Emmanuel Macron : un dernier discours aux armées à la connotation «va-t-en-guerre» ?
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Emmanuel Macron qui présentait son dernier discours aux armées, le traditionnel discours aux armées, vous savez c'est à la veille du 14 juillet, c'est le dernier avant qu'il ne quitte l'Elysée et c'est peut-être l'un des plus importants parce que souvent ces détracteurs ont pu dire qu'Emmanuel Macron avait un discours « va-t'en-guerre ». Est-ce qu'en l'écoutant dans quelques instants, vous allez vous dire, il plonge un peu plus, il pousse un peu plus la France dans ce discours « va-t'en-guerre belliciste » pour ne pas dire belliqueux, ou alors justement Emmanuel Macron est conscient des dangers dans les prochaines années et que la France a besoin de se réarmer.
En ayant écouté Emmanuel Macron, j'ai plus l'impression qu'il parlait en européen, pour ne pas dire en européiste, qu'en chef des armées de la France, il faut rappeler que c'est une compétence nationale et c'est une souveraineté nationale, c'est peut-être la seule souveraineté et puissance qui nous reste en quelque sorte. Gérard Longuet, ancien ministre de la Défense, est avec nous. Bonjour Monsieur le Ministre.
Oui, bonjour.
Avant de vous donner la parole, je voudrais qu'on écoute Emmanuel Macron qui a parlé de la liberté et du droit, et au prix du sang, c'est-à-dire qu'il dit « les Français sont prêts, la France est prête à défendre le droit et la liberté jusqu'au prix du sang ». Écoutez. Une Europe, qui ne sera pas celle des nationalismes qui l'ont longtemps consumée, mais qui en conjuguant les patriotismes de leurs membres, en agissant unis, nous rend tous plus forts. Le message que nous envoyons au monde est le suivant. Oui, la paix est notre but. Oui, nous chérissons la liberté et le droit. Et oui, nous nous tenons prêts à combattre pour les défendre. Toujours. Et au prix du sang, s'il le faut.
Au prix du sang, s'il le faut. Comment vous réagissez après la déclaration du président de la République, Gérard Longuet ? Je rappelle que vous êtes ancien ministre de la Défense.
Il y a deux leçons qui sont assez différentes. La première, c'est qu'en effet, souhaiter que tous les pays européens s'organisent pour se défendre solidairement et ne comptent plus sur le voisin d'outre-Atlantique, les États-Unis, pour prendre en charge leur protection. Ça, c'est une certitude. Et de ce point de vue, je la partage, même si je constate que nous n'avons pas pour autant régler les différences qui nous distinguent de nos grands voisins, les Allemands, les Pays-Baltes, la Pologne, par exemple, et nous-mêmes. Et puis alors, la deuxième observation, bon, Emmanuel Macron parle bien, chacun le sait. Il aime, je crois qu'il a un certain plaisir à s'écouter.
Et dire que nous allons nous défendre au prix du sang, c'est le lot de notre armée de métiers qui combat chaque jour et qui a enregistré, hélas, un d'opérations après terrain d'opérations, des blessures. Je l'ai vu moi-même en afghanistan en particulier. Donc, nous rappeler, veut-il nous dire autre chose ? Veut-il nous dire que le sang, c'est pas simplement pour l'armée de métiers, c'est pour tous les Français ? Il ne le clarifie pas.
Et moi, personnellement, lorsque je l'entends parler de défense, je souhaiterais qu'on ait les moyens financiers, budgétaires, de cette défense, et qu'on ait aussi une présence de l'armée dans la nation qui facilite son recrutement et la mobilisation d'une armée qui est une armée de volontaires, il faut le préciser. Et au fond, ce que le président Macron ne nous dit pas, c'est qu'il demande, il évoque le sacrifice du sang sans préciser qui est concerné, article 1. Et article 2, si on se contentait simplement, nous, Français, de travailler autant que les Européens tout au long de notre vie, on reste en vue de financer cet effort de défense qui n'est pas encore le cas.
Mais M. le ministre, d'ailleurs, il, dans ce discours, on l'a vu, se féliciter du doublement du budget de l'armée sur cette décennie où Emmanuel Macron était le chef de l'État et donc le chef des armées. Il ne mentionne pas ses premiers mois à l'Élysée qui commencent avec un tournant à la tête des armées puisque le général de Villiers, en commission, donc sous serment, va alerter en disant « Attention, on est en train d'imaginer une réduction du budget des armées. Or, nous rentrons dans une ère où il faut, au contraire, se réarmer, devenir plus fort pour être souverain. » Et ça, c'est ce moment de l'histoire.
Il l'oublie, surtout qu'il n'a pas supporté cette séquence-là, tel point que le général de Villiers a dû quitter ses fonctions quelques jours après cette déclaration. Et je me souviens que son premier discours aux armées, il y a cette formule d'Emmanuel Macron qui dit « Je suis votre chef », en rappelant qu'il était le chef des armées.
Oui, oui, oui. Moi, j'ai beaucoup d'estime pour le général Pierre de Villiers qui a fait son devoir de chef d'état-major des armées qui était de rappeler à la représentation parlementaire que la vie n'était pas un long fleuve tranquille et qu'il fallait avoir les moyens de se défendre. Soyons honnêtes, après cette réaction d'humeur excessif, le président a engagé les budgets successifs sous son autorité lorsqu'il l'a pu, jusqu'en 2022 en tous les cas, avec un effort qui n'est pas un effort. Je ne conteste pas. On est arrivé à 2,5%.
C'est factuel.
J'arrive à 2,5% du PIB. Il se propose de passer en 2030 à 3,5%. Je crois que ni son Premier ministre, ni le Parlement ne lui en donneront les moyens parce qu'annoncer des dépenses, c'est bien. Encore faut-il pouvoir équilibrer le budget de l'État, ce qui est une autre contrainte qui pèse. Et quand je dis équilibrer le budget de l'État, limiter le déficit, ce qui manifestement aujourd'hui est à peu près impossible. Je pense que le président Macron aurait plus d'autorité si son Premier ministre n'avait pas été obligé de concéder au Parti Socialiste l'abandon de la réforme du régime de retraite qui permettait de dégager une meilleure solution pour notre équilibre budgétaire.
Gérard Languet est avec nous, ancien ministre de la Défense. Je vous propose d'écouter également Emmanuel Macron, où là, c'est la forme mais également le fond que je vais vous soumettre parce qu'il est rare qu'Emmanuel Macron s'emporte, quoique. Et là, on a l'impression que lorsqu'il va parler, il va faire une différence entre le patriotisme et le nationalisme et il va peut-être pas perdre ses nerfs, il ne faut pas exagérer, mais tout de même, on l'a senti parfois plus serein. Partout où on flatte les nationalismes, en France ou ailleurs, on se trompe sur l'histoire qui est la nôtre. Le patriotisme, oui, le nationalisme, jamais.
Et au moment où l'Europe se réarme, penser qu'accumuler chacun séparément des capacités et le sens de l'histoire, c'est une absurdité. Nous devons bâtir en Européens et garder nos spécificités propres, nos modes de décision, nos forces d'intervention, notre crédibilité. Mais ne faisons pas bégayer l'histoire. Alors quand il différencie le nationalisme et le patriotisme, là j'ai besoin d'un éclairage du ministre.
C'est un exercice sémantique pour avoir bonne conscience, pour pas cher. Parce que lorsque l'on est patriote, on s'intéresse à sa nation et on s'efforce de lui donner les conditions de sa liberté, de son indépendance, et j'ajoute, de sa paix. Et la meilleure façon de vivre en paix, c'est de commencer par respecter les autres et en entendant soi-même être respecté. Or, là je crois que le président Macron épouse une posture qui n'apporte rien au débat. Nous savons parfaitement, depuis 1814, depuis l'abdication de Napoléon Ier, que nous n'avons jamais envahi aucun pays en Europe. À ma connaissance, ce sont bien les Prussiens qui nous ont envahi en août 1914.
Bon, l'Empire a déclaré la guerre à la Prusse en 1970. C'était une erreur funeste et fatale pour l'Empire. Mais la France républicaine n'a jamais déclaré la guerre à personne, sauf en 1939, lorsque l'Angleterre et la France ont déclaré la guerre à l'Allemagne nazie et après l'invasion de la Prusse-Livière. Bon, on est donc dans un exercice...
Je ne crois pas qu'ils disent. Un exercice de style. De style qui est, alors là pour le coup, récurrent chez Emmanuel Macron. Et d'ailleurs, j'ai récupéré le discours, seul le prononcé fait foi, bien évidemment, vous en avez eu l'habitude de nous envoyer, lorsque vous étiez ministre, aux journalistes les discours, avec marqué, seul le prononcé fait foi. En italique. En italique, dit Jules Torres. Mais je suis quand même... Vous savez, les détails... Je suis attaché aux détails. Je regardais, j'ai fait dans la barre de recherche, j'ai voulu mettre le mot France. Il a potentiellement été prononcé 19 fois. Le mot Europe, 19 fois également. Vous voyez, on est très attaché.
11 fois le mot guerre, une seule fois le mot paix. C'est intéressant de voir aussi ce détail-là. Mais on va revenir sur cette déclaration d'Emmanuel Macron et puis ce rapport aux armées. On interrogera aussi les auditeurs d'Europe 1. Merci Gérard Longuet, ministre de la Défense, ancien ministre de la Défense, d'avoir réagi et de nous avoir apporté votre éclairage sur ce discours aux armées. Dernier discours.
Je vous remercie d'avoir l'occasion de donner des convictions. Eh bien, revenez, revenez quand vous voulez. On le défend et on lui donne les moyens de la sorte d'intendance quand on est un vrai patriote. C'est-à-dire qu'on ne le rend pas dépendant de ses créanciers.
Je me demande si ce n'est pas un discours un peu nationaliste que vous avez là, monsieur Longuet.
Il l'est clairement, si vous voulez. La nation française est notre bien commun et il faut le préserver.