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interviewyoutube.com· 27 avril 2026 22 min

The big interview: Yaël Braun-Pivet

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et notre invité ce matin dans la grande interview sur CNews et sur Europe 1, c'est Yael Broun-Pivet. Bonjour et bienvenue à vous. Bonjour, merci. De l'Assemblée nationale. D'abord, on va évoquer ce rapport de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public. Il sera bien publié. On en a décidé les députés hier soir, 12 voix contre, contre 10, plutôt 8 abstentions pour ce rapport de 400 pages après des mois d'enquête et de tension. On est passé tout près de la censure, Madame Broun-Pivet. Est-ce que vous vous félicitez de la publication de ce rapport ?

0:26
Yaël Braun-Pivet

Alors moi, j'ai toujours souhaité cette publication et donc je m'en félicite évidemment. Après, je ne parlerai pas de censure s'il n'y avait pas eu de publication. Il faut bien voir. Alors qu'est-ce que ça aurait été ? En fait, ça aurait été une non-adhésion des parlementaires qui ont participé à la commission aux conclusions du rapporteur. Mais le résultat aurait été à ce sujet de la commission d'enquête ? La commission d'enquête est un travail collégial. Il y a 31 membres d'une commission d'enquête. Et donc, le travail collégial nécessitait à la fin une délibération collégiale sur le rapport. Je sais, moi, je n'ai pas participé au débat. Ils se sont déroulés à huis clos.

Mais je sais que les parlementaires qui ont participé à la commission ont demandé la rectification d'un certain nombre de conclusions du rapporteur, etc. Moi, je n'ai pas lu le rapport, évidemment. Il est encore confidentiel. Mais en tout cas, moi, je me félicite que ces travaux voient un aboutissement public. J'avais souhaité que les comptes rendus restent en ligne, que les vidéos restent en ligne pour que tout le monde puisse faire une opinion. Je crois que c'est très important parce qu'en fait, une commission d'enquête, c'est un travail de contrôle du Parlement. C'est une mission constitutionnelle.

Donc, il faut préserver la capacité que les parlementaires ont de contrôler l'action publique. Elle était très légitime. On sait qu'elle a donné lieu à beaucoup de débats, à beaucoup de discussions. C'est normal. C'est un sujet important. C'est des fonds publics utilisés. Donc, les Français ont besoin de savoir comment ces fonds sont utilisés. Moi, je voudrais quand même saluer l'action aussi du président de la commission d'enquête parce qu'il a eu un travail difficile avec autant de tensions dans sa commission. Monsieur Patrier-Létus. Et monsieur le rapporteur, Charles Aloncle.

Et Charles Aloncle, je salue son travail, mais il a été, et je l'ai dit et je l'ai dénoncé, peut-être un peu trop dans la lumière. Moi, j'attends de mes parlementaires que lorsqu'ils mènent un travail de cette ampleur, qu'ils restent vraiment concentrés sur leur travail parlementaire. Et c'est vrai que parfois… Est-ce que c'est interdit par le règlement de faire des interviews ou pas ? Non, ce n'est pas interdit. Ce qui est interdit, c'est de divulguer des informations qui doivent rester confidentielles, ce qui n'est quand même pas très respectueux de l'Assemblée nationale, c'est de faire des annonces en médias avant de les faire à l'Assemblée, etc.

Je l'ai rappelé à l'ordre, mais comme j'ai rappelé à l'ordre, plusieurs rapporteurs ou présidents de commissions d'enquête, quand ils dépassent un peu le cadre, c'est juste mon rôle. Moi, je suis là pour faire respecter les institutions et pour faire en sorte que le Parlement puisse exercer pleinement ses missions. C'est ce qu'il a fait dans le cadre de cette commission.

3:00
Présentateur

Charles Lalonde était l'invité d'Europe 1 ce matin de Dimitri Pavlenko. Il estime que vous avez sans doute… Vous êtes sorti de vos prérogatives, vous aviez pris la parole, dit-il, sur France Inter le matin même de l'audition de la patronne de Radio France pour le critiquer lui-même. Est-ce que c'est une façon, dit-il, de discréditer son travail et d'affaiblir la commission ?

3:17
Yaël Braun-Pivet

Alors vous savez, moi, je ne fonctionne pas du tout comme ça. Je prends la parole déjà partout et je ne vais pas choisir mon média en fonction de ce que j'ai décidé de dire. Vous vous rendez compte si en démocratie, la présidente de l'Assemblée nationale agissait de la sorte ? Ça serait, je crois, assez pitoyable. Moi, je vais partout, je dis à chaque fois ce que je pense et ce que je dois dire. Je ne choisis pas mes médias. Maintenant, le rappel à l'ordre que j'avais effectué, comme je vous le disais, j'en ai effectué plusieurs. C'est mon rôle. Moi, mon seul objectif, c'est que l'Assemblée nationale puisse exercer ses missions pleinement. C'est vraiment un enjeu démocratique.

Et c'est ça qu'il faut que tout le monde comprenne, y compris M. Aloncle.

3:58
Présentateur

Le rapport doit être rendu public dans une semaine. Dans cinq jours. Parce qu'il y a un délai, c'est une possibilité que l'Assemblée nationale se constitue en comité, c'est ça ?

4:08
Yaël Braun-Pivet

C'est quelque chose qui concerne les temps de guerre ou des choses qui seraient classées secret défense. Donc là, il n'y a pas de sujet. Les cinq jours sont prévus par le règlement. Moi, je suis en train, avec les présidents de groupe, de travailler à une réforme du règlement. Et notamment, on a évoqué sur ce point la possibilité de raccourcir ce délai qui, effectivement, pouvait être compréhensible auparavant, qui n'a plus de sens aujourd'hui. Et on pourrait le raccourcir de passer de cinq jours à un jour. C'est ce que je proposerais dans le cadre de la réforme du règlement. Mais en tout cas, le rapport sera public. Il sera sur le site de l'Assemblée nationale.

Chacun pourra se faire une idée. Et c'est ça aussi la démocratie, cette transparence totale. Un dernier mot là-dessus.

4:46
Présentateur

Gabriel Attal était à votre place hier matin. Il se demandait même pourquoi il fallait voter pour la publication au nom du rapport. Est-ce que ce n'est pas un peu obsolète ? Est-ce qu'il ne faut pas que ces rapports soient publiés de façon automatique, afin que, encore une fois, le grand public n'ait pas cette sensation qu'on veut censurer certaines informations ?

4:59
Yaël Braun-Pivet

La différence, c'est que la publication du rapport emporte adhésion à ce qui est écrit dans le rapport. Et ça montre bien que c'est un travail collégial. Si le rapport était publié systématiquement, en fait, ce serait le rapport du rapporteur qui fait son rapport. Et puis voilà, il dit ce qu'il veut, ce qu'il pense. Et puis c'est automatique. Là, et c'est pour ça qu'il y a eu des débats en commission. Ça donne plus de force au rapport, le fait qu'il soit débattu et qu'il y ait un vote. Donc non, non, moi, je pense que le vote est important. Après, la discussion qu'il peut y avoir, et c'est très subtil, c'est de dire qu'il pourrait y avoir deux votes.

Un vote pour la publication du rapport et un vote pour l'adoption des conclusions du rapport. Avoir un vote distinct, ce qui n'existe pas aujourd'hui. On pourra en discuter avec les présidents de groupe s'ils souhaitent ce type de modification. Mais en tout cas, il faut vraiment rappeler que c'est un travail collégial de 31 parlementaires et que c'est une mission constitutionnelle de l'Assemblée nationale. Vous savez, aujourd'hui, j'ai six commissions d'enquête qui sont en cours sur d'autres sujets. Et vos téléspectateurs et vos auditeurs... Toutes ne font pas le buzz de la même façon. Toutes ne font pas le buzz, mais toutes sont intéressantes.

On pense à la loi sur le narcotrafic qui est directement issue des travaux d'une commission d'enquête sénatoriale. Il y a eu une commission d'enquête très intéressante sur l'aide sociale à l'enfance et qui devrait se traduire dans une loi qui va être examinée prochainement à l'Assemblée nationale. Donc c'est des sujets majeurs qui sont traités au fond par les parlementaires. Et ça, c'est quelque chose qu'il faut absolument préserver.

6:26
Présentateur

Un tout petit mot de politique. Quand on regarde les votes de cette commission, on voit que les LR, UDR et Rennes-Liott ont voté ensemble. Est-ce que c'est la première fois qu'on assiste à l'union des droites ?

6:36
Yaël Braun-Pivet

Non, il y a des votes qui se partagent toujours. Vous savez, il ne faut pas toujours tirer des conclusions politiques des votes effectués par les parlementaires parce que les parlementaires, parfois, vous savez, votent à l'unanimité. Et donc, ce serait le signe d'une union nationale. On ne la voit pas tous les jours en ce moment.

6:51
Présentateur

L'Assemblée nationale a encore beaucoup d'autres gros dossiers sur la table. Comment est-ce que vous allez faire dans le planning des prochains mois ? Les deux textes sur l'aide à mourir et les soins palliatifs, les réseaux sociaux, le régalien, avec les propositions de loi portées par Gérald Darmanin, d'un côté Charles Rodouel, Michel Barnier, de l'autre, la loi de programmation militaire, l'autre sur l'urgence agricole. Quelles sont vos priorités, Yael Broun-Pivet ?

7:11
Yaël Braun-Pivet

Alors, la priorité, c'est évidemment la loi de programmation militaire. Elle arrive la semaine prochaine à l'Assemblée. Non, dans 15 jours à l'Assemblée nationale. C'est une loi qui est extrêmement importante. Tous nos compatriotes le savent. Il faut qu'on continue l'effort de réarmement qu'on a commencé dès 2017, puisque le budget de nos armées, en 10 ans, aura doublé. Donc, il y a un effort massif, mais tout le monde voit, quand on voit le contexte international, à quel point c'est utile. Donc, loi de programmation militaire. Moi, on a parlé de la ZEU. C'est une loi qui est fondamentale, parce que la République est défaillante vis-à-vis de ses enfants.

Et ça entraîne des conséquences majeures, quand on sait, par exemple, qu'un tiers des mineurs délinquants, aujourd'hui, sont des enfants qui sont passés par la ZEU. Donc, si nous travaillions mieux avec ces enfants, peut-être que nous pourrions avoir un impact réel sur eux, durablement. Donc, la loi aide sociale à l'enfance, évidemment, et vous en avez parlé, l'aide à mourir, c'est un sujet qui est attendu par nos compatriotes. Moi, je reste avec ce même objectif, une loi votée définitivement avant la couture estivale.

8:14
Présentateur

Avec le même texte ou un texte en revue, parce qu'on sait que ce texte sur l'euthanasie a été largement critiqué, excessivement permissif, selon ses détracteurs.

8:20
Yaël Braun-Pivet

Il faut qu'il continue à cheminer. Le Sénat va s'en emparer cette semaine en commission. Et donc, il va continuer son chemin. J'espère que nous trouverons un compromis avec les sénateurs. Moi, j'ai toujours voulu que les deux assemblées puissent délibérer de ce texte. Ça n'a pas été le cas jusqu'à présent. Il faut que le Sénat puisse travailler ce texte profondément. J'espère que nous obtiendrons un accord pour trouver le texte le plus équilibré possible. Mais il est attendu par nos compatriotes. Après, vous avez évoqué, il y a une loi agricole, il y a beaucoup de choses. Est-ce qu'il faut une session extraordinaire cet été ? Évidemment.

Moi, je veux travailler cet été, je veux travailler au mois de juillet. Il nous faut une session extraordinaire. Alors qu'elle aille jusqu'au 15, 20 juillet, même 31 juillet. Moi, franchement, ça m'est complètement égal. Ce que je veux, c'est que les textes avancent. Nous devons faire de cette année 2026 une année utile pour les Français. Il y a beaucoup de textes que nous avons évoqués qui rentrent directement dans leur quotidien. Donc, ce n'est pas une année pour rien. Mais ça ne doit pas. Il faut qu'elle soit utile. Et ça, en tout cas, moi, c'est mon combat et c'est ma mission. Je suis présidente de l'Assemblée nationale. Cette année, elle doit servir aux Français.

Et donc, j'y veillerai et je ferai mon maximum pour que ce soit le cas.

9:26
Présentateur

Est-ce qu'il n'y a pas, Yann Brobivet, une démobilisation des députés ? On voit sur certains textes importants l'hémicycle quasiment vide. Est-ce qu'ils n'ont pas abandonné la partie, les députés ?

9:35
Yaël Braun-Pivet

Non, ils n'ont pas abandonné la partie. Mais les députés, ils sont mobilisés sur certains textes et pas sur tous les textes. Exactement. Donc, ça dépend des sujets. Mais les sujets que nous avons évoqués, je sais, les mobiliseront parce qu'ils savent que ce sont des sujets importants. Après, il faut bien organiser l'agenda parlementaire. Et ça, vous savez que c'est un de mes combats depuis que je fais de la politique, depuis 2017, avoir de la prévisibilité, savoir de quoi on va parler, quand est-ce qu'on va en parler, pour que l'on puisse s'organiser. Parce que les députés, comme vous le savez, ils ne font pas que siéger dans l'émission, dans l'hémicycle.

Vous voyez, quand ils ont travaillé dans la commission d'enquête sur l'audiovisuel, ils n'étaient pas dans l'hémicycle. Pour autant, ils travaillaient. Quand ils sont en circonscription, ils travaillent. Et donc, pour organiser ce travail-là, ils ont besoin d'avoir un petit peu de visibilité. Et donc, c'est ce qu'il faut avoir jusqu'à la fin du mois de juillet pour qu'on puisse travailler efficacement au service des Français.

10:30
Présentateur

On a eu parfois l'impression d'une marche avant, marche arrière au Parlement. Je pense à la proposition de loi concernant le 1er mai, portée par Gabriel Attal, qui a été abandonnée. Est-ce qu'il y a un blocage ? En fait, l'Assemblée est bloquée. Et c'est un sujet extrêmement important. Là, il s'agit de permettre aux boulangers, aux fréris de travailler le 1er mai, pas à d'autres professions. Est-ce que parfois, vous avez le sentiment que ça bloque, en fait ?

10:49
Yaël Braun-Pivet

Mais en fait, sur le 1er mai, c'est typique de quelque chose qui ne fonctionne pas bien. C'est que nous n'avons pas eu de concertation avec les organisations syndicales nationales. Je sais qu'il y a eu des concertations avec des syndicats, notamment ceux autour de la boulangerie, qui avaient été associés. Mais il n'y a pas eu de négociation nationale durant le temps précédent l'adoption de la loi. Et donc, en fait, on a eu une loi qui est venue au Sénat il y a près d'un an. Et entre le moment où elle a été adoptée au Sénat et le moment où elle est arrivée à l'Assemblée nationale, il ne s'est pas passé grand-chose. Et pourquoi il n'y a pas eu de concertation à ce moment-là ?

Écoutez, moi, je ne suis pas au gouvernement. Je suis présidente de l'Assemblée nationale. Ce n'est pas à moi de mener les concertations. Mais en tout cas, ce temps n'a pas été utilisé de façon efficace. Et vous ne vouliez pas braquer les syndicats ? Mais on ne braque pas les syndicats. Ce type de loi doit évidemment être faite avec les syndicats. Il faut qu'on arrive dans notre pays à avoir un meilleur dialogue, meilleur dialogue avec les syndicats, meilleur dialogue avec les collectivités, meilleur dialogue avec les citoyens, meilleur dialogue avec les représentants du peuple que nous sommes à l'Assemblée nationale.

On voit bien qu'il y a des frottements un peu à tous les niveaux, un peu à tous les échelons. Et ça, ça n'est pas possible. Il faut qu'on arrive à créer une démocratie qui soit plus apaisée, avec plus de coopération entre les uns et les autres.

12:14
Présentateur

Est-ce que vous trouvez que, justement, il y a une antagonisation de l'Assemblée nationale ? C'est un rôle difficile d'être président de cette Assemblée qui est fracturée, où il y a beaucoup aussi d'invectives, de tensions, de crispations. Est-ce qu'il y a des forces politiques que vous mettez en cause aujourd'hui ?

12:30
Yaël Braun-Pivet

En fait, il y a une tension générale. Mais cette tension, vous la voyez, vous la voyez dans le pays, elle existe. Et l'Assemblée nationale doit être le reflet des tensions qui existent dans une nation. Et donc, c'est normal qu'il y ait des tensions à l'Assemblée nationale. Et nous sommes en année pré-présidentielle. C'est normal aussi que certains hommes ou femmes politiques aient des postures, puisqu'ils affichent des ambitions politiques. Et donc, ces ambitions vont se retrouver dans des postures. Après, l'Assemblée nationale est effectivement agitée. Moi, je ne cesse de faire des rappels à l'ordre, de prononcer des sanctions à l'égard des députés qui contreviennent au règlement.

C'est mon rôle. Moi, jusqu'au bout, j'assurerai au maximum la sérénité de cette Assemblée. Mais vous savez, ce n'est pas pour un confort personnel. C'est parce que l'Assemblée nationale, elle représente les Français. Elle doit remplir sa mission. Moi, je suis au service des Français, ce faisant, en essayant de faire en sorte que l'Assemblée nationale fonctionne. Mais je vous le concède, ce n'est pas facile tous les jours.

13:29
Présentateur

Vous parlez des sanctions, des rappels à l'ordre sur les informations d'Europe 1. L'essentiel de ces sanctions concernait la France insoumise. Est-ce que c'est un groupe particulièrement agité pour vous à l'Assemblée ?

13:38
Yaël Braun-Pivet

Évidemment. Mais en fait, ils ne s'en cachent pas. La France insoumise a une stratégie de radicalité, et de radicalité dans les idées, et de radicalité dans la façon de porter ces idées. Mais nous sommes dans une démocratie, et nous avons le droit, dans une démocratie, d'être radical. C'est ainsi, nous n'avons pas à imposer le choix de l'action politique. Mais simplement, moi, c'est là où je suis extrêmement ferme, c'est quand cette radicalité dépasse les bornes, quand il y a des invectives, des injures. Il y a des règles. Moi, j'ai un règlement, et je suis chargée de le faire appliquer. Et je ne transige pas.

Et c'est la raison pour laquelle, effectivement, l'essentiel des sanctions va viser ce groupe spécifiquement, parce que, effectivement, c'est le groupe qui a une action la plus radicale dans l'hémicycle. Mais vous aurez constaté, puisque vous avez regardé attentivement les sanctions, ça concerne tout le monde. Tous les partis ont été sanctionnés, de l'extrême droite, au centre, à la gauche. Voilà, il n'y a pas... Vous savez, quand vous prononcez une sanction, vous ne regardez pas la couleur politique de celui à qui elle s'adresse.

14:50
Présentateur

Yael Brown-Pivet, on parle de la violence en politique. On en a eu un exemple aux États-Unis, encore avec cette nouvelle troisième tentative d'attentat contre Donald Trump, avec le tireur Colalen qui a été présenté à la justice américaine, inculpé de tentative d'assassinat. Est-ce que vous redoutez que ce type de violence, carrément armée en politique, ne vienne en France ?

15:11
Yaël Braun-Pivet

On voit qu'il y a beaucoup de violence, et elle n'est pas propre aux États-Unis. On a eu, dans notre histoire, et dans notre histoire récente, même des personnalités politiques assassinées ou qui ont subi des attentats, des agressions. Il faut faire très attention, parce qu'une démocratie ne fonctionne qu'avec des personnes qui s'engagent et qui se soumettent au souffrage. Et donc, quelles que soient les opinions que l'on porte, il faut protéger ceux qui s'engagent, et il faut veiller à ce que le débat puisse rester serein. Donc, évidemment, c'est extrêmement inquiétant.

Moi, à l'Assemblée nationale, instruite de ce qui s'est passé aussi au Capitole, je suis extrêmement scrupuleuse sur la sécurité des lieux, sur qui rentre à l'Assemblée nationale. Il y a un dispositif très spécifique. Il y a un dispositif très spécifique. Nous contrôlons l'ensemble des accès, et nous avons renforcé la sécurité de l'Assemblée nationale, parce qu'il faut veiller. Là aussi, c'est la démocratie qui est en jeu. Quand on s'attaque à un président élu, c'est la démocratie qui est en jeu. Quand on s'attaque au Parlement, c'est la démocratie qui est en jeu. Et donc, c'est nous qui en sommes victimes, indirectement. C'est tous nos concitoyens. Donc, il faut faire attention.

16:19
Présentateur

Donc, vous n'excouez pas qu'une formation politique puisse un jour, mécontente du scrutin ou du résultat des ondes, puisse venir s'en prendre à l'Assemblée nationale ?

16:25
Yaël Braun-Pivet

Moi, je n'excouez rien. Et c'est de ma responsabilité de faire en sorte que ce lieu soit protégé au maximum, évidemment.

16:31
Présentateur

Un mot de 2027, Yael Broun-Pivet. Je sais que vous êtes favorable à une union de ce qu'on appelle le bloc central. Je ne sais pas si le mot est bien choisi. Une union qui irait de où à où ? De la gauche jusqu'à la droite républicaine ? Parce qu'on voit alors, et on parlera après du machisme en politique, vous voyez là un club de machos, parce qu'il n'y a que des hommes quasiment qui sont candidats. Ce n'est pas faux. Ce n'est pas objectif. Évidemment. Ce sont un spectacle que vous voyez, c'est le club de machos, c'est ça ?

16:57
Yaël Braun-Pivet

C'est ça. Écoutez, tout le monde le voit. Mais c'est, en fait, depuis toujours, la vie politique en France est trustée par des hommes. On le sait tous. Vous le constatez au quotidien. Et que ce soit visible ou invisible, quand on assiste à des réunions avec le Premier ministre, le Président de la République, et là, je nomme personne. C'est vraiment quelque chose... Un petit peu, quand même. Non, mais c'est constant. Donc, ce n'est pas dépendant de ce Premier ministre-là, par exemple. Ça a toujours été le cas. En fait, il n'est pas rare que je sois seule femme dans la pièce. Donc, c'est les hommes politiques et leurs entourages qui restent très masculins. Et ça, ça me frappe.

Parce que vous voyez, quand on parle... Alors, c'est des sujets dits féminins, qui ne devraient pas être féminins, mais l'aide sociale à l'enfance, ce n'est pas un sujet féminin. Pour autant, ce n'est pas forcément une priorité. Quand on parle de la loi intégrale sur les violences sexuelles et sexistes, c'est un sujet féminin, eh bien, elle n'est pas à l'ordre du jour de cette dernière année de mandat. Et pourtant, on sait à quel point les violences contre les femmes et les enfants font des ravages dans notre pays. Donc, ça a un impact. Quand on parle de la santé des femmes, il a fallu attendre ces dernières années pour qu'on commence à parler de la ménopause.

Est-ce que vous trouvez ça normal ? On est constitutif de 50% de ce pays. Et donc, nous devons être dans tous les cercles de décision, quel que soit le niveau, que ce soit aussi dans le monde privé, dans le monde associatif ou dans le monde politique. Et c'est ça, moi, que je dénonce. C'est pour ça que je me bats pour les lois, sur la parité. C'est pour ça que je me bats pour la place des femmes. Partout, partout, nous sommes légitimes à être là. Et c'est quand même ahurissant que cette question se pose encore dans notre pays en 2026.

18:36
Présentateur

Est-ce que, donc, logique conséquence de ce que vous me dites, madame Yael Baum-Pivet, vous êtes candidate en 2027 pour porter cette voix féminine ?

18:44
Yaël Braun-Pivet

Alors, je n'ai pas besoin d'être candidate en 2027 pour porter cette voix-là. Et vous voyez que je l'apporte aujourd'hui. Est-ce que vous serez candidate tout court ? Aujourd'hui, moi, je suis présidente de l'Assemblée nationale. Et vous le resterez jusqu'au bout ? Je le resterai jusqu'au bout parce que j'ai besoin de faire avancer ces textes-là. Et vous voyez bien que ces textes sont importants pour nos compatriotes. C'est la mission que les parlementaires m'ont confiée. Moi, je suis garante de ce débat démocratique et je suis garante du bon avancement de ces textes que les Français attendent. Donc, pas de candidature puisque vous serez présidente de l'Assemblée nationale.

Mais ce n'est pas le moment aujourd'hui de parler de candidature. Moi, je parle de l'Assemblée nationale, je parle de mes missions. Et après, sur le bloc central et sur les...

19:18
Présentateur

Primer jusqu'où ?

19:20
Yaël Braun-Pivet

Mais en fait, pour vous dire que moi, mon spectre politique, c'est la droite gaulliste, sociale, qui est intransigeante avec le Rassemblement national et l'extrême droite. Donc, Bruno Retailleau dedans ? Peu importe les personnes. Moi, en tout cas, c'est cette... S'il est intransigeant avec l'extrême droite, Bruno Retailleau dedans. Il y a un doute là-dessus ? S'il n'est pas intransigeant, j'en sais rien. Je n'en sais rien. En tout cas, moi, ce que je pense, c'est droite intransigeante avec le Rassemblement national et gauche intransigeante avec LFI. Ça, c'est mon spectre politique.

Après, ce que je déplore aujourd'hui, c'est que chacun des candidats potentiels se met dans une logique de silo. Je suis candidat, je vais bâtir un programme, je vais faire des meetings, et puis je déroule, et puis en janvier, en février 2027, on verra bien qui est en tête. Ce n'est pas la bonne façon de faire. Il faut parler projet, il faut parler idée. Qu'est-ce qui nous rassemble ? Qu'est-ce qu'on peut porter ensemble pour la France ? C'est ça, donc du travail de fond avant d'avoir des ambitions de personnes.

20:25
Présentateur

Vous êtes d'accord avec Gérard Larcher là-dessus, tous les deux ?

20:27
Yaël Braun-Pivet

Et on est parfaitement alignés avec le président du Sénat.

20:29
Présentateur

D'accord. Est-ce que, concernant le financement des campagnes électorales, on voit que le Rassemblement national, une fois de plus, a beaucoup de mal à obtenir des prêts de la part des banques françaises ? Est-ce que c'est un problème pour notre démocratie ? Vous étiez favorable à une banque de la démocratie, il me semble.

20:44
Yaël Braun-Pivet

Moi, j'avais fait un rapport sur ce sujet avec Philippe Gosselin, député des Républicains, et j'avais auditionné l'ensemble, avec Philippe, l'ensemble des trésoriers des groupes, des partis politiques. Et l'ensemble des trésoriers nous avaient dit qu'ils avaient des problèmes de financement. Pas que le Rassemblement national. Tous les partis ont des problèmes de financement, notamment pour les élections les plus locales. C'est difficile. Mais tous ne se voient pas refuser des prêts. Non, mais c'est là où ça pose, là aussi, un problème démocratique.

Quand vous ne pouvez pas financer votre campagne, quand vous ne pouvez pas assurer votre permanence parlementaire, parce que les assurances refusent d'assurer les permanences, parce que parfois, il y a un peu d'agitation devant, c'est la démocratie qui est en jeu. Donc moi, je plaidais effectivement pour la création d'une banque de la démocratie, à l'instar de François Bayrou, pour qu'il n'y ait pas de difficultés de financement. Donc évidemment, je suis toujours favorable, moi je suis constante et cohérente, je suis favorable à ce que chaque parti puisse se financer sur le territoire national.

Les banques doivent faire leur travail, c'est leur travail de financer la vie politique, comme c'est le travail des assurances, de financer les permanences parlementaires. Chacun a un rôle à jouer pour la sauvegarde de notre démocratie.

21:52
Présentateur

Merci beaucoup, Yael Brown-Pivet. C'était votre grande interview sur CNews et sur Europe 1. Bonne journée à vous. Merci beaucoup. Sous-titrage Société Radio-Canada

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