L'invité politique Sud Radio - Avec Christophe Béchu, maire d'Angers et secrétaire général d'Horizons
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Sud Radio, l'invité politique, Jean-François Aquili. C'est l'heure du grand rendez-vous politique avec Christophe Béchut, maire d'Angers, secrétaire général d'Horizon. Il est l'invité de Jean-François Aquili. Messieurs, c'est à vous.
Bonjour Christophe Béchut. Bonjour Jean-François Aquili. Et la France toujours sous le choc après le meurtre de Liana. Elle réclame des comptes à la justice. La France, Sébastien Lecornu, lui, il veut la perpétuité pour les auteurs de viols sur mineurs récidivistes. Il l'a annoncé contre 20 ans actuellement. Le Premier ministre veut également créer un délai maximum de 3 mois d'enquête en matière de violences sur mineurs. Ouvrir une réflexion sur la prescription des crimes. Christophe Béchut, que dites-vous de ces annonces de Sébastien Lecornu ce matin ? Est-ce que c'est la bonne réponse à ce que traverse le pays ?
D'abord, ce que traverse le pays, c'est une immense émotion. C'est vraiment quelque chose d'abominable pour lesquels on ne trouve pas de mots. La violence, elle est rarement supportable. Quand elle vise nos enfants, elle est insoutenable. Et quand elle se passe dans un cadre où le déroulement des événements laisse penser qu'il y a eu plein d'alertes, plein de warnings, plein de moments où on aurait pu stopper un prédateur pour lequel il y avait déjà eu des dépôts de plainte, pour lequel on voyait qu'il y avait des faisceaux de présomption, de malaise de la part d'adultes, expliquant qu'ils n'étaient pas à l'aise quand ils travaillaient avec eux.
Bref, il y a quelle réponse pénale par rapport à des choses de ce type ? Et comment on évite que ça se reproduise ? Parce que la perpétuité réelle, c'est bien. C'est la même question qui est posée. Mais si je peux me permettre, la perpétuité, l'imprescriptibilité, c'est une fois que les choses ont eu lieu. Et je pense qu'il y a deux débats. Il y a quelle réponse on apporte d'abord avant que ça arrive ? Et quelle réponse ensuite quand les faits sont avérés ? Moi, je vais vous faire, si vous voulez bien, une confidence. Il y a 20 ans, quand j'ai commencé ma vie politique, j'ai été élu président du département et quelques semaines après, j'ai commencé un procès de pédophilie dans lequel...
C'est celui du réseau pédophile d'Angers à l'époque, oui, il y a 20 ans.
45 enfants, victimes, 67 adultes, dont tous ont été déclarés coupables. Des parents qui prostituaient leurs enfants pour des jambes de voiture, pour des cartouches de cigarettes. Des familles qui vivaient dans des appartements avec des voisins qui étaient visités par des travailleurs sociaux, qui avaient des enfants qui étaient scolarisés. et une mise à jour d'une forme de silence, pas délibérée, pas complotiste, mais des gens qui se taisaient parce qu'ils étaient globalement mal à l'aise et parce qu'on n'osait pas dire.
Dans ce département, le choc absolu que ça a provoqué nous a conduit, par exemple, à mettre en place des procédures de signalement partagé, de secrets professionnels partagés, parfois dans des zones peut-être un peu crises. Il y a 20 ans, vous faisiez des propositions en ce sens. Il y a 20 ans, dans le Maine-et-Loire, on a par exemple mis en place le recueil de la parole de l'enfant avec la justice, à l'hôpital, pour qu'au moment où on constate, pardon de le dire, mais des lésions sexuelles ou des choses de ce type, on enregistre tout de suite la parole de l'enfant pour éviter qu'en multipliant les prises de parole, ils finissent par se contredire.
Et donc que cette manière de prendre en cause, de tenir compte de la parole de l'enfant, de ne pas la remettre en cause, elle soit entre guillemets « sanctuarisée ». Et donc, mon émotion par rapport à cette affaire Diana, par rapport à tout ce qu'on découvre, elle vient rejoindre à la fois des choses que j'ai pu traverser. J'ai été pendant 4 ans le président du 119, le numéro pour l'enfance maltraitée. Ce sont malheureusement des sujets que je connais et sur lesquels je veux dire très bien pour la réponse pénale.
Mais vous dites quoi ? Que rien n'a bougé depuis 20 ans ? On en est toujours au même constat, Christophe Béchut ? Ce que je crois... Je l'entends ce que vous dites, mais...
Ce que je crois, c'est que malheureusement, dans une société qui vieillit, et qui se préoccupe davantage de la fin de vie et de l'âge de la retraite, que de l'enfance, de l'entrée dans la vie active, de la santé mentale de nos adolescents, on a d'abord un problème de priorité. Ensuite, parce que je ne veux pas rester dans des généralités, je me réjouis du fait que le Premier ministre multiplie un certain nombre de choses qui pourraient être mises en place ou qui pourraient être votées avec un texte qui est déjà dans les tuyaux du Parlement.
Mais ce que je dis, c'est n'ayons pas une approche qui se fasse uniquement avec un angle pénal, et j'allais dire sur les derniers mètres des calvaires d'une partie de ces enfants. Faisons en sorte, bien en amont, de changer notre regard à la fois sur la parole des enfants, sur la manière de l'accompagner, et sur la façon d'assumer un principe de précaution bien plus précoce.
Quand vous dites, écoutez la parole des enfants, Christophe Béchu, le Président de la République a dit qu'on ne parle pas d'un manque de moyens. Il y a un manque de moyens dans ce pays, quand même. Mais on ne peut pas nier qu'il y a un manque de moyens. Emmanuel Macron, quand il a dit ça, depuis le Monténégro, ou pas ?
Ce que je veux dire, c'est que, quand le Président de la République dit ça, il veut rappeler que, depuis qu'il est Président, les moyens ont augmenté de 40%, qu'il y a eu près de 2000 recrutements de magistrats et de greffiers. Oui, mais ça partait de loin. Mais c'est ce que j'allais dire. Le sujet, ça n'est pas seulement ce que vous avez créé, c'est d'où vous partez et où vous en êtes. Et on a un sujet aujourd'hui qui est que le nombre d'affaires rapporté au nombre de magistrats pose un problème. Alors, entendons-nous, il peut aussi y avoir d'autres moyens que l'augmentation pure des moyens. Il y a la priorisation, mais pas seulement.
Est-ce que garder des juges d'application des peines, 600 magistrats qui regardent dans le détail quelle modalité d'application d'une peine décidée par un juge du siège doit être mise en œuvre, alors que ça n'existe nulle part en Europe, est-ce qu'il faut garder des juges d'application des peines ou est-ce qu'on pourrait tout de suite les redéployer sur une partie des moyens ? Dans quelle mesure ? Demain, la numérisation, les moyens y compris informatiques, pas seulement les moyens humains, y compris l'IA, peuvent permettre de faire en sorte, en numérisant toute une partie des process, de faire en sorte de gagner en vitesse, en célérité, en intelligence.
Vous voulez dire qu'il y a moyen de répondre aujourd'hui à la demande, si je puis dire ?
Non, ce que je dis, c'est qu'il y a un problème de moyens, il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt, mais il y a en parallèle un problème d'organisation. Et il y a des opportunités de réorganisation rendues possibles par l'IA, par le numérique, ou tout simplement par un benchmark avec ce qui se fait dans d'autres pays. Arrêtons de penser qu'au motif qu'on est français, on aurait raison contre le reste du monde.
Quoi que notre système judiciaire aujourd'hui, il est vieux, il est obsolète, il est dépassé, et on pourrait tout de suite le transformer, là ?
Ce que je veux dire, c'est que le sujet qui se pose, c'est pas seulement de regarder à la marge ce que nous pouvons changer, mais d'assumer, de regarder en profondeur la manière dont on fonctionne, y compris nos habitudes. Cet exemple des juges d'application des peines, je le trouve révélateur, parce que 600 magistrats qui passent après des juges, qui ont déjà examiné les affaires pour savoir si on va mettre un bracelet, comment les choses vont se passer, alors que le juge qui décide de la peine pourrait tout de suite décider de son application. C'est ce que font tous nos voisins, et ça nous permettrait d'avoir immédiatement des magistrats pour juger.
Et je pense que ce serait plus efficace, ça fait en tout cas partie des propositions d'Édouard Philippe, des propositions d'Horizon, en considérant qu'il y a un sujet de justice, il y a un sujet de moyens, mais il y a aussi un sujet d'organisation.
Christophe Béchut, vous gérez le périscolaire en tant que maire d'Angers. Il y a à Paris 132 animateurs suspendus, dont 52 pour suspicion de VSS, les violences sexuelles et sexistes. La sénatrice LR, Agnès Even, demande la création d'une commission d'enquête parlementaire sur ce qui s'est passé à Paris. Elle dénonce une omerta absolue, un dysfonctionnement systémique. Vous souhaitez que cette commission puisse établir la vérité ?
Je veux dire, dans le temps que nous traversons, tout ce qui concourra à la transparence est nécessaire. Et je vous avoue que cette situation parisienne, elle me sidère. Alors, je vais vous donner l'exemple d'une ville, la mienne, où certes, on n'est que 160 000 habitants, l'équivalent d'un gros arrondissement parisien. Mais ça fait cinq ans, chez moi, que quand on recrute quelqu'un, on partage son profil avec la préfecture. Ça fait cinq ans qu'on a fait en sorte de déprécariser le corps des animateurs pour à la fois les former, pour mieux savoir qui on recrute.
Et ça fait cinq ans qu'au moindre signalement, dans la demi-journée, l'animateur qui est mis en cause est immédiatement retiré de l'école ou du périscolaire. J'ai beaucoup de mal à comprendre que dans une ville comme Paris, on est attendu aussi longtemps pour systématiser des procédures qui, dans un certain nombre de villes de province, en tout cas au moins la mienne, sont déjà appliquées depuis des années.
C'est ça aussi le principe de précaution. Christophe, mais je disons les choses clairement. Emmanuel Grégoire appelle à ouvrir un débat national sur les violences faites aux enfants. Il y a une gêne avec l'actuel maire de Paris qui fut le premier adjoint.
Encore une fois, et là je vous parle comme maire, j'ai beaucoup de mal à comprendre qu'encore aujourd'hui, en 2026, une ville comme Paris, en soi, à se demander si ses procédures sont adaptées, alors même qu'il y a eu des affaires qui ont éclaté au cours de ces dernières années, et que dans beaucoup d'autres villes de France, ça fait des années qu'on applique des procédures systématiques de signalement, de précaution, etc. Et je pense que là-dessus, le maire de Paris, au-delà de la transparence de qu'est-ce qu'on a décidé la semaine dernière et qu'est-ce qu'on a décidé ces dernières semaines, ne peut pas faire l'économie d'un véritable examen de ce qui s'est passé ces dernières années.
La manière dont, peut-être, des alertes de la part de collectifs ou de parents n'ont pas été écoutées. Je le redis, ce qui est présenté aujourd'hui comme une espèce de nouveauté et comme un truc très efficace, ça fait des années que dans beaucoup de villes, dont Angers, on l'applique sans se poser de questions et sans en faire la pub. Christophe Béchut, parlons de politique à présent.
2027, que se passe-t-il dans le bloc central ? Il va y avoir aujourd'hui un déjeuner, nous l'avons appris, du comité de liaison qui réunit Horizon, Renaissance, le MoDem, l'UDI, les Républicains également. Alors, je crois que vous êtes un peu en colère ce matin parce que vous avez appris tout cela dans la presse et notamment que Renaissance, votre partenaire, souhaite proposer un calendrier pour une éventuelle primaire pour désigner un candidat unique du bloc central.
Vous savez, Jean-François Ackéli, parler de l'affaire Liana, de la protection de l'enfance, de la jeunesse, c'était parler de politique, sans doute avec un grand pays, d'un sujet qui ne va pas disparaître d'ici la présidentielle. Tout est politique, Christophe Béchut. Et quand on juxtapose, j'allais dire, un sujet comme celui-là, qui nous alerte tous avec la cuisine ou la tambouille politicienne qui peut exister, il y a forcément un contraste.
Et effectivement, moi, de voir que, alors que tout le monde sait qu'une primaire n'est pas possible, certains, pour assurer, entre guillemets, leur pub, pour laisser penser en termes de com', qu'ils sont prêts à tout pour qu'on se mette d'accord, font comme si le sujet était encore sur la table, je trouve que ce n'est pas la hauteur des enjeux. Je vais préciser ma pensée. Pour qu'il y ait une primaire, il faut être d'accord sur qui y participe, sur quelles sont les idées, et sur le fait de savoir si on va tous être d'accord.
Et je vais aller vite, mais dans le bloc central, les LR considèrent qu'on ne peut pas faire une primaire avec Renaissance, Renaissance considère qu'on ne peut pas faire une primaire avec LR, nous, on considère qu'il faut discuter avec les uns et avec les autres, et à la fin, les Français regardent tout ça en se disant, comment, en tout cas pour une partie d'entre eux, vous nous évitez un match RN-LFI, qui serait un cauchemar absolu, dans lequel, à la fin, on aurait à choisir entre la peste et le choléra.
Si, dans le bloc central, si, auprès des modérés, on ne comprend pas qu'à la fin, il faudra qu'un candidat, on a un problème, mais si on pense que c'est par une primaire qu'on va le régler, on ment aux gens. Donc, pas de primaire, pour exemple, Philippe ?
Non, et s'il y a un comité de liaison, je vais vous dire un truc, c'est précisément pour qu'on soit capable de se parler, de faire en sorte qu'on ne se trompe pas d'adversaire, qu'on se rappelle que ce sont les extrêmes qui sont des adversaires et pas les uns ou les autres, et en attendant que chaque candidat, au lieu de dire du mal de celui qui est à côté, démontre aux Français, comment d'abord il rassemble sa propre famille et ensuite comment il va prétendre rassembler la totalité des Français.
Parce que sur des sujets comme la protection de l'enfance, sur des sujets comme ce qui nous attend en termes de transition écologique, en termes de redressement budgétaire, il va falloir rassembler tout le pays, et pas seulement une partie de tout cela. Bien sûr, on ne peut pas vivre plus longtemps sans travailler plus longtemps, on ne peut pas avoir 3 000 milliards de dettes
sans faire en sorte de faire des efforts. J'entends bien ce que vous dites, pas de primaire. Édouard Philippe avance, il trace son sillon. Gabriel Attal le bouscule, vous êtes d'accord ? Il vient le bousculer aujourd'hui.
Ce que je veux dire, c'est qu'à la fin, les Français jugeront je considère que le calme dans cette histoire...
A quel moment, pour vos électeurs, pour le bloc central, pour tous ceux qui ne veulent pas d'une finale m'annoncée dans les médias et ailleurs, RN, LFI, à quel moment ces deux candidats-là et les autres vont-ils se parler, dire bon, allez, on va vers l'un, on va vers l'autre, on se met ensemble ?
A quel moment ça se passe ? D'abord, je dis à tous ceux-là, le 5 juillet, à l'Adidas Arena, venaient assister au premier grand meeting d'Édouard Philippe. Ensuite, de manière plus structurelle, c'est à partir de l'automne que les choses vont se décanter. On saura le 7 juillet, quand la justice aura pris sa décision, si c'est Marine Le Pen, Jordan Bardella, qui est le candidat du Rassemblement National, c'est globalement à partir de la fin des vacances qu'on entrera dans un automne où les Français vont commencer à s'intéresser à tout ça. Mais moi, vous savez, je pense une chose, je pense que si les candidats ne sont pas responsables, les électeurs le seront pour eux.
n'oublions pas qu'il y a 5 ans, Mme Hidalgo et Mme Pécresse ont subi le fait que leurs propres électeurs les ont quittés pour justement éviter, ou pour faire en sorte d'assumer un vote utile. Ça arrivera bien plus vite cette fois-ci.
Vous voulez dire que s'il y a multiplicité des candidats à la fin, le vote utile
se fera au premier tour ? Je pense qu'il se fera bien en amont. Il y a 5 ans, l'hypothèse d'un Mélenchon Le Pen est arrivée 2 mois avant l'élection présidentielle. Là, on est 12 mois avant et tout le monde mesure que c'est possible. Cette simple possibilité aujourd'hui, elle conduit des quantités d'électeurs à nous interpeller en disant surtout ne faites pas n'importe quoi. C'est une décision à l'automne. Et c'est à l'automne que les choses se décanteront et ça vaudra partout et dans toutes les familles.
Ultime question, Christophe Béchut au maire d'Angers. Rien à voir, mais Deville annonce des couvre-feux pour la Coupe du monde de football. Clermont-Ferrand et désormais ce sera Jean-Luc Moudin à Toulouse. Et vous ? Écoutez, on n'en est pas là.
Ce qui est certain, c'est que... Après ce qui s'est passé en marge du PSG. J'avais parfaitement compris. Nous allons nous organiser une fanzone dans un lieu sécurisé qui n'est pas immédiatement dans le centre-ville, qui n'en est pas loin, mais qui a l'avantage d'être clos et qui nous permettra d'accueillir plusieurs milliers de personnes. On va évidemment être très attentifs à ce qui se passe et je n'hésiterai pas, en fonction de l'évolution à la suite des premiers matchs, à prendre des décisions qui seront appropriées. La sécurité et le maintien de l'ordre, c'est une priorité, c'est même la première des libertés. Merci, Christophe Béchut.
Merci, Christophe Béchut. Vous étiez l'invité de Jean-François Aquili ce matin. Et je retiens cette idée qui est celle d'Horizon. 600 juges d'application des peines, dites-vous, qui pourraient être redéployés, notamment dans la question de ces fameux moyens dont on parle, en tous les cas en matière de protection de l'enfance. On parle aussi d'un parquet spécial qui pourrait être dédié à l'enfance et aux violences faites aux femmes. Merci à vous deux d'avoir été en notre compagnie. Et, chers auditeurs, vous pouvez nous appeler au 0826 300 300 sur cette idée et sur bien d'autres.
À l'instant, j'apprends que le parquet de Nanterre requiert la mise en examen et la détention provisoire de Patrick Bruel pour viol et tentative de viol. On en parle dans une seconde avec nos débatteurs. À tout de suite.
Christophe Béchu