Les méga-camions représentent "un danger supplémentaire et véritable", selon l'eurodéputée Karima Delli
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Il est 6h22, verra-t-on bientôt des méga camions en France et sur toutes les routes d'Europe ? Le Parlement européen se prononce aujourd'hui sur la présence de ces gigantesques véhicules qui pourront mesurer jusqu'à 25 mètres et peser 60 tonnes. Ces camions seraient une fois et demie plus lourds et plus longs que la limite actuellement autorisée en France. Bonjour Karim Adéli. Bonjour. Vous êtes eurodéputée écologiste, présidente de la commission transport au Parlement européen. Alors vous, vous êtes contre cette réforme, mais pourtant des très gros camions, il y en a déjà en Europe.
Alors c'est vrai qu'il y a déjà des camions en Europe, notamment dans les pays du Nord, la Finlande et la Suède. Et le problème que nous avons, c'est que nous, nous n'avons pas du tout des routes adaptées à ces méga camions. Je répète, quand même, ça va être 25 mètres de long et 60 tonnes et on aura des conséquences directes sur des impacts négatifs.
Alors, premier argument, c'est ce que vous venez de dire, c'est que ça va abîmer nos routes. Mais c'est quoi ? C'est que nos routes, elles sont moins solides que les routes scandinaves ?
C'est que nous, il faut adapter nos infrastructures à ces méga camions. C'est-à-dire que quand on regarde notamment nos infrastructures routières, il faudra tout refaire sur les premiers et derniers kilomètres. Les barrières, les tunnels, les repoints, les passages à niveau, tout ça, ça implique un coût supplémentaire et gigantesque parce que nos infrastructures ne nous le permettent pas aujourd'hui.
Et parce qu'un camion de 60 tonnes, ça abîme beaucoup plus une route qu'un camion de 40 tonnes ?
Absolument. On a des camions qui sont plus lourds, donc qui endommagent les routes et les infrastructures routières. Donc, je rappelle que ça aura un coût supplémentaire pour chacun d'entre nous.
Ça, c'est le premier argument. Le deuxième, est-ce que c'est plus dangereux qu'un camion classique ?
Absolument, parce que la distance de freinage de ces engins est beaucoup plus importante. Ce qui pourrait augmenter les risques d'accidents routiers de 80%, ce qui est énorme. Et donc, là, en matière de sécurité routière, on le dit assez souvent, l'augmentation constante des véhicules sur la route, notamment ces camions en particulier, représente un danger supplémentaire et véritable vis-à-vis de la sécurité routière.
Mais en termes de pollution, est-ce qu'un gros camion, finalement, ce n'est pas moins de pollution que plusieurs petits camions ?
Eh bien, ça, c'est la bonne question. Parce que souvent, on nous dit, mais attendez, un gros gros camion va émettre moins de CO2. Toutes les études montrent le contraire. Et donc, aujourd'hui, cette mesure de mettre des plus gros camions, ça veut dire qu'on va mettre encore plus sur la route. Et ces mesures vont générer 10 millions de camions en plus sur les routes en Europe. Pourquoi plus de camions ? Ce n'est pas à la place des petits ? Non, ce ne sera pas à la place des petits. Donc déjà, ça, c'est la première chose. Et la deuxième chose, c'est qu'il y aura une conséquence directe, c'est 6 millions de tonnes de CO2 par an et un report inversé.
On aura plus de 20% de quels ne sont nos routes que sur le train. Alors que le train, c'est bon pour le climat, c'est bon pour l'emploi, mais véritablement, c'est notre objectif commun de relancer le fret.
Mais si ces gros camions attirent le fret, ça veut dire que le fret ferroviaire n'est pas assez compétitif aujourd'hui ?
Absolument. Ça fait des années que, justement, on n'investit pas sur le fret ferroviaire. Aujourd'hui, en France, ça représente entre 9 à 10%. La moyenne européenne, c'est 17%. Donc, vous voyez, alors que c'est 7 fois moins d'allergique, la route, et on sait que ça pollue beaucoup moins de la route, parce que ce qu'on ne vous dit pas derrière le projet de loi, c'est que ces méga camions, sur, entre guillemets, le prétexte de décarbonisation des transports, donc des camions géants de main à l'électrique, que nous n'avons pas, ça veut dire qu'on aura aujourd'hui des camions au diesel. Et ça, ce n'est pas acceptable.
Ce texte, Karim Adéli, a déjà été accepté en commission des transports le mois dernier, commission que vous présidez. Vous n'avez donc pas réussi à le bloquer ?
Non, je n'ai pas réussi, parce que, justement, les rapports de force sont... Je suis à la tête d'une commission très conservatrice. Aujourd'hui, en plénière, le Parlement, dans son ensemble, est beaucoup plus progressif. On va voir ce qui va se jouer. Mais le rapport de force est aussi sur une vision de la route que nous n'avons pas forcément par rapport à nos voisins, nous, les Français. On a les questions, par exemple, notamment des pays de l'Est, qui investissent énormément sur le routier, contrairement à nous, qui faisons des efforts sur la transition écologique et le frais de ferroviaire.
Et on a des alliés dans cette affaire ? La France a des alliés ou elle est toute seule ?
Pour l'instant, la France, elle est très isolée. Mais la bonne nouvelle, c'est que la France va pouvoir dire non. C'est-à-dire que lorsqu'il y aura ces méga-camions, il faudra un accord bilatéral qui sera nécessaire pour autoriser le passage d'un camion depuis un État membre vers un autre. Par exemple, l'Espagne, qui, aujourd'hui, veut absolument tester les méga-camions, si elle veut livrer des marchandises dans les pays du Nord, elle sera obligée de passer par la France. Donc, elle aura l'obligation d'avoir l'autorisation de la France. Si la France dit non, l'Espagne ne pourra pas faire passer ces méga-camions.
Mais donc, ça veut dire que si ce projet de directive passe, la France pourra mettre son veto et rester en marge de cette directive ? C'est déjà acté, ça ?
C'est tout ce qui va se décider ce midi, notamment, dans les votes. En tout cas, la France, si elle décide de dire non aux méga-camions, elle pourra le faire et, en tout cas, on va l'encourager pour pouvoir éviter d'avoir ces méga-camions sur nos routes.
Alors, du côté des députés européens, j'ai vu que l'opposition était plutôt transpartisane. Il y a des contres, par exemple, du côté de Renew, avec Pascal Canfin notamment, Clément Beaune, qui était encore, il n'y a pas longtemps, ministre des Transports, lui aussi est contre. Mais quelle est la position d'Emmanuel Macron ? Est-ce qu'il s'est déjà prononcé sur le sujet ? C'est important, parce que si ce texte est adopté au Parlement, après, il ira au Conseil, donc discussion avec tous les États membres. La France dit quoi ?
Pour l'instant, la France, elle est plutôt d'accord, puisque quand je regarde l'ensemble des votes des Français rient dans ma commission, tout le monde a voté contre ce projet, vous voyez ? Donc, on est plutôt raccord, ce qui est une bonne chose. Maintenant, la véritable question, c'est ce que vous dites. C'est-à-dire, le Parlement va voter sa position ce midi, mais ensuite, la France doit taper du poids sur la table aux négociations au sein du Conseil, c'est-à-dire la représentation des États membres.
Merci Karima Dely, eurodéputée écologiste, présidente de la Commission des Transports au Parlement européen.
Karima Delli