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interviewEurope 1 — L'interview politique du week-end· 22 juin 2025 7 min

«Personne au monde ne voulait que l'Iran n'ait l'arme nucléaire», déclare Patrick Kanner, président du groupe socialiste au Sénat

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Europe 1, 8h12, l'heure d'accueillir l'invité d'Europa Matin Week-end. Lénaïc Monnier, vous revenez sur la très forte actualité de ce dimanche matin avec le président du groupe socialiste au Sénat, Patrick Caner.

0:10
Patrick Kanner

Oui, parce qu'à l'origine, nous avions prévu d'inviter M. Caner pour parler des retraites. On le fera peut-être d'ici quelques minutes, mais effectivement, le monde est peut-être en train de basculer. Bonjour Patrick Caner.

0:21
Présentateur

Bonjour Madame Monnier.

0:22
Patrick Kanner

Alors nous revenons avec vous forcément ce matin sur ces frappes américaines sur des sites nucléaires iraniens. C'est une volte-face de Donald Trump qui pourtant hier annonçait vouloir prendre un petit peu de temps. Est-ce que cette action vous surprend, M. Caner ?

0:37
Présentateur

Écoutez, par rapport aux déclarations de ce président qui change beaucoup, j'ai envie de dire, de position et pas uniquement sur les aspects militaires, on le voit bien sur le plan économique, c'est vrai que c'est une surprise. C'est une surprise, mais il fallait sûrement aussi l'effet de surprise pour montrer aux Iraniens qu'ils ne pouvaient plus continuer à enrichir, enrichir, enrichir leur uranium dans toute telle impunité. Parce que le sujet, il est bien là, c'est que pour du nucléaire civil, il faut du uranium enrichi à 3 ou 4%. Quand on a 400 kilos, je crois, d'uranium enrichi à 60%, c'est qu'on a une autre intention.

Et cette intention-là, personne au monde, je dis bien personne au monde, ne voulait que l'Iran se dote de l'armouclier.

1:18
Patrick Kanner

Et c'est vrai qu'on se demandait, on se posait la question avec de nombreux experts s'il fallait frapper ou bien négocier manifestement. Les Etats-Unis ont tranché. Est-ce que cela signifie, Patrick Caner, que le monde est peut-être en train de basculer, d'entrer en guerre en tout cas ?

1:32
Présentateur

Ah, c'est un tournant. C'est un tournant manifestement dans ce dixième jour de guerre entre l'Iran et Israël. Et ça rentre aujourd'hui dans le dispositif militaire. Mais la question qui est posée, c'est est-ce que l'Iran, en tout cas le régime des gardiens de la révolution islamique, est-ce que ce régime est un danger mortifère pour notre planète ? Je pense qu'on peut dire que la réponse est oui. Et que donc, vous savez, moi j'ai signé une proposition de résolution au Sénat avec tous les autres présidents de groupe. Ce qui veut dire que c'est vraiment un sujet transportisant pour reconnaître comme terroriste ce régime politique iranien.

Et donc, si on veut que le peuple iranien puisse demain retrouver une démocratie, puisse demain retrouver un espoir et de paix dans cette partie du monde, effectivement, il faut à un moment donné que ce régime disparaisse. Est-ce que c'est par la capitulation ? Est-ce que c'est par l'élimination ? En tout cas, je pense qu'il ne faut pas avoir la main qui tremble dans ce genre de conflit.

2:33
Patrick Kanner

Et effectivement, l'Iran qui a menacé de conséquences éternelles. Ce matin, Patrick Cannaire, on vit au gré des minutes, évidemment, les différentes déclarations, pas de déclarations en tout cas, de la France à 7 heures. Néanmoins, effectivement, la riposte a été immédiate sur l'État d'Israël.

2:49
Présentateur

Oui, donc, vous savez, depuis 10 jours encore une fois, nous avons là des missiles extrêmement puissants, de plusieurs tonnes qui tombent sur les villes israéliennes, où qu'elles soient, le dôme de fer montre, non pas ses limites, mais montre qu'en cas de saturation, il ne peut pas répondre à toutes les attaques. Et moi, je suis assez admiratif de voir la population israélienne très résiliente et qui accepte cette contrainte énorme avec des pertes civiles, puisque chacun a bien compris que pour Israël et pour les États-Unis, depuis ce soir, ce sont des cibles militaires qui sont visées, ou des dirigeants du régime islamique.

Pour ce qui concerne l'Iran, c'est un tir à tout va, permettez-moi l'expression, avec des missiles qui touchent des quartiers de population civile. Donc, c'est une autre forme de riposte que je condamne naturellement, mais c'est la guerre, c'est la guerre. Et donc, par définition, il n'y a pas de guerre, permettez-moi l'expression, propre par rapport aux civils. C'est terrible. Et je sais qu'il y a aussi des civils iraniens qui ont été touchés par les frappes israéliens.

3:54
Patrick Kanner

Et juste après votre intervention, Patrick Caner, nous serons justement à Tel Aviv avec le correspondant d'Europe 1, Frédéric Simon. Alors, je reviens sur ce pourquoi nous vous avions invité tout de même au départ, ce conclave autour des retraites, des mois de discussion. Est-ce que ça accouche d'une souris, finalement ?

4:09
Présentateur

Je ne crois pas. Je ne crois pas. En tout cas, je ne crois pas. Mes informations montrent que, même si, a priori, la mesure d'âge ne serait pas modifiée, mais moi, je voudrais féliciter la CFDT, notamment Marie-Lise Léon, la CFTC, la CFECGC qui ont continué à garder un contact utile, je crois, j'espère, avec le MEDEF et la CPME pour trouver une forme de pacte social nouveau, réformant la réforme de 2023 que nous avions totalement combattue. On me dit qu'il y a des avancées sur le compte pénibilité, la reprise en considération de plusieurs critères, notamment sur les vibrations, les postures pénibles, les charges lourdes, voire même peut-être l'exposition aux produits chimiques.

On parle aussi de diminuer l'âge des parents en retraite où il n'y aurait plus aucune décote. Aujourd'hui, c'est 67 ans, il pourrait être diminué de quelques mois. On me parle aussi de mesures pour les femmes, notamment pour lutter contre les carrières hachées. Donc, ce sont des avancées, pas suffisantes, disons-le clairement, puisque nous, nous étions favorables en tant que socialistes à une mesure d'âge nouvelle. Mais, me dit-on aussi, puisqu'on est pour l'instant sur les hondis, Mme Monnier, il semblerait que le MEDEF pourrait menacer de ne pas venir demain boucler cette négociation. Ce serait totalement irresponsable, je le dis au effort à votre micro.

5:29
Patrick Kanner

Et alors, j'imagine qu'également, il y a des lignes rouges qu'il ne faudrait surtout pas franchir. Quelles sont-elles pour le Parti socialiste à cette heure ? Et est-ce que le Parti socialiste est intégralement aligné sur ce sujet ?

5:40
Présentateur

Écoutez, nous, nous pensions qu'il était nécessaire de modifier fondamentalement cette réforme par une mesure d'âge qui ne soit pas de ramener la réforme à la retraite à 64 ans. Je vous rappelle, c'est quand même une mesure injuste, une mesure qui touche les plus modestes de nos concitoyens, qui ne règlent en rien l'espérance de vie entre un ouvrier et un cadre, par exemple, et qui touche en fait à ce sujet d'environ, c'est important, 12 à 13 milliards d'euros. Ça, je ne le nie pas. Mais sur les 400 milliards d'euros que représentent les petites retraites dans notre pays, et je ne veux pas qu'on présente la retraite comme une charge pour le pays.

C'est une chance pour le pays d'avoir des retraités qui ont des revenus et qui les dépensent dans l'économie réelle, tout simplement. Donc, la ligne rouge, en tout cas la ligne de difficulté de négociation, c'est bien sûr le niveau de départ en retraite. Mais je fais confiance notamment à la CDT, qui est un grand syndicat réformiste. Et si la CDT estime qu'il y a eu des avancées significatives, il faudra les transformer dans la loi. Et nous aurons au Parlement, ça a été l'engagement du Premier ministre, nous aurons l'occasion de revenir sur nos demandes.

En tout cas, je me refuse à imaginer un échec total avec un statu quo, qui bien sûr là entraînerait potentiellement une censure portée par les socialistes. Donc, attendons demain, mais il faut que tout le monde accepte de faire un effort.

7:03
Patrick Kanner

Et bien, je vous remercie beaucoup Patrick Caner pour cet agenda un peu bouleversé, mais de votre intervention néanmoins ce matin sur Europe 1, président des sénateurs socialistes. Merci à vous.