Philippe Baptiste : "On attend avec énormément d’impatience le prochain lanceur européen Ariane 6"
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- 0:11OuverteRéponse directe
Votre premier voeu pour 2023, c'est quoi ? C'est de voir enfin la nouvelle fusée Ariane décoller ?
- 0:32FerméeRéponse directe
Et qui décollera quand donc ?
- 0:39FerméeRéponse directe
Mais cette année, c'est envisageable ou pas ?
- 0:49OuverteRéponse partielle
Il y a trois ans de retard.
- 1:08OuverteRéponse partielle
Et c'est d'autant plus important que l'autre fusée européenne Végacé, alors qu'il est plus petite, elle, est à l'arrêt. Puisqu'il y a eu un échec lors du dernier lancement en décembre. Donc aujourd'hui, l'Europe n'a plus d'accès autonome à l'espace. Est-ce que c'est grave ?
- 1:32FerméeRéponse directe
Et ça, c'était prévu. C'est les derniers. Après, c'est fini. On ne peut plus en construire.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:17Invité politiqueFait
« Ah oui, on attend avec énormément d'impatience le prochain lanceur européen, donc Ariane 6, qui va prendre la suite d'Ariane 5. »
- 0:24Invité politiqueFait
« Ariane 6, c'est un lanceur qui va coûter beaucoup moins cher, qui partira de Kourou en Guyane, comme ses prédécesseurs. »
- 0:40Invité politiquePromesse
« Ah oui, cette année c'est envisageable. Si tout se passe bien, ça peut être cette année, ça peut être un petit peu plus tard. »
- 0:50Invité politiqueFait
« Oui, alors c'est un très gros projet industriel, qui n'est pas du tout un projet qui est à l'arrêt. »
- 1:34Invité politiqueFait
« Non, la chaîne de fabrication d'Ariane 5 a été démantelée déjà il y a longtemps. »
- 4:17Invité politiqueChiffre
« un pas de tir comme celui d'Ariane, ce sont des centaines et plusieurs grosses centaines de millions d'euros, pas loin de 800 millions d'euros pour le développement d'un pas de tir. »
- 5:35PrésentateurChiffre
« vous disiez être un homme heureux. Vous appreniez que le gouvernement augmentait le budget consacré à l'espace, 9 milliards d'euros pour les trois prochaines années. »
- 6:30Invité politiqueFait
« On va avoir un très beau projet avec l'Agence spatiale européenne qui s'appelle JUICE, qui va être lancée dans quelques mois. »
- 6:49Invité politiqueFait
« Je vais citer MMX, qui est là, pour le coup, on va aller sur Mars, on va aller regarder les lunes de Mars. »
- 7:26Invité politiqueFait
« Autre chose qui fait peut-être aussi beaucoup rêver, c'est un projet qui s'appelle SWOM. On étudie les sursauts gamma de l'univers. »
- 7:47Invité politiqueFait
« Alors, moi, je suis convaincu que, oui, c'est très souhaitable. C'est-à-dire que je pense qu'on a besoin d'une Station Spatiale Européenne. »
Temps de parole
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Bonjour Philippe Baptiste, vous êtes le PDG du CNES, le Centre National d'Études Spatiales, et c'est la tradition ce mois de janvier. Vous présentez vos voeux ce matin, et donc les grands enjeux, les grandes perspectives de cette année dans le domaine spatial. Votre premier voeu pour 2023, c'est quoi ? C'est de voir enfin la nouvelle fusée Ariane décoller ?
Ah oui, on attend avec énormément d'impatience le prochain lanceur européen, donc Ariane 6, qui va prendre la suite d'Ariane 5. Ariane 6, c'est un lanceur qui va coûter beaucoup moins cher, qui partira de Kourou en Guyane, comme ses prédécesseurs.
Et qui décollera quand donc ?
Et qui décollera quand il sera prêt, donc je veux dire le plus tôt possible. Non, c'est difficile de donner une date exacte pour une raison simple.
Mais cette année, c'est envisageable ou pas ?
Ah oui, cette année c'est envisageable. Si tout se passe bien, ça peut être cette année, ça peut être un petit peu plus tard. Pourquoi est-ce qu'il y a autant d'impatience ? Parce que c'est un très gros projet industriel.
Il y a trois ans de retard.
Oui, alors c'est un très gros projet industriel, qui n'est pas du tout un projet qui est à l'arrêt. C'est-à-dire que c'est un projet qui avance. Mais aujourd'hui, le lanceur est à peu près terminé, le pas de tir est terminé. Donc maintenant, il faut mettre les deux ensemble. Et puis, il faut qu'ils arrivent à se parler, il faut qu'ils arrivent à bien se coordonner. Et puis, une fois que ce sera prêt, on pourra faire le premier lancement.
Et c'est d'autant plus important que l'autre fusée européenne Végacé, alors qu'il est plus petite, elle, est à l'arrêt. Puisqu'il y a eu un échec lors du dernier lancement en décembre. Donc aujourd'hui, l'Europe n'a plus d'accès autonome à l'espace. Est-ce que c'est grave ?
Alors, oui, ce serait grave. Mais ce n'est pas tout à fait le cas. On a d'abord deux Ariane 5 qui sont encore disponibles aujourd'hui. Donc on va avoir deux lancements, d'ailleurs, dans les mois qui viennent.
Et ça, c'était prévu. C'est les derniers. Après, c'est fini. On ne peut plus en construire.
Non, la chaîne de fabrication d'Ariane 5 a été démantelée déjà il y a longtemps. Il faut quand même imaginer qu'un lanceur comme Ariane 5 ou comme Ariane 6, c'est une gigantesque chaîne de fabrication. C'est un gros programme industriel. Donc ça a déjà été démantelé. Mais par contre, Ariane 6 arrive. Et Ariane 6 va aussi remplacer Soyouz. C'est-à-dire qu'en fait, l'Europe des lanceurs aujourd'hui se heurte à trois difficultés. La première, c'est, vous l'avez mentionné, le lanceur européen fabriqué par Avio, une entreprise italienne, est aujourd'hui en difficulté puisqu'on a eu cet échec de Vega. Mais maintenant, moi, je suis absolument convaincu qu'il va remonter en selle.
Ça, c'est la première difficulté. Deuxième difficulté, c'est qu'avec la guerre, l'invasion russe de l'Ukraine, on a eu un effet de bord qui est que les Russes sont partis de Kourou puisque les Russes lançaient pour le compte de l'ESA, pour le compte de l'Europe, un lanceur qui s'appelait Soyouz de Kourou. Et donc, ils sont partis. Et c'est vrai qu'on utilisait Soyouz comme backup, c'est-à-dire comme moyen de remplacement si on avait une difficulté, par exemple, sur Ariane. Donc c'était ça qui permettait de faire la transition facilement entre Ariane 5 et Ariane 6.
Donc aujourd'hui, on n'a plus de fusée et on n'a plus de remplaçant.
Alors, c'est la difficulté du moment. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, on est très, très impatients d'avoir Ariane 6. L'Europe est très mobilisée, ça va arriver, voilà. Et on est tous derrière nous.
Et une petite fenêtre de tir, non ? Vous ne pouvez pas vous engager ?
Non, parce que la vérité, c'est que ça dépend énormément d'essais techniques. Et donc, il y a encore un peu d'aléas.
Et pendant ce temps-là, qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qu'on fait de Kourou ? Est-ce que les gens sont au chômage technique là-bas ?
Non, alors les gens ne sont pas au chômage technique parce que d'abord, il y a encore des lancements qui sont devant nous. Et puis, il y a énormément d'investissements en ce moment sur la base. Pourquoi ? Parce qu'en fait, l'ensemble des pays européens ont décidé que c'est évidemment la grande base spatiale européenne. C'est de là qu'on va faire tous les lancements de lanceurs lourds. Mais on va aussi investir dans des petits lanceurs. Donc, ça veut dire qu'on investit sur des petits lanceurs. Enfin, là, ça, c'est la France qui investit sur des petits lanceurs. Et puis, à côté de ça, on modernise la base parce que cette base a besoin d'être modernisée.
Donc, ça veut dire que c'est de la digitalisation, c'est de la décarbonisation de nos activités. Donc, il y a énormément d'investissements. Et donc, quelque part, je ne vais pas dire que ça tombe bien, mais enfin, on va profiter du fait que, justement, on a relativement peu de lancements dans les mois qui viennent pour accélérer sur ces projets de modernisation.
Alors, vous dites qu'il faut moderniser Kourou. Justement, la semaine dernière, la Suède a inauguré un site de lancement de satellites en Laponie. Ça veut dire qu'il faut s'inquiéter pour Kourou ?
Non, pas du tout. Parce qu'en fait, je pense qu'il est assez clair entre les différents pays européens qu'aujourd'hui, des grosses bases spatiales comme Kourou, il n'y en aura probablement qu'une. Enfin, en tout cas, dans les décennies à venir. Parce que, de nouveau, ce sont des investissements gigantesques. Juste pour donner un ordre de grandeur, un pas de tir comme celui d'Ariane, ce sont des centaines et plusieurs grosses centaines de millions d'euros, pas loin de 800 millions d'euros pour le développement d'un pas de tir. Donc, c'est vraiment des sommes qui sont gigantesques. C'est des usines qui sont très importantes, etc.
Donc, Kourou, c'est pour les gros lanceurs et les gros satellites. Et le site suédois, les petits lanceurs, les petits satellites ?
Il y aura probablement plusieurs sites en Europe continentale justement pour faire des petits lanceurs avec des petits satellites à la demande. Et ça, c'est très intéressant aussi. On va aussi en faire à Kourou, évidemment. Kourou, c'est à la fois, non seulement géographiquement très intéressant parce qu'on est près de l'équateur, mais en plus, c'est des compétences depuis le temps qu'on fait des lancements là-bas qui sont exceptionnelles. Et c'est les Guyanais qui, aujourd'hui, font vivre la base.
Et qu'est-ce qui se passe pour les clients privés qui ont réservé une place à bord d'Ariane 6 ou de Vega et qui vont peut-être commencer à s'impatienter puisqu'il n'y a pas de fusée ? Est-ce que vous craignez qu'ils aillent voir ailleurs ?
Alors, il faut évidemment discuter de ce point-là avec Ariane Espace. Le Centre National des Etudes Spatiales n'en est pas en charge de ces questions-là. Mais il y a toujours un peu de flexibilité dans les contrats. Pourquoi ? Parce qu'en fait, le spatial, c'est toujours une activité qui, même si on a l'impression que c'est une horloge et que c'est facile de prendre une fusée pour aller dans l'espace, la vérité, c'est que non, c'est pas facile et que ça prend du temps, la mise au point, que ça prend du temps de s'organiser proprement pour faire des lancements régulièrement.
Philippe Baptiste, en septembre dernier à ce micro, vous disiez être un homme heureux. Vous appreniez que le gouvernement augmentait le budget consacré à l'espace, 9 milliards d'euros pour les trois prochaines années. Si je résume, vous en donnez trois à l'Agence Spatiale Européenne. Donc, il vous en reste six. Que fait-on de ces 6 milliards ? C'est quoi les gros projets du CNES pour cette année ?
Alors, d'abord, c'est jamais des projets pour une année puisque le spatial, on est quand même toujours sur des temps qui sont des temps longs. Alors, ça change un peu parce qu'on a aussi des projets qui sont plus courts avec tout ce qu'on appelle le new space, des start-up, etc. qui viennent.
Ça, c'est une partie de votre activité qui se développe de plus en plus, le financement de start-up via l'espace.
Parce qu'on a justement un écosystème qui est bouillonnant avec plein d'entrepreneurs qui arrivent et qui veulent investir dans le spatial. Et donc, c'est effectivement un de nos nouveaux piliers d'activité qui ne remplace en rien les précédents, mais c'est un des piliers d'activité. Quels sont les autres ?
Les grands projets qui font rêver, généralement.
Oui. Alors, les grands projets qui font rêver, c'est les grands projets qui sont autour de l'exploration. Je vais en citer un ou deux. On va avoir un très beau projet avec l'Agence spatiale européenne qui s'appelle JUICE, qui va être lancée dans quelques mois. Donc, l'idée, c'est d'aller explorer les lunes glacées de Jupiter. Donc, c'est un projet. C'est plusieurs années pour y aller. Huit ans pour y aller. Et puis, c'est des premières qui vont être derrière. Je vais citer MMX, qui est là, pour le coup, on va aller sur Mars, on va aller regarder les lunes de Mars. On a un rover qu'on développe conjointement entre le CNES et le DLR, qui est l'agence allemande.
Donc, on a un petit rover qui est hyper intéressant parce que, justement, il est petit. Il va permettre... Il est tout petit. Il tient peut-être pas une boîte à chaussures, mais un petit peu plus. On va être capable de l'envoyer là-bas. Puis, on va être aussi capable de ramener des échantillons. Enfin, c'est... Voilà. Donc, c'est des projets absolument incroyables. Et on fait ça conjointement avec l'Ajaxa, nos amis japonais. Autre chose qui fait peut-être aussi beaucoup rêver, c'est un projet qui s'appelle SWOM. On étudie les sursauts gamma de l'univers. Donc, c'est-à-dire des bursts d'énergie extrêmement forts.
Et ça, c'est un projet qui a été lancé il y a déjà très longtemps avec les Chinois. Voilà. Et donc, il va être lancé dans pas longtemps.
Une dernière question. On sait que la Station Spatiale Internationale est amenée à disparaître dans les dix prochaines années. Et on sait aussi que les Chinois construisent la leur. Est-ce que les Européens vont en construire une ? Est-ce que vous le souhaitez ? Est-ce qu'il le faut ?
Alors, moi, je suis convaincu que, oui, c'est très souhaitable. C'est-à-dire que je pense qu'on a besoin d'une Station Spatiale Européenne. Alors, est-ce que ça ne veut pas dire pour autant qu'il faut que ce soit les agences, c'est-à-dire le CNES ou l'ESA, qui fassent sa Station Spatiale Européenne ? On a des acteurs privés aujourd'hui qui ont envie d'investir et qui ont envie de construire ces stations spatiales européennes. Et moi, je me vois bien plus en locataire de cette Station Européenne qu'en constructeur de la Station Spatiale Européenne. Mais je pense qu'effectivement, cette question doit être posée. parce que sinon, demain, on n'aura pas facilement d'accès à l'orbite.
Et donc, ça, c'est un vrai sujet.
Merci, Philippe Baptiste, PDG du CNES, Centre National d'Études Spatiales. Vous allez présenter vos voeux à vos équipes ce matin.
Philippe Baptiste