformes et faire des sacrifices parce qu'il y a la dette. Et au final, les sacrifices, on les fait. On a quand même subi quatre réformes de l'assurance chômage, une réforme des retraites, une réforme du code du travail. Nos salaires n'ont toujours pas retrouvé leur niveau de 2020.

Et ce qu'on constate, c'est que la dette continue à augmenter.

6:56
Présentateur

Donc c'est une politique qui est inefficace économiquement. Quelles économies vous faites ? Pardon, parce qu'on a l'impression que vous rejetez un peu tout en bloc. Pas touche aux franchises médicales, pas d'années blanches. Où faites-vous des économies ?

7:09
Invité politique

Ce que nous disons, c'est que les sacrifices pour le monde du travail, ça suffit. On a assez donné. De l'argent, il y en a chez ceux qui ont bénéficié à plein des largesses de la politique d'Emmanuel Macron et qui sont aujourd'hui responsables de l'augmentation du déficit, c'est-à-dire les grandes entreprises et les ultra-riches. Donc nous proposons, nous soutenons par exemple la taxe Zuckman. Donc cette taxe qui toucherait 1800 Français qui ont un patrimoine de plus de 100 millions d'euros et qui permettrait de faire entrer 20 milliards d'euros dans les caisses.

Nous pensons qu'il faut aussi taxer les rachats d'actions et les dividendes, rétablir l'impôt sur les grandes fortunes qu'Emmanuel Macron avait supprimé.

7:46
Présentateur

Sur la taxe Zuckman, est-ce que vous pensez que les gens vont gentiment rester pour être taxés, comme vous l'avez demandé le président sur TF1 ? Vous avez rencontré des patrons qui vous ont dit oui, je vais rester, pas de problème ?

7:56
Invité politique

En fait, nous on lit les études et les études économiques qui sont réalisées par le Trésor, à savoir Bercy, montrent qu'il n'y a pas de départ des plus riches quand il y a une augmentation de la taxation et quand il y a une baisse de leur taxation, à savoir une suppression de l'ISF, il n'y a pas non plus de retour massif des plus riches en France. Donc c'est factuel, nous on fait confiance aux économistes qui disent que ça c'est un faux argument.

8:19
Présentateur

Mais vous savez que sur la fortune qui serait taxée, il n'y a pas que la fortune personnelle, il y a aussi le patrimoine professionnel, il y a l'outil de travail, il y a des emplois derrière et vous qui défendez les salariés, vous ne trouvez pas ça excessif ? Vous ne pouvez pas concevoir que peut-être cette taxe soit un peu revue ?

8:36
Invité politique

En fait, le patrimoine professionnel, il faut préciser de quoi on parle. On parle d'action et on parle des 1800 personnes les plus riches qui ont plus de 100 millions d'euros de patrimoine, c'est colossal. Ces 1800 personnes ont vu leur fortune multiplier par 5 depuis 2010. Là, on propose seulement de les taxer à hauteur de 2% par an. Ça veut dire qu'il faudrait 100 ans pour que leur fortune revienne à leur niveau de 2010.

Moi, ce qui m'impressionne, c'est qu'alors qu'on parle de seulement 1800 personnes et qu'il devrait s'agir d'une mesure d'intérêt général, il y a une telle levée de boucliers, ça montre à quel point ces quelques milliardaires font la pluie et le beau temps dans le pays et à quel point l'intérêt général va mal.

9:14
Invité

Dans quelques minutes va donc s'élancer le cortège du 18 septembre, dans quelques heures. Il y aura beaucoup de panneaux pour taxer les riches parfois, ce que certains qualifient de haine du riche. Justement, on va écouter ensemble le patron de BPI France, Nicolas Dufour, sur RMC. Il y a évidemment la haine du riche, qui est soi-disant le nouveau noble, alors qu'il faut quand même rappeler que François Pinault, il était fils de petit entrepreneur du bois, que Xavier Niel, c'est un enfant des banlieues. On devrait leur dresser des statuts. Pour la fortune de Bernard Arnault, vous lui piquez la totalité. Ça finance combien de mois d'assurance maladie ? Ça finance dix mois.

Une fois qu'on a financé dix mois d'assurance maladie, il n'y a plus d'Arnault. On fait comment ? Tout ça est délirant. Alors, en écoutant Bruno Retailleau, vous faisiez la grimace, et là, en écoutant Nicolas Dufour, vous levez les yeux au ciel.

9:55
Invité politique

Oui, je suis vraiment très choquée par ce que j'entends, parce qu'en fait, le fait qu'en France et dans le monde, il y ait des inégalités records, ça devrait choquer tout le monde. Ça sert à quoi d'avoir un patrimoine de plus de 100 millions d'euros ? On a tous et toutes besoin d'avoir une voiture, une maison, peut-être deux maisons, si on peut avoir une résidence secondaire. Mais ça sert à quoi d'avoir de quoi s'acheter 100 maisons, 5 jets ? Vous haïssez les riches ? Non, évidemment, non. Ils ne sont pas dignes de notre haine.

10:23
Présentateur

Mais vous nommez pas la haine des riches, Sophie Binet, en faisant ça ? Parce que là, vous faites comme si c'était la fortune personnelle, encore une fois. Vous parlez d'acheter des voitures et tout. Il y a aussi des gens qui travaillent. Il y a la valorisation des entreprises qui n'est pas de l'argent forcément sonnant et trébuchant dans la poche. Vous avez entendu le patron de Mistral. Sa boîte est valorisée plus de 10 milliards d'euros, mais il ne pourrait pas payer cette taxe. Il appelle à avoir un débat modéré. Vous pouvez avoir un débat modéré ? Écoutez les deux camps.

10:47
Invité politique

Mais bien sûr. Mais par exemple, ce que nous disons, c'est qu'il y a une différence entre les grands patrons et les petits patrons. Et qu'en France, le souci, c'est que ce sont les multinationales et les grands patrons qui s'accaparent toutes les richesses et qui asphyxient les petites entreprises. Par exemple, il y a un truc sur lequel il faudrait qu'on entende plus les patrons. C'est la question des délais de paiement. Les multinationales ne respectent jamais les délais de paiement et utilisent les petites entreprises comme des banques. Par exemple, j'ai appris hier que Total avait décidé de ne pas payer un certain nombre de ses fournisseurs avant 2026.

Donc Total utilise ses sous-traitants comme une banque pour faire rouler sa trésorerie et l'optimiser. Mais c'est scandaleux, quand est-ce qu'on agit contre ça ?

11:24
Invité

Arrêtez de pleurnicher. Avez-vous lancé au patron qui menace de se mobiliser contre ce type de taxes ? C'est pas un peu méprisant cette formule ?

11:32
Invité politique

En fait, ça correspond à la réalité et à notre vécu. Encore une fois, ça fait 8 ans qu'on enchaîne les réformes violentes. On nous a volé nos deux meilleures années de vie. On nous a imposé une réforme violente du Code du travail qui a supprimé par exemple les comités hygiène, santé, sécurité dans les entreprises. Résultat, les morts au travail explosent. Chaque jour, il y a trois salariés qui meurent au travail aujourd'hui en France. Le problème, il est là et on a des grands patrons qui passent leur temps à dire qu'ils ne peuvent pas payer un centime d'euro supplémentaire. Alors que cette année, ils ont distribué plus de 100 milliards d'euros de dividendes à leurs actionnaires.

Un montant record. La France est championne d'Europe en matière de distribution de dividendes.

12:13
Présentateur

Et aussi championne en matière de prélèvement sur les entreprises. Vous l'entendez ça aussi ?

12:17
Invité politique

Oui, elle n'est pas championne parce que la Suède... Ce n'est pas la première parmi les champions. Exactement, dernière la Suède. Voilà. Et quelque part, les prélèvements sociaux, la fiscalité, c'est aussi le signe du progrès social. Si l'objectif, c'est de revenir au début du XXe siècle où il y avait 10% de prélèvements sociaux, on aura le niveau de protection sociale et le niveau de service public du début du XXe siècle. C'est-à-dire zéro. Nous pensons qu'il faut cotiser plus pour protéger plus, qu'il y a de nouveaux risques qu'il faut protéger. Par exemple, la dépendance, les petits-enfants, les personnes âgées dépendantes, anticiper la transformation environnementale.

Ça nécessite de l'argent, ça tombe bien, il y en a. Et donc, il faut qu'on puisse collectivement se préparer à ces enjeux.

13:02
Présentateur

Avec Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. Le sujet des retraites, toujours pas purgé, Paul.

13:13
Invité

Non, madame la secrétaire générale, vous voulez revenir sur la réforme des retraites, mais combien cela coûterait-il selon vos prédictions ?

13:21
Invité politique

Eh bien, 3 milliards en 2026. Ça n'est pas nos prédictions, c'est les prédictions chiffrées.

13:27
Invité

Les prédictions chiffrées de la Direction du Trésor parlent plus de 24,2 milliards à partir de 2030.

13:33
Invité politique

Eh bien voilà, c'est pour ça que je vous ai parlé de 2026, c'est 3 milliards pour 2026. Et là, le sujet du moment, c'est le budget 2026. Et donc, ce que nous proposons pour financer l'abrogation de la réforme des retraites, c'est de soumettre à cotisation l'intéressement et la participation. Ça créerait des droits supplémentaires pour les salariés et ça permettrait de financer ces 3 milliards.

13:54
Invité

C'est complexe à monter, techniquement. Comment ? C'est complexe à monter.

13:56
Invité politique

Ah non, pourquoi ? C'est super simple. Il suffit de soumettre à cotisation l'intéressement et la participation qui sont distribués aux salariés plutôt dans les grandes entreprises. C'est très simple à monter. Et ça coûterait de l'argent aux salariés ? Non, pas forcément. Et surtout, ça leur créerait des droits supplémentaires. Parce que quand on cotise plus, on a plus de droits au moment où on part à la retraite. Et donc, c'est là où c'est intéressant. Et puis, d'ici à 2030, nous avons de nombreuses autres propositions. La première d'entre elles, l'évidence, ça serait de faire enfin l'égalité salariale entre les femmes et les hommes.

Si les femmes étaient payées autant que les hommes, ça nous permettrait de cotiser plus et donc de contribuer au financement des retraites. Et derrière, d'avoir de meilleures retraites. Et là-dessus, la France a du retard. La France a beaucoup de retard. Et ça serait très simple puisqu'il suffirait de commencer par sanctionner les entreprises qui discriminent. Ce qui, aujourd'hui, n'est pas le cas.

14:45
Présentateur

Sophie Binet, on vous entend beaucoup parler de sanctions. On vous entend beaucoup parler d'impôts, de taxes. Il n'y a pas d'autre moyen que de prendre l'argent des plus riches ou que de taxer pour faire des économies ? Vous avez une proposition qui ne soit pas une hausse d'impôts ? En fait, prendre l'argent des plus riches, ça s'appelle la justice.

14:58
Invité politique

Et je pense que la justice, c'est une valeur qu'on devrait tous et toutes partager. Les plus riches, on n'est pas pour leur prendre tout leur patrimoine. Mais que leur patrimoine serve un peu à l'intérêt général. Parce qu'au-dessus d'un certain niveau, honnêtement, je ne vois pas à quoi ça sert. C'est les mêmes qui nous ont expliqué que les retraités étaient des favorisés et qu'il fallait les taxer. Qui, aujourd'hui, disent que la taxe Zulkman, c'est une spoliation.

15:21
Présentateur

Et à part ça, est-ce qu'il faut réorganiser, par exemple, les agences de l'État ? Le Rassemblement National prétendant qu'ils pourraient récupérer des dizaines de milliards d'euros sur ces agences ?

15:29
Invité politique

En fait, nous, ce qu'on propose, c'est de remettre à plat le maquis des aides publiques aux entreprises. C'est 211 milliards d'aides publiques qui sont consenties sans condition ni contrepartie chaque année aux entreprises. Un niveau record. On n'a jamais autant donné d'aides publiques aux entreprises. Il n'y a jamais eu autant de licenciements. Notre industrie n'a jamais été autant en difficulté.

15:46
Présentateur

Ça, c'est une estroquerie intellectuelle, dit le vice-président de la CPME sur France Info ce matin. Il rappelle que ces aides aux entreprises, elles profitent aux consommateurs. La TVA a 10% sur la consommation, par exemple. Il disait, est-ce que c'est un avantage pour le consommateur ou pour l'entreprise ? Par exemple, vous vous souvenez que la TVA... C'est ça que vous les supprimez ? Les avantages pour les consommateurs ?

16:03
Invité politique

Je n'ai pas dit qu'il fallait supprimer les 211 milliards d'aides aux entreprises. J'ai dit qu'il fallait les remettre à plat, les conditionner et les évaluer, ce qui n'est pas du tout le cas aujourd'hui. Et pour ce qui concerne la TVA, on se souvient de la TVA dans la restauration qui a été baissée. Le consommateur n'a pas vu la différence. On n'a pas vu les prix baisser. Parce que les restaurateurs ont augmenté les prix. Oui, et puis ça a permis aux restaurateurs d'avoir plus de marge.

16:26
Présentateur

En tout cas, c'est bien que ce sujet des aides aux entreprises, il est un peu plus complexe que de prétendre que 211 milliards sont gaspillés et ne servent qu'aux entreprises. Il y en a au moins une partie qui sont gaspillées.

16:35
Invité politique

Je vais vous prendre un exemple. Michelin qui a fermé son usine de Cholet de façon extrêmement violente l'année dernière. On venait juste de lui payer avec des aides publiques des nouvelles machines. Il n'a même pas remboursé ses aides publiques. C'est quand même un comble.

16:48
Invité

Autre point primordial, la suppression des postes dans la fonction publique. Pourquoi ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite ? Pourquoi y êtes-vous opposé ?

16:56
Invité politique

Tout simplement parce que chacune et chacun le vit en cette rentrée. Il manque de très nombreux enseignants et enseignants. Il y a des dizaines de milliers d'élèves qui n'ont pas d'enseignants et d'enseignantes en phase 2. Chacune et chacun le vit quand on va à l'hôpital. Les hôpitaux sont engorgés, les urgences sont engorgées. On ne parle pas de supprimer des médecins et des enseignants, Sophie Binet.

17:15
Présentateur

On parle de supprimer par exemple des agents administratifs dans les bureaux. À l'hôpital, vous savez qu'il n'y a pas que des médecins, surtout en France.

17:21
Invité politique

Et les agents administratifs, ils se roulent les pouces, peut-être. Les agents administratifs sont indispensables pour l'hôpital. Si vous supprimez des administratifs, c'est les médecins qui font le travail des administratifs, ce qui se passe déjà aujourd'hui, ce qui n'a aucun sens. Moi, le supprimer un fonctionnaire sur deux, dites-moi lesquels. Il est où le gras dans la fonction publique ?

17:38
Invité

Lesquels vous voulez supprimer ? Est-ce qu'il faut en supprimer ?

17:40
Invité politique

Mais bien sûr qu'il ne faut pas en supprimer. Aucun. Et par contre, il y a des services publics qui ont besoin de plus de fonctionnaires, notamment le secteur de la santé. Les hôpitaux vont très mal.

17:50
Invité

Le gouvernement vous répond qu'il n'y a plus d'argent.

17:52
Invité politique

On lui fait plein de propositions de recettes et d'argent à aller chercher. Moi, je voudrais prendre un dernier exemple. Effectivement, je suis d'accord avec vous. Pour trouver de l'argent, il n'y a pas que des nouvelles taxes. Il y a aussi la question de la dynamique économique. Il y a un pays qui a eu une toute autre politique économique que la France, qui est juste à côté de chez nous, qui s'appelle l'Espagne. En Espagne, depuis cinq ans, le SMIC a été augmenté de 80%. Les contrats précaires ont été supprimés. Et aujourd'hui, ce qui est en train d'être discuté en Espagne avec les syndicats, grâce à la pression des syndicats, c'est la réduction du temps de travail.

La situation en Espagne, c'est une croissance florissante. La dette qui réduit de façon massive. est un pays qui est en forme socialement et en forme économiquement. Ça s'appelle une politique de la demande, alors qu'Emmanuel Macron a poursuivi une politique de l'offre, visant à alimenter et à donner toujours plus d'argent aux plus riches et aux plus grandes entreprises. C'est un échec. Et que vous citez un exemple.

18:40
Présentateur

Sophie Binet, le Royaume-Uni est agité par le débat sur l'immigration. Plus de 100 000 manifestants ont défilé samedi à Londres. Vous avez peut-être vu les images. Qu'est-ce que vous dites que ça peut arriver chez nous ?

18:53
Invité politique

Je sais que c'est une stratégie de l'extrême droite d'organiser ça en France pour, justement, alors qu'aujourd'hui le débat monte sur la question du partage des richesses et sur le fait qu'il faut que les riches contribuent davantage à l'intérêt général, eh bien, on occulte ce débat et on focalise et on crée des conflits identitaires. Le problème, ça n'est pas Nicolas qui paye, soi-disant pour Mohamed, c'est que Nicolas, Mohamed et Fatimata payent pour Bernard Arnault et Vincent Bolloré. Il est là le problème.

19:23
Présentateur

Est-ce que c'est pas aussi réducteur de dire ça ?

19:25
Invité politique

Aujourd'hui, le souci en France, c'est que les richesses, c'est nous qui les créons par notre travail et nous en voyons toujours moins dans nos salaires à la fin du mois. Ces richesses, c'est trahé, sont captées pour alimenter la spéculation et les dividendes.

19:39
Invité

Très vite, parce qu'après, on va vous poser la question qui... La question était vraiment sur l'immigration. D'ailleurs, on va écouter Marine Le Pen hier à la sortie de Matignon. Il y a 11 millions de gens déjà qui, en quelque sorte, par un moyen extrêmement direct, ont fait savoir qu'ils considéraient que l'immigration telle qu'elle existe aujourd'hui en France n'est plus soutenable. Donc tout ce qui va dans le sens de la défense d'un référendum sur le sujet de l'immigration, je ne peux évidemment que m'en réjouir. Le RN progresse dans les milieux populaires et chez les ouvriers. Est-ce que c'est un échec du syndicalisme, de la CGT, votre échec d'avoir laissé ce terrain politique au RN ?

20:13
Invité politique

On se bat pied à pied contre le RN parce qu'on ne le dira jamais assez. Il n'y a pas pire ennemi pour les travailleurs et les travailleuses que le RN parce que, comme on le voit aujourd'hui, le RN met en opposition les travailleurs entre eux pour permettre aux patrons de dormir sur leurs deux oreilles. Moi, ce que j'ai envie de demander, c'est comment compte-t-on faire tourner nos hôpitaux si on arrête l'immigration et si on renvoie tous les médecins étrangers qui sont là pour nous accueillir quand on arrive à l'hôpital ? Mais en un moment,

20:42
Invité

ce que j'ai envie de vous demander, c'est comment vos militants sont de plus en plus attentifs au discours de Marine Le Pen ? C'est ça, ma question.

20:48
Invité politique

Ah non, les militants et militantes de la CGT sont très clairs sur cette question. La CGT a toujours pris des positions extrêmement claires, notamment aux dernières élections législatives. Donc, du côté de la CGT, les choses sont très claires. Je regrette que le reste de la classe politique ne soit pas aussi claire que la CGT.

21:04
Invité

Il va être 8h55, c'est l'heure de ce que vous attendez pour certains d'entre vous. C'est l'heure de la question qui, ce matin, la question qui fait genre ? Vous êtes la première femme à devenir secrétaire générale de la CGT depuis sa création en 1895 avec deux ans et demi de recul. Madame Binet, qu'est-ce qui vous a le plus choqué côté machisme dans les cercles du pouvoir ?

21:24
Invité politique

En fait, de temps en temps, je me demande si des choses qu'on me dit ou qu'on fait avec moi, on aurait fait la même chose avec mon prédécesseur.

21:32
Invité

Exemple ?

21:32
Invité politique

Par exemple, hier ou avant-hier, j'ai vu l'ancien patron des patrons, Geoffroy Roux-de-Bézieux, répondre à ce que j'avais pu dire sur le patronat en disant

21:43
Présentateur

Arrêtez de pleurnicher. Voilà,

21:44
Invité politique

en disant vas-y Sophie, crée ta boîte. Franchement, je ne le tutoie pas, j'étais quand même très étonnée par cette familiarité et je me suis dit il n'aurait jamais dit ça à mon prédécesseur. Il y a une forme de condescendance qui, pour moi, ressemble à du sexisme. Vous avez eu des bonnes surprises aussi, peut-être ? Dans votre camp ou hors de votre camp ? Oui, en fait, ce qui est super au quotidien, c'est de voir à quel point les militants et les militantes de la CGT sont fiers d'avoir une femme secrétaire générale.

Ça, c'est vraiment très fort, ça me donne beaucoup de force et puis surtout, ça me fait prendre conscience que l'enjeu, le fait d'avoir une femme secrétaire générale, en fait, c'est un signal pour toutes les femmes syndiquées et même au-delà toutes les femmes salariées pour dire on le vaut bien et on doit avoir la même place que les hommes et on est capable d'atteindre toutes les positions et toutes les responsabilités. Même s'il y a un tout petit sujet

22:35
Présentateur

sur les horaires des réunions, non ? Vous me disiez ?

22:37
Invité politique

Ah oui, et surtout, ça, c'est pas forcément dans la CGT mais à l'extérieur, parfois, il y a des réunions qui traînent en longueur, des apéros après, etc. Et puis, voilà, tout le monde ne peut pas se permettre de rester jusqu'à 20h dans une réunion et de ne pas être là. Évidemment,

22:52
Invité

ils le font à cause des femmes. Ils se disent qu'ils ne pensent pas aux femmes, c'est ça ? C'est un impensé,

22:59
Invité politique

en fait. C'est tout naturel de dire on fait une réunion, on boit un coup derrière et voilà. Sauf que mon homologue de la CFDT, Marie-Lise Léon, et moi, nous partons plus tôt parce que nous avons envie de voir nos enfants avant qu'ils se couchent. Merci beaucoup, Sophie Binet, d'avoir répondu aux questions de France Info.

23:16
Invité

Un entretien à retrouver comme tous les jours sur YouTube.