"Les français pensent comme moi" : l’incroyable déni démocratique de Macron
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour à toutes et à tous, bienvenue sur Le Média. J'ai le plaisir de vous retrouver pour une nouvelle édition de votre bulletin d'information à la sauce estivale. Nous sommes le mercredi 24 juillet 2024. Vous nous regardez sur le canal 350 de la Freebox, sur Youtube ou sur notre site internet. C'est parti pour le Flash Info. Souvenons-nous, c'était le 4 juin 1958. Charles de Gaulle débarquait dans une Algérie déchirée entre les partisans du statu quo colonial et ceux de l'indépendance et prononçait sa fameuse expression donnant à chacun des camps l'impression de l'avoir rallié à sa cause.
Je vous ai compris.
Emmanuel Macron en 2024, quant à lui, dit aux Français, aux électeurs français, « Je vous ai entendu dire ce que j'avais envie d'entendre dire ». Hier, il s'est exprimé sur France 2 suite à la défaite de son camp aux législatives, à l'arrivée du Nouveau Front Populaire en tête et à la désignation par celui-ci, après maintes tractations d'une candidate à Matignon, la haute fonctionnaire Lucie Casté. Avant de regarder, une petite mise en garde. Exercice de contorsionnisme périlleux. N'essayez pas ça chez vous.
Quand est-ce que vous allez appeler un homme ou une femme à Matignon ? Ce soir, le Nouveau Front Populaire que vous évoquiez, qui a donc un programme, qui a donc une candidate depuis ce soir, qui s'appelle Lucie Casté, est-ce que vous allez l'appeler demain pour lui dire « Venez me voir, on va voir si vous pouvez composer un gouvernement ». Le sujet n'est pas là. Un peu ? Non, le sujet n'est pas un nom donné par une formation politique. Mais c'est quoi le sujet ? Emmanuel Macron, justement, il change de sujet. L'exemple que nous venons d'avoir avec M. Chassaigne, d'ailleurs, dit tout cela.
C'est un candidat tout à fait estimable, expérimenté, et il n'a pas eu la majorité, il n'a pas été élu au perchoir.
Oui, mais du coup, comme Yael Bronte-Pivé a été réélu, notamment grâce au vote des toujours ministres, mais plus trop quand même, car ils sont aussi députés. On fait comment ? Vous appelez Gabriel Attal, porte-étendard de la 3e force aux européennes et au premier tour des législatives, à former un gouvernement ? Ah non, vous n'oserez pas ? Et du coup, on fait comment ?
Le parti qui est arrivé en tête à ces législatifs, c'est le Rassemblement National.
Donc, vous allez appeler Jordan Bardella à former un gouvernement ?
Non ? Pourquoi ? Et les Français, au deuxième tour, ont fait un choix. Le choix de ne pas confier les responsabilités au Rassemblement National. Alors, on fait comment ? La responsabilité de ces partis, c'est de faire quelque chose que toutes les démocraties européennes font, qui n'est pas dans notre tradition, mais qui est, je le crois, ce que nos compatriotes attendent, parce que c'est être à la hauteur du moment et des responsabilités que les Françaises et Français ont données à ces partis.
En gros, Emmanuel Macron essaye d'élargir les bases du macronisme qui s'est forgé en piquant des parts de marché au PS et à LR, puis est devenu minoritaire. Bon, tant pis, il faut refaire son marché et recruter encore plus de députés PS et droite républicaine pour avoir, peut-être pas une majorité absolue, mais plus de poids que le nouveau Front populaire. Et il dit, en gros, aux partis, ben, discutez jusqu'à ce que vous arriviez à modifier la réalité politique pour qu'elle puisse enfin me convenir. Sinon, tant pis, j'ai déjà un gouvernement rempli de personnes de mon camp.
Et vu qu'au NFP, vous adorez les scènes de ménage, il me reste juste à attendre que vous cassiez assez de vaisselle pour vous séparer et qu'une partie d'entre vous me rejoigne. Et puis, de toute façon, il n'y aura rien avant les Jeux olympiques. Et si vous n'êtes pas content, c'est le même prix. Bien entendu, les oppositions n'ont pas manqué de réagir pour Marine Tondelier et des écologistes. Emmanuel Macron est tout simplement un tricheur.
Il y a eu une passion politique dans ce pays. Pendant six semaines, les gens en ont parlé. Moi, j'en entendais parler dans la rue, dans les transports en commun, au travail, partout, partout. Et lui, il leur dit, bon, ben non, en fait, ça n'a jamais existé. On attend, mais ce n'est pas possible. Mais il ne le fait pas. On dirait mon fils de cinq ans quand il triche au Monopoly junior, quoi. C'est-à-dire qu'ils jouent au jeu. Puis, c'est normal chez les enfants de cinq ans. C'est-à-dire qu'au fur et à mesure de la partie, il dit, oui, mais ça, en fait, je ne t'avais pas expliqué, maman. En fait, c'est parce qu'il y a une nouvelle règle. Puis ça, en fait, tu n'as pas bien compris.
Puis ça, quand je joue avec papa, on fait comme ça. Les enfants font ça. On le sait, ça nous fait rire. Et on leur apprend à ne plus le faire et à ne pas tricher. Il triche aujourd'hui. Emmanuel Macron, il est président de la République. Il faut être sérieux. En plus, je vais vous dire, on se prend des leçons de morale sur, c'est les Jeux olympiques, il faut être sage, le monde entier nous regarde. Mais oui, le monde entier nous regarde. Et je vais vous dire, le monde entier va braquer ses projecteurs sur la France parce qu'il y a les Jeux olympiques qui doivent être une fête populaire, une fête sportive. Et tout le monde va parler du fait qu'on a Emmanuel Macron, président de la République.
On dirait Eric Ciotti bientôt, il va être réfugié dans l'Elysée en disant, je demande une trêve, je demande une trêve, laissez-moi tranquille. On n'en est pas encore à qu'il vienne me chercher, mais sans plaisanter.
La bouche du côté de Manuel Bampard, de la France insoumise, Emmanuel Macron se prend pour le professeur qu'il n'est pas.
Ce n'est pas à lui, en fait, de nous donner des devoirs de vacances, vous voyez. C'est-à-dire qu'il ne faut pas inverser la logique des choses. La logique consiste à ce qu'il appelle la personnalité que nous lui proposons à constituer un gouvernement, qu'ensuite ce gouvernement soit constitué, que nous commencions à mettre en place notre politique et qu'ensuite chacun prenne ses responsabilités.
C'est-à-dire que si à l'Assemblée nationale, parce que nous commençons à mettre en place notre politique, que nous augmentons le SMIC, que nous rétablissons l'impôt de solidarité sur la fortune, si ensuite une majorité de députés à l'Assemblée nationale considèrent qu'un tel gouvernement doit être censuré, c'est leur responsabilité de le faire. Mais il faut prendre les choses dans l'ordre. Ce n'est pas à Emmanuel Macron de décider quelle forme doit constituer ou quelle forme doit prendre le gouvernement de main de la France. C'est les électrices et les électeurs qui, en quelque sorte, l'ont décidé. Et le président de la République, il doit tout simplement en prendre acte.
Il y a décidément quelque chose de pourri dans la Ve République. Si Emmanuel Macron a donné l'impression de sortir les rames à plusieurs reprises pour pouvoir expliquer que c'était à lui le grand perdant des européennes et des législatives de donner une feuille de route programmatique et une méthode au gouvernement, c'est pour une raison simple. Quelques minutes avant son intervention, le nouveau Front populaire avait enfin choisi sa candidate consensuelle au poste de première ministre. Lucie Castet, son profil est à la fois inattendu et à l'intersection parfaite des composants du nouveau Front populaire.
Âgée de 37 ans, diplômée de Sciences Po Paris et de l'ENA, elle a le parcours classique de l'élite politique française. Mais voilà, au lieu de grenouiller dans les cabinets ministériels puis de pantoufler dans les grandes multinationales, cette proche de l'aile gauche du PS s'est impliquée dans la société civile en cofondant le collectif Nos Services Publics, en première ligne notamment contre l'emprise des cabinets comme McKinsey sur les administrations publiques et dans le combat contre la réforme des retraites. Et Lucie Castet a réagi au refus manifeste d'Emmanuel Macron de prendre son téléphone et de l'appeler conformément aux traditions républicaines.
Je me suis dit que l'inconséquence du président de la République était inquiétante. Le déni de démocratie en refusant d'appeler la formation politique qui est arrivée en tête aux élections est grave dans un contexte où les Français se sont mobilisés massivement pour faire barrage au Rassemblement National. Et les résultats des élections sont absolument clairs. C'est un rejet de la politique du gouvernement, du gouvernement sortant. C'est la demande d'une nouvelle orientation politique, d'une rupture pour le pays. Services publics, pouvoirs d'achat, justice fiscale, écologie, c'est très clair. Le moment est grave mais je pense qu'un espoir est levé. Je suis prête, nous sommes prêts.
Je demande maintenant au président de la République de prendre ses responsabilités et de me nommer Premier ministre.
Manifestement, la France n'évitera pas un rapport de force musclé. Lundi 22 juillet dernier a été la journée la plus chaude jamais observée. Les températures non caniculaires que connaît la France en ce moment ne doivent pas nous tromper. Avec une température moyenne de 17,15 degrés Celsius, d'après les données de Copernicus, la Terre explose son record mondial de température et établit la veille avec une belle marge. Alarme le docteur Serge Zaka sur X. Dimanche 21 juillet marquait déjà le record de la journée la plus chaude. Entre 1991 et 2020, le mercure affichait une valeur moyenne inférieure de 0,84 degrés Celsius pour cette même journée.
Même si cette série d'extrêmes devait prendre fin à un moment donné, de nouveaux records seront battus tant que le climat continuera à se réchauffer, explique Carlo Buentempo, directeur du programme Copernicus à Reporters. Je le cite, « Ce phénomène est inévitable à moins que nous arrêtions d'émettre des gaz à effet de serre dans l'atmosphère et dans les océans ». Et ça s'accélère. Nos camarades indés de Reporters ajoutent que de juin 2023 à juin 2024, 13 records mensuels de température ont été battus consécutivement. La probabilité que 2024 soit l'année la plus chaude jamais relevée est très forte.
Des records dus évidemment aux activités humaines, qui se combinent avec un dérèglement climatique alarmant. Les canicules et inondations catastrophiques se multiplient dans le monde. Un sujet de une qui passe à la trappe de l'actualité. Merci d'avoir suivi ce bulletin d'information. Un bulletin d'information que nous avons préparé et que nous tournons avec un sentiment d'amertume dans la bouche. En effet, nous avons appris avec consternation la décision de l'ARCOM au sujet du renouvellement des fréquences TNT.
Notre candidature, portée par une alliance inédite de médias indépendants, mais aussi par les 4000 sociétaires de notre société coopérative d'intérêt collectif, la plus grande du paysage audiovisuel français, a été rejetée. Malgré un dossier solide et original de l'aveu même des dirigeants de l'ARCOM. Un dossier financé également, grâce à une série d'engagements de plusieurs acteurs, de l'économie sociale et solidaire et de l'écosystème, des financements alternatifs qui se sont mobilisés à des niveaux inédits avant et après notre audition, de loin la plus suivie de toutes durant cette séquence. Ces engagements, nous les avons tous transmis à l'ARCOM.
Mais voilà, alors même que nos médias étouffent sous la férule oppressive de milliardaires qui les utilisent comme instrument d'influence et de séduction des pouvoirs politiques, l'ARCOM a choisi de ne rien changer. Elle a fait le buzz d'une certaine manière en annonçant le retrait de son agrément TNT à C8. Mais le groupe Bolloré conserve 6 fréquents sur 15. Et Cyril Hanouna pourra toujours être hébergé par une d'entre elles, comme il a été par Europe 1 lors de la campagne électorale. Et bien entendu, CNews, la multicondamnée, est là et bien là.
L'ARCOM consacre l'entrée dans le PAF du milliardaire tchèque Daniel Kretzinski qui s'est enrichi dans le rachat de centrales à charbon hyper-polluantes et en fin de cycle et qui depuis se construit un empire sur le modèle classique fondé sur l'hyper-concentration. Il contrôle des titres de presse écrite comme elle, l'hebdomadaire franc-tireur chère à Raphaël Nthoven, à Caroline Fourest et à Rachel Kahn. Et Marianne aussi. Qu'il a décidé de vendre littéralement au marché à bestiaux parce qu'il n'a pas pu en infléchir la ligne éditoriale. Il a racheté à tour de bras des médias en ligne et repris à Bolloré le géant de l'édition Editis. Bref, tout change pour que rien ne change.
Aucune solution n'est apportée au problème de concentration, de manque de pluralisme et de diversité des médias TV présents sur ces fréquences qui nous appartiennent à toutes et à tous. Mais le média n'est pas seul. Fort d'une puissante dynamique citoyenne, nous allons tout à la fois renforcer notre projet éditorial et conforter notre modèle, mais aussi engager très vite un recours. Nous y reviendrons. Force à nous et force à vous qui nous regardez, qui nous partagez, qui nous aimez et qui nous financez. Restez connectés aux médias. Merci d'avoir regardé cette vidéo !
Emmanuel Macron