Foyers privés d'électricité : Olivier Appert est l'invité de Anne-Sophie Lapix
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L'invité d'RTL Soir 36 000 foyers étaient privés d'électricité cet après-midi, 27 000 dans les Yvelines, 5 000 en Gironde. Hier c'est dans le Finistère qu'une gigantesque panne a coupé le courant à plus de 100 000 foyers. Notre grand invité est Olivier Appert, conseiller du Centre Énergie-Climat de l'IFRI et membre de l'Académie des Technologies. Bonsoir Olivier Appert.
Bonsoir.
Pourquoi, comment la chaleur provoque des pannes d'électricité ?
Ça provoque des pannes d'électricité parce que la chaleur détériore le réseau de transport et le réseau de distribution, avec en particulier une surchauffe des câbles, une partie des câbles sont anciens, la température peut atteindre 80 degrés sous le sol, et par ailleurs aussi cette surchauffe conduit à une destruction de postes ou de transformateurs anciens.
C'est ce qui s'est passé dans le Finistère. On a parlé d'une panne de transformateurs, c'est ça qui s'est produit.
C'est ça qui s'est produit, mais à d'autres endroits aussi, il y a eu des pannes qui ont été constatées sur des lignes aériennes à proximité des lieux de consommation.
Mais comment ça se passe ? Une fois que les câbles se dilatent, ils tombent, ils fondent, qu'est-ce qu'il se passe exactement ?
Ils se détériorent et ça crée un court-circuit et à ce moment-là, ça coupe l'électricité.
Est-ce que la seule chaleur est responsable de cette situation ? Est-ce que ça peut aussi être provoqué par une hausse de la consommation d'électricité liée à la clim ?
Alors, en même temps, il y a eu une hausse de la consommation. La consommation d'électricité a atteint un pic à 58,7 gigawatts. Et donc, effectivement, il y a eu une augmentation de la consommation. Et puis, il y a cette augmentation de la chaleur qui nuit à la fiabilité du réseau de distribution.
Voilà, c'est le cocktail explosif, consommation et chaleur. Il y a des lignes qui sont plus fragiles que d'autres, dans certaines régions en particulier ?
Écoutez, on considère que sur les 350 000 kilomètres de lignes, il y en a environ... Enedis a recensé environ 15 000 kilomètres de lignes qui sont anciens et qui, donc, sont susceptibles d'avoir un impact important avec la chaleur. Et c'est ce qui fait l'objet actuellement d'un programme d'adaptation du réseau de distribution d'Enedis à cette augmentation de chaleur.
Oui, dit comme ça, ça n'a pas l'air énorme. Ce sont des petits points de fragilité, en fait.
Oui, mais ce sont des points de fragilité qui, par exemple, se situent dans certaines grandes villes où les réseaux de distribution sont anciens.
Ailleurs, le réseau peut supporter l'élévation de température qu'on constate en ce moment avec ces canicules à répétition, celles-ci étant plus fortes que toutes les précédentes ?
Globalement, le réseau électrique français est en bon état. On note une coupure d'environ 20 minutes par an d'électricité, ce qui place la preuve parmi les réseaux d'électricité les plus performants.
Cependant, Enedis a annoncé ce soir déclencher sa force d'intervention rapide face au risque de coupure d'électricité élevée. Ça veut dire qu'on est ce soir tout de même en situation de crise ?
On est bien entendu dans une situation de crise parce qu'il est absolument indispensable de rétablir l'électricité dès lors qu'elle a été coupée par un accident, quelle que soit l'origine.
Est-ce que ça prend du temps de réparer ces pannes ? Quand vous nous dites qu'il y a des câbles qui sont soumis à des chaleurs de 80 degrés sous terre, qui déclenchent ensuite des courts-circuits, j'imagine que ce n'est pas forcément évident de rétablir les choses quand il y a un accident ?
Oui, mais les équipes à la fois de RTE et d'Enedis sont quand même tout à fait mobilisées et en fait, en quelques heures, l'électricité peut être rétablise.
Les gestionnaires d'usines d'eau potable se sont dit inquiets face au risque de panne d'électricité. Il y a eu une rupture d'alimentation dans quatre usines d'eau potable de l'Ouest parisien la semaine dernière. L'alimentation n'est pas sécurisée pour des usines aussi stratégiques ?
Écoutez, ça dépend des investissements qu'ils ont consentis à faire et des contrats de sécurité qu'ils ont passés avec Enedis ou RTE. Il me semble que c'est un problème qui se pose au cas par cas.
Alors, la chaleur a une autre incidence sur notre production d'électricité. Elle conduit à interrompre la production de certains réacteurs nucléaires. Vous pouvez nous expliquer pourquoi ?
Alors, les réacteurs qui sont positionnés à l'intérieur des terres sont refroidis en utilisant l'eau des rivières et après le passage dans un aéroréfrigérant, l'eau est rejetée dans la rivière à une température d'environ 30 degrés et la réglementation impose à EDF de réduire la production ou de l'arrêter dès lors que la température de la rivière dépasse un certain niveau. C'est ce qui a conduit en fait à l'arrêt d'une tranche à Golfech dans le sud-ouest ou plus récemment des arrêts à Nogent en Ile-de-France ou au Biget à côté de Lyon.
C'est une mesure de précaution j'imagine pour préserver aussi la faune, la flore. Mais combien de réacteurs utilisent ce système de refroidissement ?
Alors écoutez, environ la moitié des réacteurs sont localisés à l'intérieur des terres. L'autre moitié des réacteurs qui sont localisés à proximité de la mer, par exemple, Flamanville, Dunkerque, Panly, eux, ils ne sont pas soumis à ce type de contraintes. Bien entendu, ils ne peuvent pas rejeter de l'eau à des températures trop élevées, mais là, le problème se pose moins.
Mais alors, ça peut être un problème, ces coupures, ces cessations de production de réacteurs. On peut manquer globalement d'électricité si l'on connaît plusieurs canicules ?
Écoutez, là, on ne peut pas en manquer compte tenu du fait qu'aujourd'hui, on a en France une surcapacité de production. Et bien qu'on ait réduit la capacité de production du nucléaire, aujourd'hui, c'est à 5 gigawatts, on continue toujours à exporter de l'ordre de 10 à 12 gigawatts.
Mais j'ai entendu dire que les éoliennes, évidemment, elles marchent moins. En ce moment, il n'y a pas beaucoup de vent avec ces canicules. Ça, ça peut être un problème aussi ?
Écoutez, ça, c'est programmé. On sait qu'il y a moins de vent en été qu'en hiver. Et donc, dans la planification qui sont faites, aussi bien par EDF que par RTE, on prend en compte la plus faible disponibilité de l'énergie éolienne. Par contre, en ce qui concerne l'énergie solaire, certes, les rendements baissent lorsque la température augmente, mais dans la mesure où il y a plus de soleil, en fait, il n'y a pas véritablement d'impact.
Ça compense. Merci beaucoup, Olivier Appert, conseiller du Centre Énergie Climat d'Oliverie, pour ses explications. Merci. Dans un instant, on retrouve la petite bande de RTL Soir. L'info spéciale Coupe du Monde qu'on a failli manquer, c'est la nouvelle règle qui pourrait départager France et Norvège en tête de leur groupe, après le match de demain. Le petit phénomène, ce sont les tendances de la mode homme pour l'été. Et puis, la tentation du soir nous plonge dans une BD qui raconte l'histoire avec un grand H. A tout de suite.
Philippe Olivier