Gouvernement Borne 2 : on n'attendait rien, mais on est quand même déçu
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- 1:05OuverteRéponse directe
Quels sont les principaux changements de ce gouvernement Borne 2 ?
- 1:53RelanceRéponse partielle
Mais Gérald Darmanin, lui, est là.
- 3:03OuverteRéponse directe
On l'attendait dans les médias, Marlène Schiappa.
- 4:03OuverteRéponse directe
Tu partages son avis, j'imagine, Théophile ?
- 6:29OuverteRéponse directe
On s'attendait à voir peut-être Fabien Roussel ou Yannick Jadot au gouvernement.
- 8:52OuverteRéponse directe
La semaine dernière a aussi été rythmée par l'élection de la présidence de l'Assemblée...
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:49IntervenantFait
« c'est celui de Damien Abad, qui était visé par plusieurs plaintes pour violences sexuelles. »
- 2:20IntervenantFait
« il avait envoyé le RAID pour toute réponse à la crise sociale et à la contestation qu'il y avait dans les Antilles. »
- 2:23IntervenantFait
« il a été quand même récompensé pour sa gestion complètement désastreuse du Stade de France lors de la finale de la Ligue des champions. »
- 2:36IntervenantFait
« Crisoula Zakharopoulou, qui est secrétaire d'État chargée du développement et qui, elle aussi, est visée par des plaintes pour viols qu'elle aurait commises dans le cadre de ses fonctions de gynécologue. »
- 2:47IntervenantFait
« Il y a le retour de Marlène Schiappa, qui avait été éjectée du premier gouvernement Borne et qui revient comme secrétaire d'État chargée de la vie associative. »
- 3:45IntervenantFait
« il a débauché des personnes, notamment je pense à Caroline Caillot, la maire de Beauvais qui devient ministre des Collectivités territoriales. »
- 4:05IntervenantFait
« Emmanuel Macron, c'est un joueur. Donc, il essaye de jouer. »
- 4:13IntervenantFait
« On a l'impression d'avoir en face de nous une sorte de gouvernement de transition, un gouvernement de test qu'il présente à la représentation nationale, à l'Assemblée nationale. »
- 4:40IntervenantFait
« Il est dans une forme de déni. Il n'a pas de nouveau projet qui est adapté à la nouvelle situation. »
- 5:13IntervenantFait
« il a sans doute essayé, à mon avis, de recruter à ELV, peut-être au PCF, peut-être à LR, sur des bases personnelles et ça fonctionne avec des seconds couteaux, mais pas avec des gens qui se voient à un destin national. »
- 5:36IntervenantFait
« Emmanuel Macron, sa stratégie, c'est celle des petits coups. Poser une action, attendre de voir comment ça réagit. Si ça réagit trop mal, on change un peu, on modifie un peu notre recette de cuisine et puis on la repropose. »
- 7:11IntervenantFait
« pendant l'entre-deux-tours, il avait dit que la transition écologique, ce serait la politique des politiques lors d'un discours à Marseille. »
- 7:21IntervenantFait
« le ministère de la Transition écologique est confié à quelqu'un de la droite molle qui avait voté contre l'interdiction des néonicotinoïdes. »
- 7:34IntervenantFait
« on a un médecin urgentiste qui arrive, qui est le ministre de la Santé, qui est François Braun, qui, entre autres propositions, avait proposé de refouler les gens aux urgences et de créer de sorte de bed manager, un peu comme dans un hôtel de luxe, chargé d'administrer la pénurie. »
- 9:03IntervenantFait
« à la présidence de l'Assemblée nationale, il y a une macroniste purgique qui a été élue. Il y a Elbron-Pivet qui a été éphémère ministre des Outre-mer et qui a été élue au Perchoir. »
- 9:31IntervenantFait
« deux représentants du Rassemblement national ont été élus vice-présidents, alors qu'il y avait Sandrine Rousseau qui se présentait en face. »
- 9:56IntervenantFait
« Éric Wörth, ancien ministre, qui avait reconnu lors de la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy, avoir distribué des dizaines de milliers d'euros en liquide à des salariés de la campagne. »
- 10:30IntervenantFait
« Il faut quand même se souvenir de ce qu'était l'OAS. C'est une organisation terroriste d'extrême droite qui a lutté contre l'indépendance de l'Algérie en commettant des attentats sur des civils qui ont fait plus de 2000 morts. »
- 12:12IntervenantFait
« Il faut quand même se souvenir qu'il y a eu 250 000 morts pendant cette guerre entre 1954 et 1962, des morts qui étaient en grande partie causées par l'armée française, qui a eu la torture, qui a eu des exactions, des crimes contre l'humanité. »
- 12:27IntervenantFait
« Emmanuel Macron, quand en 2017 il s'était rendu en Algérie, avait dit que la colonisation, notamment la colonisation en Algérie, était un crime contre l'humanité. »
- 12:36PrésentateurFait
« Il a aussi dit dans le même temps que la France avait eu un rôle positif au sein de cette guerre en Algérie. »
- 13:50IntervenantFait
« Jean Castex qui disait qu'on ne doit pas regretter la colonisation. »
- 23:03IntervenantChiffre
« On a donné 270 millions d'euros depuis 2008 pour que la police marocaine fasse le sale boulot et arrête des migrants. »
- 23:50IntervenantFait
« le chef de ces milices, Emeti, c'est le vice-président du Soudan qui a fait un coup d'État et qui est le véritable homme fort du Soudan. »
- 27:58IntervenantFait
« le Royaume-Uni a fait quand même quelque chose d'assez nouveau et inquiétant. C'est-à-dire qu'ils ont passé un accord avec le Rwanda en disant le temps que les migrants demandent l'asile, on va vous envoyer au Rwanda en attendant qu'on vous donne une réponse positive ou négative. »
- 28:21IntervenantFait
« Emmanuel Macron avait tenté de faire la même chose au début de son précédent quinquennat en essayant d'établir ce qu'on appelait des hotspots, c'est-à-dire des points de demandeurs d'asile au Niger et au Tchad. »
Temps de parole
- Intervenant51 %
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Bonjour à toutes et à tous. Merci de regarder cette nouvelle édition du Fonds de l'Info, notre module d'actualité estivale. Car bien entendu, l'actualité ne s'arrête pas parce qu'il fait beau. Merci de continuer de votre côté à nous soutenir, même durant cette période, via des dons et des abonnements. Aujourd'hui, je suis sur le plateau comme la semaine dernière avec mes collègues Thomas Dietrich et Théophile Coimbo. Au sommaire de cette édition, la publication de la liste des nouveaux élus d'Emmanuel Macron, des membres du gouvernement Borne 2. Les partants, les entrants, le message envoyé à l'opinion publique, on décryptera tout ça.
La semaine agitée à laquelle on a pu assister à l'Assemblée nationale, entre mise en place des commissions, élection des présidents de ces commissions, et deux constats. D'abord, la digue républicaine qui ne finit pas de céder, les alliances tacites entre la Macronie et l'extrême droite. Et ensuite, la réhabilitation du fait colonial qui semble désormais mainstream. Bonjour Thomas, bonjour Théophile.
Salut Nadia.
Alors Thomas, quels sont les principaux changements de ce gouvernement Borne 2 ? Quels sont les principaux départs et les nouvelles figures ?
L'Ampidouza avait cette phrase dans le guépard, il disait il faut que tout change pour que rien ne change. Et c'est vraiment ce qui se passe avec ce nouveau gouvernement. C'est-à-dire, on prend les mêmes et on recommence. On dit que c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures cuisines, mais là, c'est avec les vieux potes qu'on fait les pires tambouilles. Donc, c'est vrai qu'il y a quelques changements. Il y a notamment Olivier Véran qui prend du galon, qui était ancien ministre de la Santé, ministre chargé des Relations avec le Parlement, ce qui était essentiel et stratégique lors de cette période de législative, et qui là devient porte-parole du gouvernement.
Il y a aussi des départs. Un départ qui était attendu et réclamé par les féministes de tous bords, c'est celui de Damien Abad, qui était visé par plusieurs plaintes pour violences sexuelles.
Mais Gérald Darmanin, lui, est là.
Alors oui, on a coupé l'arme, mais la forêt reste quand même derrière. C'est-à-dire que Gérald Darmanin est confirmé à l'intérieur. Son portefeuille est même élargi, puisqu'il s'occupera maintenant des collectivités territorielles et de l'Outre-mer. On se souvient qu'à l'automne dernier, il avait envoyé le RAID pour toute réponse à la crise sociale et à la contestation qu'il y avait dans les Antilles. Donc, on peut lui faire confiance pour apporter le développement et la prospérité aux Outre-mer. On se souvient qu'il a été quand même récompensé pour sa gestion complètement désastreuse du Stade de France lors de la finale de la Ligue des champions.
Et pourtant, il reste en poste, comme un certain nombre d'autres personnalités au gouvernement qui sont confirmées, et notamment Crisoula Zakharopoulou, qui est secrétaire d'État chargée du développement et qui, elle aussi, est visée par des plaintes pour viols qu'elle aurait commises dans le cadre de ses fonctions de gynécologue. Alors, il y a quand même quelques petits changements.
Il y a le retour de Marlène Schiappa, qui avait été éjectée du premier gouvernement Borne et qui revient comme secrétaire d'État chargée de la vie associative et qui pourra continuer à écrire des livres aux frais du contribuable puisque, on se souvient qu'entre 2017 et 2022, elle avait écrit dix livres pendant qu'elle était au gouvernement.
On l'attendait dans les médias, Marlène Schiappa.
Et effectivement, il y a des changements puisque les trois ministres ou secrétaires d'État qui ont été battus au second tour des échelatives quittent le gouvernement et sont remplacés, notamment Amilée de Montchalin qui a été battue dans l'Essonne et qui quitte le ministère de la Transition écologique et qui est remplacé par Christophe Béchut, le maire d'Angers, donc un peu la droite molle, membre du parti Horizon, le parti d'Édouard Philippe qui d'ailleurs avait pris position contre le mariage pour tous. Et c'est un peu un symbole de ce nouveau gouvernement où Macron a essuyé beaucoup de refus, on a l'impression qu'il n'a pas d'amis.
Donc, il a dû recruter dans cette droite, héritière des Républicains. Il a débauché des personnes, notamment je pense à Caroline Caillot, la maire de Beauvais qui devient ministre des Collectivités territoriales. Et tout ça, je pense, dans l'optique d'établir une majorité assolue à l'Assemblée nationale. Donc, il n'y a rien qui change et il n'y a rien à attendre de ce nouveau gouvernement.
Rien à attendre de ce nouveau gouvernement. Tu partages son avis, j'imagine, Théophile ?
Je pense qu'on reste dans la continuité et qu'Emmanuel Macron, c'est un joueur. Donc, il essaye de jouer. On a l'impression d'avoir en face de nous une sorte de gouvernement de transition, un gouvernement de test qu'il présente à la représentation nationale, à l'Assemblée nationale, dans l'attente de la présentation du discours de politique générale d'Elisabeth Borne. On ne sait pas si elle va demander la confiance, mais on a l'impression qu'il teste la classe politique et l'opinion publique. Et aussi, il est dans une forme de déni. Il n'a pas de nouveau projet qui est adapté à la nouvelle situation.
Il ne prend pas acte de la nécessité de construire une nouvelle majorité, notamment en faisant de vrais compromis, par exemple avec LR, qui est en phase avec la Macronie. Et donc, du coup, face à cette absence de projet politique, il n'a pas de copains. C'est-à-dire que dans le flou artistique qu'il entretient, peu de figures politiques d'un certain ordre peuvent accepter de rejoindre un gouvernement dont on ne sait pas quelle sera sa feuille de route.
Et c'est pour ça qu'il a sans doute essayé, à mon avis, de recruter à ELV, peut-être au PCF, peut-être à LR, sur des bases personnelles et ça fonctionne avec des seconds couteaux, mais pas avec des gens qui se voient à un destin national ou qui ont une certaine envergure régionale parce qu'ils ne veulent pas se compromettre avec un gouvernement, avec un exécutif dont on ne sait pas où il va. Parce qu'Emmanuel Macron, sa stratégie, c'est celle des petits coups. Poser une action, attendre de voir comment ça réagit. Si ça réagit trop mal, on change un peu, on modifie un peu notre recette de cuisine et puis on la repropose, etc.
Et on est vraiment là-dedans, dans une sorte de gouvernement qui peut à la fois être une sorte de transition vers quelque chose qui prendra acte par la suite, après observation du comportement des Républicains, des ELV, des PS, etc. à l'Assemblée nationale. On peut aussi imaginer que c'est vraiment un gouvernement de déni qui considère que malgré tout les choses peuvent continuer comme avant et on le saura dans quelques mois quand on verra si finalement confronté éventuellement à des difficultés à l'Assemblée nationale, il change de braquet.
On s'attendait à voir peut-être Fabien Roussel ou Yannick Jadot au gouvernement. Ça aurait peut-être été plus qu'une concession, une compromission pour eux de rejoindre ce gouvernement ?
De toute façon, il y a eu l'échec du débauchage à gauche et même sans aller jusqu'à Fabien Roussel et Yannick Jadot, il faut se souvenir qu'Emmanuel Macron avait essayé de nommer une première ministre issue des rangs de la gauche. Je pense à Valérie Rabault qui est aujourd'hui vice-présidente de l'Assemblée nationale et qui vient du Parti socialiste et Valérie Rabault avait refusé comme d'autres femmes de gauche. Donc un peu contraint et forcé, il se rabat sur sa droite puisque personne ne veut être la caution de gauche dans un gouvernement dont on sait qu'il sera attentatoire aux libertés et aux acquis sociaux.
Et puis un deuxième enseignement à tirer de ce nouveau gouvernement, c'est le recul sur les grandes priorités qu'avait dicté Emmanuel Macron. C'est-à-dire que pendant l'entre-deux-tours, il avait dit que la transition écologique, ce serait la politique des politiques lors d'un discours à Marseille. Et là, on se rend compte que le ministère de la Transition écologique est confié à quelqu'un de la droite molle qui avait voté contre l'interdiction des néonicotinoïdes. Et dans l'ordre protocolaire, le ministère de la Transition écologique recule de la cinquième à la dixième place. C'est pareil sur la santé. C'est-à-dire qu'on a Brigitte Bourguignon qui part, qui a été battue aux législatives.
Et on a un médecin urgentiste qui arrive, qui est le ministre de la Santé, qui est François Braun, qui, entre autres propositions, avait proposé de refouler les gens aux urgences et de créer de sorte de bed manager, un peu comme dans un hôtel de luxe, chargé d'administrer la pénurie. Donc c'est la start-up nation au pouvoir, alors que la crise du Covid a montré à quel point dans des domaines comme la santé ou la Transition écologique, on avait besoin de politiques planifiées, d'un État fort. Et donc c'est vraiment les enseignements. On ne s'attendait à rien, mais on est quand même déçus finalement. Et ça montre aussi l'incapacité de la Macronie à se renouveler.
En réalité, Macron 2 ressemble à Macron 1. Il est en panne d'imagination. Il ne sait pas quoi faire. Il ne sait pas concéder. Il ne sait pas prendre acte de la nouvelle donne. Je pense qu'il ne sait pas analyser la scène politique. Il a eu un coup de génie en 2016-2017, en se disant qu'il pouvait finalement réunifier, réconcilier le centre gauche et le centre droit, c'est-à-dire le bloc bourgeois. Mais depuis cette intuition-là, on voit que face à la crise des lignes gilets jaunes, face à la réforme des retraites, même face au Covid, il n'a pas d'imagination. Et il se rabattent toujours sur la force et sur l'affirmation d'un régime présidentiel vertical.
Il ne sait pas se remettre en question, Emmanuel Macron. La semaine dernière a aussi été rythmée par l'élection de la présidence de l'Assemblée, des commissions à l'Assemblée nationale et le barrage républicain qui ne cesse de céder entre la Macronie et l'extrême droite.
– Oui, déjà à la présidence de l'Assemblée nationale, il y a une macroniste purgique qui a été élue. Il y a Elbron-Pivet qui a été éphémère ministre des Outre-mer et qui a été élue au Perchoir. Elbron-Pivet s'était rendu célèbre lors de la présidence de l'échelature pour avoir enterré la commission d'enquête sur l'affaire Benalla. Donc finalement, elle est récompensée pour service rendu à la Macronie.
Et puis, on a eu tout le psychodrame autour de l'élection à la vice-présidence de l'Assemblée où finalement, deux représentants du Rassemblement national ont été élus vice-présidents, alors qu'il y avait Sandrine Rousseau qui se présentait en face, donc qui ont été élus vice-présidents avec les voix des Républicains et de la Macronie. On a eu des personnes comme Éric Wörth qui ont été recasées à la questure. Donc la questure, c'est l'organe qui est chargé de… Ce sont des députés qui sont chargés de veiller à la bonne administration de l'Assemblée et à la bonne gestion financière.
C'est quand même assez curieux de confier ça à Éric Wörth, ancien ministre, qui avait reconnu lors de la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy, avoir distribué des dizaines de milliers d'euros en liquide à des salariés de la campagne. Argent qui viendrait probablement de Mouammar Kadhafi, qui est le guide libyen qui avait financé la campagne de Nicolas Sarkozy. Donc finalement, là aussi, on voit que les digues, elles cèdent.
Alors il y a aussi ce discours hallucinant du député Eren, José González, un doyen d'âge de l'Assemblée, visiblement nostalgique de la colonisation. Un discours qui n'a pas semblé choquer la Macronie.
Moi, je trouve qu'on n'en parle pas assez de cette histoire. Ça veut dire que… Il faut quand même se souvenir de ce qu'était l'OAS. C'est une organisation terroriste d'extrême droite qui a lutté contre l'indépendance de l'Algérie en commettant des attentats sur des civils qui ont fait plus de 2000 morts, qui a tenté d'assassiner le général de Gaulle. Je ne sais pas si on se souvient de ce fameux attentat qu'il y a eu aux petits clamards et la balle qui a fini dans la dinde achetée par Yvonne chez Fauchon. Et il faut quand même se souvenir que des généraux proches de l'OAS en 1961 ont tenté de faire un putsch et donc de renverser les institutions de la Ve République.
Donc en 1961, l'OAS a rêvé de rentrer à l'Assemblée. Et 60 ans après les faits, ça se passe quand même avec ce discours du doyen d'âge de l'Assemblée nationale qui s'avère par le hasard à José González, qui est un ancien pied noir dont la famille est partie de l'Algérie après l'indépendance et qui a sa carte au FN, au Front National depuis les années 70, qui est un compagnon de route historique de Jean-Marie Le Pen et qui partage un peu toutes les idées négationnistes et révisionnistes qui ont fait les grandes heures du parti d'extrême droite et de Jean-Marie Le Pen.
Ce symbole d'unité touche l'enfant d'une France d'ailleurs que je suis, arraché à sa terre natale. J'ai laissé là-bas une partie de ma France et beaucoup d'amis. Des crimes en Algérie dans l'armée française, je ne pense pas. Il y a encore moins un crime contre l'humanité. Franchement, je ne suis pas là pour juger si l'OS a commis des crimes. Je ne sais même pas ce que c'était l'OS ou presque pas.
C'est honteux et surtout que ce n'est pas un acte isolé, ce n'est pas un acte spontané. Marine Le Pen avait relu le discours, avait trouvé que c'était un très beau discours, que c'était très digne et républicain, alors qu'en fait, José González réhabilite la colonisation et notamment la colonisation en Algérie et la guerre d'Algérie. Il faut quand même se souvenir qu'il y a eu 250 000 morts pendant cette guerre entre 1954 et 1962, des morts qui étaient en grande partie causées par l'armée française, qui a eu la torture, qui a eu des exactions, des crimes contre l'humanité.
D'ailleurs, Emmanuel Macron, quand en 2017 il s'était rendu en Algérie, avait dit que la colonisation, notamment la colonisation en Algérie, était un crime contre l'humanité.
Il a aussi dit dans le même temps que la France avait eu un rôle positif au sein de cette guerre en Algérie.
Une fabrication française, etc. Aujourd'hui, entendre au perchoir de l'Assemblée, qui est quand même un lieu symbolique, un homme réhabiliter ses crimes et cette abomination, c'est quelque chose de tout à fait honteux et ça s'inscrit dans une dynamique qu'on a en ce moment, enfin qu'on a depuis des années, mais qui s'amplifie de réhabilitation de la colonisation.
Et ça ne vient pas seulement de l'extrême droite. La colonisation est redevenue même tendance au sein de la Macronie.
Alors oui, c'est-à-dire, bon, il faut quand même voir à Perpignan, donc repère de Louis Allieu, ancien compagnon de Marine Le Pen, on a organisé pendant trois jours, très récemment, un colloque pour réhabiliter l'œuvre bienfaitrice de la colonisation. Et puis on a des discours, de toute façon, depuis des années, c'est une sorte d'argument de compagnie, c'est un peu tendance à droite, et la Macronie s'en inspire, de réhabiliter la colonisation. Sarkozy avait fait son discours à Dakar en disant « L'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire ». Fillon avait dit « La colonisation est un partage de culture ».
Alors effectivement, les morts de la ligne de chemin de fer du Congo-Océan, qu'on a fait travailler quasiment en esclavage pour construire une ligne de chemin de fer, après Ciron, on a eu Jean Castex qui disait qu'on ne doit pas regretter la colonisation. Alors qu'il faut quand même se souvenir ce que c'est la colonisation. C'est-à-dire, par exemple, dans des pays comme la Centrafrique, au XXe siècle, c'était de l'esclavage. C'est-à-dire que la France, l'autorité coloniale, faisait venir des compagnies privées qui mettaient les hommes en esclavage, qui les envoyaient travailler dans les champs de coton ou dans les forêts pour récolter de la tête, qui servaient à faire le caoutchouc.
On gardait les femmes et les enfants en otages. C'est-à-dire que si les hommes ne travaillaient pas assez bien, on pouvait s'en prendre aux femmes et aux enfants. Il y a des histoires. Par exemple, le père de Jean-Bédel Bocassa, le fameux empereur qui aurait donné des diamants à Giscard, avait été exécuté en place publique par les Français parce qu'il s'était révolté contre cette administration coloniale qui était esclavagiste. Dans les années 50, au Cameroun, il y a eu, on n'en parle jamais, mais il y a eu une terrible répression de l'armée française contre les indépendantistes camerounais de l'UPC. Théophile peut en parler mieux que moi. Ou c'est notre Vietnam à nous.
C'est-à-dire qu'on balançait du napalm sur les forêts camerounaises. On coupait la tête des insurgés camerounais. Alors aujourd'hui, réhabiliter la colonisation comme le fait l'extrême droite et même comme a tendance à le faire la Macronie, c'est non-honte. C'est non-honte absolue. Moi, je pense que de toute façon, de fait, les gens qui ont connu la colonisation sont soit vieux, soit morts. Alors pourquoi cette réhabilitation se fait ?
Ça veut dire qu'il est question d'opposer les Français issus de l'Empire aux Français, entre guillemets, de souche et aux autres, en essayant subtilement de réinstaller le logiciel de l'inégalité structurelle des ethnies ou des races, entre guillemets, parce que quelque part, quel était le projet politique de l'OAS ? C'était de créer une Afrique du Sud en Algérie, c'est-à-dire un régime d'apartheid où les droits politiques des indigènes, entre guillemets, seraient limités. Mais l'apartheid, c'est ce qu'il voulait faire. Au milieu du XXe siècle, il voulait créer l'apartheid, un régime d'apartheid à quelques centaines de kilomètres de l'Europe.
Il voulait consolider et faire une république indépendante sur le sud de l'apartheid. L'exemple, c'est vraiment l'Afrique du Sud où les africaners, après la polonisation, se sont saisis de l'Afrique du Sud pour en faire un régime d'apartheid. Et ça veut dire que la France aurait été une sorte de Portugal, c'est-à-dire de pays refusant de prendre acte des temps nouveaux et créant une sorte de république annexe où le racisme aurait été fondamental. Et aujourd'hui, tous ceux qui regrettent cette période, quelque part, essayent d'envoyer un message contemporain, c'est-à-dire un message d'inégalité des citoyens devant la République.
L'idée, à mon avis, ce n'est pas de s'adresser aux Algériens d'Algérie, mais de s'adresser aux Français d'origine algérienne et aux descendants de la coloniale, pour leur dire « tenez-vous à carreau, vous êtes particulier ». Et effectivement, ça rejoint toutes les théories sur le séparatisme et toutes les théories sur l'islamo-gauchisme qui visent à délégitimer politiquement une catégorie de Français, à les mettre à la marge, à considérer même comme douteux toute formation politique qui se nourrirait de leur suffrage.
Pour moi, il y a un continuum entre ces temps-là, ce temps où on espérait construire une république d'apartheid en Algérie, et les temps que nous vivons aujourd'hui, où certains n'ont pas renoncé manifestement à enfermer une partie de la communauté nationale dans un ghetto. Et c'est très vrai. Et il y a quelque chose de très curieux dans le même temps macroniste, c'est-à-dire qu'on laisse un député RN faire son discours révisionniste à l'Assemblée nationale, faire l'apologie d'une organisation terroriste. Il y a même certains applaudissements qui ont fusé, en tout cas des bancs de la droite, peut-être des bancs macronistes. On va dire qu'il n'avait pas bien entendu.
On va dire qu'il n'avait pas bien entendu, mais il y a quand même quelque chose d'assez surprenant, c'est qu'Emmanuel Macron est quand même fortement suspecté d'avoir, en 2017, cherché des financements pour sa campagne électorale, donc des financements occultes, en Algérie, auprès d'oligarques algériens. Il y a eu quand même certaines enquêtes, notamment, qui ont été faites, et on a pu prouver qu'un personnage aussi sulfureux qu'Alexandre Djouri, un très proche des réseaux sarkozistes, avait pu être le facilitateur de ce financement, puisque Emmanuel Macron était un peu bloqué. Il se trouvait qu'à l'époque, il n'était pas le favori de l'élection présidentielle.
Il y avait François Fillon qui était encore là, avant que l'affaire de Pélémoc ne survienne. Et les banques ne voulaient pas prêter d'argent à Emmanuel Macron. Donc Emmanuel Macron avait besoin d'argent frais pour financer sa campagne. Et c'est vrai qu'il a fait un certain nombre de voyages en Algérie et qu'Alexandre Benalla en a fait encore plus. Et que c'est dans ce cadre-là que s'est dégroulée cette fameuse déclaration. Il disait que la colonisation était un crime contre l'humanité. Alors que, est-ce que finalement, cette déclaration-là était une sorte de posture pour pouvoir récupérer l'argent liquide des oligarques algériens ?
En tout cas, il y a un certain nombre de faisceaux d'indices qui tendraient à le prouver. Et ce qui est quand même assez curieux, c'est que la justice ne semble pas pressée d'enquêter sur cette affaire, comme elle le fait actuellement sur le financement occulte de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy par le guide libyen.
Emmanuel Macron est allé chercher de l'argent dans le grenier de la France. C'est comme ça qu'on a appelé « se réaler ». Merci pour le conditionnel. Une enquête est en cours, notamment celle qui est réalisée par Yanis de « Off Investigation ». Et dernier événement aussi en date. On rappelle qu'il y a eu un repas de rupture du jeune qui a été célébré et consacré à Emmanuel Macron, en tout cas à l'élection d'Emmanuel Macron. Donc la mosquée de Paris a appelé à voter pour Emmanuel Macron, la mosquée de Paris qui dépend du gouvernement algérien. Oui, était au fil du coup de l'été.
L'hypocrisie est monumentale. C'est-à-dire que ceux qui ont fait voter la loi contre le séparatisme violent eux-mêmes les dispositions qu'ils ont prises, comme si finalement les mauvais musulmans étaient musulmans qui ne votaient pas pour eux. Mais enfin, c'est assez curieux, mais ce n'est pas étonnant en même temps.
Et une violation du principe de laïcité aussi au passage. Et j'aimerais aussi ajouter, puisque tu disais effectivement que ceux qui ont pris part à la guerre d'Algérie sont morts. Il y en a encore qui sont vivants, qui ne sont pas mous. On pourrait citer Jean-Marie Le Pen pour des grandes figures connues, mais on peut aussi parler de nos parents, de nos grands-parents qui sont encore là. Et nous sommes les héritiers de cette colonisation et de cette guerre qui est à l'as bien vivante dans la mémoire collective, puisqu'il y a ces silences, ces non-dits qui sont posés sur cette histoire.
Et si je peux recommander une lecture sur ce sujet, justement sur cette transmission transgénérationnelle, ces traumas dont on hérite de cette guerre. Alors nous, on a plus hérité du côté de tous ces morts qui sont du côté des civils. Du côté de Macron, c'est plus du côté apparemment des oppresseurs. Révolte postcoloniale au cœur de l'Hexagone, écrit par la psychologue Malika Mansouri, qui éclaire vraiment tout ce qui se dit et se joue en ce moment même au sein de l'Assemblée nationale à travers ce discours. Un autre sujet qui n'a pas fait l'une des médias, c'est le drame qui s'est déroulé au Maroc, à la frontière avec l'enclave espagnole de Mélila.
Un drame où 23 migrants sont morts dans des conditions atroces.
C'est terrible. Et puis le silence est encore plus terrible en fait que les faits. C'est-à-dire, effectivement, il y a deux résidus coloniaux, parce que c'est plus des résidus coloniaux que des enclaves espagnoles au Maroc, Ciutat et Mélila. Effectivement, des exilés qui passent par le Maroc, qui viennent souvent d'Afrique de l'Ouest, tentent très régulièrement de franchir les barbelés et les enceintes pour pénétrer dans l'enclave espagnol et tenter de demander asile en Europe. Et là, ce qui s'est passé, c'est qu'il y a eu des tirs de gaz lacrymogènes contre ces migrants qui sont accrochés au criage, qui sont tombés, que la police marocaine a laissé mourir sans soin.
Et donc, effectivement, les images ont heurté le monde, mais pas le premier ministre espagnol, qui est pourtant premier ministre socialiste. Alors, peut-être que Judas était socialiste, mais après Manuel Valls, qui a renvoyé Léonarda dans son pays d'origine, on a Pedro Sánchez, qui a déclaré que c'était un assaut contre l'intégrité territoriale de l'Espagne. Alors que c'était juste des damnés de la terre qui essayaient d'aller vers une vie meilleure. Ce drame migratoire qui est complètement oublié et dans lequel, on oublie souvent, on a notre part de responsabilité.
Déjà, on a notre part de responsabilité pour avoir endigué le développement de l'Afrique en imposant des accords commerciaux inéquitables, en faisant ce qu'on appelait avec le FMI, les programmes d'ajustement structurel. Ça veut dire en demandant aux pays d'Africains de faire des coupes dans leurs dépenses publiques au début des années 90, qui a appauvri des pays entiers, a provoqué des guerres. Par exemple, ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire, en Rwanda, est en partie, pas seulement, mais en partie due à ces programmes d'ajustement structurel du FMI.
Et puis, évidemment, dans le cadre de la lutte contre les médiations que vous connaissez, c'est-à-dire l'Europe déverse des centaines de milliers d'euros pour arrêter les migrants, pour confier le soin à d'autres pays d'arrêter les migrants. C'est le cas, par exemple, au Maroc. On a donné 270 millions d'euros depuis 2008 pour que la police marocaine fasse le sale boulot et arrête des migrants. Mais c'est le cas aussi, c'est encore plus controversé.
Par exemple, en Libye, où on a financé des milices, des mafias, pour que ces mêmes mafias qui faisaient passer les migrants, pour que ces mafias arrêtent de faire passer les migrants et les gardent en Libye avec les conditions qu'on connaît de torture, d'esclavage, et tout ça au frais du contribuable européen. On avait même, c'est très loin de la Méditerranée, mais à la limite, plus c'est loin du regard de la ménagère de 50 ans et des associations comme SOS Méditerranée, mieux c'est.
On a même financé des milices soudanaises, des milices du Jean-Javid, qui, dans les années 2000, ont été accusés de crise contre l'humanité, pour arrêter de manière manu-militarie les migrants qui venaient de la corne de l'Afrique, de l'Érythrée, de la Somalie. Et on a même enrichi ces milices, puisque aujourd'hui, le chef de ces milices, Emeti, c'est le vice-président du Soudan qui a fait un coup d'État et qui est le véritable homme fort du Soudan. Plus ils sont loin et plus ils ne nous ressemblent pas aussi. Et plus ils ne nous ressemblent pas, et plus on peut se permettre des choses. Par exemple, on a déplacé le problème.
C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il y a plus de morts dans le Sahara que dans la Méditerranée. C'est juste qu'on a fait en sorte que ça se loue des regards, ça se loue des caméras de télévision et des dizaines de milliers de personnes continuent à mourir dans des conditions atroces, un meurtre de soif, par exemple, dans le Sahara. Et ça n'a pas ému ici, et ça contribue aussi à la séparation, à l'amertume post-coloniale et au problème de demain. Et ce qui est aussi frappant, c'est l'assimilation quasiment nette des migrants, des exilés, des terroristes.
C'est-à-dire aujourd'hui, quand on parle d'assaut, on les décrit quasiment comme des militaires, des envahisseurs armés qui veulent monter sur l'Europe. Et quelque part, on nourrit des fantasmes dont se servira, une fois de plus, l'extrême droite. On oublie, on refuse d'analyser les causes des migrations qui sont claires pourtant. C'est-à-dire que quand tu importes tout ce que tu... Quand tu importes ta production, tu exportes ta population. C'est le cas dans ces pays. Aujourd'hui, quand vous êtes un pêcheur au Sénégal, Sénégal qui est un pays proche de la France, historiquement, un pêcheur au Sénégal, il ne trouve plus de poissons parce que, merci les lois...
Merci les accords avec l'Union européenne, les bateaux européens et même les bateaux chinois peuvent aller pêcher vraiment très près des côtes. Et donc, du coup, les enfants des pêcheurs qui n'ont plus de revenus, ils viennent en Europe. Et la pression, à mon avis, augmente et augmentera avec la guerre en Ukraine qui sera une catastrophe beaucoup plus pour l'Afrique que pour l'Europe. Parce que quand on a pensé aux embargos ou à toutes les décisions et les sanctions qu'on a mises en place, bien entendu, il n'y a jamais eu de service après-vente pour les pays qui n'ont pas atteint l'équilibre, l'autosuffisance alimentaire en Afrique.
Et ces pays ont commencé à payer le prix fort et vont continuer à payer le prix fort. Alors, quand vous voyez que la vie devient de plus en plus dure pour vos parents, l'acte héroïque d'un post-adolescent, de quelqu'un qui veut exister, oui, c'est l'immigration. Émigrer pour pouvoir rapporter de l'argent à sa famille et lui éviter de mourir de faim, de se porter en héros au détriment peut-être de sa vie. Et c'est pour cela que les Européens que nous sommes, en fait, on n'a aucune leçon à donner à ces gens qui, justement, pour pouvoir maintenir un semblant de dignité pour les leurs, sont prêts à mourir dans la Méditerranée.
Des gens qui ont le confort, les revenus, la sécurité de l'emploi et même les indemnités quand ils sont au chômage, devraient pouvoir comprendre par la sensibilité le désir de classe moyenne de cette jeunesse qui se noie dans la Méditerranée ou bien qui meurent comme ça à Mélila. Mais bon, il faut déshumaniser. Il faut déshumaniser pour pouvoir réprimer avec le cœur léger. Et c'est dans cette déshumanisation qu'on présente désormais ces migrants comme des militaires, des envahisseurs qui veulent voler, prendre d'assaut notre pays et voler ses richesses, etc.
Et effectivement, le comportement des dirigeants de centre-gauche, de centre-droite, de droite, alimente le logiciel de l'extrême droite. Après, il ne faudra pas s'étonner.
Ça permet de ne pas pointer, de ne pas interroger ses responsabilités.
On va de plus en plus loin dans les mesures sur l'accueil des exilés, notamment des demandes à l'asile. Par exemple, le Royaume-Uni a fait quand même quelque chose d'assez nouveau et inquiétant. C'est-à-dire qu'ils ont passé un accord avec le Rwanda en disant le temps que les migrants demandent l'asile, on va vous envoyer au Rwanda en attendant qu'on vous donne une réponse positive ou négative. Et si vous êtes accepté, vous pourrez rejoindre le Royaume-Uni. Et si votre demande d'asile est refusée, vous resterez au Rwanda où vous irez où bon vous semble.
Et il faut se souvenir qu'Emmanuel Macron avait tenté de faire la même chose au début de son précédent quinquennat en essayant d'établir ce qu'on appelait des hotspots, c'est-à-dire des points de demandeurs d'asile au Niger et au Tchad. Moi, à mon avis, il ne serait pas surprenant que dans les années à venir, on ait une proposition de loi qui propose de délocaliser un peu les demandeurs d'asile, de les mettre dans un autre pays avec moins de droits, pas de possibilité de recours. Et puis, évidemment, il n'y aurait pas à les expulser une fois qu'on leur aurait dit non. Heureusement... On les expulse vers un pays cher. Voilà, vers un pays cher.
La Cour européenne des droits de l'homme a suspendu la délocalisation des migrants qui posent la demande d'asile au Royaume-Uni vers le Rwanda. Ça a été suspendu à la dernière minute alors que les avions étaient déjà prêts à partir. Mais on ne sait pas ce que ça pourrait vraiment donner des idées à Emmanuel Macron, à Gérald Darmanin qui... L'imagination est au pouvoir quand il s'agit de refouler les demandeurs d'asile et les priver de leurs droits.
Théophile, tu voulais ajouter quelque chose avant de conclure cette édition ?
Non, tout juste que finalement, la question qui se pose, c'est civilisation ou barbarie. On a l'impression que les désespérés qui essayent de rejoindre l'Europe sont des barbares. Mais la barbarie se trouve du côté des encravatés qui construisent médiatiquement y compris cette figure du sous-humain, de l'extra-humain, de l'infra-humain, du gueux dont la vie finalement n'a pas beaucoup d'importance. Et il faudrait aussi regarder tout ça avec les yeux de ces gens.
quand ils voient ce qu'on est capable de faire pour les refouler jusqu'où on est capable d'aller dans la négation de leur humanité et qu'ils voient le traitement qui est fait par exemple aux Ukrainiens qui arrivent en Europe, tout ça alimente la défiance, l'amertume, la rage et aussi une distanciation. Et même dans cette guerre en Ukraine, l'Occident finit seul parce qu'il affirme des valeurs qu'il ne pratique pas.
et quand face à Vladimir Poutine en Ukraine il dit défendre ce qui est réel c'est-à-dire l'indépendance d'un pays, personne ne le croit parce que par ailleurs l'indépendance des autres pays il ne s'en préoccupe pas, la dignité des autres personnes forcées à émigrer il ne s'en préoccupe pas.
Il est même nostalgique aussi justement
de la colonisation. Cette figure de Sous-Humain que tu décris si bien elle est finalement héritière de la colonisation, cette colonisation qu'on veut réhabiliter. Sartre disait que l'enfer c'est les autres mais je crois que la colonisation c'est l'enfer que l'Europe a apporté aux autres et ça on l'oublie souvent et ça ne s'est jamais fini puisque avec ces migrants qu'on traite comme des Sous-Humains, avec cette France-Afrique qui continue à exister, on perpétue d'une certaine manière la colonisation et c'est peut-être pour ça qu'on en fait la promotion à l'Assemblée nationale.
Exactement, l'histoire se répète. Hélas, Théophile, Thomas, merci de décrypter l'information comme on ne le voit dans aucune chaîne mainstream, au contraire dans certaines chaînes on reçoit même des éditorialistes, des chroniqueurs ou des personnes politiques qui appellent à tirer sur ces migrants. Donc merci de les réhumaniser comme vous le faites. Voilà, c'est la fin de cette édition. On rappelle que notre campagne d'abonnement est toujours en cours, objectif 15 000 abonnés à la rentrée en vue de financer nos nouvelles ambitions, notamment l'émission du soir qui s'appellera Toujours debout et d'autres innovations dont on vous parlera durant cet été. Restez connectés aux médias.