"Sur la climatisation, il faut cibler les personnes vulnérables", estime la Nancéienne qui a travaillé au sein du GIEC
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Questions et réponses
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Est-ce que ces canicules à répétition vont devenir notre quotidien ?
- 0:38OuverteRéponse directe
Cette canicule exceptionnelle aujourd'hui, elle va entrer dans la normalité ?
- 1:07OuverteRéponse directe
Concrètement, à quoi peut ressembler notre quotidien ?
- 2:37OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on a encore le temps aujourd'hui de s'adapter ou bien on passe en gestion de crise ?
- 4:00OuverteRéponse directe
Quel regard portez-vous sur la climatisation ? Solution facile ou pérenne ?
- 5:13OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on peut encore arrêter ce réchauffement, au moins le freiner ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:45Invité politiqueFait
« les vagues de chaleur plus intenses, plus longues, plus fréquentes et plus précoces ou plus tardives, c'est une des caractéristiques du climat qui se réchauffe. »
- 1:11Invité politiqueChiffre
« on en est à 1,4 degré de réchauffement planétaire. »
- 1:15Invité politiqueChiffre
« sur la base de ce qui est déjà mis en œuvre, on atteindrait 2 degrés d'ici 2050 si on ne réduit pas plus fortement les émissions de gaz à effet de serre qu'actuellement dans le monde. »
- 1:33Invité politiqueChiffre
« On estime que ce serait un réchauffement de l'ordre de 2,7 degrés par rapport au climat de 1900 en France. »
- 1:40Invité politiqueChiffre
« Et cela impliquerait notamment 5 fois plus de jours de vagues de chaleur en moyenne. »
- 1:46Invité politiqueChiffre
« en région parisienne, la pire éventualité, on ne peut pas exclure à ce moment-là d'atteindre jusqu'à 50 degrés sur la pire vague de chaleur possible. »
- 1:58Invité politiqueChiffre
« le record de température observée en région parisienne est de l'ordre de 42 degrés. »
- 3:10Invité politiqueFait
« cette intensification des événements extrêmes, elle était communiquée par les scientifiques à l'ensemble de la société, aux décideurs depuis plus d'un quart de siècle. »
- 5:19Invité politiqueFait
« le réchauffement à venir, il va dépendre des émissions de gaz à effet de serre à venir. »
- 5:34Invité politiquePromesse
« la condition pour le stopper, en fait, c'est d'atteindre la neutralité carbone. »
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Et à 7h47, l'invité de la rédaction est Valérie Masson-Delmotte-Alexis.
Et oui, une nouvelle vague de chaleur se prépare déjà moins d'une semaine après une canicule exceptionnelle par son intensité et sa précocité. Alors, elle sera moins forte chez nous, mais est-ce que ces canicules à répétition vont devenir notre quotidien ? Eh bien, on pose la question à la nancyenne Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue. Elle a co-présidé le GIEC, le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat entre 2015 et 2023. Et elle est à votre micro, Marie Roussel.
Bonjour Valérie Masson-Delmotte. Bonjour. Cette canicule qu'on qualifie d'exceptionnelle aujourd'hui, elle va entrer dans la normalité ?
En fait, les vagues de chaleur plus intenses, plus longues, plus fréquentes et plus précoces ou plus tardives, c'est une des caractéristiques du climat qui se réchauffe. Donc, ça fait partie d'une tendance à l'augmentation déjà observée et qui va se poursuivre tant que le réchauffement planétaire se poursuivra.
Donc, à ce rythme-là, on va arriver à plus de 2 degrés en 2050. Concrètement, à quoi peut ressembler notre quotidien ?
Alors, on en est à 1,4 degré de réchauffement planétaire. Effectivement, sur la base de ce qui est déjà mis en œuvre, on atteindrait 2 degrés d'ici 2050 si on ne réduit pas plus fortement les émissions de gaz à effet de serre qu'actuellement dans le monde. Et ça, ça impliquerait un réchauffement plus important en Europe et en France, l'Europe et le continent qui se réchauffent le plus. On estime que ce serait un réchauffement de l'ordre de 2,7 degrés par rapport au climat de 1900 en France. Et cela impliquerait notamment 5 fois plus de jours de vagues de chaleur en moyenne.
Et si on regarde, par exemple, en région parisienne, la pire éventualité, on ne peut pas exclure à ce moment-là d'atteindre jusqu'à 50 degrés sur la pire vague de chaleur possible. C'est-à-dire une vague de chaleur au cœur de l'été, très longue, alors qu'actuellement, le record de température observée en région parisienne est de l'ordre de 42 degrés. 50 degrés, c'est la température létale pour les arbres ? En fait, on rentre déjà maintenant dans la plage dangereuse, dangereuse pour les cultures, pour les animaux, pour les animaux d'élevage, les animaux sauvages, pour la végétation.
Même aujourd'hui, en fait, à 38, 40, 42 degrés, on est déjà dans une plage où on voit à quel point les conséquences du changement climatique sont dangereuses. Dangereuses, en fait, pour la santé des écosystèmes et dangereuses pour notre santé aussi, malheureusement.
Est-ce qu'on a encore le temps aujourd'hui de s'adapter ou bien on passe en gestion de crise ?
Il faut faire les deux. C'est-à-dire que lorsque l'événement extrême arrive, il faut savoir gérer la crise et notamment assurer l'accès aux services de santé, permettre aux personnes les plus vulnérables d'accéder à des espaces rafraîchis, adapter les rythmes de travail. Ça, ça fait partie de la gestion de crise, mais on a vraiment perdu beaucoup de temps parce que cette intensification des événements extrêmes, elle était communiquée par les scientifiques à l'ensemble de la société, aux décideurs depuis plus d'un quart de siècle.
Donc les choses qui peuvent être faites et qui sont importantes, c'est travailler sur l'ombrage des bâtiments, leur ventilation, la ventilation naturelle, les brasseurs d'air. C'est aussi travailler sur la végétalisation des villes ou l'ombrage, les toits plus réfléchissants. Et après, il y a de la rénovation thermique à faire et de l'aménagement à faire de sorte à mieux intégrer la chaleur dans l'urbanisme. Il y a un ensemble de leviers d'action.
Parmi ceux-là figure aussi, bien sûr, la climatisation, notamment le fait d'utiliser des systèmes qui soient performants, qui ne soient pas trop coûteux à l'usage et notamment en ciblant les personnes, bien sûr, et les activités les plus vulnérables.
J'allais vous demander, effectivement, le débat autour de la clim, excusez-moi, je vous coupe, quel regard vous portez là-dessus ? Est-ce que c'est une solution facile ou pérenne à généraliser ou à limiter ?
Ça fait partie des leviers d'action pour notamment éviter la surmortalité pendant les périodes chaudes. Mais ce n'est pas un levier d'action qui est accessible à tout le monde. Vous le savez, tous les logements ne sont pas propices pour installer des climatiseurs. Quand on est en situation de précarité énergétique, c'est très difficile et puis très coûteux, notamment sur les systèmes mobiles. Et puis la climatisation, elle rejette de la chaleur à l'extérieur. Elle peut contribuer à émettre des gaz à effet de serre.
Si on déclenche des centrales thermiques au moment des pics de demande d'électricité en été ou bien simplement par les fluides utilisés dans ces systèmes qui sont des gaz à effet de serre. Donc on voit que c'est quelque chose qui relève de compromis, d'un meilleur usage. Et ce que je décrivais tout à l'heure, c'est-à-dire ombrer les bâtiments, travailler sur les performances des murs et des toits, végétaliser les rues. Tout ça, en fait, ça peut permettre aussi d'avoir moins de besoin de refroidissement par la climatisation. Donc on a besoin de réfléchir, en fait, à la meilleure manière d'articuler ces réponses.
Est-ce qu'on peut encore arrêter ce réchauffement, au moins le freiner ou est-ce qu'aujourd'hui c'est trop tard ?
Non, le réchauffement à venir, il va dépendre des émissions de gaz à effet de serre à venir. Et à partir du moment où on va fortement réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre, on aura en fait un rythme de ralentissement qui va se ralentir. Et la condition pour le stopper, en fait, c'est d'atteindre la neutralité carbone.
Tant que ce ne sera pas le cas, donc la France continue à contribuer au réchauffement, tant qu'on n'aura pas collectivement atteint la neutralité carbone, le climat continuera à accumuler de la chaleur et cela continuera à doper les événements extrêmes chauds, mais aussi l'aggravation des sécheresses des sols ou les pluies extrêmes ou les conditions propices aux incendies, qui font tous partie des conséquences d'un climat plus chaud.
Que dire aux parents qui nous écoutent ? Quel avenir on va laisser aux enfants, aux petits-enfants ?
En fait, la canicule de 2003, elle avait montré à quel point les personnes âgées, et notamment les femmes, sont vulnérables face à la chaleur et ça a permis d'avoir un certain nombre d'actions, notamment pour protéger, par exemple, les personnes dans les EHPAD avec des pièces rafraîchies et on sait que cela fonctionne. J'espère que l'expérience très douloureuse de la canicule de juin 2026, elle permettra d'investir, en fait, collectivement pour que les écoles soient des lieux sûrs, où on puisse avoir des bonnes conditions d'études ou d'examen.
Le plus important, c'est de se dire, oui, les enfants d'aujourd'hui, ils vont être exposés d'une manière disproportionnée par rapport aux générations d'avant, à un ensemble d'événements extrêmes. Mais les efforts qu'on engage aujourd'hui, ils permettront, en fait, à la fois de limiter le réchauffement et aussi d'éviter, justement, crise après crise, par des efforts structurants d'adaptation. Et ça, c'est vraiment notre responsabilité d'adultes. Merci beaucoup, Madame Masson-Delmotte. Bonne fin de journée. Au revoir. Je vous en prie. Au revoir.
Et une interview à retrouver sur ici.fr