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InterviewBFM TV (sur YouTube)· 6 janvier 2025ContradictoireActualité / polémiqueJusticeInstitutions & électionsÉconomie & entreprises

Sarkozy-Kadhafi: l'interview de Jean-François Bohnert, procureur du parquet national financier

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 80 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'on reproche à Nicolas Sarkozy ?

  • 5:00OuverteRéponse directe

    Vous dites qu'il y a toutes ces preuves, il s'agit de quoi ?

  • 10:00FerméeRéponse partielle

    Est-ce que vous avez la preuve que ces 6 millions arrivent dans la campagne de Nicolas Sarkozy ?

  • 15:00RelanceRéponse partielle

    Comment est-ce que vous pouvez affirmer que la justice ne sera pas politique ?

  • 20:00OuverteRéponse directe

    Est-ce que le simple fait que vous existiez depuis 10 ans est en soi une sorte de nouvelle peur du gendarme ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:00Jean-François BohnertFait
    « Nous avons formulé des observations, pris des réquisitions, et c'est nous qui avons requis le renvoi de Nicolas Sarkozy, de ses proches, donc des 12 prévenus qui comparaissent à partir de cet après-midi, devant le tribunal correctionnel de Paris. »
  • 7:00Jean-François BohnertFait
    « Nous avons 70 tomes de matériel, de déclarations, d'éléments, de flux financiers qui ont pu être retracés. »
  • 9:00Jean-François BohnertFait
    « Ce sont des fonds qui ensuite ont disparu. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'ils sont arrivés la plupart du temps en espèces, ou en tout cas ont fait l'objet de transferts via des zones offshore. »
  • 12:00Jean-François BohnertChiffre
    « Nous avons aujourd'hui au dossier la preuve qu'un montant total de 6 millions d'euros sont partis des fonds publics libyens et sont arrivés en France par le canal des intermédiaires que j'ai cité tout à l'heure. »
  • 18:00Jean-François BohnertChiffre
    « Nous avons fait condamner aujourd'hui un peu plus de 500 personnes pour des faits d'atteinte à la probité, mais aussi de fraude fiscale aggravée. »
  • 19:00Jean-François BohnertChiffre
    « Nous avons fait rentrer, vous l'avez effectivement souligné, plus de 12 milliards d'euros en 10 ans dans les caisses de l'État. »

Modèle mistralai/mistral-small-3.2-24b-instruct:floor · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Il est 8h32 sur RMC et BFM TV. Bonjour Jean-François Bonner. Merci d'être dans ce studio ce matin pour répondre à mes questions.

Votre parole est extrêmement rare. Vous êtes procureur de la République financier. Vous êtes à la tête du parquet national financier depuis octobre 2019.

Rarté de votre parole. Vous avez attendu d'ailleurs que l'enquête qui a duré 10 ans autour du financement présumé libyen de la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy soit achevée pour vous exprimer enfin ce procès. Il s'ouvre aujourd'hui à 13h et on va parler avec vous non seulement bien sûr de ce qui est reproché à Nicolas Sarkozy mais aussi plus largement de la lutte contre la fraude fiscale.

C'est votre job. La lutte contre la fraude fiscale, contre le blanchiment et notamment l'argent de la drogue que certains appellent désormais un narco-État dans un contexte où il manque de l'argent. Vous faites partie de ceux qui en font rentrer dans les caisses.

Le procès s'ouvre aujourd'hui. Un procès après 10 ans d'enquête avec 12 accusés, 3 anciens ministres aux côtés de Nicolas Sarkozy. D'abord une question.

Qu'est-ce qu'on reproche à Nicolas Sarkozy ? Je voudrais préciser pour ceux qui nous écoutent et qui nous regardent que c'est le parquet national financier, c'est-à-dire ceux que vous vous dirigez, qui a demandé la tenue de ce procès. Oui, le parquet national financier a requis la tenue de ce procès.

Mais j'insiste pour dire que cette affaire a démarré avant même la création du parquet national financier qui a fêté l'an dernier ses 10 ans. Cette affaire a commencé par une ouverture d'information judiciaire du parquet de Paris. Et le travail qui a duré près de 10 ans est celui des juges d'instruction, des magistrats du siège, indépendants, qui ont travaillé en relation avec le parquet national financier, c'est vrai, tout au long de l'enquête.

Nous avons formulé des observations, pris des réquisitions, et c'est nous qui avons requis le renvoi de Nicolas Sarkozy, de ses proches, donc des 12 prévenus qui comparaissent à partir de cet après-midi, devant le tribunal correctionnel de Paris. Mais la décision finale de renvoi, c'est-à-dire de saisine effective du tribunal correctionnel, ce sont les juges d'instruction qui l'ont pris. Alors expliquez-nous, si vous décidez de demander la tenue de ce procès, c'est que vous estimez qu'il y a un faisceau d'indices suffisamment concordants pour soupçonner une affaire très grave ?

Tout à fait. Ce que nous avons réussi à établir avec les juges d'instruction, mais ça va être maintenant au tribunal de décider si notre analyse est exacte, puisque la thèse de la défense va également amener des arguments, et c'est tout à fait normal dans un débat judiciaire, notre thèse est celle d'un pacte de corruption entre d'un côté un candidat à l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy, nous sommes en 2007, 2005, 2006 en réalité, des proches de Nicolas Sarkozy, et de l'autre côté des autorités libyennes, autorités libyennes à la tête desquelles se trouve à l'époque encore le colonel Kadhafi, bien sûr, mais également son directeur de cabinet, certains de ses ministres, et des intermédiaires. On parle de Ziad Takedin, on parle d'Alexandre Djouri, et c'est dans cette triangulation que le pacte de corruption va avoir lieu, en ce sens que de l'argent va être promise par les autorités libyennes vers Nicolas Sarkozy, ses proches, pour soutenir et financer la campagne électorale qui se prépare.

Vous en parlez de manière affirmative ? J'en parle de façon affirmative parce que tout ce que j'avance est documenté par le dossier. Nous avons 70 tomes de matériel, de déclarations, d'éléments, de flux financiers qui ont pu être retracés.

Nous avons interrogé les autorités judiciaires de 21 pays qui nous ont répondu à des niveaux parfois très différents, mais avec des éléments qui sont rentrés dans le dossier que les juges d'instruction ont recueillis. Donc lorsque Nicolas Sarkozy demande au juge d'instruction lors d'un de ses interrogatoires en 2020, mais où sont les preuves ? Vous vous dites, on les a les preuves.

Elles sont au dossier. Et ce dossier fait maintenant l'objet de l'analyse du tribunal pendant presque 4 mois, en débat contradictoire. Deux thèses vont s'affronter, bien sûr, celle de l'accusation, que je représente avec les magistrats de mon parquet, le parquet national financier, mais aussi bien sûr avec la défense, avec l'ensemble des avocats qui ont leur lecture.

Et ce sont ces deux lectures qui vont être amenées à s'opposer devant le tribunal. Et ce sera au final, au tribunal correctionnel, donc au juge, au magistrat du siège, de trancher. Je voudrais, Jean-François Bonner, vous qui êtes donc à la tête du parquet national financier, qu'on s'arrête un instant sur ces preuves.

Et ensuite, sur la question des personnages, à la fois Ziad Takedin, que vous évoquiez à l'instant, mais aussi Claude Guéant, qui est sur le banc des accusés, sur les preuves. Quand vous dites, il y a toutes ces preuves, il s'agit de quoi ? Il s'agit d'argent, il s'agit de mouvements d'argent qui sont partis de Libye, qui sont arrivés dans la campagne de Nicolas Sarkozy ?

Ce sont, entre autres, des flux financiers qui ont pu être retracés. Nous avons aujourd'hui au dossier la preuve qu'un montant total de 6 millions d'euros sont partis des fonds publics libyens et sont arrivés en France par le canal des intermédiaires que j'ai cité tout à l'heure. Notamment Ziad Takedin ?

Notamment Ziad Takedin. Ce sont des fonds qui ensuite ont disparu. Pourquoi ?

Tout simplement parce qu'ils sont arrivés la plupart du temps en espèces, ou en tout cas ont fait l'objet de transferts via des zones offshore. Donc c'est de l'argent qui finalement a très rapidement été masqué. C'est la règle dans ce domaine-là.

Parce que c'est absolument illégal, évidemment, on l'a compris depuis le début, mais c'est absolument, totalement, strictement illégal d'être financé par quelque puissance étrangère que ce soit. Quand c'est en contrepartie d'un pacte de corruption, le pacte de corruption en l'espèce, c'était de favoriser les relations avec les autorités libyennes. Ça, c'est retracé dans le dossier.

On sait également que ce qui était visé, c'était pour les Libyens d'obtenir, par exemple, un matériel performant pour surveiller la population libyenne. De la part d'un dictateur, ce n'est pas très étonnant. Ça a été aussi l'idée et la volonté de promouvoir le développement du nucléaire civil en Libye, alors qu'en France, toutes les autorités techniques préservaient ce mécanisme et mettaient en garde...

Mais attendez, ce que vous nous dites est très grave. C'est-à-dire qu'effectivement, vous dites qu'ils ont souhaité cela ou ils l'ont obtenu ? Ou ils ont obtenu promesse de cela ?

Ils ont obtenu promesse de cela. Des mécanismes ont été mis en place pour ensuite réaliser, plus ou moins d'ailleurs, ces promesses. Ce qui compte, c'est que les promesses aient été faites.

En matière de corruption, et on le précise à nouveau, il se trouve que c'est une question qui a été déjà posée dans le cadre de précédents procès de Nicolas Sarkozy, dans le cadre de corruption, seule la promesse de corruption suffit, même si la corruption elle-même n'a pas lieu. Elle suffit en elle-même. Et c'est ce qui est documenté dans le dossier.

Vous dites 6 millions partent des comptes libyens, passent sur les comptes de Ziad Takedin, entre autres. Est-ce que vous avez la preuve que ces 6 millions arrivent dans la campagne de Nicolas Sarkozy ? Qu'ils arrivent de l'autre côté du tuyau ?

Alors, en soi, il n'est pas nécessaire de le démontrer. Mais nous approchons de l'arrivée. Oui, il n'est pas nécessaire de le démontrer.

Dans la mesure où vous l'avez dit tout à l'heure, le pacte de corruption est déjà constitué avant. Mais en fait, il est passé où cet argent ? Eh bien, c'est de l'argent qui a été versé en liquide, qui est passé en diverses poches, notamment des poches particulières.

On voit de l'argent qui a été utilisé, notamment pour acheter une villa à Mougins, de l'argent qui a été utilisé de façon diverse. Mais ça, ce n'est pas une campagne politique. Non, mais c'est de l'argent qui est arrivé.

Et si ensuite le détournement a lieu, ça, je dirais, c'est pas différent. C'est que l'intention de cet argent était de financer la campagne de Nicolas Sarkozy en échange d'un certain nombre, effectivement, de privilèges ou d'avantages. Pour autant, il est possible qu'à l'arrivée, à la sortie du tuyau en France, en quelque sorte, il n'ait finalement pas été utilisé par Nicolas Sarkozy lui-même.

Il y a un élément, vous voyez, qui nous a interpellé dans le dossier, qui m'a interpellé quand j'ai lu le dossier. Claude Guéant, au moment de la préparation de la campagne électorale...

Proche de Nicolas Sarkozy, qui a non seulement été son ministre, ensuite, de l'intérieur. ...est allé louer un coffre-fort, une chambre-forte dans une grande banque du centre de Paris.

On s'est interrogé, pourquoi un tel volume, si ce n'est pas pour y ranger de l'argent liquide ? Un très grand coffre-fort ? Un très grand coffre-fort, une chambre-forte.

Dans laquelle on peut rentrer physiquement ? Physiquement, tout à fait. Et l'explication qui nous a été donnée, c'était pour stocker les discours de Nicolas Sarkozy.

Pour stocker les discours de Nicolas Sarkozy, il n'aurait pas fallu juste un petit coffre, mais un coffre gigantesque. Poser la question, c'est déjà y répondre. Et ces éléments-là, nous les avons au dossier.

Ils seront l'objet du débat, bien sûr. Alors, les explications nous seront données. Mais quand on met tous ces éléments bout à bout, on obtient ce faisceau d'indices qui nous permet d'affirmer la thèse, qui est la nôtre, celle que nous avons développée dans le réquisitoire écrit, et que nous allons développer également à l'heure.

Que vous allez développer évidemment pendant le procès lui-même. Ces enveloppes de cash, on les a vues quelque part ? Est-ce qu'il y a des preuves aussi de l'argent ?

Combien ? On parle de combien de liquides utilisés pendant la campagne ? Les flux sont documentés.

D'un côté, la Défense nous dit que les flux représenteraient 37 000 euros. Quand on sait que vous avez 15 meetings qui ont été organisés pendant la campagne pour le compte de Nicolas Sarkozy, avec en moyenne entre 20 et 50 salariés qui participent à ces meetings, et qu'en contrepartie...

On parle de la campagne de 2007. De 2007, absolument. Et qu'en contrepartie, vous n'avez aucune note de frais, il faut bien s'interroger sur ce que sont devenus ces frais, comment ces frais ont été payés, si ce n'est par de l'argent liquide.

Vous avez évoqué un nom, Claude Guéant. Claude Guéant qui est celui qui a donc ouvert ce compte, ce grand coffre, cette chambre forte à la banque, qui a également touché 500 000 euros de la vente de deux tableaux. Et ça, ça vous paraît être un des éléments également du dossier ?

Absolument, dans la mesure où on n'a pas trouvé trace de ces deux tableaux. Donc, si l'explication qui vous est donnée n'est pas fondée, eh bien, forcément...

C'est-à-dire, il aurait touché 500 000 euros, soi-disant en échange de deux tableaux, mais qu'on n'a jamais vus. Absolument. Donc, les 500 000 euros pourraient être une partie du butin libyen.

Par exemple. Claude Guéant, comme tous les autres d'ailleurs, nie. Vous espérez que quelqu'un comme Claude Guéant, aujourd'hui, dix ans après, parle.

La vérité judiciaire, elle peut sortir de la bouche des prévenus. C'est, je dirais, la forme accomplie de la vérité judiciaire. Après, il nous appartient, en l'absence d'une telle parole, de démontrer et donc de faire converger des éléments d'un faisceau vers un point unique qui est celui de la matérialisation, de la caractérisation de l'infraction.

Ça, c'est tout le travail très complexe qu'ont fait les juges d'instruction en nous préparant ce dossier. C'est maintenant mon travail et celui des magistrats du parquet national financier de rapporter cette démonstration en audience. À quoi ça sert de faire quatre mois de procès si, quand on vous écoute, il est quasiment condamné d'avance ?

Dans ma bouche, il n'est absolument pas condamné. J'ai une conviction, mais il m'appartient et il appartient à mes collègues. Vous avez la conviction qu'il est coupable.

J'ai la conviction, mais cette conviction doit être partagée par celles et ceux qui décident, à savoir les juges. Moi, je ne décide pas. Je propose une thèse qui sera combattue par la défense, ce qui est normal.

C'est ainsi que cela fonctionne dans une démocratie. mais c'est au magistrat du siège, à la fin, de dire si nous avons raison ou si, au contraire, nous nous trompons. Vous avez la conviction qu'il est coupable.

Vous avez la conviction qu'il doit être condamné. J'ai la conviction d'une culpabilité qui conduit à un procès. Cette conviction, je l'attire d'éléments matériels, non pas d'élucubration ou de calculs sophistiqués qui n'auraient aucun élément fondé dans le dossier.

Tout ce que nous faisons, tout ce que nous affirmons, nous le tirons d'auditions, de témoignages, du retraçage de flux financiers, d'éléments d'entraide qui nous ont été fournis par d'autres pays, 21 au total. Et donc, c'est avec cet ensemble que nous venons devant le tribunal correctionnel. Je ne viens jamais dans une affaire au tribunal correctionnel et ma vide.

Ce serait une faute professionnelle de la part d'un magistrat. Ou alors, dans ce cas, vous n'auriez pas demandé la tenue du procès. Absolument.

Vous êtes donc, je le disais, procureur national financier. C'est extrêmement sérieux. Est-ce qu'avec ce sérieux-là, on peut faire confiance à une personne aussi trouble, c'est le moins qu'on puisse dire, que Ziyad Takedin ?

Est-ce que c'est fiable ? Dans nos procès, nous avons régulièrement affaire à des personnages troubles, qu'il s'agisse d'affaires économiques et financières, ou qu'il s'agisse même de crimes de sang. Ça fait partie, je dirais, de la donnée humaine.

Après, il nous appartient d'utiliser l'ensemble des éléments qui sont à notre disposition. En ce qui concerne Ziyad Takedin, oui, nous avons tous en mémoire les affirmations, les rétractations. Je me suis d'ailleurs étonné de voir l'importance qui a été accordée à la médiatisation de la pseudo-rétractation.

C'est-à-dire ? Lorsqu'il s'est rétracté, une importance majeure avait été donnée, notamment par les prévenus, à cette rétractation pour dire, vous voyez, nous sommes innocents. Sauf que...

Cette rétractation, pour vous, elle était mise en scène, en quelque sorte. Elle était peut-être même monnayée. Je précise pour ceux qui nous écoutent à la radio que vous faites un petit sourire en coin.

Tout à fait. Vous levez même les yeux avec une forme de malice au ciel. Vous considérez que cette rétractation de Ziad Takedin est une mise en scène.

Elle a été monnayée. Pour moi, elle interroge. Et si elle interroge, on en aura prochainement la réponse, puisqu'une enquête est en cours.

Une information judiciaire a été ouverte précisément sur ces éléments-là, parce que nous soupçonnons une forme de subornation de témoins. Donc je ne peux pas en parler davantage. Avec peut-être la complicité de Carla Bruni-Sarkozy, de Mimi Marchand, de Paris Match ?

C'est en cours. On ne peut pas se prononcer à ce stade. Tout cela est en cours.

Un juge d'instruction est en train de travailler là-dessus, de façon tout à fait, là aussi, indépendante et sereine. On aura la réponse d'ici quelques mois. Mais cela interroge.

En tout cas, on voit effectivement à votre regard que vous avez du mal à croire que cette rétractation soit spontanée. On peut s'interroger. Je continuerai à le faire jusqu'à ce que j'en ai effectivement la démonstration.

Cela étant, pour répondre à votre question sur Ziad Taqedin, certes, il y a ces variations, on le sait, elles sont patentes, elles sont au dossier. En revanche, ce que nous avons réussi, c'est à contourner ces variations, en allant notamment chercher des éléments dans un précédent dossier, dans lequel il a été condamné, Ziad Taqedin, c'est l'affaire Karachi. C'était le financement déjà frauduleux à l'époque de la campagne électorale d'Edouard Balladur.

Et dans ce dossier, nous avons des archives électroniques qui ont pu être exploitées et qui permettent précisément de retomber sur nos pieds indépendamment de ces déclarations à allure variable. La justice, quand on vous écoute, elle s'appuie évidemment sur toutes ces preuves-là. Mais dans le contexte actuel, évidemment, il s'agit d'un ancien président de la République, de trois ministres, des ministres de l'Intérieur, d'un ministre du Budget, un ministre de l'Économie.

Comment est-ce que vous pouvez affirmer que la justice ne sera pas politique ? La justice, par définition, n'a pas à être politique. Et l'enjeu même, je dirais, du travail du parquet national financier, c'est d'en faire la démonstration.

Notre travail n'est pas un travail politique. Nous ne sommes pas engagés politiquement. Il se trouve qu'à travers nos affaires, nous venons apporter un éclairage pénal sur le comportement de décideur.

J'entends parfaitement ce que vous ne devez pas être. C'est-à-dire, vous affirmez bien qu'il ne s'agit en aucune façon d'être politique. Mais vous avez sans doute entendu, au moment du réquisitoire, dans le procès, qui n'a rien à voir, mais qui est le procès des assistants parlementaires du RN, vous avez entendu la procureure, et ça a été rapporté par plusieurs journalistes qui étaient présents dans la salle, qui disaient à propos de l'un des dossiers qui gravitait autour de celui de Marine Le Pen, « Je pourrais prononcer la relaxe, mais ça me fait mal. » Comment ensuite dire que la justice n'est pas politique ?

Comment réussir à prendre cette distance ? Vous comprenez ce que je veux dire ? Absolument.

Il nous appartient de faire un travail de démonstration. Et en cela, notre travail au parquet national financier...

Vous avez regretté qu'une procureure ait une phrase, lâche une phrase comme ça, qui laissait entendre un souhait plus qu'une décision de justice ? C'est l'appréciation d'une personne sur laquelle je n'ai pas apporté de jugement. Moi, ce que j'essaie de faire au quotidien, c'est de démontrer que, dans la spécificité de nos dossiers, qui portent majoritairement sur des décideurs politiques, nous n'avons qu'une seule boussole.

Ma boussole, mon gyroscope, je suis un navigateur par ailleurs, quand je suis en plein océan, ma boussole, c'est la loi. Quand je suis au PNF, ma boussole, c'est la loi. La loi, l'effet, un mot plus largement aussi, pour savoir les moyens dont vous disposez.

On sait qu'en matière de fraude fiscale, on se dit presque que vous auriez mieux fait d'être à Bercy. Vous avez ramené 12 milliards d'euros dans les caisses de l'État. Est-ce que le simple fait que vous existiez depuis 10 ans est en soi une sorte de nouvelle peur du gendarme ?

Est-ce qu'on peut espérer que le simple fait que vous existiez ait fait renoncer un certain nombre de truands, en quelque sorte, à vouloir frauder le fisc ? Eh bien, que nous existions, oui, mais je rajouterais, si vous me permettez, Madame de Malherbe, que nous agissions. Et cela, nous l'avons fait maintenant en 10 années d'exercice.

Et ça a été reconnu à la fois par toutes les autorités nationales, je pense à la Cour des comptes, je pense à la représentation populaire, la représentation nationale, Assemblée nationale, Sénat, mais je pense aussi aux organisations internationales, l'OCDE, le Conseil de l'Europe. L'ensemble de ces institutions majeures reconnaissent qu'il y a un avant et un après le parquet national financier. Nous avons agi, nous avons fait condamner aujourd'hui un peu plus de 500 personnes pour des faits d'atteinte à la probité, mais aussi de fraude fiscale aggravée, nous avons fait rentrer, vous l'avez effectivement souligné, plus de 12 milliards d'euros en 10 ans dans les caisses de l'État, par le biais non seulement des sanctions pénales, mais aussi parce que nous lions toujours le règlement fiscal et la sanction pénale, nous avons fait rentrer cet argent au bénéfice des comptes publics, c'est un fait, et c'est notre travail, ce n'est pas notre objectif premier, mais c'est le résultat de notre action.

Est-ce que vous estimez aujourd'hui avoir les moyens de travailler ? En préparant cette interview, je regardais, vous êtes une cinquantaine. Oui, nous sommes 46, très exactement.

C'est suffisant ça, pour lutter contre eux ? Parmi les 46, seulement 20 magistrats. Le ministère de la Justice a le souci de faire évoluer nos équipes, deux magistrats, nous avons un dialogue qui est permanent, qui est en cours, avec la direction des services judiciaires, avec le parquet général, bien sûr, qui est notre supérieur hiérarchique.

Le ministère de la Justice a, dans les cinq dernières années, tenu à développer l'équipe autour du magistrat, en nous mettant en disposition, notamment des assistants spécialisés, nous en avons 12 aujourd'hui, qui viennent compléter, qui viennent renforcer le travail des magistrats, permettant à ces derniers de se concentrer sur l'essentiel de leur travail, à savoir la conduite de l'action publique, et la prise de décision, prise de décision éclairée, à partir d'éléments factuels, des éléments juridiques, bien sûr aussi. Notre travail, c'est de faire l'analyse, et ensuite de proposer cette analyse au tribunal. Seule la loi, Emma Boussole, et vous l'avez dit, votre conviction ce matin, c'est que Nicolas Sarkozy, en effet, s'est rendu coupable de ce pacte de corruption.

Le procès s'ouvrira tout à l'heure à 13h. Merci Jean-François Benner, procureur national financier, à la tête du parquet national financier, d'avoir accepté, en exclusivité ce matin, de répondre à mes questions sur RMC et BFM TV. Il est 8h53.