L'interview d'Eric Coquerel, député LFI et président de la Commission des Finances
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
On est avec Eric Coquerel, bonjour, vous êtes député de la France Insoumise et puis vous êtes surtout le président de la commission des finances de l'Assemblée Nationale. C'est vous qui avez le premier examiné ce budget et finalement tout ça pour ça, des heures et des heures de débat, des nuits même de débat sur le budget. Et voilà que le Premier ministre l'avoue à demi-mot, il utilisera le 49-3.
Alors en fait il l'avait quand même déjà dit et moi je pense que ça doit se finir comme ça pour de bonnes raisons. Et les débats à l'Assemblée l'ont encore plus montré, non seulement il n'a pas de majorité mais son camp est en déroute. C'est-à-dire qu'on a assisté pendant des jours et des jours à des débats à l'Assemblée où il faut bien se rendre compte que le camp Barnier, les macronistes, les gens des Républicains, ils étaient entre 15 et 30 dans l'hémicycle pour défendre le texte.
C'est-à-dire qu'en réalité l'affrontement ça a été entre...
Il n'y a pas de soldats quoi. Ah mais il n'y a personne. Moi l'image que j'utilise c'est que c'est une armée en déroute.
Voilà c'est ce que je pense. Et quand une armée est en déroute, en général pour le chef, et là je parle d'Emmanuel Macron, ça se termine en exil. Donc l'exil ça peut être la démission à terme.
Donc le 49-3 est sa seule solution. Le seul problème c'est que pour lui, mais c'est aussi sur quoi je compte depuis le début, c'est qu'il y a une motion de censure derrière. Et que là rien ne dit que la motion de censure déposée par le Nouveau Populaire ne sera pas également adoptée, votée par le RN.
C'est à mon avis le scénario le plus probable. On va réexpliquer ce que c'est effectivement que la procédure. C'est-à-dire que s'il voit qu'il n'y a pas de majorité pour voter son budget, il peut procéder ce qu'on appelle à un vote bloqué.
C'est-à-dire soit vous adoptez le budget, soit je démissionne, sauf que derrière vous avez la possibilité, vous député, de déposer une motion de censure, ce que vous ferez dans la foulée. La question ensuite c'est est-ce qu'il y a une majorité dans l'hémicycle pour voter cette motion de censure et donc destituer le gouvernement ? C'est entre les mains du RN qui commence à laisser entendre qu'il pourrait la voter cette motion de censure.
On a assisté, bien comprendre aussi, pendant tout ce débat parlementaire, vous le savez, on a fait ce que moi je prévoyais, c'est-à-dire qu'on a rendu ce budget, entre guillemets, NFP compatible. C'est-à-dire qu'on a voté 75 milliards de recettes, on allait en prendre aux ultra-riches, aux très grandes entreprises, on a fait des dépenses comme par exemple annuler la taxe électricité. Bref, on a rendu ce budget compatible avec notre programme gouvernemental.
Et ceux qui ont, pour l'instant, soutenu à bout de bras le gouvernement Barnier, c'est le Rassemblement National. Par exemple, ils ont refusé de voter la suppression de l'ISF. Par exemple, ils ont voté à la fin contre ce budget, parce qu'on a eu un paradoxe, puisque le camp de M.
Barnier a voté contre son propre budget qui a été rejeté, parce que tellement il a été transformé par nous, et le Rassemblement National les a aidés. Pour l'instant c'est ça. Mais moi je ne suis pas sûr que ça va aller jusqu'au bout.
Vous voulez dire que c'est un peu la corde du pendu ? C'est-à-dire que pour l'instant ils tiennent ce gouvernement, mais ils en précipiteront la chute. Est-ce que le réquisitoire à l'encontre de Marine Le Pen peut aussi précipiter ce scénario ?
Je pense que ça peut accélérer les choses, parce qu'on voit bien le caractère, en plus avec éventuellement le caractère exécutoire, qui pose des problèmes par ailleurs. Ça veut dire que si le jugement qui sera prononcé au printemps suivait les réquisitions du parquet, c'est-à-dire appliquait effectivement cette inéligibilité à application immédiate, Marine Le Pen a tout intérêt à accélérer ? Voilà.
Accélérer la crise, accélérer les événements. Parce que moi, ce que je crois derrière, c'est une motion de censure, c'est que je vois mal Emmanuel Macron remettre un gouvernement Barnier-Bis, il aura le même problème. Alors la solution ça serait un gouvernement NFP, mais je doute qu'il le veuille, nous c'est ce qu'on va exiger, ce serait compatible avec...
Vous auriez le même problème, c'est-à-dire que vous pourriez aussi faire quelques mois comme Michel Barnier, mais vous finiriez aussi par tomber. Peut-être, mais sauf que ce qu'on a montré à l'Assemblée quand même, c'est que nous disions depuis le départ que nous avions le groupe le plus costaud, le plus fort, le plus nombreux et le plus homogène. Oui, mais pas suffisant.
Vos soldats seraient là. Mais c'est quand même mieux que de l'armée en déroute, comme mon avis. Oui, enfin à la fin, ça va donner le même résultat.
Moi, je veux bien que ce soit avec plus de panache. Je pense qu'Emmanuel Macron aurait dû respecter les suffrages diversels. Mais moi, ce qui m'intéresse, c'est ce qu'il va faire.
Je doute qu'il le fasse. Mais dans ces cas-là, c'est lui le fusible. C'est lui qui bloque la situation.
Et il la bloque, y compris maintenant de plus en plus vis-à-vis de son camp. Ce que vous êtes en train de nous dire ce matin sur RMC-Éric Coquerel, c'est que cette annonce de Michel Barnier de l'utilisation d'un 49-3 pourrait en réalité être la précipitation d'une nouvelle crise politique dont on n'est finalement pas sortis, mais avec carrément, là, des nouvelles présidentielles et une démission d'Emmanuel Macron. Avec la remise en question de celui qui nous a mis, qui a mis le pays dans cette situation et qui est aujourd'hui le point de blocage, y compris pour ses propres amis.
Il suffit d'écouter ce qui se dit dans les travées de l'Assemblée. Je vous assure qu'il n'y a plus beaucoup de partisans. Ça veut dire quoi, ça ?
Ça veut dire que les quelques-uns qui sont là, les macronistes, ils ne croient plus du tout en Macron ? Ah, ça c'est clair. Ça c'est sûr.
D'ailleurs, la preuve, c'est que tout est désert. Ils ne croient ni en Barnier, ils ne sont pas unis autour de Michel Barnier, et ils ne croient pas en Macron. Ça fait beaucoup.
Et donc, le fusil maintenant qui peut sauter pour permettre, y compris, j'allais dire, aux pays de sortir de la situation, c'est de retourner devant le peuple et à via des élections présidentielles. En tout cas, c'est un scénario possible. Et moi, je pense que nous, c'est ce qu'on escompte.
Je le dis très clairement. On veut pousser à cette situation parce qu'aujourd'hui, on voit bien que tout ça ne fonctionne plus, tout ça ne marche plus. Le peuple n'est pas écouté.
Et c'est Emmanuel Macron qui en est le responsable premier en ayant décidé la dissolution, en ne respectant pas le suffrage universel. Donc, à un moment donné, s'il doit y avoir un retour devant le peuple, c'est les présidentielles. Ce n'est pas, par exemple, la question d'une législative.
De toute façon, elle ne peut pas avoir lieu avant un an. Est-ce que ça veut dire, Éric Coquerel, qu'à partir d'aujourd'hui, ces débats qui ont lieu et qui continuent quand même à avoir lieu ? Parce que certes, le volet recettes est derrière vous.
Le volet dépenses est en train d'être discuté. C'est des discussions pour du beurre. Non.
Non, parce qu'on aura fait quand même une démonstration. Je le crois. Je l'écoute dans ce que les gens nous disent.
Vous savez, je circule pas mal dans ma circonscription, en métro, etc. Donc, j'ai quand même un contact. Les gens suivent ce qui se passe.
Par exemple, ils ont suivi le fait qu'on a fait voter une politique qui permet, avec des recettes, de faire baisser le déficit. C'est ce qui s'est passé de l'avion même du gouvernement avec la copie que nous avons rendue transformée avant qu'ils ne votent contre. Donc, ils ont suivi que finalement, il y a un vrai débat autour de la question du budget sur quel type d'économie nous voulons.
Est-ce qu'on veut favoriser les revenus comme on l'a fait du capital, les ultra-riches ? Ou alors, est-ce qu'on veut redistribuer cette richesse pour assurer la transition écologique, pour réduire les déficits ? Ça, je crois qu'il y a eu quand même...
C'était une leçon de pédagogie. Maintenant, tout ça peut précipiter la crise et c'est aussi à ça que ça sert. Et donc, ça a aussi une utilité.
Vous êtes député, député de Seine-Saint-Denis. Le match, hier, vous n'y étiez pas ? Non, j'étais en train de...
Un rassemblement opposé à ce match. Un rassemblement opposé à ce match. Mais finalement, il s'est tenu, il s'est bien tenu.
Est-ce que ce n'était pas l'honneur de la France ? Il s'est tenu devant des...
Avec un boycott populaire, parce que c'est la plus petite affluence d'un match de football. Tout à fait. Le stade était au trois quarts vide.
Voilà. Non, non, je pense que ce n'est pas l'honneur de la France. D'ailleurs, je constate que même dans les...
Vous parlez d'échauffourer, manifestement, il y a eu des échauffourer de supporters qui étaient d'abord surtout des supporters de M. Netanyahou qui se sont comportés...
Il y avait 200 à peu près supporters. Oui, oui. J'ai vu les images comme vous sur Internet, etc.
Ils n'ont pas été très tendres avec certains supporters français, il faut le noter. J'ai écouté aussi des réactions qui n'étaient pas des réactions de supporters de foot, mais qui étaient plutôt l'exaltation, encore une fois, je le précise, de la politique de M. Netanyahou.
D'accord ? Donc c'était plutôt ça de ce que je disais. Mais les Français ont boycotté ce match.
Donc ça, le boycott populaire. Moi, ce qui me pose le plus gros problème, je vais vous dire, c'est le fait qu'au moment où on a un match qui nous oppose à un pays, à un gouvernement, qui est en train de commettre...
Un pays ou un gouvernement ? C'est ça le problème quand même, non ? Mais oui, mais vous voyez bien la difficulté.
Moi, je pense que je suis pour le fait qu'Israël puisse vivre dans des frontières reconnues. Donc ce que je conteste par-dessus tout aujourd'hui, c'est la politique d'un gouvernement d'extrême droite qui est celui de M. Netanyahou et qui poursuit une guerre, qui est celle aujourd'hui d'un génocide à Gaza, une colonisation en Cisjordanie, d'une agression du Liban, et même qui s'en prend même aux intérêts français avec des gendarmes arrêtés.
C'est ça que je conteste. Et dans ce cadre-là, je trouve incroyable que M. Macron, M.
Barnier, les deux anciens prédents de la République, aient cru bon envoyer un signal en allant à ce match que M. Netanyahou ne peut pas comprendre autrement que finalement la France peut toujours parler, elle regarde ailleurs et même elle vient apporter son soutien à travers ce match. Ça, je crois que c'est complètement déconnecté de ce que pense le pays.
Vous, à la même heure, vous étiez effectivement, vous le disiez, à un rassemblement. À ce rassemblement, il y avait à côté de vous, on le voit sur les images, Elias Dimzalen, qui est un activiste sur la cause palestinienne, qui a appelé à l'intifada dans Paris, qui d'ailleurs depuis a été poursuivie pour cette question-là. Ça ne vous pose pas de problème ?
Ça ne vous met pas mal à l'aise ? Je n'ai pas vu que j'étais à côté de cette personne. Vous n'avez pas vu, il était à un mètre de vous, franchement pas loin.
Je ne le connais pas, je suis désolé. Vous ne le connaissez pas ? À ce moment-là, je vais regarder les images de foot que vous avez hier.
Et je vais vous dire, dans le stade, il y avait Emmanuel Macron à côté d'activistes, avec qui Israël vivra, Israël vivra, qui sont des activistes extrêmes droits. Je ne vous crois pas si naïf. Je ne vous crois pas si naïf.
Vous voulez me faire dire quelque chose ? Je pense que c'est un slogan qui n'a pas de sens. Voilà, je vous le dis, une tifada à Paris.
Mais par ailleurs, surtout, ce que je constate...
Qui n'a pas de sens ? Non, qui n'a pas de sens. Une tifada à Paris n'a pas de sens.
C'est que ça n'a pas de sens, ou c'est même que ce n'est pas seulement une question de sens, c'est que c'est un appel à la révolte ? Le malade ne me la faisait pas comme ça. Je vous dis qu'il n'a pas de sens.
Voilà, c'est tout ce que je vous dis. Je vous dis que le problème majeur, ce n'était pas le fait qu'éventuellement ce manifestant soit dans un rassemblement...
Non, mais il n'est pas dans un rassemblement. Je vous demande pardon, il n'est pas dans un rassemblement. Il est sur la scène avec vous.
Oui, peut-être. Il n'est pas obligé de la scène, il n'est pas là. Mais mon problème n'est pas là, mon problème majeur, il est le fait qu'il y a...
Moi, ça me pose quand même une question. Moi, je vous réponds, le problème majeur, c'est qu'il y a un match de football qui soit organisé au Stade de France, dans un stade où on a essayé de faire en sorte que le public n'y était pas et qu'il nous oppose, avec des officiels français, un gouvernement qui est en train de commettre un génocide. Moi, c'est ça qui me pose le plus de problèmes, et avec un stade dans lequel il y avait des militants d'extrême droite israéliens, d'ailleurs, auxquels vous avez donné la parole hier.
Mais vous ne faites pas plus attention la prochaine fois que vous me...
Vous avez donné la parole hier BFM, comme si c'était des supporters normaux, alors que c'était des supporters d'extrême droite israéliens. Vous voyez, c'est ça qui me pose le plus de problèmes. Vous êtes dans le plan sur RMC, mais...
Non, mais puisque vous me parlez d'amalgame, je vais vous en faire...
Mais Éric Coquerel, je trouve juste...
Dans la manière dont vous traitez l'information à ce sujet-là. Je trouve quand même que votre réponse est un peu naïve, puisque vous étiez trois sur la scène et il est assis à littéralement 1m50 de vous. D'accord.
Et alors, c'est quoi le problème ? Je vous pose juste...
Pour vous, ça ne vous pose aucun problème. Que vous dites que dans une manifestation...
Pour vous, ça ne vous pose aucun problème. Mais dans une manifestation qui a lieu sur un thème, vous savez, et ce n'est pas nouveau, vous n'êtes pas forcément à côté de toutes les personnes avec qui vous êtes d'accord, sur tel ou tel sujet. Moi, j'ai manifesté, par exemple, je vais vous dire une chose.
Vous n'êtes pas à ce moment-là juste dans...
J'ai manifesté en soutien aux Kurdes à Paris, par exemple. Il n'y avait pas très loin M. Retailleau qui était là.
D'accord ? Il y avait des gens avec qui je n'ai aucun, c'était il y a quelques années. Est-ce qu'on va m'interroger en me disant...
Vous comparez...
M. Coquerel, attention, vous avez M. Retailleau.
Vous comparez un activiste qui appelle à l'intifada dans les rues de Paris...
Avec M. Retailleau ? Avec M.
Retailleau ? Je pense que cette personne n'est certainement plus respectable vis-à-vis ce que M. Retailleau sort aujourd'hui, qui emprunte à l'extrême droite beaucoup de son vocabulaire raciste, etc., bien sûr.
Plus respectable ? Oui, oui, oui. Vous vous enquêterez, je vous recommande.
Mais peut-être. Le contraire de l'express est du point de l'enfer. Vous me dites ça, je ne le...
Oui, d'accord, ok. Ça, c'est des références, vous avez raison. Le point, oui, bien sûr, c'est des références par rapport à des enquêtes.
Et pas du tout biaisées, pas du tout subjectives. C'est effectivement, en tout cas, votre point de vue, Eric Coquerel. Merci d'être venu répondre à mes questions ce matin.
Vous êtes député de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis et président de la Commission des Finances à l'Assemblée Nationale. Il est...
Éric Coquerel