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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 13 janvier 2023 30 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesEnvironnement & énergieInstitutions & électionsSolidarités & famille

Révélations : Veolia et la Macronie font main basse sur l'eau potable

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 90 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteÉludée

    Connaissez-vous Veolia ?

  • 1:20ComplaisanteRéponse directe

    Salut Malice, Timothée, comment ça va ?

  • 1:45OuverteRéponse directe

    Veolia, Macron, on va mettre un peu les pieds dans le plat, c'est une histoire d'amour qui dure ?

  • 3:27OuverteRéponse directe

    C'est une grande famille, quoi.

  • 3:31OuverteRéponse directe

    Alors, dès le chapeau dans l'article, il y a le mot lobbying, évidemment. Donc, le lobbying est exercé sur le gouvernement déjà de François Hollande ?

  • 4:59RelanceRéponse directe

    Est-ce qu'on en sait plus sur ce rôle qu'Alexis Colleur a tenu ? En tout cas, quel est le rôle qu'on lui suppose ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:01PrésentateurFait
    « Oui évidemment vous connaissez Veolia, c'est cette gigantesque entreprise qui s'est octroyée à un quasi-monopole sur le marché de l'eau. »
  • 0:08PrésentateurFait
    « Après une OPA bien énervée et surtout bien aidée par le clan macroniste sur Suez, son concurrent de l'époque. »
  • 0:22PrésentateurFait
    « Sous-investissement, délabrement des infrastructures, corruption, conflit d'intérêt aussi évidemment, surfacturation, explosion des tarifs. »
  • 1:45PrésentateurFait
    « Emmanuel Macron connaît Antoine Frérot, le PDG actuel de Veolia depuis quelques années puisqu'il lui avait remis la Légion d'honneur en 2015 quand il était ministre de l'économie. »
  • 2:24InvitéFait
    « Ismaël Emélien, qui a été conseiller spécial au palais de l'Elysée jusqu'en mars 2019, donc au moment de l'affaire Benalla. »
  • 2:35InvitéFait
    « Christian Darnia, le financier de la campagne de 2017, mais aussi Thierry Déo, le directeur du fonds d'investissement Meridiam, qui avait participé financièrement à la campagne de Macron en 2017 et que, en fait, Veolia a sollicité pour racheter des parts de Suez et donc contourner les autorités de la concurrence. »
  • 4:07InvitéFait
    « Alexis Colleur est un des personnages clés dans cette fusion, secrétaire général de l'Elysée, donc très proche de Macron. »
  • 4:20InvitéFait
    « Alexis Colleur aurait appelé deux syndicalistes de la CFDT-NJ, qui à l'époque était l'actionnaire majoritaire de Suez, pour demander à ces deux personnages de ne pas s'opposer à la fusion. »
  • 4:44InvitéFait
    « Le fait pour un homme politique d'user de son pouvoir, de son statut et de sa position pour influencer des décisions qui touchent à des organismes, en l'occurrence privés, relève du délit, voire du crime. »
  • 6:34PrésentateurFait
    « Pierre Perzon, il a claqué la porte de la majorité en raison de plusieurs désaccords avec LREM, et un de ces désaccords, c'était justement ce projet de fusion Veolia-Suez, auquel il s'était opposé. »
  • 7:13PrésentateurChiffre
    « Veolia, ayant pris 86% des parts de Suez, acquiert une position quasiment monopolistique sur le marché de la gestion privée de l'eau. »
  • 9:25InvitéFait
    « Il y a plusieurs pistes qui pourraient éclairer sa vision, notamment le fait de vouloir avoir un super champion mondial sur le marché de l'eau dans la grande compétition mondiale avec les entreprises chinoises, états-uniennes, etc. »
  • 10:10InvitéFait
    « Macron se prend pour Napoléon III. Et en fait, cette référence n'est pas anodine puisqu'aux origines de Veolia, il y a la Compagnie Générale des Eaux qui a été créée en 1853, au tout début du Second Empire. »
  • 15:01InvitéFait
    « Veolia a obtenu le marché des eaux de Nagpur, qui est une ville de plusieurs millions d'habitants. »
  • 15:19InvitéFait
    « Il y a eu des augmentations de prix vertigineuses. Il y a eu des retards dans la livraison des services. Il y a eu des coupures d'eau massives pour les gens les moins fortunés. »
  • 15:57InvitéFait
    « Un rapport parlementaire de 2021 piloté par Mathilde Panneau de la France Insoumise qui dit que la Guadeloupe est l'exemple parfait d'une mauvaise gestion de l'eau. »
  • 16:06InvitéFait
    « L'ARS révélait en 2018 que l'eau en Guadeloupe était marron, polluée au chlordécone, trouble, en plus de fuiter des canalisations. »
  • 22:46PrésentateurChiffre
    « En 20 ans, le nombre de délégations de services publics à des acteurs privés qui a été réduit, divisé par deux. »
  • 23:15PrésentateurFait
    « En 96, le maire de l'époque, Alain Carignan, a écopé de quatre ans de prison ferme pour avoir touché des pots de vin de la part de la Lyonnaise des Eaux qui est devenue Suez quelques années plus tard. »
  • 24:32InvitéFait
    « Il y avait 25% de l'eau du réseau qui partait en fuite, que Veolia était au courant de ça et qu'en fait, Veolia gérait l'eau des lacs de l'Essonne depuis 1929 mais qu'elle considérait qu'il n'y avait pas besoin d'investissement conséquent pour entretenir le réseau pendant 350 ans. »
  • 25:09InvitéChiffre
    « Gabriel Amard a investi six fois plus que ce que l'avait fait Veolia dans les années précédentes dans l'entretien du réseau et ceci a permis de faire baisser de 40% les tarifs de l'eau. »

Temps de parole

  • Invité47 %
  • Présentateur33 %
  • Présentateur 220 %

0,3 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Connaissez-vous Veolia ? Oui évidemment vous connaissez Veolia, c'est cette gigantesque entreprise qui s'est octroyée à un quasi-monopole sur le marché de l'eau. Après une OPA bien énervée et surtout bien aidée par le clan macroniste sur Suez, son concurrent de l'époque. L'autre grande victime de l'ogre Veolia c'est aussi et surtout le marché public de l'eau ainsi que sa gestion. Sous-investissement, délabrement des infrastructures, corruption, conflit d'intérêt aussi évidemment, surfacturation, explosion des tarifs. A l'heure où l'inflation et des prix de l'énergie continuent de prendre les français et les populations même du monde entier à la gorge.

Mais Veolia s'en fout et surtout Macron et sa clique s'en foutent. Leur objectif, la privatisation et Veolia étaient là pour faire leurs affaires parmi d'autres. Ismaël Emélien, Alexis Collère ont conseillé Veolia dans leur opération, prêté pour un rendu des anciens de Veolia entre au gouvernement ou deviennent députés comme Brune Poirzon qui fut secrétaire d'Etat à la transition écologique, le poste actuel d'Agnès Pannier-Runacher. C'est ce que racontent en tout cas l'enquête de Maëlle Esquider et Timothée de Roglaudre, parue dans le Socialterre de décembre-janvier intitulé Veolia, hydre du marché.

Et c'est justement ces mêmes Maëlle Esquider et Timothée de Roglaudre que vous êtes habitués à voir sur ce plateau, que j'accueille sur ce plateau donc pour parler de tout ça. C'est parti pour le combat de l'info. Salut Malice, Timothée, comment ça va ? Ça va très bien, merci.

1:32
Invité

De très bonnes fêtes. Très reposantes.

1:34
Présentateur

Alors Veolia, Macron, on va mettre un peu les pieds dans le plat, c'est une histoire d'amour qui dure j'ai l'impression et qui a commencé même bien avant que l'actuel président soit président. Effectivement, Emmanuel Macron connaît Antoine Frérot, le PDG actuel de Veolia depuis quelques années puisqu'il lui avait remis la Légion d'honneur en 2015 quand il était ministre de l'économie. Et en fait, on se rend compte dans l'opération de fusion Veolia-Suez que plusieurs acteurs de la Macronie ont été impliqués du côté de Veolia. Donc en fait, Veolia comme Suez ont dépensé des millions d'euros pour se faire conseiller sur ce projet de fusion.

Et du côté de Veolia, on trouve des conseillers qui ont été très importants dans la Macronie, notamment, tu le disais, Ismaël Emélien, qui a été conseiller spécial au palais de l'Elysée jusqu'en mars 2019, donc au moment de l'affaire Benalla. On trouve aussi Christian Darnia, le financier de la campagne de 2017, mais aussi Thierry Déo, le directeur du fonds d'investissement Meridiam, qui avait participé financièrement à la campagne de Macron en 2017 et que, en fait, Veolia a sollicité pour racheter des parts de Suez et donc contourner les autorités de la concurrence. Donc on pourrait parler aussi de Laurent Obadia, le bras droit d'Antoine Frérot. Sur lequel on a déjà enquêté ici au Média.

Voilà, il y a une super enquête de Thomas Dietrich sur le sujet. Et effectivement, ce Laurent Obadia est à la fois le bras droit d'Antoine Frérot et une pièce de la Macronie, le mentor d'Ismaël Emélien. Donc on voit qu'il y a une véritable... C'est une grande famille, quoi. Comment ? C'est une grande famille, quoi. C'est une grande famille et on voit que tout ça est très imbriqué. D'accord. Alors, dès le chapeau dans l'article qui est paru sur le dernier Socialter, il y a le mot lobbying, évidemment.

Donc, le lobbying est exercé sur le gouvernement déjà de François Hollande puisqu'à l'époque, Macron, au début de cette affaire de l'OPA, quand a commencé l'opération pour la fusion avec Suez, Hollande était président Macron, ministre à Bercy. Et donc maintenant, il est président de la République. Et donc, on a cité Ismaël Emélien. Mais en fait, ce lobbying, il s'est fait sans forcer, si je puis dire, parce que d'ailleurs, il y a aussi dans cette affaire toutes les têtes pensantes d'En Marche, y compris Alexis Colleur, qui est aujourd'hui encore secrétaire général à l'Elysée.

4:06
Invité

Tout à fait. Alexis Colleur est un des personnages clés dans cette fusion, secrétaire général de l'Elysée, donc très proche de Macron. Et une enquête de Mediapart a révélé que le même Alexis Colleur aurait appelé deux syndicalistes de la CFDT-NJ, qui à l'époque était l'actionnaire majoritaire de Suez, pour demander à ces deux personnages de ne pas s'opposer à la fusion. Et cet appel aurait été passé juste avant un vote sur la même fusion. Donc tout ça est très problématique, puisque le fait pour un homme politique d'user de son pouvoir, de son statut et de sa position pour influencer des décisions qui touchent à des organismes, en l'occurrence privés, relève du délit, voire du crime.

Je ne sais pas si c'est un crime ou un délit, mais en tout cas, relève de la justice pénale. Et d'ailleurs, Alexis Colleur est visé par une enquête du parquet national. financier qui investigue et puis creuse la piste du trafic d'influence. Cette plainte, elle a été déposée par l'union syndicale de Suez, qui soupçonne fortement qu'Alexis Colleur aurait eu un rôle phare dans la réussite de cette fusion.

5:29
Présentateur

Est-ce qu'on en sait plus sur ce rôle qu'Alexis Colleur a tenu ? En tout cas, quel est le rôle qu'on lui suppose ?

5:36
Invité

C'est vraiment d'être... Déjà, d'avoir pris position. Donc, d'avoir pris partie dans un dossier qui ne le concernait pas, puisqu'il est à l'Elysée. Donc, on se dit que l'Elysée, bon, effectivement, peut intervenir dans des dossiers industriels, évidemment. Mais lorsqu'un homme politique intervient directement auprès de personnes qui sont internes à une entreprise, pour leur demander de... En fait, pour leur imposer une vision et leur imposer une décision, alors on tombe dans l'illégalité.

6:11
Présentateur

D'accord. Alors, moi, ce qui m'intéressait aussi dans votre enquête, c'est que c'est assez rare pour le souligner, et surtout quand on travaille dans un média indépendant, en tout cas qu'on vise à ce point-là le pouvoir en place, c'est d'avoir du contradictoire. Et moi, ce qui m'intéressait, c'est que dans votre enquête, vous avez donc un témoignage de l'ancien numéro 2 de La République en marche, ce qui n'est pas rien, Pierre Perzon. Alors, moi, c'est la question que j'ai envie de vous poser, moi, pour mettre un peu à la place de tous les gens qui nous regardent et qui n'ont pas lu l'enquête. Qu'est-ce qu'il vous a raconté, ce Pierre Perzon ?

Alors, effectivement, Pierre Perzon, il a claqué la porte de la majorité en raison de plusieurs désaccords avec LREM, et un de ces désaccords, c'était justement ce projet de fusion Veolia-Suez, auquel il s'était opposé. Alors, ce n'est pas non plus un grand défenseur du service public et de la gestion publique des biens communs, mais ce qui l'a embêté dans ce dossier, c'est vraiment que ça contredise les lois de la concurrence, puisque Veolia, ayant pris 86% des parts de Suez, acquiert une position quasiment monopolistique sur le marché de la gestion privée de l'eau. Et donc, lui, ça l'embêtait.

Et donc, il s'est rapproché à ce moment-là d'autres opposants à ce projet, y compris dans le mouvement syndical. Il avait aussi souligné qu'il y avait un risque de casse sociale, de suppression d'emplois chez Veolia, puisque quand on mutualise des effectifs, en général, on s'en sépare d'une partie de ces effectifs. Et donc, effectivement, il nous a confirmé, quand on l'a interrogé, que sans ses appuis au plus haut niveau de l'État, Antoine Frérot n'aurait pas réussi à aboutir ce projet de fusion.

Donc, il nous confirme cette imbrication, alors comme on l'a vu dans beaucoup d'autres dossiers, cette imbrication entre l'État et le capitalisme français, qui nous rappelle aussi qu'on est non pas dans un régime libéral, mais néolibéral, c'est-à-dire que l'État s'implique très directement pour soutenir, finalement, ses amis dans le capitalisme français. Oui, là, on va rentrer dans du philosophique, mais effectivement, contrairement à ce qu'on pense, le néolibéralisme, c'est pas de l'économie sans l'État. Justement, l'État est très impliqué dans les affaires économiques en l'occurrence des grandes entreprises. Mais qu'est-ce qui motive tant, Emmanuel Macron ?

Justement, puisqu'on reste dans l'idée un peu, là, on va sortir peut-être un peu de l'enquête, peut-être plus dans l'ordre du point de vue. Mais qu'est-ce qui motive tant, Macron, à privatiser ainsi le marché de l'eau, qui est quand même un des biens les plus... C'est le bien le plus nécessaire de l'humanité. D'autant que vous expliquez bien dans votre papier que c'est un cas quasi unique au monde. C'est une telle marche en avant vers la privatisation de l'eau. Absolument. En fait, la position de Macron est un peu compliquée puisqu'il ne s'est pas exprimé publiquement sur le sujet, ce qui est quand même très étonnant pour un sujet aussi majeur.

Mais il y a plusieurs pistes qui pourraient éclairer sa vision, notamment le fait de vouloir avoir un super champion mondial sur le marché de l'eau dans la grande compétition mondiale avec les entreprises chinoises, états-uniennes, etc. Même si, je l'ai expliqué après, mais la France a vraiment une spécificité sur le marché de l'eau. Il y a aussi le journaliste au monde diplomatique, Marc Lémet, qui estime que ce qui a convaincu Macron dans ce projet, c'est l'ambition de Veolia de devenir leader de la numérisation des services de l'eau. Ça correspond bien à la vision macronienne du tout numérique. Son fétichisme depuis 2017. Et Marc Lémet nous dit aussi que Macron se prend pour Napoléon III.

Et en fait, cette référence n'est pas anodine puisqu'aux origines de Veolia, il y a la Compagnie Générale des Eaux qui a été créée en 1853, au tout début du Second Empire. C'était une société anonyme à capitaux publics. C'est vraiment l'ancêtre du néolibéralisme à la française. Et c'était un moment où les villes avaient besoin d'investissements technologiques dans la gestion et l'assainissement de l'eau. Et donc, la Compagnie Générale des Eaux, puis la Lyonnaise des Eaux qui a été créée 30 ans plus tard, ont grignoté sur la gestion de l'eau en France. Et ça a créé un modèle unique au monde, celui de la délégation de services publics.

Ce qui fait qu'en fait, la France a beaucoup plus marchandisé la gestion de l'eau que tout le reste du monde occidental, y compris les États-Unis ou l'Allemagne, par exemple. Donc, la France a accouché des deux champions mondiaux de la gestion privée de l'eau, Veolia et Suez, ce qui lui donne une spécificité et qui peut expliquer aussi que Macron veuille renforcer et sécuriser cette spécificité. On va y revenir après assez fragilisé sur le marché international. Oui, parce que tu dis champion du monde, champion du monde peut-être au niveau des chiffres économiques, mais en termes de gestion pure de l'eau, on y reviendra. Ce n'est pas tout à fait le cas.

Mais alors, qui dit, on parle de conflits d'intérêts, la Macronie, etc. Mais c'est aussi un peu du pantoufla, je trouve ça, parce que ça m'a l'air d'être un prêté pour un rendu aujourd'hui et par le passé. Beaucoup d'anciens de chez Veolia sont passés aussi chez Macron.

11:53
Invité

Tout à fait. On entend souvent parler de pantouflage dans le sens inverse, c'est-à-dire des membres de l'administration, des députés, des ministres ou autres, qui passent dans le privé. Et quand on se penche sur le cas Veolia, l'inverse est vrai, c'est-à-dire qu'il y a beaucoup de membres et d'anciens travailleurs de Veolia qui sont partis rejoindre Emmanuel Macron. Alors, il y a Célia de Lavergne, qui était l'une des cadres de l'entreprise qui a rejoint La République En Marche. Sophie Oconi, aussi, qui était une des gouverneurs du Conseil mondial de l'eau, qui est un lobby de l'eau, on va en reparler, j'en suis sûre. Elle, elle est devenue députée.

Et enfin, Brune Poirson, qui a été quand même une des figures de proue du premier quinquennat Macron, qui était chez Veolia en Inde, qui a participé à la privatisation des eaux de certaines villes indiennes et qui, par la suite, est devenue secrétaire d'État à la transition écologique. Donc, on a toutes ces figures qui viennent, qui ont cette culture du privé, qui ont cette culture Veolia, qui arrivent au Parlement, donc, au lieu pour influencer les décisions, ou bien dans les ministères.

Donc, cette culture Veolia, elle s'impose vraiment à l'intérieur de notre administration, de par cette espèce de pantouflage inversé et qui vient transformer petit à petit ce que l'État devrait faire en matière d'eau, c'est-à-dire s'assurer que ce bien commun n'est pas marchandisé ou, en tout cas, freiner sa marchandisation. Or, la marche qu'on... En tout cas, les tentatives qu'on observe sont à l'opposé de cette marche qui devrait être.

13:51
Présentateur

Alors, dans ta réponse, tu m'as parlé de... On est revenu sur Brune Poison, qu'on a évoqué dans l'introduction, qui était donc chez Veolia en Inde. Alors, justement, ça me fait penser aussi à un autre volet dans l'article, c'est que les levées d'influence pour Veolia n'ont pas été uniquement Macron et sa clique.

14:07
Invité

Veolia est une entreprise d'influence. C'est pour ça qu'on a appelé ça, entre autres, l'hydre du marché, puisqu'on voit bien l'hydre, cette créature mythologique, a plusieurs têtes. On coupe une tête, une autre repousse. Et Veolia, c'est un petit peu ça. C'est-à-dire qu'il y a beaucoup de têtes qu'on ne voit plus vraiment quelles sont les voies d'influence. Donc, nous, ce qu'on a essayé de faire dans cette enquête, c'est justement d'éclairer un petit peu la façon dont Veolia influençait les politiques et même les mairies à l'étranger. Et on a justement des exemples de la gestion et de ce que donne l'arrivée de Veolia en gestion privée de l'eau.

Par exemple, en Inde, Veolia a obtenu le marché des eaux de Nagpur, qui est une ville de plusieurs millions d'habitants. Donc, Veolia arrive. Et puis, un rapport d'une ONG de défense de l'environnement pointe petit à petit les dérives de cette gestion. Alors, il y a eu des augmentations de prix vertigineuses. Il y a eu des retards dans la livraison des services. Il y a eu des coupures d'eau massives pour les gens les moins fortunés. Donc, tout ça a posé problème puisque les Indiens se sont demandés pourquoi une entreprise française arrivait sur leur terre et puis faisait grimper les prix au détriment des plus pauvres.

Il y a beaucoup d'exemples comme ça, notamment en Guadeloupe où un rapport parlementaire de 2021 piloté par Mathilde Panneau de la France Insoumise qui dit que la Guadeloupe est l'exemple parfait d'une mauvaise gestion de l'eau. Et l'ARS révélait en 2018 que l'eau en Guadeloupe était marron, polluée au chlordécone, trouble, en plus de fuiter des canalisations. Or, Veolia gérait l'eau en Guadeloupe jusqu'en 2015. Elle est partie brusquement d'ailleurs. Donc, ce qui implique beaucoup de gaspillage et beaucoup de pollution.

Pour faire accepter et pour malgré ça obtenir des marchés, Veolia étend son influence à travers un lobby très puissant qui est situé à Marseille qui a été créé en 1996 qui s'appelle le Conseil mondial de l'eau. Et ce Conseil mondial de l'eau, c'est l'un des principaux lobbies au monde qui va débattre de comment est-ce qu'on doit gérer l'eau, comment est-ce qu'on doit partager cette ressource, des choses comme ça. Or, ce lobby est une émanation de Veolia. Pourquoi est-ce que j'utilise ce mot ? Parce qu'il a été fondé par Loïc Fauchon qui est l'ancien président de la Société des eaux de Marseille qui est une filiale de Veolia.

Donc, il y a une vraie mainmise de l'entreprise sur les politiques qui se créent et qui se discutent en matière d'eau. Et sous cette façade de sortes d'associations, finalement, on a un réel outil d'influence. Voilà, en plus, il y a une grande opacité dans l'attribution des marchés puisque, en 2015, le Parc national financier ouvrait une enquête sur Loïc Fauchon pour prise illégale d'intérêt, trafic d'influence et favoritisme dans l'attribution supposée illégale d'un marché de l'eau de plus de 3 milliards d'euros à Marseille.

Cette plainte, elle a été classée sans suite, mais elle montre quand même qu'on a là un marché très opaque et des sommes surtout faramineuses et que c'est très difficile de tracer la façon dont ces marchés sont octroyés. Et, dernier outil d'influence, l'investissement d'argent de Veolia dans des chaires d'universités. Donc, l'entreprise met de l'argent dans Louis Lumière, à Lyon, dans Sciences Po, à Gros Paris Tech, l'Institut national des études territoriales.

Et ce que ça a comme conséquence, c'est que les travailleurs les futurs travailleurs de l'eau et les futurs administrateurs vont apprendre la culture et les méthodes de Veolia et par la suite les reproduire puisque forcément, ils les auront intégrés pendant leurs études. Voilà, beaucoup de manières très discrètes d'influencer. C'est ce qui est notable.

18:48
Présentateur

Et alors, pendant, encore une fois, pendant ta réponse, tu as évoqué la Guadeloupe et moi, j'avais envie de poser une question aussi sur, justement, plus précise sur cette mauvaise gestion parce qu'on en parlait aussi dans l'introduction, ce sont des infrastructures qui sont laissées vétustes qu'elles étaient avant que Veolia arrive. Donc, effectivement, comme en Guadeloupe, c'est de l'eau potable, on se souvient. Alors, la Guadeloupe a été abandonnée depuis 2015, tu nous dis, mais les problèmes d'eau potable ne sont jamais été réglés puisqu'il y a encore un an, il y a eu de violentes manifestations en Guadeloupe qui concernaient cette question-là. Donc, j'ai envie de poser la question.

Quand on parle de mauvaise gestion de la part de Veolia, de quoi on parle plus précisément ?

19:35
Invité

Alors, on parle d'abord de laisser des fuites massives dans les conduits d'eau puisqu'il a été prouvé et on y reviendra que Veolia, pendant qu'elle gérait l'eau en France et à l'étranger, laissait des fuites massives se produire, c'est-à-dire qu'on assiste à un gaspillage de cette ressource qui commence à manquer. Donc, premièrement, on a une sorte d'atteinte à l'environnement. Ensuite, la pollution au chlordécone, elle implique que Veolia ne fasse pas attention à ce qui pénètre dans les naphréatiques, dans les canalisations.

C'est-à-dire que le chlordécone est un problème majeur en Guadeloupe et que, plutôt que de tenter de dépolluer l'eau, d'empêcher le chlordécone d'y pénétrer, eh bien, Veolia est partie sans se préoccuper de ce qui a créé des millions et des millions de cancers sur cette île qui est quand même française et qui devrait avoir la même considération que nous en matière sanitaire.

20:45
Présentateur

Mais qui a repris la gestion des infrastructures entre temps ? C'est l'État ou la collectivité de Guadeloupe ?

20:51
Invité

Alors, en Guadeloupe, je ne suis pas sûre. Je ne sais pas si...

20:56
Présentateur

Non, je sais plus spécifiquement. Il semble que c'est revenu en régime publique ou en régime mixte. C'est ce qui se fait en général dans les phases de transition quand un des grands acteurs privés de l'eau se retire.

21:07
Invité

Parfois, c'est assez complexe parce que les gestions sont mi-privées, mi-publiques et donc on a une myriade d'acteurs qui se partagent. Par exemple, parfois, le public va gérer les canalisations et puis une entreprise privée va gérer la distribution de l'eau. Donc, en fait, c'est des sociétés mixtes. Tout ça est assez complexe. En tout cas, Veolia est partie très brusquement et l'état dans lequel l'eau a été retrouvée était, je le disais, marron, trouble. C'est un scandale sanitaire et d'ailleurs, oui, j'invite les gens qui nous regardent à regarder tous les papiers qui ont été faits sur le sujet parce que c'est un des plus grands problèmes sanitaires actuellement en Guadeloupe.

Donc, voilà de quoi on parle et voilà un petit peu comment la marchandisation de l'eau peut se traduire.

22:04
Présentateur

Alors, puisqu'on parle de marchandisation, il y a aussi la question des tarifs, des prix, sur facturation, notamment à l'endroit des mairies. Évidemment, explosion des tarifs, donc des prix en période d'inflation où les prix de l'énergie sont déjà en train d'exploser. C'est problématique. Oui, et c'est pour ça que, en fait, de plus en plus de villes reprennent le contrôle sur la gestion de l'eau. Donc, en fait, on pourrait se dire que, étant donné que la marchandisation du monde s'étend dans énormément de sphères, que c'est le cas aussi de l'eau. En fait, en ce qui concerne la gestion de l'eau, on est dans un mouvement contraire.

Donc, depuis une vingtaine d'années, en tout cas en France, on a, en 20 ans, le nombre de délégations de services publics à des acteurs privés qui a été réduit, divisé par deux. Donc, c'est vraiment très conséquent et c'est le résultat à la fois de volontés politiques, de gauche comme de droite, qui se soucient de la gestion publique des biens communs, mais aussi de mobilisation citoyenne d'acteurs locaux. Donc, le point de départ de tout ça, ça a été le scandale de corruption qui a eu lieu à Grenoble à la fin des années 90.

En 96, le maire de l'époque, Alain Carignan, a écopé de quatre ans de prison ferme pour avoir touché des pots de vin de la part de la Lyonnaise des Eaux qui est devenue Suez quelques années plus tard. Donc, en 2000, Grenoble a repris l'eau en régie publique et ensuite, d'autres villes, d'autres grandes villes ont suivi Paris, Lyon, Bordeaux, Montpellier, etc. Une vraie vague de retours en arrière de la part des régies publiques municipales qui reviennent sur la gestion publique et d'ailleurs, vous le dites très vite dans le papier quand vous abordez ce sujet, les effets sur les tarifs notamment sont immédiatement bénéfiques. Absolument. Bénéfiques aux consommateurs, aux gens...

Oui, complètement. En fait, on a échangé avec le député de la France Insoumise Gabriel Amar qui nous a raconté comment il a remunicipalisé, en tout cas, fait revenir en gestion publique la gestion de l'eau dans la communauté d'agglomération des lacs de l'Essonne, en région parisienne où Veolia et Suez sont très implantés.

Et donc, ça, ça s'est produit en 2011 et en fait, quand il a repris cette gestion de l'eau dans le domaine public, il a pu échanger un peu avec les ingénieurs, les techniciens qui étaient sur le terrain et il a réussi à déterminer qu'il y avait 25% de l'eau du réseau qui partait en fuite, que Veolia était au courant de ça et qu'en fait, Veolia gérait l'eau des lacs de l'Essonne depuis 1929 mais qu'elle considérait qu'il n'y avait pas besoin d'investissement conséquent pour entretenir le réseau pendant 350 ans.

Donc, c'est complètement délirant et en fait, malgré ces fuites, Veolia pratiquait des tarifs très élevés et donc, en reprenant en gestion publique, Gabriel Amard a investi six fois plus que ce que l'avait fait Veolia dans les années précédentes dans l'entretien du réseau et ceci a permis de faire baisser de 40% les tarifs de l'eau et donc ça, ça ne se limite pas qu'au lac de l'Essonne, on constate qu'à chaque fois qu'il y a un retour en gestion publique, il y a une baisse des tarifs, il y a une augmentation de l'investissement, de la qualité de l'eau et il y a aussi une dimension écologique qui est très importante, c'est-à-dire que les acteurs comme Veolia vont favoriser les solutions technologiques au manque d'eau, donc par exemple, les usines de filtrage ou la désalinisation de l'eau de mer, donc c'est une vision très techniciste de court terme, alors que les acteurs publics vont être dans une gestion plus de long terme en allant à la racine du manque d'eau, donc par exemple, en allant voir les agriculteurs de la région et en travaillant avec eux sur comment on peut économiser de l'eau et mieux gérer collectivement cette ressource, donc ce n'est pas une question, ce n'est pas seulement, on va dire, une question idéologique ou de vouloir absolument gérer de manière publique les ressources naturelles, même si c'est aussi, on pourrait aussi en parler, mais en l'occurrence, c'est vraiment une question pragmatique, c'est-à-dire faire baisser les tarifs, augmenter la qualité de l'eau et mieux gérer collectivement la ressource pour profiter à la fois aux usagers et aux services publics.

Donc en fait, là où il y a de l'investissement public, tout marche mieux finalement, les services publics sont plus rentables, fonctionnent mieux et sont moins chers.

26:33
Invité

En tout cas, c'est une démonstration que le public peut amener des solutions écologiques et économiques et une amélioration quotidienne en investissant de l'argent des collectivités de l'État et c'est assez cocasse en réalité de voir qu'on a un géant de l'eau français qui essaye d'absorber des marchés mais qui en France perd du terrain et que cette même entreprise va chercher à l'étranger, je ne dirais pas ce rabat sur l'étranger mais en tout cas cherche des marchés internationaux en partie pour compenser la perte de Grenoble, de Paris et autres.

Et cette marchandisation de l'eau, elle a été remarquée en France et donc un petit peu freinée mais à l'étranger Veolia bénéficie de solides soutiens par exemple ce mouvement de privatisation il prend racine dans les années 90 où le Fonds monétaire international la Banque mondiale soutiennent la privatisation de l'eau

27:39
Présentateur

l'Union européenne aussi

27:40
Invité

effectivement l'Union européenne aussi et où dans le cadre de programmes d'ajustement structurel c'est-à-dire de programmes d'austérité et donc de baisse de la dépense publique ces deux instances ont dit aux Etats donner et céder du terrain dans le domaine de l'eau et comme ça vous pourrez dépenser moins d'argent et ils ont grandement encouragé d'ailleurs Suez et Veolia à prendre des marchés en Amérique latine par exemple à Santiago du Chili Suez était à détenir la majorité de la gestion de l'eau donc maintenant Veolia va reprendre et Veolia a grossi comme ça en avalant Suez et en prenant ces marchés étrangers ce qui l'arrange fortement donc en France on a ce mouvement de municipalisation mais Veolia ne soyons pas naïfs Veolia ne se laisse pas faire et ne laissera pas gagner trop de terrain au public puisque ces actions ne se font pas toujours dans la légalité par exemple en Roumanie la filiale roumaine de Veolia est soupçonnée de corruption active et passive parce qu'elle aurait versé des millions d'euros aux autorités locales en échange en échange de la gestion donc le parquet national financier a classé sans suite mais la justice roumaine elle continue l'enquête donc elle veut vraiment faire la lumière sur ces pratiques et sur la façon dont cette multinationale piétine des pays qui ont beaucoup moins de et des localités surtout qui ont beaucoup moins de pouvoir et de force de frappe qu'elle

29:23
Présentateur

ok merci beaucoup Maëlys Timothée merci à toi merci d'avoir répondu aux questions merci à toi

29:31
Locuteur

merci à toi merci à toi