François Grosdidier : "Alexandre Benalla a menti, mais ce qui est gênant, c'est que les autres aussi"
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:32OuverteRéponse directe
La mise en détention provisoire d'Alexandre Benalla, c'est la suite logique de cette affaire ? C'était attendu ?
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Vous le disiez, vous votre sentiment c'est que oui, Alexandre Benalla vous a menti ?
- 4:25OuverteRéponse directe
Ça veut dire que pour vous, il faut qu'il y ait des suites judiciaires ?
- 5:06FerméeRéponse directe
Vous avez tous voté de dire oui ou non ?
- 5:20OuverteRéponse directe
Et si jamais vous êtes d'accord, il se passe quoi après ?
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Le but de cette commission d'enquête, c'était aussi, pas simplement de constater, mais de proposer des remèdes ? Pour que une telle affaire ne se reproduise plus ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Oui, bien que ce soit sans lien avec notre rapport, qu'on soit clair. »
- 0:42Invité politiqueFait
« Il y a une procédure judiciaire. Il y en a même plusieurs, puisque plusieurs délits auraient été commis par M. Benalla. »
- 0:50Invité politiqueFait
« Et Alac M. Benalla, toujours avec le même sentiment de surpuissance, eh bien, viole les contraintes posées par le juge dans ce contrôle judiciaire. »
- 2:19Invité politiqueFait
« Oui, manifestement oui, puisqu'il nous a dit des choses et qu'on a pu constater son contraire. »
- 2:32Invité politiqueFait
« Par exemple sur le passeport, par exemple sur le fait qu'il ne s'occupe pas de sécurité, par exemple. »
- 2:41Invité politiqueFait
« Après ce qui est très gênant, c'est que les autres aussi ont menti. »
- 4:31Invité politiquePromesse
« Oui, alors je crois qu'il le faut. »
- 4:51Invité politiqueFait
« Et nous l'avons fait poursuivre. Il a été condamné. »
- 6:03Invité politiqueFait
« Et singulièrement, quand il s'agit de l'État de droit. »
- 8:18Invité politiqueFait
« L'affaire Benalla n'est pas une affaire banale. »
Temps de parole
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De l'Elysée à la prison de la Santé, Alexandre Benalla a été placé en détention provisoire hier soir, tout comme Vincent Crase, tout de mise en cause pour des violences en marge de la manifestation du 1er mai dernier à Paris. La justice leur reproche de s'être parlé et donc de ne pas avoir respecté leur contrôle judiciaire qui interdisait tout contact. Et cette décision de justice intervient à quelques heures de la publication du rapport sur cette affaire Benalla, rapport de la commission d'enquête du Sénat, commission dont notre invité fait partie. Bonjour François Grosdidier. Bonjour. Vous êtes sénateur Les Républicains de la Moselle.
La mise en détention provisoire d'Alexandre Benalla, c'est la suite logique de cette affaire ? C'était attendu ?
Oui, bien que ce soit sans lien avec notre rapport, qu'on soit clair. Il y a une procédure judiciaire. Il y en a même plusieurs, puisque plusieurs délits auraient été commis par M. Benalla. Après ça, il y a un contrôle judiciaire, comme c'est normal. Et Alac M. Benalla, toujours avec le même sentiment de surpuissance, eh bien, viole les contraintes posées par le juge dans ce contrôle judiciaire. Alors dans ce cas-là, c'est quasi automatique la détention provisoire. Ça aurait été curieux qu'il ne le soit pas. Donc là, on est dans le déroulement d'une procédure.
À côté de ça, ce matin, effectivement, nous réunissons la commission d'enquête sénatoriale, qui a mené les investigations pendant six mois. Nous allons examiner le rapport, qui a été écrit par les deux co-rapporteurs, Muriel Jourdat et Jean-Pierre Sueur. Et nous allons en débattre pour l'adopter. J'ai assez peu de doute sur son adoption, parce que l'analyse des faits était assez consensuelle entre la droite et la gauche. Mais s'il ne l'était pas, aucune page du rapport ne pourrait même être publiée. Et après ça, nous aurons un deuxième temps, qui sera de discuter, savoir s'il faut ou non poursuivre M.
Benalla devant la justice, voire d'autres personnes qui auraient formulé des parjures devant la commission. C'est normalement le bureau du Sénat qui doit saisir la justice, mais le président du Sénat, Jean-Alarcher, a indiqué qu'il suivrait l'avis de notre commission.
Voilà un joli résumé de toute l'interview que j'avais prévue. On va rentrer en détail, on va revoir en détail quelques points. D'abord ce rapport, vous le disiez, vous votre sentiment c'est que oui, Alexandre Benalla vous a menti ?
Oui, manifestement oui, puisqu'il nous a dit des choses et qu'on a pu constater son contraire. Donc il a menti et il l'a menti plusieurs fois sur des points extrêmement précis. Lesquels ? Par exemple sur le passeport, par exemple sur le fait qu'il ne s'occupe pas de sécurité, par exemple. Donc lui a menti. Après ce qui est très gênant, c'est que les autres aussi ont menti. Et ça vous en êtes persuadé vous aussi ? Alors c'est plus difficile à qualifier pénalement. Mais quand le secrétaire général de la présidence, le directeur du cabinet, le chef de cabinet, commence par nous dire au départ, monsieur Benalla s'occupe de tout sauf de sécurité.
Même avec précision, il s'occupe de l'organisation des déplacements privés. Il participe à l'organisation des déplacements publics. Et il s'occupe simplement du protocole lors de la réception du 14 juillet. Et c'est tout. Et puis après, qu'on se rend compte qu'il est toujours fourré à la préfecture de police. Là on nous explique, non mais attendez, dans les déplacements, il faut aussi qu'il coordonne la sécurité. Et puis après on découvre un arrêté du préfet de police qui lui octroie une arme pour assurer une mission de sécurité à la présidence de la République. Là on nous dit, oui mais il était chargé de la coordination à la fois du commandement militaire et du GSPR.
Donc des deux forces de sécurité. Et là c'est plus cohérent parce que même si on est chargé de la coordination, on n'a pas pour autant besoin d'une arme. Et alors quand on demande au directeur de cabinet pourquoi il l'a demandé, le port d'un pour M. Benalla, parce que c'est lui qui l'a demandé, il nous dit mais c'est pour renforcer la sécurité du président de la République dans les déplacements privés. Alors que les responsables du service de protection nous disent mais au contraire, d'abord on ne lâche jamais le président et en plus c'est un facteur de danger supplémentaire et certainement pas de sécurité supplémentaire que d'avoir quelqu'un d'autre d'armé dans les politiques.
On est en plein dans ces incohérences. Et je ne vous parle pas de l'affaire des passeports, de l'affaire des contrats russes, etc. Donc rien que sur vraiment ce que l'on recherche, s'occupait-il de sécurité ou pas, festement, on nous a menti. Quand je dis on, ce n'est pas que M. Benalla.
Ça veut dire que pour vous, il faut qu'il y ait des suites judiciaires ?
Oui, alors je crois qu'il le faut. Et d'ailleurs j'y tiens parce que j'ai participé à la commission d'enquête sur la qualité de l'air. Et puis on a un éminent pneumologue qui nous a menti sur ses qualités et son indépendance. Alors même qu'il était payé par un groupe pétrolier et qui nous assurait que le diesel n'était absolument pas nocif pour la santé humaine. Et nous l'avons fait poursuivre. Il a été condamné. Alors à une peine, je crois, de prison avec sursis ou à une amende. Mais il a été condamné. Donc il n'y a pas de raison que nous ne fassions pas la même chose pour M. Benalla.
Et là aussi, ça sera soumis au vote de votre commission, c'est ça ? Vous avez tous voté de dire oui ou non ?
Tout à fait. On va en débattre. On va aussi confronter les analyses. Nous sommes une majorité de juristes. Il faut être certain en fait, mais également en droit, que ces affirmations puissent être qualifiées pénalement de parjure.
Et si jamais vous êtes d'accord, il se passe quoi après ?
Il se passe quoi ? Ce moment-là, nous dirons au président du Sénat que nous demandons que le parquet soit saisi. Et ce sera au bureau du Sénat, à ce moment-là, de prendre formellement la décision.
Et le but de cette commission d'enquête, c'était aussi, pas simplement de constater, mais de proposer des remèdes ? Bien sûr.
Pour que une telle affaire ne se reproduise plus ? Bien sûr. Il faut que ce soit clair pour les auditeurs. Vous êtes des parlementaires, vous n'êtes pas des enquêteurs. Il ne se substitue pas la justice. On n'est même pas là pour établir la responsabilité de quiconque. Ça, c'est l'affaire de la justice. Nous, nous sommes là, en toute indépendance, comme le Sénat, contrairement à l'Assemblée nationale, pour contrôler l'action du gouvernement et le bon fonctionnement de nos institutions. Et singulièrement, quand il s'agit de l'État de droit.
Donc, nous avons noté, repéré, analysé des dysfonctionnements dans l'État, et notamment dans la protection du chef de l'État, ce qui n'est quand même pas rien. dans une démocratie. Et nous allons, bien sûr, faire des préconisations pour que cela ne se reproduise pas.
Lesquelles ?
Je n'ai pas dévoilé le rapport. Mais enfin, vous nous avez entendu largement critiquer le fait qu'on puisse avoir recours à du privé, et non pas aux forces publiques de sécurité, pour assurer la sécurité présidentielle. On a mis le doigt sur un grand nombre de dysfonctionnements, y compris d'ailleurs dans le contrôle des frontières sous l'usage des passeports. Donc, ça peut vous donner l'idée de quelques pistes qui seront dévoilées dans la journée.
L'affaire Benalla, c'est le sparadrap d'Emmanuel Macron. Vous auriez bien aimé l'auditionner lui aussi, même si, évidemment, c'est impossible ?
Oui, mais en plus, c'est une situation un peu idiote, quoi. Parce qu'il aurait dit au départ, écoutez, effectivement, M. Benalla est venu avec le staff de campagne, les attachés de presse, les secrétaires, comme ça se fait tout le temps. Et lui est en charge de la sécurité. Il vient à l'Elysée. À un moment, il marche sur les plates-bandes des forces de sécurité, quoi. Ça s'entrechoque un peu. Il y a quelques dysfonctionnements. Et après ça, on recadre. Indépendamment, d'ailleurs, de l'affaire de l'ESTA, quoi. D'affaires pénales, ça n'a rien à voir. Et puis, on recadre. Il aurait dit ça, pour nous, à la limite, il n'y avait pas d'affaires. On aurait noté les dysfonctionnements.
On aurait fait des préconisations pour que cela ne se reproduise plus. Mais il n'y aurait pas eu d'affaires. Après, les contrats russes, du plus tard, c'était autre chose. Mais là, il n'y avait pas d'affaires. On faisait notre travail, qu'on fait très souvent dans les commissions d'enquête, en voyant ce qui ne va pas dans le fonctionnement de l'État, et en proposant des corrections. À la place de ça, ils ont voulu nier la réalité, à savoir qu'ils s'occupaient de sécurité, et bâtir un mensonge d'État, à partir de ce qui était, en fait, au départ, qu'un petit dysfonctionnement d'État.
Donc, ils se sont mis eux-mêmes, quand je dis eux, Emmanuel Macron, le pouvoir en place, dans une situation assez difficile.
L'avocate d'Alexandre Benalla dénonce une justice sous pression, qui n'est pas une bonne justice, avec ce placement en détention provisoire. Vous, au sein de la commission d'enquête du Sénat, vous avez ressenti une forme de pression. On ne peut pas nier que c'est une affaire banale, une affaire comme les autres, cette affaire Benalla.
L'affaire Benalla n'est pas une affaire banale. Mais, alors, pression dans quel sens ? Parce qu'il n'est pas dans l'opposition, M. Benalla. Qu'aurait voulu le pouvoir mettre M. Benalla en prison pour ne plus qu'il fasse une bêtise par semaine ? Bon, en même temps, ça ne l'empêchera de ne pas parler via son avocat. Nous, on aurait aussi pu parler de justice sous pression quand on était un peu frustrés de voir qu'après avoir entendu des semaines, si ce n'est des mois, l'Elysée portait plainte contre M. Benalla le matin même de l'audition du directeur de cabinet, M. Straudat, que la justice, qui parfois est un peu lente, mettait seulement 48 heures à placer M.
Benalla sous statut de témoin assisté, ce qui nous empêchait, trois jours plus tard, de lui poser des questions sur l'affaire des passeports. Bon, je ne crois pas faire le procès de personne et encore moins de la justice. La justice suit son cours. Et là, en l'occurrence, se retrouver en détention provisoire quand on a violé le contrôle judiciaire, c'est quand même un cas absolument classique. C'est le droit commun.
Merci beaucoup, François Grodillier, d'être venu ce matin sur France Inter. Je rappelle que vous êtes sénateur Les Républicains de la Moselle et donc membre de cette commission d'enquête du Sénat sur l'affaire Benalla. Merci beaucoup.
François Grosdidier