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interviewC dans l'air· 2 septembre 2025 11 min

Économie : la France en "burn-out" ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Comme la pâte à tartiner ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue. La France s'enfonce donc dans l'incertitude politique. C'est le pire des scénarios pour des acteurs économiques de nouveau contraints à mettre le pied sur le frein en attendant de connaître les nouveaux arbitrages budgétaires.

Je reçois l'ancien patron du Medef, qui propose une recette vers le redressement: "Gagnez plus, c'est maintenant!" Bonsoir. Merci d'avoir accepté cette invitation.

Je cite votre livre. "Les Français sentent bien que les hommes politiques ne leur disent pas la vérité. Puisque les politiques ne le font pas, nous avons voulu tenir un discours de vérité." Le discours de vérité, c'est précisément ce qu'a fait F.Bayrou. - P.Gattaz: Mais il a manqué la vision et l'ambition derrière tout ça.

Dans une entreprise en crise, on donne un encouragement, un projet de sortie de crise à 5 ou 10 ans, ce qu'on ne fait pas en France. On impose des réformes qui tombent du ciel. On veut ces réformes, mais elles ne sont pas expliquées.

Ce livre permet de dire pourquoi on fait ces réformes, quel sens...

L'idée, c'est de dire qu'on peut gagner plus, beaucoup plus: 32 % de pouvoir d'achat en plus en 10 ans. - C.Roux: Vous donnez des solutions et vous dites que c'est un espoir un brin sombre.

Mais quand on entend le gouverneur de la Banque de France dire: "Il n'y a pas de solution facile sans effort..." Le discours qu'on sert aux Français, c'est que ça va être dur.

C'est une erreur? - P.Gattaz: Il ne faut pas le présenter comme ça.

On a une crise à passer. On a des atouts formidables. On a des gens qui travaillent.

On travaille moins que les autres, donc on dit qu'il faut travailler plus. - C.Roux: C'est ce que dit F.Bayrou avec notamment les 2 jours fériés. - P.Gattaz: Dans ce livre, on pousse à ce que ces 2 jours fériés soient rémunérés. - C.Roux: Donc ce n'était pas une bonne proposition? - P.Gattaz: Ca méritait d'exister pour négocier autre chose, mais on dit que tout travail mérite salaire et tout salaire mérite travail.

On dit qu'on pourrait travailler jusqu'à 40 heures par semaine. C'est 8 % net de gagnés sur le salaire. On dit aussi que les heures supplémentaires pourraient être beaucoup mieux rémunérées. - C.Roux: On va revenir sur les mesures que vous proposez, mais d'abord, il faut qu'on partage le même constat.

C'est ce que veut aussi le gouvernement, notamment sur l'Etat obèse, sur la situation de la France. Vous parlez de "burn-out de l'économie française". Pourquoi vous dites qu'on est en burn-out? - P.Gattaz: On a eu pendant 40 ans...

On a bafoué l'entreprise, l'industrie...

On a mis les 35 heures...

Il y a eu des périodes où c'est allé mieux. Les 3 premières années d'E.Macron, c'était bien.

Les années de M.Valls étaient bien. On a fait la politique de l'offre.

On a pu Créer ce fameux million d'emplois dont on critique encore la véracité aujourd'hui. Le taux de chômage est passé de 10 % à 7,2 %. Mais on a très mal géré le covid et les "gilets jaunes".

On a fait le "quoi qu'il en coûte" qui nous a coûté une fortune. Les problèmes à régler sont très simples. Il y a un coût du travail trop cher. 2000 euros net, c'est 4000 euros pour l'entreprise.

C'est beaucoup trop cher. C'est le problème du matelas des charges. L'Etat est également obèse.

Il y a une fiscalité énorme. Nous sommes champions du monde des impôts et de la fiscalité. Et troisièmement, nous ne travaillons pas assez.

Il faut trouver de la croissance et de la compétitivité. Il faut faire des économies d'un côté et retrouver une ambition industrielle notamment, que je développe un peu dans ce livre, mais pas assez. On a des grands défis à relever.

L'énergie, la santé, l'IA, le data... - C.Roux: Un gouvernement qui arrive aux responsabilités n'est pas hors-sol.

Il doit faire avec les Français. Quand on prend "Gagnez plus, c'est maintenant!"...

Les mesures que vous développez, comme augmenter le temps de travail de 37 à 40 heures...

Vous pensez que ça passe si c'est payé plus? - P.Gattaz: En Suisse, le salaire net Smic à Genève, c'est 3800 euros.

Ils ne sont pas en révolution permanente. Pourquoi les Suisses sont à ce niveau-là avec un Smic 3 fois plus élevé que le nôtre alors que nous, on reste à 1400 sans espoir pour progresser? La plupart du temps, on sait que les Français ne travaillent pas assez. 3 heures par semaine, ce n'est pas épouvantable, surtout si elles sont rémunérées.

Après, il faut rémunérer encore plus les heures supplémentaires. Il s'agit de sortir par le haut, de dire aux Français qu'on a une France extraordinaire, des atouts considérables. Les Trente Glorieuses étaient merveilleuses.

Mais il faut recommencer. On va le faire non pas dans la douleur, dans le sacrifice... - C.Roux: Mais dans l'activité et le "travailler plus". - P.Gattaz: La vision enthousiasmante pour que tout le monde gagne.

Un chauffeur de taxi m'a dit qu'il en avait marre, qu'il bossait 12 heures par jour et qu'il gagnait autant que son beau-frère devant la télé au chômage. - C.Roux: Ce chauffeur de taxi, si vous lui dites, comme c'est une de vos propositions, de passer l'âge pivot de la retraite à 67 ans, vous pensez qu'il va dire OK? - P.Gattaz: Non, mais il y a plein de mesures qui s'intègrent dans une France qui doit gagner à terme.

Il faut faire des efforts rémunérés. Il faut recréer des Airbus de demain dans l'IA ou le data...

On est les champions du monde du militaire en Europe. Il y a plein de choses à faire. Il faut faire revenir nos ingénieurs qui sont partis au bout du monde ou dans la finance.

Il faut redonner un souffle autour d'un tas de défis. - C.Roux: Comment on embarque les Français?

Vous connaissez le rapport qu'il peut y avoir entre les patrons et les politiques. On a le sentiment que ça tiraille un peu entre les 2, d'ailleurs. Est-ce que c'est une crise de confiance? - P.Gattaz: E.Macron a eu un bon discours.

Il a fait 3 ou 4 années où il a fait revenir les investisseurs et les Américains en France. Le seul problème, c'est qu'il n'a pas géré les dépenses. Il faudrait avoir un discours de toute la classe politique.

Ce qui me rend fou, Ce qui me met en colère depuis la dissolution...

Les petites phrases des partis extrémistes, on a l'impression de revenir au XVIIIe siècle avec la lutte des classes. Il y a des postures du XIXe siècle alors qu'on est au XXe siècle. Les 38 pays les plus riches du monde font du libéralisme et du capitalisme même s'ils sont parfois de gauche. - C.Roux: C'est la seule responsabilité, parfois, des extrêmes?

Vous êtes en colère envers ceux que vous avez parfois soutenus? - P.Gattaz: Je suis en colère contre toute la classe politique.

Quand j'écoute le PS qui dit qu'il faut taxer...

La taxe Zucman de 2 %...

Les dégâts que ça peut faire...

Vous avez créé une boîte qui vaut 100 millions, et on va vous demander de payer 2 % de 100 millions. - C.Roux: C'est le plan du PS.

Baisse de la CSG sur les bas salaires compensée par une taxe de 2 % sur les patrimoines de plus de 100 millions, qui rapporterait 15 milliards. - P.Gattaz: C'est du n'importe quoi.

Les gens vont partir. Les plus fortunés sont déjà en train de partir, d'ailleurs. - C.Roux: Ce n'est pas un fantasme? - P.Gattaz: Non.

Quand je suis arrivé il y a 30 ans, j'avais 20 concurrents. L'ISF a fait des dégâts considérables. Ces gens sont partis.

Je n'ai plus de concurrents en France, à part 2 ou 3 qui sont restés. Aujourd'hui, il n'y a plus que 5000 ETI patrimoniales en France. Il en a 10 000 en Italie et il y en a 13 000 ou 14 000 en Allemagne.

Ce problème de la fuite des capitaux, c'est un vrai sujet. Plutôt que de vouloir taxer encore, ce qui est totalement idiot...

La France est une baignoire qui fuit. Vous pouvez rajouter de l'eau en haut de la baignoire tant que vous voulez, si vous ne colmatez pas la fuite, ça fuira toujours. - C.Roux: L'ensemble de la classe politique porte l'idée qu'il y a un besoin en France de justice fiscale. - P.Gattaz: Oui... 10 % des plus aisés paient, je crois, 75 % de l'impôt sur le revenu.

C'est énorme. Et le 1 % de plus riches paie déjà 40 %. Vous avez déjà une justice fiscale qui s'opère.

Certes, on me dit que les 500 fortunes de France, leur patrimoine...

La Bourse a fonctionné. Elle a marché. Dans tous les pays du monde, ceux qui étaient détenteurs de sociétés ont vu leur société monter.

Mais c'est du virtuel. Ce sont des brevets, des produits, des stocks, des usines, pas du pognon. - C.Roux: Mais quand on vous interpelle en disant qu'on ne va pas demander des efforts à ceux qui ne peuvent pas le faire, donc on va demander des efforts à ceux qui le peuvent... - P.Gattaz: Je ne dis pas qu'il ne faut pas une solidarité.

Je dis qu'il faut garder une locomotive hyper motivée pour entraîner tout le monde. Les locomotives créent l'emploi, des dizaines ou centaines de milliers d'emplois. J'ai 3500 personnes à Radiall, mais je sais qu'avec tous les sous-traitants, j'en crée encore 2 ou 3 fois plus. - C.Roux: Les taux de la dette à 30 ans sont passés à 4,5 %.

C'est du jamais-vu depuis 2011. Est-ce qu'il y a une inquiétude particulière pour les mois qui viennent? Votre sentiment sur la situation économique de la France? - P.Gattaz: C'est terrible de voir que la France s'enlise pour des questions de postures politiciennes, clientélistes, populistes...

Je suis très énervé contre la classe politique. Ils ne sont pas responsables. C'est leur métier.

Ils sont payés pour ça. Nous, on est payés pour faire de l'industrie. Qu'ils fassent bien leur métier.

Les phrases lamentables qu'on entend, je n'en peux plus. Bayrou risque de sauter et on ne sait pas l'inconnue dans laquelle on est. Pendant ce temps, les Allemands courent.

Ils investissent 500 milliards dans les filières d'avenir. Les Italiens nous rattrapent.