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interviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 30 mai 2026 20 min

"L'idée c'était de vous donner envie d'être danseurs" : Juliette Binoche passe à la réalisation avec "En nous"

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Et un grand entretien ce matin où nous avons le bonheur de recevoir l'une de nos grandes actrices. Elle a remporté quasiment tous les prix et elle a tous les talents. Actrice, comédienne, danseuse désormais, réalisatrice. Question, réaction chers auditeurs au 01 45 24 7000 ou l'application Radio France. Bonjour Juliette Binoche. Bonjour. Et bienvenue. Merci d'être avec nous ce matin. France Inter, vous l'avez entendu, bouscule ses programmes pour rendre hommage à Edgar Morin dont on a appris la disparition. Il avait presque 105 ans, presque 105 ans. On va parler évidemment du film pour lequel on vous a invité et qui est extrêmement puissant.

Mais qu'est-ce qu'il évoque pour vous Edgar Morin ?

0:49
Invité politique

Pour moi c'est un héros. C'est vraiment un héros. Il a su, de par l'histoire de son enfance, puisqu'il a perdu sa mère à 10 ans et ils étaient très très proches. C'était comme un tsunami intérieur. Il a réussi aussi en digérant ce que l'histoire de la France et du monde a donné un esprit nouveau. Et il nous a aidé en fait à comprendre notre société et qui nous sommes. Et je trouve que c'est un esprit qui est vraiment exceptionnel et qui inspire d'abord de la gratitude et aussi qui inspire nos vies parce qu'on a besoin d'esprit aussi clair.

1:29
Présentateur

L'un des derniers résistants vivant, l'un des derniers résistants contre les nazis et les collabos, les armes à la main. Il avait écrit, après la guerre, un livre sur les stars. Et impossible de ne pas penser à vous, au védétariat moderne, lorsqu'on pense que pour lui la star c'était une figure nouvelle du mythe. Je ne sais pas si vous vous y reconnaissez. Mais c'est l'un des premiers à avoir analysé le phénomène. Le phénomène de l'actrice qui devient inaccessible, qui devient une sorte d'icône du temps moderne. Ça c'est la lumière. Ça c'est la lumière.

2:05
Invité politique

C'est la lumière. Normalement on doit illuminer le monde. On doit lui donner un regard peut-être de retournement intérieur. On doit apporter dans chaque regard qui nous regarde de la lumière et qui est différent d'être une personnalité. La star c'est vraiment celle où on a envie d'aller vers et d'être nourri par elle.

2:32
Présentateur

Et une star, vous en êtes une Juliette Binoche. La star est un être à la fois réel et imaginaire. Et je cite Edgar Morin.

2:40
Invité politique

Mais à un moment donné on devient poussière de toutes les façons. Donc vous n'en faites pas. Ce n'est que pour un moment.

2:44
Présentateur

Ce n'est que pour un moment. Mais il y a quelque chose que vous avez partagé avec lui. En tout cas c'est l'amour de la danse. Celui de la musique que vous avez évidemment déployé. Qui est présente à la fois dans vos films. Et notamment dans ce film En nous. Qui est l'histoire de votre rencontre Juliette Binoche. Avec le danseur et chorégraphe Akram Khan. Ce sont les coulisses d'un spectacle dans lequel vous avez dansé tous les deux. Il y a 20 ans et qui avait tourné partout dans le monde. Ce film ce sont des images de vos répétitions extrêmement intenses. Vous qui apprenez à danser. Et c'est puissant. Ça sort en salle ce mercredi.

Qu'est-ce qui vous a donné envie de raconter cette aventure dans un film ? C'est une idée d'ailleurs d'une autre star. Robert Redford.

3:30
Invité politique

C'est Robert Redford qui est venu voir le spectacle et je crois qu'il a été bouleversé. Et il m'a dit à la fin, il m'a attendu devant ma loge. Et il m'a dit il faut absolument, doigt pointé à mon visage, il faut absolument faire un film de ce spectacle. Il l'a répété plusieurs fois. Et moi j'ai dit oui, oui, oui, oui, oui, je sais. Mais je ne savais pas comment faire. Et en fait, comme ma soeur qui est réalisatrice, Marion Salins, a suivi les répétitions. nous a filmé pendant nos répétitions, je lui ai demandé de filmer les sept dernières représentations. Donc ça, je l'avais de côté. Mais comme je n'ai pas arrêté de travailler, j'ai attendu.

Il y a eu deux personnes qui m'ont demandé il y a trois ans, est-ce que vous avez un projet qui vous plairait ? Et j'ai dit oui, monter ce spectacle et aussi faire un documentaire sur les répétitions. Et le corps ! Et d'être au plus proche, au plus proche possible des répétitions.

4:20
Invité

C'était vraiment mon désir. Et c'est vrai que c'est extrêmement intense et on est au plus proche de vous et d'Akram Khan. On vous connaît évidemment comme actrice. Vous avez aussi peint, vous avez donc dansé, c'est ce qu'on voit dans ce spectacle. Et donc là, vous avez été réalisatrice. Qu'est-ce que c'est ce nouveau travail ? A quel défi vous avez été confrontée ?

4:38
Invité politique

C'est de ne pas perdre le spectateur et d'essayer de passer chaque étape pour qu'il comprenne qu'on est parti de rien puisque Akram Khan voulait jouer. Faire l'expérience de l'acteur et moi j'avais envie de danser.

4:51
Présentateur

Lui qui est un immense danseur.

4:52
Invité politique

Oui, de faire un échange mais donc en redevenant débutant.

4:56
Présentateur

Ce sont les premiers mots du film d'ailleurs. Oui. Mais je ne sais pas danser. Oui, c'est ça. Je ne sais pas danser et on vous voit répéter d'ailleurs avec la chorégraphe américaine Suzanne Batson qui est une immense chorégraphe. Elle vous guide. Elle n'est pas chorégraphe.

5:10
Invité politique

Non, non. Elle est coach. Elle est dramatique. Elle est venue trois fois nous donner un oeil extérieur et nous dire ce qu'elle... Vous engueulez, on peut le dire comme ça quand même. Non, en fait, ce n'est pas ça. Ce n'est pas du tout mon ressenti. Quand Suzanne parle, c'est vrai que c'est très fort et intense mais à la fois, elle sait où elle est. Et ça pour nous, quand on est dedans, dans les improvisations, on a besoin d'un regard qui nous aide à voir. Et elle a été... C'est vrai de l'extérieur, quand on ne la connaît pas, elle est impressionnante. Mais de l'intérieur...

5:40
Invité

Elle vous dit, vous fabriquez les gestes de violence, vous ne la laissez pas s'exprimer. Là, vous poussez. En fait, vous faites quelque chose de faux, en quelque sorte, d'artificiel. Et elle, elle veut que vous alliez chercher la vérité à l'intérieur de vous.

5:52
Invité politique

Faire un mouvement, créer un mouvement à partir d'une sensation et pas d'un vouloir ou d'une force, ça s'apprend. C'est un lâcher prise. C'est difficile parce qu'il faut faire confiance à quelque chose en soi qu'on doit écouter. Et comme on a l'habitude, surtout quand on n'a jamais été danseur, d'y aller en forçant, mais d'ailleurs avec notre volonté, c'est quelque chose à retourner. Et c'est pour ça que j'ai commencé le film par cette scène-là, parce qu'on comprend que toute expression artistique est en relation avec cette sensation intérieure, la sensation de l'émotion.

6:27
Présentateur

Et le film, d'ailleurs, il commence quasiment par une déclaration, comme quand on se dit oui à un mariage pour votre collaboration avec Abraham Cam. Vous dites d'ailleurs à un moment que danser, c'est ce qui vous a exposé à vos limites, à vos peurs. En quoi, Juliette Binoche ?

6:42
Invité politique

Parce qu'avant chaque représentation, non seulement il fallait passer la difficulté physique de tous les mouvements, d'être assez rapide, quand on est essoufflé, de ne pas penser qu'on va mourir sur le champ, de ne pas se casser un pied, un bras. Et puis, par-dessus tout, il y avait toute l'émotion à traverser. C'est l'histoire d'un couple amoureux qui passe par tous les étages de l'amour pour arriver à une sorte de sensation nouvelle d'amour, qui n'est pas celui de la possession et de la passion destructrice.

7:13
Présentateur

Et le film, il faut aller le voir parce que c'est une réflexion sur le langage du corps, sur le mouvement. Le mouvement, c'est ce qu'on a en nous. En nous, justement, c'est le titre du film. Comme si on était tous des danseurs en puissance.

7:27
Invité politique

L'idée, c'était de vous donner envie d'être danseur.

7:29
Présentateur

On a l'envie, quand on regarde le film, de se rouler par terre, de se tordre dans toutes les positions. Se jeter sur les murs.

7:36
Invité politique

Oui, c'était l'envie de prendre le spectateur qui soit partie prenant et qui soit avec nous, créateur, et pas d'avoir une voix off qui expliquerait on a fait ci, on a fait ça, on est passé par ci et par ça. J'avais envie que le spectateur éprouve lui-même la sensation de la création en se posant des questions, en comprenant qu'il y a des moments flous qu'il faut traverser, qu'il faut y croire, que parfois on est ridicule, que ce n'est pas très grave, que tout est possible.

Parce qu'on était débutants, vous voyez bien au début du documentaire, je suis comme un ourson qui essaye de bouger et puis au fur et à mesure, c'est comme une sculpture et grâce à mon entraîneuse Soumane Sioux et aussi à l'œil d'Akram Khan, j'ai pu transformer mon corps.

8:22
Invité

Mais il y a de la souffrance, vous dites à un moment, je sais maintenant que la danse c'est de la souffrance et Akram Khan y répond, jouez aussi, donc en fait tous les deux vous êtes dans le mal.

8:30
Invité politique

Oui, parce que c'est-à-dire qu'il y a des choses à traverser, on ne monte pas sur une montagne sans avoir quelques essoufflements ou comme des courbatures ou un peu de quelque chose qui se passe. Et pour aller en haut, voir le paysage, il faut un petit peu de, voilà, d'une certaine discipline, une constance et puis, ce n'est pas une volonté mais c'est une foi qui vous tient et qui vous garde. Et cette certitude intérieure, elle doit traverser les doutes, les peurs, voilà, parce qu'on a quand même peur quand on doit se transformer.

9:02
Présentateur

Votre coach, elle vous dit à un moment, la danse c'est sans mots. Vous qui travaillez énormément les textes, vos rôles, qui pouvaient écrire quasiment des livres pour vous préparer avant un tournage, vous le faites régulièrement d'ailleurs. Pour vous, tout se passe par les mots ou à un moment où vous avez abandonné le langage verbal pour adopter celui du corps ?

9:21
Invité politique

Ce n'est pas vraiment le mot. Vous voyez, un script, c'est un scénariste qui commence à écrire et nous, acteurs, on continue ce geste de création. C'est-à-dire, on le transforme à travers notre corps, notre sensibilité, notre voix, notre vie intérieure, notre âme et on le donne, on recrée la vie dans un film. Et donc, il y a cette, voilà, il y a cette conscience que le langage, le mot n'est que le haut de l'iceberg et que derrière, au fond, c'est notre être.

9:53
Présentateur

Vous nous rappelez le titre du spectacle ?

9:56
Invité politique

En nous ? Ah, non, In I.

9:58
Présentateur

In I.

9:58
Invité politique

Oui, In I, c'est en soi ou en moi et à la fois en l'œil.

10:04
Présentateur

Et qu'est-ce qui passe, qu'est-ce qui fait le passage de l'un à l'autre ? Entre quoi et quoi ? Entre ce qui fait le passage de soi à nous ?

10:15
Invité politique

C'est la même chose, c'est-à-dire qu'on a cherché un titre et le « en nous » parce que aussi j'étais en train de monter à Kramkan, que j'avais un regard plus extérieur et c'était « en nous », c'est « en nous quatre » parce qu'on est quatre personnes dans le documentaire, on nous voit travailler ensemble. Donc c'est « en nous » qu'on a fabriqué, on a créé ce spectacle.

10:41
Invité

Il y a quelque chose de très sexuel. Alors vous allez me dire évidemment ce qu'est l'histoire d'une relation. D'ailleurs, à un moment, à Kramkan dit à la coach qu'elle a prononcé le mot tabou de sexe et qu'elle lui a fait peur. Elle vous encourage à vous toucher les fesses, elle l'encourage à vous toucher les seins. Ça a passé les peurs, oui. Aller au-delà des peurs, vous touchez dans des endroits intimes, depuis MeToo est passé par là. Pas le plus intime, mais bon. Mais depuis MeToo est quand même passé par là, est-ce que ça se passerait pareil aujourd'hui ?

11:07
Invité politique

Oui, tout à fait, parce qu'un acteur, il doit traverser ses peurs. Et comme on n'avait que six mois pour se transformer, on ne pouvait pas tourner autour du pot. Donc le fait de se toucher, d'abord les danseurs se touchent sans arrêt. Il n'y aurait pas de danse s'ils ne se touchaient pas sans arrêt. Mais toucher le corps de l'autre avec une intention émotionnelle, une intention de sentiment, ça fait peur. Ça fait très très peur parce que c'est la différence. Parce qu'on rentre chez soi et on ne sait plus qui on est, quelle est la réalité, est-ce que c'est la fiction ? Puisqu'on a des sentiments, puisque ça marche. On tombe vraiment amoureux. Mais à la fin de la journée, on rentre chez soi.

Ça fait partie, disons, de l'apprentissage de l'acteur. Et souvent, quand on a 20 ans, quand on est jeune, on se prend au piège parce qu'on n'a pas encore compris que si on y croit, ça veut dire que ça marche. Ça veut dire qu'on est vraiment dans le bon chemin. Vous voulez dire qu'à 20 ans, vous tombiez amoureuse de vos partenaires ? Bien sûr, mais c'est plutôt bon signe. Mais ça ne veut pas forcément dire qu'on va avec lui ou elle après. Mais ça fait partie de... Parce qu'on est dans un métier de foi, quand même.

12:19
Présentateur

Il y a deux films dans le film. Il y a la partie répétition. Il y a la partie tenir adossé contre un mur sur les épaules d'Akram Kam. Mais il y a des images captées du spectacle au moment de la tournée. Et c'est extrêmement bien tourné, d'ailleurs. C'est un vrai travail de réalisation. Ce n'est pas qu'une captation. Tout à fait. Parce qu'on voit tout à coup la sueur. On voit les visages. On sent à l'écran quelque chose de corporel qu'on ne verrait peut-être même pas lorsqu'on est dans le Palais des Papes à Avignon. Et vous dansez sur un fond rouge conçu par l'immense artiste Anish Kapoor. Vous dites que le corps, pour vous, ça a toujours été le lieu de la chimie. Un vrai chaudron.

Et ce rouge-là, qui est le rouge, il ressemble un peu au rouge de notre studio. Qu'est-ce qu'il raconte ?

13:07
Invité politique

Le rouge, c'est la vie, évidemment. Mais c'était tout le questionnement de quel rouge allait être peint sur ce fameux mur. C'est pour ça qu'il y a une scène amusante où Anish voudrait que ce soit vraiment un rouge foncé. Parce qu'il avait déjà travaillé avec Anish. Il avait fait un noir. Et il m'a dit, à Kram, il a fallu que je danse tellement fort parce que le noir emportait tout. Les gens étaient comme happés par ce noir. Et donc, il a dû se défaire. Donc, il ne voulait pas revivre, je crois, la même chose. Et c'est pour ça qu'il a insisté à voir ce rouge-là.

13:46
Invité

Et quand vous voyez les images du film, le spectacle, c'était il y a 20 ans. Est-ce que vous vous dites, vous êtes tenté aujourd'hui de refaire une chorégraphie de la danse de cette façon ?

13:55
Invité politique

Alors, Sue Mansu, qui est notre directrice des répétitions dans le film, et mon entraîneuse, est aussi ma masseuse. Parce qu'en fin de... Pour pouvoir tenir le temps et les 120 représentations, il faut quand même un peu de prendre soin de son corps échauffé. Du coup, j'ai oublié votre question.

14:14
Invité

Oui, la question, c'est est-ce que vous seriez tenté de refaire la même chose ?

14:18
Invité politique

Ah oui, alors Sue Mansu m'a proposé de refaire un spectacle il n'y a pas longtemps. Je lui ai dit, mais t'es complètement dingue. Mais pourquoi ? Parce que le temps passe, vous savez, le corps change. Et puis, ça veut dire qu'un énorme entraînement, c'est... Moi, j'admire énormément les danseurs parce qu'ils se donnent... C'est un temps de création qui est assez court, sauf si on danse vraiment très différemment. Je suis en admiration parce que, d'abord, ils doivent passer par des douleurs quand même très difficiles. Il y a une sorte de sacrifice et de passion. Mais c'est vrai que la passion, ça fait tout traverser. C'est ça qui est formidable.

14:55
Présentateur

Est-ce que ça vous a permis d'appréhender les rôles que vous interprétez à l'écran différemment ?

15:02
Invité politique

C'est-à-dire que j'ai eu une relation à la peur un peu différente. Parce que j'avais tellement peur avant de passer sur scène les 120 fois. J'étais... Vous aviez le trac ? J'avais un trac, mais horrible.

15:14
Présentateur

Mais peur de mourir quasiment, vous avez dit.

15:17
Invité politique

Peur de mourir, oui, c'est ça. Mais vraiment ? Mais parce qu'il y avait les deux ensemble. Il y avait et l'épreuve physique et l'épreuve émotionnelle. Et d'avoir les deux ensemble, c'est hyper rare. En général, c'est séparé. Les danseurs ne s'impliquent pas autant émotionnellement, d'une manière générale. Il y a des exceptions, évidemment. Et à des acteurs, on ne demande pas autant cette épreuve physique.

15:45
Invité

Juliette Binoche, on voulait vous parler aussi du financement du cinéma français. Parce que vous étiez à Cannes cette année. Vous en avez parlé dans une table ronde avec le CNC. Puis vous avez aussi signé cette pétition Zappé-Bolloré avec plus de 4000 professionnels du cinéma qui dénonçaient la concentration du financement dans les mains d'un seul homme. Vous qui présidiez l'Union Européenne de Cinéma, qui êtes co-signataire d'un appel pour préserver le financement équitable et prévisible du cinéma. Vous diriez qu'aujourd'hui, le financement du cinéma français, il est équitable et prévisible. Il empêche, par exemple, une mainmise politique ?

16:19
Invité politique

Ah oui, pour l'instant, notre façon de produire est admirable et admirée par tous les pays. C'est l'exception culturelle ? Ah vraiment, oui. C'est notre protection. Et c'est ce qui fait que notre cinéma rayonne partout dans le monde. Qu'il est très diversifié par toutes sortes d'esprits différents. Et ça, c'est un cadeau inouï. Le CNC a été fondé il y a 80 années, c'est pas rien, et Canal Plus depuis plus de 40 ans. Et d'ailleurs, je me souviens d'avoir croisé Pierre Lescure, c'était au Festival de Sète.

16:59
Présentateur

Ancien patron de Canal et ancien président du Festival de Cannes.

17:02
Invité politique

Et Canal Plus n'existait pas encore. On était en train de marcher le long de la plage et il me parlait de Canal Plus comme le nouvel arrivé qui était une nouvelle conception d'une télévision et une aide du cinéma.

17:17
Présentateur

Et en l'occurrence, votre carrière même, elle illustre cette diversité et cette exception. Quand on pense au rôle que vous avez joué pour Léos Carax, pour Godard, pour Michael Haneke, ce sont des films qui ne pourraient pas voir le jour sans ce système qui existe uniquement en France.

17:35
Invité politique

Ce qu'il y a d'incroyable en France, c'est qu'on accueille beaucoup de metteurs en scène étrangers qui filment à Paris, en France, et qui donnent aussi un regard nouveau. Et ça, on prend conscience de ça quand, par exemple, on va à Cannes, au Festival de Cannes, où on voit toutes sortes de films qui sont souvent primés.

17:54
Présentateur

Surtout quand on est membre du jury, présidente du jury, puisque vous l'avez été au 78e Festival de Cannes.

18:00
Invité politique

Oui, mais alors on n'est pas chauvines à ce moment-là. Non, on n'est pas chauvines. Il n'y a que l'art qui compte.

18:04
Présentateur

Virginie Effira, remarque, est belge, mais elle parlait du pouvoir du cinéma. Ça existe, le pouvoir du cinéma, pour vous ?

18:09
Invité politique

Mais dans la vie des gens, c'est énorme. Dans la vie des gens. C'est pour ça que parfois on nous attaque, parce qu'on a un pouvoir, parce qu'on est près des gens, on raconte des histoires qui arrivent aux personnes qui vivent, on va rechercher les histoires. On est presque des journalistes par moments pour essayer de comprendre comment les choses se passent, et on l'incarne. Incarner un personnage, quelqu'un, c'est vraiment le faire naître en soi, et il y a une descente qui est assez d'ailleurs, qui est magnifique pour moi, parce que c'est se rapprocher le plus possible de quelqu'un d'autre. Et c'est l'art de l'autre, le jeu et le cinéma, ou tout art d'ailleurs, toute forme artistique.

18:59
Présentateur

Mais ce pouvoir-là, il s'incarne dans une scène, juste une scène extrêmement puissante. Le conflit politique, racial, sexuel, sans mots, vous dit votre partenaire, sans danser, juste une scène. Et il faut aller voir ce film en nous.

19:15
Invité politique

Oui, c'est vrai, oui, c'est à Kramkan qui dit ça dans mon film.

19:17
Présentateur

Exactement, c'est donc au cinéma, mercredi prochain, le 3 juin, et vous serez au Théâtre de la Ville pour une rencontre ce soir.

19:25
Invité politique

Ce soir, c'est l'avant-première, c'est la première, on montre le film à Paris, on est très émus, parce que ça a été beaucoup de travail dès le départ, et c'est la quintessence un peu de tout ce travail, tout ce qu'on a traversé. Et c'est vrai que de voir le film dans un théâtre, alors qu'on l'a joué dans un théâtre, il y a un côté poupée russe, et il reste quelques places. Donc pour ceux qui veulent venir, c'est qu'ils ne sont pas intéressés par le foot, mais de toute façon, ça passe à 8h30.

19:55
Présentateur

Oui, donc de toute façon, le match sera terminé, largement terminé. Merci infiniment, Juliette Binoche, d'avoir été l'invité de France Inter ce matin, entre nous au cinéma, le 3 juin.