Roberto Alagna est l'invité des Matins d'été
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Roberto Alagna, bonjour. Merci d'être avec nous sur France Culture.
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Vous serez demain soir à l'affiche de la nuit verdienne. Comment avez-vous vécu les retrouvailles avec Orange et le public ?
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Lorsque l'on a passé de longs mois sans être sur scène, c'est un peu changé de dimension, non ?
- 6:47OuverteRéponse directe
Un an plus tard, où en êtes-vous de ces réflexions sur la pandémie et la condition des chanteurs lyriques ?
- 9:23OuverteRéponse directe
Pour vous, personnellement, vous ne repartez pas comme avant ?
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Parlez-nous de ce concert et de vos copains pour la Nuit Verdienne.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns. »
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« Il y a une âme. On a l'impression que tous les gens qui ont interprété des ouvrages sur cette scène sont là. »
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« Moi, ça m'a fait réfléchir. Je me suis aperçu que la vie était importante, la vie normale, pas seulement la vie artistique. »
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France Culture, les matins d'été, Chloé Cambrelin. Comme tant d'autres, il était resté désespérément vide l'an dernier, le théâtre antique d'Orange a retrouvé cet été le public, la musique et vous, Roberto Alagna, bonjour.
Oui, bonjour.
Merci beaucoup d'être avec nous sur France Culture, en ligne depuis Orange, puisque vous serez demain soir à l'affiche de la nuit verdienne, avec Ludovic Tézier et Ildar Abdrazakoff, double dose de Corégie pour vous en cette année de retrouvailles, puisque le 10 juillet vous étiez déjà au Corégie.
Oui, puisque nous avons proposé Samson cette année, avec un très grand succès, ça a été une belle oeuvre.
Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns.
Samson et Dalila, oui. Et voilà, je suis ravi de revenir avec deux copains, deux voix extraordinaires, dans un programme que j'adore, Verdi, bien sûr, un grand compositeur. Voilà, une belle nuit et j'espère que le public sera aussi ravi que nous.
Alors, on va parler de cette nuit un peu plus tard, mais d'abord, je voudrais que l'on revienne justement sur Samson et Dalila, que vous avez donné effectivement le 10 juillet à Orange et qui a été en effet un très grand succès. Comment les avez-vous vécues, ces retrouvailles avec Orange et le public, Roberto Alagna ?
C'est formidable parce que, vous savez, c'est comme quand on revoit des membres de la famille qu'on n'a pas vus depuis 2-3 ans, 4 ans, et on se retrouve. On a l'impression que rien n'a bougé. On a l'impression qu'il y a la nostalgie qui s'installe parce qu'on a des souvenirs de toutes ces années passées ensemble. Mais en même temps, il y a la joie de se retrouver. On a l'impression qu'on s'est quitté hier. Donc, ça fait un petit peu la même chose. C'est vrai que j'avais toutes mes habitudes à Orange. Tout revenait. Tout ce que j'avais, moi, j'avais emmagasiné en moi comme senteur, comme saveur. Tout était là, dans ma mémoire. Et tout est revenu. Le public était là.
La seule chose qui était différente, c'est que cette année, les gens ne pouvaient pas venir en coulisses. Donc, personne n'était en coulisses, alors que d'habitude, ça grouille. Il y a une sorte de spectacle dans le spectacle, dans les coulisses. Et là, on était seuls, juste les artistes. Et c'était un peu triste. Il y avait cette atmosphère pesante, comme ça, de ce Covid. Voilà. Mais dès qu'on arrivait sur scène, ça redevenait le théâtre antique qu'on connaît. Et j'étais ravi d'être là.
Et peut-être que vous pouviez vous retrouver aussi après, à la sortie des coulisses, non ?
Oui, bien sûr. Bien sûr, il y a des gens qui attendaient, qui étaient là. Mais on avait quand même, disons, on nous avait conseillé de ne pas rester trop avec les gens. Parce que vous savez, ils avaient peur toujours. Donc, vous savez qu'il y a le pass sanitaire à avoir. Il fallait qu'on fasse attention. C'est-à-dire qu'on nous disait, par exemple, de ne pas signer d'autographe. Parce qu'on se passe les stylos, etc. Donc, la direction était très prudente. Et je crois qu'ils avaient raison. Les gens étaient là. J'ai quand même fait des arrêts pour les saluer. Je me souviens qu'à la fin de la Générale et du spectacle, je suis allé derrière comme ça. Donc, les gens passaient.
Je leur disais, surtout, ne vous arrêtez pas. Mais c'était juste pour les saluer. Et ils étaient heureux. Donc, ils pouvaient faire quand même des photos. Et la rencontre était là. La rencontre était faite.
Donc, tout de même, des retrouvailles.
Oui, tout de même.
Lorsque l'on a passé de longs mois sans être sur scène. Ou alors, pour des captations seulement. Roberto Alagna chantait dans ce lieu si ouvert, impressionnant, grand. qu'est le théâtre antique d'Orange. C'est un peu changé de dimension, non ?
Oui, oui, tout à fait. Moi, je dis toujours que le théâtre d'Orange, c'est ça qui est impressionnant. C'est la grandeur de la scène, ces murs, le plein air. On voit le ciel, les étoiles, les martinets qui tourbillonnent pendant qu'il fait encore jour. Voilà. Donc, c'est toute cette atmosphère qui fait que c'est un lieu complètement unique, Orange. Et puis, de temps en temps, il y a aussi le Mistral qui vient s'inviter. Et tout d'un coup, ça devient une sorte de danse, comment dire, frénétique, comme ça, où on lutte contre les éléments, la poussière. Voilà. Donc, c'est un lieu mythique, Orange. J'adore ce lieu parce qu'il faut vraiment se dépasser.
Il faut chercher des forces à l'intérieur de soi pour surmonter tous ces obstacles. Mais en même temps, il y a quelque chose, moi, qui me transporte dans ce lieu. Je ne sais pas pourquoi. C'est chargé d'histoires. Il y a une âme. On a l'impression que tous les gens qui ont interprété des ouvrages sur cette scène sont là. Tout le monde est là. Le public. Il y a vraiment une âme. Et je me souviens que l'année dernière, lorsque nous sommes venus chanter, vous savez, sans public, sans rien, juste avec un piano, il y avait quelque chose de mortuaire. Comme ça, c'était curieux. Mais on sentait quand même les âmes planer, malgré le fait qu'il n'y ait personne dans le théâtre. Donc, voilà.
Il y a quelque chose dans ce théâtre qui est difficile à définir.
Alors, nous allons écouter un extrait de Samson et Dalila à Orange.
Extrait de l'opéra Samson et Dalila de Camille Saint-Sens.
C'était donc le 10 juillet dernier à Orange, Roberto Alagna. L'année dernière, nous nous étions déjà parlé dans les matins d'été. À l'époque, c'était pour un concert organisé par le Metropolitan Opera de New York, diffusé sur sa plateforme. Vous chantiez avec Alexandra Crouche-Jacques. Vous nous aviez dit alors que la pandémie et ses conséquences vous avaient amené à réfléchir sur le rythme des concerts, sur la condition quelque part aussi des chanteurs lyriques. Un an plus tard, où en êtes-vous de ces réflexions, vous personnellement et peut-être plus largement ? Y a-t-il une volonté de repenser un peu tout ça ? Ou finalement, juste, est-ce que ça repart et c'est tant mieux ?
Oui, tout à fait. Moi, ça m'a fait réfléchir. Je me suis aperçu que la vie était importante, la vie normale, pas seulement la vie artistique. Et c'est vrai que moi, depuis l'âge de 17 ans, je suis toujours en représentation. Et là, cette pandémie m'a fait comprendre que la vie était belle aussi hors scène. Et donc, aujourd'hui, je vais l'appliquer, je vais appliquer à moi-même justement cette philosophie de vie où j'ai envie, bien sûr, de continuer mon métier. Je vais continuer, mais quand même de ralentir un peu pour pouvoir vivre normalement. Je me suis aperçu qu'on n'en meurt pas. Et au contraire, c'est même bénéfique parce qu'ensuite, on a envie d'aller sur scène. C'est plus une sorte...
La routine ne s'installe pas et on a envie, au contraire, d'y aller. On n'est plus dans cette course frénétique comme ça, qui nous fait passer d'un théâtre à l'autre, d'un rôle à l'autre, toujours en train de travailler, d'étudier. Là, non, on peut aussi voir les enfants grandir. On peut être avec eux, on peut les accompagner, on peut avoir une vie normale. Ça, j'ai beaucoup apprécié et c'est vrai qu'en ce qui concerne les conditions de travail des artistes lyriques, solistes, c'est vrai qu'aujourd'hui, ces conditions sont de plus en plus difficiles. Mais je ne sais pas ce qu'on peut faire parce que vous savez, dans un soliste, on est seul. Un soliste, c'est quelqu'un de seul.
Donc, quand vous êtes seul, vous n'avez aucun pouvoir.
Oui, mais justement, il était question peut-être d'essayer de s'unir un peu, de créer du collectif.
Moi, je n'y croyais pas. D'ailleurs, ils m'ont proposé d'être un peu leur porte-parole et j'ai refusé. Bon, c'est très bien de faire une sorte, mais ça ne marche pas. Vous savez, le soliste reste un soliste. Vous savez, si vous voulez taper le poing sur la table en disant, voilà, au moins, si on ne fait pas comme ça, je ne chante pas ce soir ou demain, il y a quelqu'un d'autre qui arrivera. Et vous voyez, il y aura toujours quelqu'un pour remplacer. Et donc, c'est pour ça que le soliste n'a aucun pouvoir. Et c'est un peu un coup d'épée dans l'eau, même le fait de s'être réunis.
Mais en tout cas, pour vous, personnellement, Roberto Alagna, vous ne repartez pas comme avant. C'est ce que vous nous dites.
Non, je ne repars pas comme avant, mais je me suis aperçu aussi qu'on peut vivre simplement. On peut vivre même en ayant moins de représentation. Il faut adapter. On a bien vu qu'à cause de cette pandémie, il a fallu changer notre mode de vie. Pas seulement les chanteurs, mais tout le monde en général. Tout le monde a essayé de s'adapter. Regardez, on s'est adapté aux masques, on s'est adapté au couvre-feu. Voilà, donc l'être humain a cette faculté d'adaptation qui est incroyable. Voilà, et donc là, moi, je me suis aperçu qu'effectivement, il faut essayer de gérer la situation et d'essayer d'en tirer profit au contraire.
Alors après, Samson et Dalila, vous serez donc demain de nouveau dans ce Théâtre Antique d'Orange pour la Nuit Verdienne avec Ludovic Tézié et Hildar Abdrazakoff, avec toute une série d'air qui vont s'enchaîner, accompagnés par l'Orchestre National de Lyon. Parlez-nous de ce concert, Roberto Alagna, et de vos copains, comme vous avez dit.
Voilà, déjà, je suis ravi de retrouver Hildar et Ludo parce que ce sont des amis de longue date. On a fait beaucoup de choses ensemble, on se connaît depuis des années. Voilà, donc je suis ravi de les retrouver. Et puis je trouve que c'est assez original d'avoir, c'est rare qu'on ait un ténor, un baryton et une basse ensemble pour une soirée. Vous voyez, à part dans un opéra, dans un opéra, ça arrive souvent. Mais comme ça, pour un récital, un concert, c'est très rare. Et voilà, donc j'espère que le public va aimer. C'est un seul compositeur, une Nuit Verdienne. Verdi, voilà. Voilà, alors il y a eu des petites difficultés parce que vous savez qu'il n'y a pas de trio écrit par Verdi à Troyes.
Donc il a fallu trouver une idée, on a trouvé une idée. Donc j'espère que ça, ça va plaire. Et puis il n'y a pas non plus de duo, de grands duos ténor, basse. Donc là aussi, il a fallu improviser quelque chose de nouveau. Donc voilà, je ne veux pas dévoiler la surprise, mais demain, vous verrez.
Bon, et puis il y aura des aires, il y aura des aires en solo.
Bien sûr, des aires, des grands aires de Verdi pour baryton, ténor et basse, oui, oui, bien sûr.
Et nous allons, nous allons justement vous écouter Roberto Alagna dans l'un des aires au programme de cette Nuit Verdienne. « Quando le serai al placido » issu de l'opéra Luisa Miller.
« Real placido » Verdi avec vous, Roberto Alagna, dans un enregistrement ici avec le Philharmonique de Berlin, dirigé par Claudio Abado.
Demain, cette aire et d'autres donc, et des duos et des trios et des surprises pour cette Nuit Verdienne au Corregie d'Orange. Puis vous serez dans un autre très, très bel endroit, à Véronne, c'est ça, le 31 juillet ?
Oui, oui, tout de suite après avec mon épouse, nous allons chanter, parce que je crois que c'est la première fois qu'un couple marié à la ville interprète les deux ouvrages dans la même soirée. Donc voilà, les deux interprètes.
« Cavaleria, Rusticana et Pagliacci. » Voilà, merci beaucoup en tout cas, merci Roberto Alagna d'avoir été avec nous sur France Culture ce matin et bon été.