Arnaud Robinet : "Le bilan de santé de l'hôpital public reste contrasté, cinq ans après le premier confinement"
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France Inter, le 5-7.
Il est 6h22, il y a tout juste 5 ans, nos vies étaient bouleversées par le premier confinement lié au Covid. Une pandémie qui a aussi révélé de manière brutale les failles de notre système de santé, en particulier de l'hôpital public. Aujourd'hui, où en est-on ? La question est posée à l'invité du 5-7. Bonjour Arne Robinet. Bonjour. Vous êtes le président de la Fédération hospitalière de France, qui représente la majeure partie des établissements publics de santé. Vous êtes également maire de Reims, membre du parti Horizon. Et vous nous dévoilez ce matin votre baromètre de l'accès aux soins, c'est la deuxième édition. Est-ce que l'hôpital public est enfin en train de se redresser ?
Je crois que le bilan de santé de l'hôpital public reste contrasté 5 ans après le premier confinement. Sur le plan des ressources humaines, on avance. La crise avait mis en évidence de très fortes tensions sur les personnels, qui ont d'ailleurs été aggravés du fait de l'intensité de la charge de travail sur la période 2020-2021. Mais c'est vrai que beaucoup de réformes ont été entrepris. La hausse des rémunérations avec le Ségur, meilleure compensation des suggestions aux services publics. Ce qui fait que le taux de poste vacant diminue aujourd'hui et l'absentéisme est en baisse.
On est à combien ?
Aujourd'hui, l'absentéisme est passé de 9,5% à peu près en 2023 à 11,1% en 2022, avec une tendance qui semble également se poursuivre en 2024. Mais pour autant, la situation n'est pas rose pour les personnels, les agents hospitaliers. Il ne faut surtout pas sous-estimer la lassitude d'un grand nombre d'agents qui gèrent une crise après crise. Depuis 2020, on a eu le Covid, la triple épidémie ensuite, la grippe. Et puis, sur le plan financier, là, je dirais que les voyons sont au rouge. L'établissement de santé vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. En 5 ans, le déficit a été multiplié par 5 pour atteindre aujourd'hui quasi 2,8 milliards d'euros de déficit.
S'il y a un peu plus de personnel aujourd'hui, est-ce que ça veut dire qu'il y a un peu plus d'activité et que l'hôpital peut accueillir davantage de patients que ces dernières années ?
Dans l'immédiat, l'activité hospitalière retrouve des couleurs, même si cette reprise marque encore des disparités. Pour la première fois depuis la crise, la dette de santé publique accumulée lors de la crise de la Covid amorce une phase de résorption. Les sous-recours cumulés à fin 2024 est de 3 millions de séjours versus 3,5 millions en 2023.
Quand vous parlez de dette, ce n'est pas d'aide financière, c'est d'activité, c'est de séjour à l'hôpital.
Séjour à l'hôpital, du fait des déprogrammations durant la crise sanitaire où des patients n'ont pas pu être pris en charge. Alors, bien sûr, cette situation a des conséquences lourdes sur la santé des patients parce qu'il y a toujours la possibilité d'un retard pris sur la détection de certains cancers, notamment.
Et vous disiez qu'il y a des disparités, c'est-à-dire qu'il y a des services, où ça va bien et il y a des services où encore on ne peut pas accueillir tous les patients parce qu'il n'y a pas assez de lits ?
Oui, par exemple, en médecine, on constate un sous-recours sur les prises en charge et également en cardiologie. Et en chirurgie, les niveaux de recours pour plusieurs chirurgies lourdes continuent de marquer le pas, la chirurgie désestive, la neurochirurgie. Et ça veut dire quoi, très concrètement ?
Ça veut dire, par exemple, qu'il y a des grèves qui ne sont pas réalisées ? Qui sont retoussées ? Des choses aussi graves que ça ?
Oui, il y a des patients qui ne font pas appel au service ou parfois, non pas un dysfonctionnement, mais parfois un manque de personnel ou autre. Mais ce qui est clair, et ce qu'il faut noter, c'est qu'il y a une embellie. Une embellie sur notamment les lits, puisque aujourd'hui, en 2024, en analysant l'ensemble des fermetures ponctuelles de lits à l'hôpital public, l'équivalent de 5,7% des capacités d'hospitalisation étaient fermées sur l'année. Soit une baisse de plus de 1,3 points par rapport à 2023. Donc on a aussi là une amélioration sur la question du nombre de lits.
Et pourtant, les hôpitaux se disent toujours débordés. L'an dernier, il y a un tiers des hôpitaux publics qui se sont déclarés en tension. Il y en a plus de 10% qui ont dû déclencher un plan blanc. Il y a encore une saturation aujourd'hui ?
Oui, il y a une saturation.
Notamment aux urgences ?
Notamment aux urgences. Vous savez, le nombre de passages aux urgences a doublé en 20 ans. Il nous faut véritablement une meilleure coordination, bien évidemment avec la médecine de vie. On peut parler de permanence des soins, bien évidemment. Il est clair que cette situation aux urgences, que l'on voit notamment en période estivale ou en période hivernale avec la grippe, amène un certain nombre de tensions à l'hôpital public. Donc il faut continuer, bien évidemment, à renforcer cette coordination avec la médecine de ville, aussi avec le privé, à travers les SAS et autres.
Vous demandez donc une meilleure coordination. Tout à l'heure, vous nous avez dit que ça allait mieux avec les différents plans qui avaient été enclenchés, notamment au niveau du personnel pour le recruter ou pour le garder en place. Est-ce qu'il y a besoin d'autre chose ou tout est là pour que ça aille mieux ? En gros, est-ce que vous demandez quelque chose, Arnaud Robinet ?
Vous savez, on demande, nous, d'avoir une visibilité, une vision sur le moyen et le long terme. On se refuse toujours de réagir face à la crise et face à l'urgence. D'où cette nécessité d'une loi de programmation en santé qui nous permettrait de définir, bien évidemment, des objectifs de santé publique et en face, bien sûr, les moyens nécessaires. Mais je le dis, l'hôpital public ne demande pas plus d'argent. On a bien conscience des difficultés de la situation financière et budgétaire de l'État. On veut une meilleure organisation du système de santé mais avec des choix clairs.
Je crois qu'il est temps d'assumer qu'il faudra des moyens concentrés sur des vraies priorités de santé publique et aussi des mesures de performance à d'autres endroits. Alors, la santé publique, vous savez, on peut, notamment sur la question de la psychiatrie, la question également de l'obésité, voilà quelques objectifs de santé publique que l'on peut se donner et puis les défis qui sont devant nous. On peut parler, bien évidemment, du vieillissement de la population qui accentue les risques des populations et augmentent le recours aux soins. On a parlé de la question des urgences. Et donc, c'est vrai qu'au lieu de s'adapter, on a longtemps privilégié une politique du rabot.
Et puis, d'autres défis, les risques, bien sûr, écologiques, démographiques. Et puis, s'ajoute aujourd'hui une réalité pour l'État, pour l'hôpital public. C'est bien sûr la multiplication des cyberattaques, comme on a pu l'observer récemment. Donc, les défis sont immenses. Mais pour répondre à ces défis, il nous faut une vision, une visibilité sur le moyen de long terme, d'où cette demande de loi de programmation.
Merci Arnaud Robinet, président de la Fédération hospitalière de France. Merci d'avoir été en direct dans le 5-7 ce matin. Merci d'avoir regardé cette vidéo !
Arnaud Robinet