Geoffroy Roux de Bézieux, président du MEDEF - 04/04
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 65 %Attaque 10 %Défensif 25 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 89 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:28OuverteRéponse directe
À quoi va servir cette réunion ? Et on compte un peu sur vous pour nous dire qu'est-ce que vous allez expliquer justement à Elisabeth Borne.
- 2:27RelanceÉludée
Mais est-ce que demain, vous allez lui dire... D'abord, ça va durer très peu de temps.
- 2:58FerméeÉludée
Mais est-ce que vous allez quand même dire à la première ministre est-ce qu'on peut imaginer de mettre sur pause ?
- 3:37RelanceRéponse directe
S'il y avait un compromis, même si c'est un peu illusoire, s'il y avait un compromis, vous vous dites, on pourrait mettre sur pause le temps de trouver un compromis.
- 3:54FerméeRéponse partielle
Donc, vous êtes contre la médiation, hein ?
- 4:16OuverteRéponse directe
Mais qu'est-ce que vous attendez du Conseil constitutionnel ? À votre avis, ça va passer ? Est-ce que vous avez un pronostic ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:35Invité politiquePromesse
« nous, on soutient cette réforme. »
- 0:44Invité politiqueFait
« Elle est imparfaite, elle est douloureuse pour ceux qui vont la subir. Mais elle est indispensable pour l'équilibre du régime des retraites. »
- 0:57Invité politiqueFait
« Je signale que c'est la première fois depuis 1945 que pendant des manifestations, et tout en continuant à manifester, les syndicats et le patronat ont négocié, ont trouvé un accord qui n'était pas facile sur le partage de la valeur. »
- 1:07Invité politiquePromesse
« Cet accord, il est prêt à être transposé. »
- 1:27Invité politiqueFait
« C'est-à-dire que ce système où on reçoit des instructions, des lettres de cadrage qui nous disent « Vous avez trois semaines pour négocier sur tel ou tel point », on nous indique le point d'arrivée, ça ne marche plus. »
- 1:42Invité politiqueFait
« On a mis sept mois. Alors, sept mois, c'est long. Mais au moins, on a un accord équilibré à la fin. »
- 1:49Invité politiquePromesse
« On est prêt à discuter de l'emploi des seniors. On est prêt à discuter du travail, puisqu'il y a un projet de loi de travail. »
- 3:08Invité politiqueFait
« La réforme, elle est votée. »
- 3:25Invité politiqueFait
« S'il y avait une porte de sortie, si d'un côté ou de l'autre, il y avait une solution de compromis. »
- 4:07Invité politiqueFait
« Il y a une inter-syndicale qui a la même position, c'est le retrait de l'âge légal. Or, sans âge légal, il n'y a plus de réforme. »
- 5:30Invité politiqueFait
« Je pense que, oui, on aurait pu mieux faire. On aurait pu mieux faire en pédagogie. On aurait pu mieux faire, c'est sûr. »
- 5:35Invité politiqueFait
« Mais, soyons lucides, retarder l'âge de la retraite, dans tous les pays occidentaux, dans tous les pays de l'OCDE, c'est compliqué. »
- 5:50Invité politiqueFait
« Nous, on a la tradition, si j'ose dire, des manifs, mais tous les pays qui ont réformé l'âge de la retraite, enfin, qui ont repoussé l'âge de la retraite, les gouvernements ont perdu les élections dans la foulée. »
- 6:50Invité politiqueChiffre
« C'est 10 milliards par an. »
- 6:56Invité politiqueFait
« Et quand on augmente ce que personne ne dit, ou du moins ce qu'on n'exprime pas assez, c'est quand on augmente la quantité de travail en France et le nombre de gens qui travaillent, il y a toute une série de recettes fiscales qui rentrent. »
- 8:01Invité politiqueChiffre
« On a créé 1,5 million d'emplois. »
Temps de parole
- Invité politique74 %
- Présentateur26 %
≈ 4,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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BFM Business présente Edwige Chevrion, la grande interview.
Bonsoir à tous, bienvenue dans cette grande interview. Notre invité ce soir, c'est Geoffroy Roudbézieux, le président du MEDEF. Bonsoir Geoffroy Roudbézieux. Bonsoir. Merci d'être avec nous. Demain, vous êtes reçu avec les autres syndicats patronaux. Vous êtes reçu par Elisabeth Borne. Avant, ça sera l'intersyndicale. Aujourd'hui, c'était les partis politiques. À quoi va servir cette réunion ? Et on compte un peu sur vous pour nous dire qu'est-ce que vous allez expliquer justement à Elisabeth Borne.
D'abord, on lui dira que nous, on soutient cette réforme. Elle est imparfaite, elle est douloureuse pour ceux qui vont la subir. Mais elle est indispensable pour l'équilibre du régime des retraites. Et puis, on lui dira qu'il faut une suite, il faut un après. C'est peut-être un peu tôt, puisqu'il y a le Conseil constitutionnel le 14 avril. Et qu'il y a un accord qui a été signé par les partenaires sociaux. Je signale que c'est la première fois depuis 1945 que pendant des manifestations, et tout en continuant à manifester, les syndicats et le patronat ont négocié, ont trouvé un accord qui n'était pas facile sur le partage de la valeur. Cet accord, il est prêt à être transposé.
Donc, pour enclencher, pour la suite au Parlement, je pense que c'est ça qu'il faut faire, faire voter cet accord par le Sénat et par l'Assemblée nationale. Après, nous, on est prêts à discuter du reste. Le reste, c'est quoi ? Oui, mais attendez, je lui dirais aussi qu'il faut changer de méthode. C'est-à-dire que ce système où on reçoit des instructions, des lettres de cadrage qui nous disent « Vous avez trois semaines pour négocier sur tel ou tel point », on nous indique le point d'arrivée, ça ne marche plus. Donc, il faut changer de méthode. Changer de méthode, c'est exactement ce qu'on a fait sur ce partage de la valeur. On a mis sept mois. Alors, sept mois, c'est long.
Mais au moins, on a un accord équilibré à la fin. Donc, on est prêt à discuter de beaucoup de choses. On est prêt à discuter de l'emploi des seniors. On est prêt à discuter du travail, puisqu'il y a un projet de loi de travail. Mais pas en deux ou trois semaines. Il faut prendre le temps nécessaire à ces concertations. Il faut qu'on soit sûr que si on négocie, alors le gouvernement reprendra notre accord. C'est-à-dire qu'on ne négocie pas pour rien. Donc, c'est un vrai changement de méthode qu'on souhaite proposer demain au gouvernement.
Oui, mais en même temps, c'est vrai que c'était quelque chose que vous dites depuis quelques temps. Je vous ferai à vous de mes yeux. Vous n'avez pas été tellement entendu pour l'instant.
Alors, on a été entendu. Pardon, juste une petite nuance. Sur l'accord partage de la valeur, on a eu le plaisir de voir la première ministre dire qu'on reprendra cet accord intégralement. Donc, il y a eu un changement de ton indiscutable.
Mais est-ce que demain, vous allez lui dire... D'abord, ça va durer très peu de temps. Non. En fait, c'est une rencontre un peu pour rien.
Ah non, nous... Tu pourras attendre le 14 avril. Non, nous, c'est... Non, non, ça n'est pas une rencontre pour rien. Parce qu'il y aura un après le 14 avril, et il faut le préparer maintenant. Donc, pour nous, ça n'est pas une rencontre pour rien. Et ça ne va pas durer très peu de temps. Je ne sais pas combien de temps ça va durer, je ne peux pas vous dire. Mais on compte bien, avec nos camarades de la CPME, nos collègues de la CPME et de l'UDEP, parler des sujets qui nous préoccupent et sur lesquels les partenaires sociaux peuvent discuter.
Mais est-ce que vous allez quand même dire à la première ministre est-ce qu'on peut imaginer de mettre sur pause ?
Mais je ne sais pas ce que ça veut dire, mettre sur pause. La réforme, elle est votée. Elle est votée et... Et le Conseil constitutionnel va donner Saint-Lévié. Donc, on est évidemment tous suspendus à l'avis du Conseil constitutionnel. Mais après, la loi, elle doit être promulguée. C'est la loi, ça oblige le président de la République, je crois, sous 15 jours à la promulguée. Et donc, je ne vois pas ce que ça veut dire pour la mettre... S'il y avait une porte de sortie, si d'un côté ou de l'autre, il y avait une solution de compromis. Mais on a discuté, on a concerté, peut-être pas assez, j'en sais rien.
Mais en tout cas, on voit bien qu'entre l'intersyndicale, et moi, je respecte la position d'intersyndicale...
S'il y avait un compromis, même si c'est un peu illusoire, s'il y avait un compromis, vous vous dites, on pourrait mettre sur pause le temps de trouver un compromis. On n'en est plus là. On n'en est plus là.
On n'en est plus là. Donc, pause, c'est perdre 6 mois, ou 3 mois, ou quel que soit le temps de la pause. C'est d'ailleurs pareil pour la médiation. Donc, quand une fois...
Donc, vous êtes contre la médiation, hein ?
Non, je pense que... Je ne suis pas contre à la médiation en principe, mais je pense qu'il y a des positions qui sont opposées, qui sont unies. Il y a une inter-syndicale qui a la même position, c'est le retrait de l'âge légal. Or, sans âge légal, il n'y a plus de réforme. Donc, c'est le retrait de la réforme, en fait, en réalité. Donc, il n'y a pas de pause possible, me semble-t-il.
Il n'y a pas de pause possible. Mais qu'est-ce que vous attendez du Conseil constitutionnel ? À votre avis, ça va passer ? Est-ce que vous avez un pronostic ?
Le Conseil constitutionnel, dans sa grande sagesse, donnera son avis, et après, on partira de là. Donc, je n'ai pas à me jouer au jeu des devinettes et des pronostics.
Est-ce que ça veut dire... D'abord, est-ce que vous êtes frappé par l'unité syndicale, justement, le front syndical ? On voit que, quand même, pour l'instant, il ne se fissure pas.
Oui, oui, bien sûr que c'est frappant. Nous, on a l'habitude de négocier avec quatre syndicats.
Oui, mais là, ils sont huit.
Les accords qu'on a signés depuis... Parce que tout ça, évidemment, ce n'est pas très médiatisé. Mais pendant que, j'allais dire, l'Assemblée s'agit dans le bruit et la fureur, on a négocié. On a négocié sur le télétravail, sur le centre de télétravail, sur le partage de la valeur. À chaque fois, effectivement, il y avait quatre syndicats qui ont signé, et pas la CGT. Là, il y a un front différent, oui. Donc, effectivement, c'est frappant. Ça montre bien qu'il y a un sujet. Ça montre bien que cette réforme, elle est compliquée. Elle est compliquée, vous savez, dans tous les pays...
Est-ce qu'elle a été vraiment mal préparée ? Est-ce qu'on paye aujourd'hui la préparation de cette réforme ?
Je pense que, oui, on aurait pu mieux faire. On aurait pu mieux faire en pédagogie. On aurait pu mieux faire, c'est sûr. Mais, soyons lucides, retarder l'âge de la retraite, dans tous les pays occidentaux, dans tous les pays de l'OCDE, c'est compliqué. Nous, on a la tradition, si j'ose dire, des manifs, mais tous les pays qui ont réformé l'âge de la retraite, enfin, qui ont repoussé l'âge de la retraite, les gouvernements ont perdu les élections dans la foulée. Donc, c'est impopulaire. Et parfois, oui, l'art de gouverner, enfin, pas l'art d'ailleurs, c'est le devoir de gouverner, c'est prendre des mesures impopulaires et nécessaires.
Est-ce que, avez-vous le sentiment, quand même, que cette réforme, le président Macron a dit, pour justifier l'utilisation du 49.3, il a dit qu'il y a un risque économique et financier pour la France. Et en même temps, là, on voit, et qu'il met sur le tapis, une loi de programmation militaire à 413 milliards d'euros. Même le Haut Conseil des Finances Publiques a dit, attendez, ce n'est pas du tout financé. Donc, on voit bien qu'il y a un peu deux poids, deux mesures.
Alors, je ne sais pas si on peut dire deux poids, deux mesures. Cette loi de programmation militaire, elle est indispensable.
Bien sûr.
Là, ce n'est même pas le patron du MEDEF qui vous parle, c'est l'ancien militaire. Mais les 400 milliards, ils sont sur 10 ans. Évidemment, c'est une augmentation par rapport aux dépenses qui existent. Malheureusement, entre, je vais dire, enfin, depuis un an, il y a la guerre en Ukraine, il y a les risques. C'est 10 milliards. Non, mais c'est beaucoup plus que ça. C'est 10 milliards par an. C'est ça. Petit 1. Donc, ça fait 100 milliards sur 10 ans. Mais vous avez en plus le déficit des retraites publiques, qui est de 30 milliards. Et quand on augmente ce que personne ne dit, ou du moins ce qu'on n'exprime pas assez, c'est quand on augmente la quantité de travail en France.
et le nombre de gens qui travaillent, il y a toute une série de recettes fiscales qui rentrent. Parce qu'il y a la TVA qui rentre, il y a les cotisations sociales qui rentrent. Donc oui, elle est indispensable. On a un modèle social qui est extrêmement coûteux. Il n'y a que la quantité de travail qui peut le financer. Et oui, tous les autres pays autour de nous l'ont fait.
Oui. Mais je ne dis pas que c'est un... Encore une fois, je comprends que ce soit douloureux, je comprends que ce soit compliqué. Elle est de votre côté, elle est du côté des entreprises. Parce que si les entreprises employaient plus de travailleurs, plus de seniors... De seniors, mais vous connaissez les statistiques,
Légui Chevrillon, vous connaissez les statistiques mieux que moi. La courbe de l'emploi des seniors, elle est complètement linéaire avec le taux de l'âge légal de départ. C'est-à-dire qu'à partir du moment où on repousse l'âge légal des départs, ça s'est produit entre 60 et 62, et ça se produira en 62-64. Est-ce qu'on peut faire plus d'efforts sur les seniors ? Oui. Est-ce qu'on est prêt à négocier là-dessus ? Oui. Donc, vous voyez, mais au total, c'est d'ailleurs ce qui s'est passé depuis 7 ans. On a créé 1,5 million d'emplois.
1,5 million d'emplois, c'est des gens qui ne sont plus au RSA, c'est des gens qui ne sont plus l'assurance chômage, des gens qui consomment, c'est des gens qui cotisent. C'est ça la bonne solution. C'est le travail. Il n'y en a pas d'autres. Il n'y en a pas d'autres.
Vous êtes dans quel état d'esprit, là, ce soir, Geoffroy Roux-Bézieux ? Non, mais je veux dire, vous êtes inquiet, quand même, parce que demain, ça ne va pas saluer à grand-chose. Écoutez... Il y a cette date fatidique du 14 avril. Non, je ne suis pas... Mais on va se lever quand même le 17 avril.
Je ne suis pas, si vous voulez, la situation est forcément compliquée. Je veux dire, je suis plus inquiet, moi, sur la colère qui va au-delà de la retraite, qu'on peut sentir, notamment dans les villes moyennes, qui le reflète d'un problème d'ascenseur social, d'un problème de désinstruidation.
L'image social est très mauvaise.
Voilà, il y a, chez un certain nombre de nos compatriotes, qui travaillent, qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts, un sujet. D'ailleurs, entre parenthèses, vous savez qu'on a chaque année des NAO, négociations annuelles obligatoires. Cette année, elles étaient partiellement difficiles, puisqu'avec une inflation officiellement à 6, mais en réalité, pour les bas salaires plus proches de 10, c'était très compliqué pour les chefs d'entreprise, bien sûr. Très compliqué. Or, ce qui me remonte aujourd'hui, alors, évidemment, ce n'est pas terminé, et ce n'est pas partout, c'est que vous n'avez pas de conflit. Vous avez peu de grèves pour les salaires. Il y en a, mais très peu.
Alors qu'on aurait pu craindre. Et donc, les entreprises ont fait le job. Elles ont augmenté les salaires. Elles ont répondu à cette demande de pouvoir d'achat des salariés. Donc, le sujet, il est plus là, dans le long terme, que sur le pays, j'allais dire, politique. Parce qu'effectivement, on voit ce qui se passe à l'Assemblée, on voit ce qui se passe dans les manifs. Et pareil, le taux de grève dans le privé, il est très bas.
Et pourquoi ? Parce que le pouvoir d'achat, il est quand même un peu laminé par la passion. Oui, j'entends l'arguement.
Donc, les gens font très attention. Oui, c'est vrai. C'est sûrement vrai. Mais aussi parce qu'ils considèrent que les employeurs privés ont fait le job.
Deux questions. Il y a une petite polémique, quand même, qui enfle sur le niveau de marge des entreprises. en disant qu'elles ont été très élevées en 2022. Moi, je peux vous dire qu'on a retrouvé énormément d'entreprises. Oui, en 2022. En 2022. Très, très élevées. Et que donc, à la limite, les entreprises en ont profité.
Ne dites pas qu'elles ont été très, très élevées, parce qu'on est encore très en dessous du niveau de la moyenne européenne et des Allemands. Donc, on est remonté. Des grandes entreprises. Oui, mais on est remonté après quand même une année 2020 qui était particulière, puisqu'il y a eu le Covid. Après, c'est bien que les entreprises aient des marges. Parce que ça veut dire qu'elles font des profits. Alors, après, on peut débattre. Oui, mais trop, peut-être. Mais non, on ne fait jamais trop de profits. Après, c'est l'utilisation des profits. D'abord, des profits, pardon, ça fait des recettes d'impôts. Et d'ailleurs...
Et d'ailleurs, vous avez fait une note sur la fiscalité, qui est un véritable plaidoyer pour dire, surtout, n'augmentez pas les impôts. Parce que la tentation, elle est là.
Mais bien sûr, mais parce que... La pression, elle est là. Si vous me permettez de citer le chiffre de cette note, en 2022, les recettes d'impôts sur les sociétés vont être beaucoup plus élevées en France que les recettes d'impôts en 2019 avec un taux plus élevé. On était à 33%, enfin, pas complètement partout en 2019. On est maintenant à 25%. Donc, on a baissé les impôts. Et ça rapporte plus d'argent à l'État. Pourquoi ? C'est la vieille courbe d'Arthur Laffer. Ça veut dire que, quand les impôts baissent jusqu'à un certain niveau, nous, on ne demande pas le paradis fiscal. 25%, on ne demande plus de base d'IS. C'est la moyenne européenne. Et donc, on est au bon niveau. Ça fait quoi ?
Les entreprises investissent. Elles font de l'investissement. Ça crée de l'emploi. Ça crée du profit. Et ça rentre dans les caisses de l'État.
Mais en même temps, certains disent qu'on aurait pu augmenter, mais de très peu, de quelques euros, les hausses des cotisations patronales. Et comme ça, on n'aurait plus de problème sur la réforme des retraites. Et on n'en serait pas là avec un pays qui est quand même extrêmement divisé.
Je crois qu'il y aurait eu une petite hausse de cotisation. Ça n'aurait rien changé à l'opposition des syndicats aux 64 ans. Par contre, le signal dans un pays qui est, avec le Danemark, celui qui prélève le plus sur le travail, aurait été catastrophique pour l'emploi. Je rappelle aussi quand même que l'emploi, vous avez vu les chiffres de l'APEC, l'emploi d'écart est au plus haut. Il y a quand même des signaux qui montrent que, quand on fait la politique de l'offre, quand on donne des signaux aux entrepreneurs, et encore une fois, je ne demande pas qu'on baisse les impôts partout et surtout, on ne veut pas être l'Irlande ou le Luxembourg. Ça marche.
Donc, je suis heureux de dire ici, à BFM Business, que la politique de l'offre, ça marche.
Est-ce que tout ça, cette politique de l'offre, on voit bien que les investissements étrangers, ils sont venus en France, notamment la Léche, ils sont venus, elle le démontre encore aujourd'hui en Ile-de-France, et en même temps, on fait la une de toute la presse internationale, notamment de la presse anglo-saxonne, forcément, où on nous voit avec des poubelles dans Paris, on voit les manifs, etc. Est-ce que l'image de la France ne va pas quand même se trouver un peu écornée ?
Je ne vais pas vous dire que les poubelles à Paris ou que la non-venue de Charles III est bonne pour l'image de la France, mais je pense quand même qu'on a beaucoup progressé depuis ces temps. On le voit, effectivement, on est la première destination des investissements étrangers en Europe, et que, bon, si ça dure quelques semaines, ce que j'espère, je pense qu'on ne reviendra pas complètement en arrière. On a eu un petit recul, si vous voulez, mais pas complètement en arrière. Donc, effectivement, il y a eu la une du New York Times, etc., etc. Bon, ils se jettent là-dessus comme... Bien sûr. Mais vous savez...
Donc, pour vous, l'image de la France n'est pas encore écornée ?
Non. Et puis, moi, je vois beaucoup mes collègues européens. Quand le Premier ministre anglais est venu, je l'ai rencontré, mais j'ai aussi rencontré le patron du CBI, qui est le MEDEF anglais. Je vais vous dire, quand je le vois, je me console un peu. Ils ont un million de postes manquants. Ils ont parfois des taux de rupture dans les supermarchés qui avoisinent les 10%. Le temps d'attente au NHS est de 18 mois. Donc, voilà, il faut aussi, de temps en temps, se dire qu'il y a des choses qui fonctionnent en France.
Oui. Emmanuel Macron est en Chine et sera en Chine demain avec une délégation, évidemment, de patrons. En même temps, est-ce qu'on attend des gros contrats ? Non, on n'en attend pas. Il y a toujours des contrats. Et vous étiez conviés ?
Non, oui, je n'étais pas convié, mais ce n'est pas tellement le sujet. Est-ce qu'il y a des contrats ? Oui, mais ce n'est pas qu'il y a vraiment. En fait, ce n'est pas là où le business se fait. Il y a forcément des contrats parce que sinon, la rencontre... Non, la vraie question qu'on a sur la Chine, c'est comment aborder cette nouvelle Chine qui est quand même, d'abord, en train de monter en puissance. C'est un partenaire,
c'est un rival.
Un rival systémique, dit Van der Leyen. Absolument. Un concurrent, un partenaire rival. Nous, on a un problème particulier, on n'a pas le même problème que les Allemands. Les Allemands sont dépendants de la Chine, très dépendants comme il était du gaz russe puisqu'ils font beaucoup d'exportations, notamment automobiles et que c'est évidemment en train de baisser puisque les Chinois veulent reconquérir le marché automobile. Nous, on exporte quoi ? On exporte un peu d'avions, nos vins, nos biens de luxe, mais on a un déficit énorme. Alors, nous, on a une dépendance de la Chine dans l'autre sens. C'est-à-dire qu'il y a des produits dont on ne peut pas se passer qui viennent de Chine.
Il faut rééquilibrer leur action. En fait, si vous voulez, on a des intérêts divergents mais aussi des intérêts en commun avec la Chine. Il faut trouver cet équilibre. Je pense surtout ce que va faire le président Macron, en tout cas sur le plan politique et on fait la même chose sur le plan économique, c'est trouver la troisième voie entre la Chine et les Etats-Unis. On est évidemment plus près des Etats-Unis par les valeurs mais nos intérêts ne sont pas toujours les mêmes.
Oui, donc il faut rééquilibrer là aussi sur le plan géopolitique, c'est important mais il faut trouver une nouvelle forme de partenariat comme avec la Chine. On est tellement naïfs vis-à-vis d'eux, il suffit de...
Je crois qu'on l'est moins. Non, je crois qu'on l'est moins. La naïveté, c'était il y a 4-5 ans. On l'est moins. Simplement, on essaie de trouver le bon équilibre. C'est aussi un marché qui est en forte croissance donc on a besoin de faire du business.
Naïveté aussi, on a besoin de faire du business. La question se pose avec les Etats-Unis qui ont donc fait cette IRA, Inflation Reduction Act qui est absolument... J'utilise souvent cette expression-là fatale pour séduire les entreprises américaines, bien sûr, mais les entreprises européennes, les entreprises françaises. On a plein de témoignages ici, d'entreprises qui nous disent on y va. Est-ce que l'industrie verte qui a été défendue, prônée par Bruno Le Maire, c'est la réponse française, est-ce que ça vous paraît à la hauteur de l'Ira ou pas ? Et puis surtout, pour l'instant, on ne sait pas il y a combien de milliards sur la table.
Alors, je vais commencer par dire que c'est une bonne nouvelle l'Ira parce que ce n'est plus Trump. Ça veut dire quand même que les Etats-Unis vont dans la décarbonation de l'industrie. On ne sera pas tout seul. D'accord. Du point de vue de la planète, c'est une bonne nouvelle. Après, c'est quoi l'Ira ? C'est un peu l'inverse de ce qu'on fait en Europe. C'est-à-dire qu'en Europe, on taxe, aux Etats-Unis, ils subventionnent. Et ce qui est très intéressant à comprendre, c'est qu'en fait, d'où vient le raisonnement ? Pour décarboner une usine comme il y a derrière vous, comme une cimenterie, en fait, c'est des investissements très lourds mais qui ne rapportent rien.
Ils rapportent à la planète mais le retour sur investissement, il est zéro parce que c'est juste un CAPEX, une dépense en capital qui ne rapporte rien. Donc, les Etats-Unis ont dit qu'on va co-subventionner, on va co-financer une partie de cet investissement. Et donc, l'Europe doit matcher. L'Europe doit faire la même chose. Mais là, est-ce qu'on match avec ça ? La première chose, c'est que d'abord, au niveau européen, on a donné le droit aux Etats de sortir des règles de concurrence européenne et de s'aligner si jamais un industriel européen, Volkswagen, BASF, qui l'ont fait il n'y a pas très longtemps, disent, on me propose dans le Michigan ou je ne sais pas où.
Est-ce que vous faites la même chose ? Après, ce qu'a présenté Bruno Le Maire, ce n'est que, j'espère qu'un début parce qu'en termes de montant, on n'a pas les montants, on est très très loin. Mais en tout cas,
370 milliards de dollars sur la table, de l'autre côté.
Sur 10 ans.
Oui, sur 10 ans.
Donc, il faut toujours lisser le... On est d'accord. Il faut toujours lisser le... Donc, on n'en met pas là. Aujourd'hui, c'est plutôt... Ce qui a été présenté, c'est plutôt autour des autorisations, de la vitesse administrative, des terrains disponibles. On n'a pas du tout le même système. Par contre, quand on voit les usines qui commencent à... les gigafactoriques qui sont en place, au coup par coup, Bercy a l'air d'être capable de faire le geste fiscal qu'il faut pour faire venir ces usines en Europe.
Toujours, surtout en France, surtout quand on a quasiment 3 000 milliards de dettes et encore, on les a sans doute franchies. Il y a toujours la question des sous à mettre sur la table. Il dit, Bruno Le Maire, il faudra faire des économies, notamment dans les aides très importantes qu'on verse aux entreprises. Vous avez des idées ? On pourrait renier sur le CIR, Crédit Impôt Recherche.
Vous avez des idées ? Je ne suis pas sûr que le CIR soit la première chose à renier. Qu'on discute du CIR, qu'on regarde à qui ça profite, etc. Pourquoi pas ? C'est un marronnier annuel. Non, il s'attaque plutôt à ce qu'il appelle la fiscalité brune. Il y a un projet qui est ancien, qui est en 2024. C'est un peu technique sur le gazole non routier. La TVS attaque
sur les entreprises de voitures.
Voilà, sur les véhicules professionnels. Véhicules d'entreprise, pardon. Si vous voulez, pardon de le dire, mais on est à l'épaisseur du trait. On fera bouger quelques centaines de millions d'un côté ou de l'autre. Ça ne suffit pas, donc. Or, manifestement, on n'est pas du tout sur ce quantum-là quand il s'agit de... Moi, je pense que la politique qui consiste à prendre les projets projet par projet et à chaque fois qu'un industriel dit je vais ouvrir une usine aux Etats-Unis, est-ce que vous faites la même chose et la bonne politique ? Mais il faut qu'on soit capable d'aligner le même niveau de subvention. En fait, Bruno Le Maire a dit un truc très intéressant.
Le journal, personne ne l'a relevé, mais il dit le dernier qui respecte leurs règles est mort. Pas si vous avez vu cette interview. Les échos de ce matin. Effectivement, les règles du commerce mondial sont en train de changer. L'OMC, en gros, Pascal Lamy, les années 2000, c'était la concurrence
en train de sortir. Vous faites le lien direct. La campagne pour vous succéder à la présidence du MEDEF est donc lancée. Quel est votre bilan, vous, Geoffroy Roux-Bézieux, à la tête du MEDEF ?
Vous l'avez vu ? Cher Edwish Chevrillon, je m'arrête le 6 juillet. Mon bilan, ça sera le 5 juillet ?
Oui, mais quand même.
D'abord, je ne suis pas là pour ça. Le bilan sera fait par les autres. Moi, je pense d'abord que j'ai eu un mandat un peu particulier parce que j'ai eu les gilets jaunes, le Covid et la guerre en Ukraine. Donc, on a fait beaucoup de crises et une partie de ce qui a été mon travail a été d'essayer de trouver le moyen d'aider les entreprises. Donc, on a contribué avec d'autres, d'ailleurs, à créer le PGE qui a sauvé une partie importante des entreprises. Donc, il y a toute cette partie, j'allais dire, finalement, crise d'urgence.
Après, on a renoué, pardon, je finis juste, on a renoué avec ce qui n'existait plus, c'est-à-dire un dialogue loyal, mais, j'allais dire, presque comment le qualifier, un dialogue loyal avec les syndicats, ça nous a permis de signer un centre d'accord, d'éviter des lois. Le meilleur exemple, c'est le télétravail, souvenez-vous, le Parlement voulait légiférer sur le télétravail, ce qui est une absurdité, on a fait un accord, il n'y a pour le moment pas de loi, partage de la valeur dont j'ai parlé tout à l'heure. Après, on a gagné énormément d'adhérents, je crois qu'on est à 20 fédérations nouvelles depuis le début, donc ça, c'est un peu le bilan interne.
Après, il y a un bilan d'images, alors je ne vais pas vous asséner les chiffres, mais aujourd'hui, que ça soit chez les décideurs, chez les chefs d'entreprise ou dans le grand public, le MEDEF a une bonne image, je ne dis pas une très bonne image, mais une bonne image.
Il sera forcément votre successeur parmi les quatre candidats qui sont là, où on peut imaginer un scénario à la CGT ?
Non, non, parce qu'il y a un process électoral, nous on a un système très différent, tous les autres syndicats, il y a un process électoral qui est très cadré, il y a deux mois jusqu'au 6 mai pour récolter les parrainages, donc je ne sais pas combien auront les parrainages, il y a quatre candidats qui sont sur la ligne de départ, et après, une fois qu'on aura sélectionné ceux qui ont les parrainages, qui ne sont pas les quatre, il y a deux mois pour convaincre les électeurs, donc il n'y aura pas de candidats surprises, non, je ne crois pas.
Geoffrey Roudbezi, juste pour terminer cet entretien, je voudrais qu'on parle de votre visite ce matin, vous avez été à la prison de Bois-Larcy avec le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, qui souhaite qu'il y ait 50%, enfin au moins l'objectif de 50% de prisonniers qui travaillent. Est-ce que les entreprises sont prêtes à jouer ce rôle-là ?
C'est pour ça que j'étais, moi c'est Dupond-Moretti, quand il est arrivé et m'en a parlé, je dois lui rendre hommage, il avait cette idée de dire le travail, ce n'est pas tellement pour, je veux dire, qu'il travaille pour les entreprises, il y a un petit gain économique, mais c'est surtout, on doit pouvoir sanctionner dans une société, mais on doit pouvoir réinsérer par le travail. Et quel est le meilleur moyen de préparer la sortie de prison que les gens apprennent un métier ou en tout cas l'exercent pour trouver un employeur ?
Donc on est tombé, alors ce que je ne savais pas, c'est que les prisons françaises, on travaille moins qu'ailleurs, enfin moins que dans les autres pays étrangers, et surtout on était à 50% dans les années 2000, on n'est plus qu'à 30%. Donc oui, il faut remonter à 50%. En fait, je pense que c'est méconnu. Parce que moi, très honnêtement, avant qu'ils m'en parlent, je ne connaissais pas le sujet. Donc nous, ce qu'on va faire, c'est donner un gros coup de projecteur au travail en prison pour convaincre nos chefs d'entreprise qui étaient très nombreux.
Il y avait quand même beaucoup de grands patrons à Bois d'Arcy, Alexandre Bompard, il y avait Sébastien Bazin, il y a Nicolette Taverneau, donc il y avait des gens
qui ont créé une fondation justement pour ça.
Et je pense que c'est une cause qui est importante parce que, comment dire, elle reflète une société juste.
Oui. Vous avez TikTok sur votre téléphone portable ?
Non.
Non ? Et est-ce que vous demandez aux membres du MEDEF de ne plus avoir TikTok ?
Je n'ai pas la... Sur le téléphone professionnel, oui, mais ils peuvent faire ce qu'ils veulent. Mais par contre, vous voyez, tous les messages, la messagerie interne, on a supprimé WhatsApp, Telegram, on est sur Olvide qui est une start-up française sécurisée pour éviter parce qu'effectivement le numérique, c'est formidable mais c'est aussi dangereux.
C'est quoi la vie après le MEDEF ? On vous posera la question en juillet, je suis d'accord.
Voilà, on verra, cher Edwige.
Oui, ce sera les vacances.
Exactement.
Merci beaucoup, Geoffrey Roudbeziu. En tous les cas, merci d'être venu ici juste avant d'aller rencontrer la Première Ministre à Matignon avec les autres syndicats patronaux. On verra si ça sert à quelque chose et quelle est la suite avec cette décision, cette date butoir quand même du 14 avril qui est devant nous. Merci beaucoup.