Élisabeth Borne face à la France qui dit non - L’édito de Patrick Cohen - C à vous - 06/03/2023
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 40 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 63 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:38OuverteÉludée
Et selon vous, le gouvernement n'a pas appris de ces erreurs ?
- 2:08RelanceRéponse partielle
Le projet du gouvernement comporte pourtant de réelles mesures d'accompagnement.
- 2:50OuverteRéponse directe
Est-ce que ces arguments ont une chance d'être entendus ?
- 3:31OuverteRéponse directe
Que pouvez-vous dire qui puisse encore être entendu par cette France qui dit non ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:44InvitéFait
« La huitième nous dit ceci, pour une retraite minimale à 1100 euros pour tous, grâce au décalage progressif de l'âge légal de départ à 65 ans. »
- 1:01InvitéFait
« L'objectif est bien de ramener ou de maintenir l'équilibre financier du système. »
- 1:17InvitéFait
« C'est un dispositif qui n'existe pas. »
- 1:43InvitéFait
« prétendre, comme l'a fait encore hier le ministre Olivier Dussopt, qu'il n'y aura pas de perdants est un non-sens »
- 1:58InvitéChiffre
« D'ici à 2030, cela fera environ 5 millions de personnes, les générations nées entre 61 et 68, qui supporteraient la totalité de l'effort demandé. »
- 2:13InvitéFait
« C'est le maintien de l'âge légal à 62 ans pour invalidité ou inaptitude et le maintien à 67 ans de l'âge d'annulation de la décôte. »
- 2:34InvitéChiffre
« elle est réelle, 678 euros par an en plus et en moyenne pour les 10% de retraités actuels les plus modestes »
- 4:09Invité politiqueFait
« Ce système de retraite, il n'est plus à l'équilibre. »
- 5:11Invité politiqueFait
« on prend en compte ceux qui ont commencé à travailler tôt, c'est les fameuses carrières longues »
- 5:38Invité politiqueChiffre
« c'est 3 milliards d'euros, de maintenir cet âge de départ à 62 ans »
Temps de parole
- Invité59 %
- Élisabeth Borne31 %
- Présentateur5 %
- Présentateur 25 %
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Le gouvernement, Patrick, impuissant et inaudible face à cette France qui dit non.
Oui, soit environ les deux tiers du pays, vous l'avez dit, et les trois quarts des actifs qui rejettent votre réforme, Madame la Première Ministre, soutiennent les manifestations et même les grèves reconductibles de demain. Le projet et l'exécutif sont à ce point impopulaires, que dans cette France qui dit non, on trouve une partie de la France qui a dit oui à Emmanuel Macron l'an dernier. Pas seulement au second tour face à Marine Le Pen, vous avez à peu près un tiers de l'électorat Macron du premier tour qui se rangent parmi les opposants à la réforme.
Eux qui ont pourtant approuvé la retraite à 65 ans.
Dans des termes parfois biaisés ou ambigus, ainsi dans la profession de foi de second tour du président sortant, la voici, dix raisons de choisir le projet Macron. La huitième nous dit ceci, pour une retraite minimale à 1100 euros pour tous, grâce au décalage progressif de l'âge légal de départ à 65 ans. Alors, rien ne va dans cette phrase, tout est de travers. Le report de l'âge légal ne vise pas d'abord à rehausser les petites pensions, puisque la première mesure doit rapporter en 2030 dix fois ce que coûte la seconde. L'objectif est bien de ramener ou de maintenir l'équilibre financier du système.
Ces 1100 ou 1200 euros ne seront pas pour tous, chacun le sait désormais, et il n'y a pas de retraite minimale. C'est un dispositif qui n'existe pas. Le minimum contributif que vous relevez de 100 euros est en réalité une sorte de filet de sécurité, ce qui fait qu'une minorité de retraités percevra le maximum du minimum. Parenthèse, vous n'êtes vraiment pas aidé par la complexité du système. Mais on voit en tout cas que les raccourcis ou approximations qui ont plombé cette réforme ont commencé dès la campagne présidentielle.
Et selon vous, le gouvernement n'a pas appris de ces erreurs ?
Non, prétendre, comme l'a fait encore hier le ministre Olivier Dussopt, qu'il n'y aura pas de perdants est un non-sens, comme si les 13 milliards d'économies attendues en 2030 pouvaient tomber du ciel et ne résultaient pas à la fois d'un surplus de cotisations et d'une diminution des dépenses de retraite, au détriment des Français maintenus au travail. D'ici à 2030, cela fera environ 5 millions de personnes, les générations nées entre 61 et 68, qui supporteraient la totalité de l'effort demandé.
Le projet du gouvernement comporte pourtant de réelles mesures d'accompagnement.
Oui, l'une notamment la plus coûteuse, 3 milliards d'euros dont on n'a quasiment pas parlé. C'est le maintien de l'âge légal à 62 ans pour invalidité ou inaptitude et le maintien à 67 ans de l'âge d'annulation de la décôte. Deux mesures qui font que la réforme sera indolore pour les trois quarts des plus modestes. Elle ne changera rien. Quant à la hausse des petites pensions, 1,8 milliard, elle est réelle, 678 euros par an en plus et en moyenne pour les 10% de retraités actuels les plus modestes, 1,8 million, dont 60% de femmes. Ce n'est pas rien, mais ça a été complètement occulté par une communication plus que maladroite.
Est-ce que ces arguments ont une chance d'être entendus ?
Aucune. Les sondages montrent que l'opinion publique est figée et majoritairement figée dans le refus ou dans le rejet. Tout ce qu'Emmanuel Macron disait vouloir à tout prix éviter il y a moins de trois mois, c'était le 31 décembre au soir lors de ses voeux aux Français pour 2023.
Dans les responsabilités qui sont les miennes, je ne perds jamais de vue cet impératif d'unité de la nation que nous formons tous ensemble. Si nous cédions à l'esprit de division qui nous presse de toutes parts, nous n'aurions à peu près aucune chance de nous en sortir dans un monde si rude, dans des temps si durs.
Emmanuel Macron, donc le 31 décembre, d'où ma question, Mme Borne. Que pouvez-vous dire qui puisse encore être entendu par cette France qui dit non ? Et que pourriez-vous faire pour renouer avec cet impératif d'unité érigé par Emmanuel Macron en priorité et qui semble depuis avoir été réduit en miettes ?
D'abord que je suis bien consciente que de demander aux Français qui le peuvent de travailler deux ans de plus, évidemment, ça n'est pas simple. Et moi, j'entends que ça peut susciter des réactions, ça peut susciter de l'inquiétude. Je voudrais redire qu'on ne lance pas une réforme des retraites à la légère et que ma responsabilité, c'est d'assurer l'avenir de notre système de retraite. Ce système de retraite, il n'est plus à l'équilibre. En même temps, c'est quelque part le symbole peut-être de notre capacité à être solidaires les uns des autres, à être solidaires entre Français, à être solidaires entre générations.
Et c'est ça que nous portons au travers de cette réforme de retraite, défendre un des piliers de notre modèle social qui exprime la solidarité entre tous les Français.
Il y a une fraction de l'opinion qui pense qu'il faut une retraite, qu'il est important de garder ce système par répartition, mais qui dit que cette réforme n'est pas juste, elle n'est pas équitablement répartie.
Écoutez, je peux vous assurer que les trois mois de concertation que nous avons menés avec Olivier Dussopt, où on a rencontré des organisations syndicales et patronales, elles ont précisément visé à proposer la répartition la plus juste possible de l'effort qui est demandé aux Français, entre tous les Français.
On prend en compte ceux qui ont commencé à travailler tôt, c'est les fameuses carrières longues, on prend en compte ceux qui ont des métiers pénibles, on prend en compte aussi la situation de ceux qui ont des carrières incomplètes, c'est très souvent des femmes, et toutes les mesures qui sont portées dans ce projet de loi, elles visent à assurer cet équilibre, donc à demander aux Français qui le peuvent de travailler progressivement plus longtemps, et vous l'avez dit, ça ne sera pas le cas pour les personnes en incapacité, en invalidité par exemple, comme vous l'avez dit, c'est 3 milliards d'euros, de maintenir cet âge de départ à 62 ans, et effectivement de protéger tous ceux qui ont des métiers difficiles, qui ont commencé à travailler tôt.
Élisabeth Borne