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interviewRMC· 23 janvier 2024 12 min

L'interview exclusive d'Arnaud Rousseau sur RMC

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il est 7h40 sur RMC. L'invité du jour. Bonjour Arnaud Rousseau. Bonjour. Vous êtes le président de la FNSEA, le premier syndicat agricole français. Vous êtes le premier interlocuteur du gouvernement, alors que la grogne des agriculteurs prend de l'ampleur. Merci d'abord d'avoir choisi RMC pour venir vous exprimer ce matin. On va évidemment revenir sur ces points de blocage qui se multiplient, sur les réponses que vous attentez du gouvernement. Mais alors même que vous êtes rentré dans ce studio, j'ai vu votre mine grave. Je vous ai demandé, juste avant qu'on ne prenne le micro, ce qu'il se passait.

Vous m'avez dit que vous veniez d'apprendre qu'un drame est arrivé très tôt ce matin sur un point de blocage.

0:39
Arnaud Rousseau

Oui, effectivement, je viens d'apprendre qu'un accident de la route est arrivé dans l'Ariège à Pamier et que trois de nos adhérents ont subi un grave accident. Une femme est décédée. Son mari et sa fille sont dans un état compliqué visiblement et pris en charge rapidement. par l'ensemble des services du SAMU. Dans le moment particulier que vit l'agriculture, ce genre de drame est difficile à vivre. Et donc, je voudrais d'abord dire aux gens qui sont sur le terrain qu'ils ont le plein soutien de l'ensemble des agriculteurs français. Ce drame vient souligner la nécessité qu'on a d'être parfaitement organisés, de faire en sorte de respecter, encore une fois, les consignes de sécurité.

Parce que ce qui est important pour nous, c'est de faire passer nos messages.

1:27
Présentateur

Faire passer vos messages et vous voulez le faire justement dans un climat le plus apaisé possible. Mais simplement, qu'est-ce que vous voulez dire ? Est-ce que vous en savez plus sur le contexte, la manière dont ça s'est passé ? Est-ce que ça a un lien avec les blocages ?

1:40
Arnaud Rousseau

Je ne sais pas. Il est trop tôt pour le dire. Et encore une fois, il appartiendra à la préfecture de ce département d'éclairer ce qui s'est passé. Ce que je veux dire, c'est qu'au moment où la colère agricole s'exprime partout sur le territoire, et pas simplement dans le sud, puisque nous apprenons chaque minute que des points de blocage nouveaux s'ouvrent, je veux redire l'urgence, et c'est ce que j'ai dit à Gabriel Attal hier soir, notre Premier ministre, je veux redire l'urgence que la France a à prendre des décisions rapides pour redonner des perspectives au monde agricole.

Parce que ce qui se passe là est un mouvement sans précédent, je l'ai dit hier soir, et qu'il faut apporter des réponses profondes et rapides.

2:18
Présentateur

A-t-il saisi l'urgence ? Et les réponses seront-elles à la hauteur ? Mais d'abord, vous l'avez dit, chaque minute vous apprenez de nouveaux points de blocage. À 7h43, on en est où des blocages ? On a appris qu'à 4h du matin, la 7 a été bloquée au niveau de Valence. Est-ce que d'autres points de blocage vous remontent également ?

2:41
Arnaud Rousseau

Oui, on a maintenant le retour de l'ensemble du terrain, qui nous annonce des blocages qui vont s'échelonner tout au long de la semaine, de manière continue ou sporadique, en fonction des endroits. Il n'y a pas un seul département, Pauline de Malherbe, qui aujourd'hui ne va pas rentrer en action. Les choses vont se faire de manière cadencée, pour continuer à montrer que ce n'est pas juste un coup de fièvre, comme j'ai pu le lire ou l'entendre, mais bien un sujet de fond.

Et ce qu'attendent les agriculteurs aujourd'hui, c'est évidemment que le Premier ministre de la France puisse rapidement annoncer des choses, alors de court terme, parce qu'on a besoin de décisions rapides, je voudrais le dire. D'abord, c'est tous les sujets autour de la reconnaissance du métier. Vous savez, tout ce qui concerne la dignité, le fait que les agriculteurs s'interrogent sur ce qu'on attend d'eux. Évidemment, tous les sujets autour du revenu et de la compétitivité, parce que les importations explosent en Europe et singulièrement en France. Et puis, vous savez, c'est l'exercice du métier.

Aujourd'hui, être agriculteur, c'est en permanence être associé à des problématiques de contrôle de papier, de normes. Et ça, ce n'est pas possible, parce que le cœur de notre métier, c'est la météo. Et nous, on ne peut pas simplement être éjanté par des décisions administratives. On a aussi besoin de coller la réalité du métier. Et donc ça, c'est très attendu. Il faut le faire rapidement. Il y aura des mesures un peu plus longues, parce qu'il y a des décisions à prendre à Bruxelles. Et ça, ça doit être fait rapidement. Vous voyez tout ce qui se passe dans les autres pays d'Europe.

4:04
Présentateur

Ce qu'on appelle évidemment le fameux Green Deal, qui vous impose un grand nombre de nouvelles contraintes, et qui, dans le même temps, et c'est là que vous trouvez les choses assez insupportables, c'est que dans le même temps, vous apprenez qu'on va importer de Nouvelle-Zélande, qu'on importe avec le Mercosur, des produits qui ne sont soumis à aucune de ces normes qu'on vous impose.

4:25
Arnaud Rousseau

C'est exactement ça. C'est-à-dire que commercer, ça a du sens. Moi, je suis conscient qu'on a besoin de continuer à échanger. Vos éditeurs qui sont en train de boire leur café, ce café ne sera pas produit en France tout de suite. Et donc on a besoin de continuer à échanger. Mais on veut le faire dans des conditions qui soient des conditions loyales, pas dans des conditions où on met des boulets au pied des producteurs français, et dans lesquels, toute la journée, dans les ports européens, on fait rentrer des produits qui n'ont ni nos normes ni nos qualités. C'est ça le sujet.

4:51
Présentateur

Vous dites urgence, vous l'avez rencontré hier, il continue à dire qu'il va venir, mais dans les jours qui viennent, est-ce que dans les jours qui viennent, ce n'est pas déjà trop tard ?

5:00
Arnaud Rousseau

Nous, on lui a dit, au Premier ministre, à M. Attal, on lui a dit, un, il faut qu'on partage le diagnostic. Moi, la bonne nouvelle ce matin, si je puis dire, si peut-être il y en a une, c'est qu'il est parfaitement en raccord avec le diagnostic qu'on a posé. Et il voit, et il a, me semble-t-il, compris ce qu'est la situation de l'agriculture française. Maintenant, on lui a dit qu'il ne fallait pas attendre, et qu'évidemment, voir ce qui se passait en ce moment, c'était le cri d'alarme lancé par le monde agricole, et que ça attendait des réponses. Moi, quand est-ce qu'il va aller sur le terrain ? Écoutez, je ne suis pas son chef de cabinet.

Je dis simplement qu'il y a urgence à aller parler avec les agriculteurs qui attendent du sommet du gouvernement, qu'on les entende, et surtout qu'on agisse. Parce que je le dis, et je le redis sur votre antenne, les mots ne suffiront pas. Il nous faut des choses très concrètes.

5:42
Présentateur

Et des choses très concrètes, avec déjà en perspective, d'ici la fin de la semaine, une montée en puissance des blocages.

5:47
Arnaud Rousseau

Oui, je l'ai dit, ça peut durer une journée, ça peut durer une semaine, ça peut durer le temps qu'il faudra, pour qu'encore une fois, les réponses soient apportées. Et vous savez, dans l'agriculture, c'est le terrain qui commande. Ce n'est pas la décision parisienne. Et donc, en permanence, nous sommes en lien avec les territoires pour écouter les revendications. Je le dis aussi, il faudra qu'on construise les conditions de résolution de cette problématique, pour autant, encore une fois, qu'on ait les réponses qu'on attend.

6:13
Présentateur

Il y a également un moment dans lequel on est, qui est celui des négociations commerciales. Ça se termine le 31 janvier. Est-ce que la grande distribution, est-ce que les industriels de l'agroalimentaire ont joué le jeu ?

6:26
Arnaud Rousseau

Bon, en tous les cas, pour les négociations des entreprises qui font moins de 350 millions d'euros de chiffre d'affaires et qui se sont achevées le 15 janvier.

6:34
Présentateur

La première partie des négociations qui concernait les PME.

6:37
Arnaud Rousseau

Exactement. Écoutez, les réponses sont diverses. Nous, ce qui nous intéresse, encore une fois, ce n'est pas tant la relation qu'ont les entreprises de l'agroalimentaire avec la grande distribution. Nous, ce qui nous intéresse, c'est qu'il n'y ait pas d'attaque sur la matière première agricole. Ça, c'est le cœur des lois EGALIM. Et donc, pour nous, ce qui compte, c'est de faire en sorte que dans les négociations achevées, comme dans les négociations à venir et qui s'achèveront le 31 janvier, il n'y ait pas d'attaque sur la première matière agricole. Et je veux le dire ici, on ira vérifier. Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie, a dit qu'il allait lancer les contrôles.

On vérifiera de très près que chacun a respecté ses engagements.

7:12
Présentateur

Arnaud Rousseau, sur les normes, le projet de loi d'orientation agricole est finalement repoussé. C'est une bonne nouvelle que ce soit repoussé ? Ou alors, au contraire, vous vous dites, on aurait dû le faire tout de suite, voire même le faire sans loi ? On sait que les simplifications, la levée d'un certain nombre de normes, d'épuisement administratif, comme vous dites, il n'y a pas forcément besoin de loi. Ça pourrait être fait beaucoup plus rapidement, non ?

7:33
Arnaud Rousseau

Écoutez, cette loi, ça fait un an qu'elle vole au-dessus de nos têtes sans jamais atterrir. Donc on n'est plus à une semaine près, si je puis dire. Nous, ce qu'on veut y voir, c'est des réponses pour les agriculteurs. Donc il y a des choses qui concernent l'installation et la transmission qui sont aujourd'hui dans ce projet, qui nous vont. Nous, on veut voir en plus maintenant, puisqu'on a dit qu'on allait l'étayer, l'augmenter, voir des choses sur la souveraineté, parce qu'il faut aussi dans la loi mettre un certain nombre de choses en dur. Et puis, on veut voir des choses sur la compétitivité et la performance de nos entreprises.

La norme, ce n'est pas seulement la loi, mais la loi, c'est important.

8:04
Présentateur

Est-ce que c'est une guerre aussi agriculteurs contre écolos ?

8:07
Arnaud Rousseau

Non, écoutez, les écologistes aujourd'hui ont un discours qui est loin des réalités de ce que vivent les agriculteurs. Mais dans le moment dans lequel on est, moi, je ne suis pas là pour opposer. Je l'ai dit, je crois que les écolos savent ce qu'est la position par la FNSEA. Je veux dire aussi à ceux qui nous écoutent que la question environnementale n'est pas soulevée avec ce mouvement et que les agriculteurs sont conscients que l'environnement, c'est leur avenir, que les sujets de décarbonation les concernent. Mais pour le faire, encore faut-il avoir les moyens de le faire.

Et moi, je le dis, vous allez voir, dans les jours qui viennent, on va vouloir opposer les agriculteurs aux écolos, le nord au sud, les serraliers aux éleveurs. Tout ça va être fait pour essayer de nous diviser.

8:46
Présentateur

Par qui ?

8:46
Arnaud Rousseau

Mais par tout un tas de gens qui n'ont pas intérêt à voir nos revendications avancer.

8:51
Présentateur

Elles dérangent qui, vos revendications ? On a quand même le sentiment que la population française vous entend, vous comprend, vous soutient. Qui ça dérange ?

9:00
Arnaud Rousseau

Mais vous l'avez dit vous-même, Apolline de Manerbe, on ne les entend pas, les écolos, en ce moment. Donc j'imagine qu'ils ont une forme de gêne par rapport aux discours qu'ils tiennent. Mais encore une fois, vous leur poserez la question, ça n'est pas mon problème. Moi, mon problème, c'est de faire en sorte que les 400 000 agriculteurs français qu'ils restent aujourd'hui, nous étions 1 million en 1990, puissent continuer à produire pour nourrir les Français et assurer la souveraineté alimentaire de notre pays.

En plus d'assurer toutes les aménités positives qu'offrent les agriculteurs, c'est-à-dire l'aménagement du territoire, nos paysages, la qualité de nos produits, de la production d'énergie. Les agriculteurs, c'est une forme de solution demain. Pour autant qu'il en reste, et pour autant qu'on leur donne des perspectives pour faire leur métier.

9:35
Présentateur

Est-ce que c'est la faute de l'Europe ?

9:37
Arnaud Rousseau

Non, mais encore une fois, moi, je ne cherche pas de bouc émissaire. Je dis simplement que l'Europe doit faire un pas. Je l'ai dit, l'Europe, c'est notre avenir. Pour autant, que ce soit une Europe qui ne soit pas décorrélée, déconnectée de la réalité de ce que vivent les agriculteurs. L'Europe, c'est aussi des soutiens publics importants dont ont besoin les agriculteurs. La politique agricole commune. Donc moi, j'essaie de rester mesuré. Je dis simplement que quand l'Europe dit aux agriculteurs « On va vous obliger à mettre 4% de vos terres en jachère.

» Quand on dit, quand l'Europe, il y a des agriculteurs dans des prairies, vous devrez les maintenir ou les ressemer alors que vous n'avez plus d'élevage. Quand l'Europe dit qu'un élevage familial de 21 000 poules, ce sera un élevage industriel à comparer à ce qui se fait en Ukraine, ça n'est pas tolérable. Et donc cette Europe déconnectée de la réalité, c'est non. Mais il n'y a pas que l'Europe. C'est trop facile l'Europe. Il y a aussi ce qui doit être fait en France et c'est ce qu'on a dit au Premier ministre hier soir.

10:27
Présentateur

Arnaud Housseau, un mot pour Clore sur cette famille endeuillée, cette mère de famille, vous le disiez, qui a trouvé la mort ce matin dans un accident, un point de blocage dans l'Ariège. Ils étaient, pardon de vous poser cette question-là, mais on essaie de comprendre s'il s'agit peut-être d'un acte malveillant ou uniquement d'un accident. Est-ce que c'était une famille qui était à pied, qui aurait été touchée par une voiture ? Est-ce qu'ils étaient eux-mêmes dans leur voiture et en position de voiture bélier ou de voiture qui justement participait au blocage ? Est-ce que vous avez ce détail ?

10:56
Arnaud Rousseau

Non, je n'ai pas ces éléments. Les premiers éléments qui nous remontent, c'est que ce serait plutôt un accident de la route, mais encore une fois, il ne m'appartient pas. Vous voyez, je suis sur votre plateau. Le terrain nous a immédiatement fait remonter cette information dramatique, encore une fois, mais je ne l'en connais pas les conditions. Je pense qu'elles seront éclairées, encore une fois, dans les prochaines heures.

Ce qui compte, c'est qu'une femme a perdu la vie, qu'il y a une famille endeuillée et que dans le moment dans lequel on est, qu'il y a un moment de forte tension, moi, j'appelle tout le monde au calme et à la raison et à faire en sorte que cette colère s'exprime, encore une fois, dans le respect des biens et des personnes et que chacun se sécurise pour faire passer les messages. Ça veut dire aussi qu'aujourd'hui, le gouvernement doit aller vite et j'appelle Gabriel Attal à faire urgence.

11:33
Présentateur

Merci Arnaud Rousseau d'être venu ce matin pour cette réaction dans ce grand moment de tension. Vous êtes le président de la FNSEA, le premier syndicat agricole français. Merci à vous. Il est 7h52, je précise également que le ministre de l'Agriculture sera mon invité demain matin à 8h30. Ça se passe sur RMC et BFM TV. Sous-titrage Société Radio-Canada