PARRAINAGES : LA RÈGLE ANTIDÉMOCRATIQUE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
La question des parrainages qui devient explosive et le ballet des ralliements à Zemmour et Macron. C’est le sommaire du numéro 16 de la Guerre du trône. Dans 48 jours, c’est le premier tour de l’élection présidentielle.
Mais plusieurs candidats ont le regard tourné vers une autre date : le 4 mars. C’est la date limite pour le dépôt des 500 parrainages. Et ça commence à devenir très chaud pour certains.
Il me manque une cinquantaine de parrainages. Je n’ai jamais été aussi inquiète. C’est une situation qui démocratiquement est terrifiante.
Aujourd’hui, je crois que nous sommes un certain nombre de candidats à risquer de ne pas être présents. Et ça, c’est un véritable scandale. Je passe un temps fou à téléphoner aux maires pour essayer de les convaincre.
La plupart me disent : “Mais oui vous êtes formidable, on est d’accord avec vous. Même si on n’est pas d’accord avec vous, vous devriez pouvoir participer.” Mais ils ont peur.
Envisagez-vous un scénario où soit, ni vous ou Mélenchon ou Marine Le Pen ne puissent participer à l’élection présidentielle. C’est possible ? Oui, c’est très possible.
À onze jours de la clôture du recueil, Nicolas Dupont-Aignan ne totalise que 379 signatures, Jean-Luc Mélenchon, 370, Marine Le Pen, 366 et Éric Zemmour, 291. Yannick Jadot est également en dessous de la barre des 500 parrainages. Il n’en a que 490.
Mais il devrait bien trouver la dizaine de signatures manquantes avant la date limite. Chez les petits candidats, c’est également la Bérézina. Philippe Poutou n’a que 199 signatures dans sa besace.
Et Christiane Taubira, 86. Concernant cette dernière, un malheur ne vient jamais seul. Le Parti radical de gauche, formation à laquelle elle appartient, vient cette semaine de l’abandonner en rase campagne.
Et la Primaire populaire, qui l’avait pourtant investie, s’apprête à faire de même. Il serait étonnant qu’elle persiste. Pour les autres candidats, en revanche, c’est le trop-plein.
En tête, on trouve Valérie Pécresse avec 1945 signatures. Malgré les déboires de sa campagne, ce score vérifie la bonne implantation des Républicains dans les territoires. Immédiatement derrière elle, Emmanuel Macron, qui n’est toujours pas candidat, dispose déjà de 1 345 signatures.
À gauche, Anne Hidalgo en a réuni 1 074 et Fabien Roussel, 529. Tout comme Nathalie Arthaud, la candidate de Lutte ouvrière. La discipline de fer de cette organisation a payé.
Ce d’autant plus qu’avec des sondages ne dépassant pas 1%, la candidate ne menace personne… Enfin, l’inclassable Jean Lassalle a recueilli 503 parrainages. Il confirme ainsi une popularité intacte, particulièrement dans la ruralité. La règle des parrainages a été instituée pour écarter de l’élection présidentielle les candidatures fantaisistes.
Mais, cette fois, le risque est réel de voir près d’un électeur sur deux privé du candidat pour lequel il s’apprêtait à voter. Le président de l’association des maires de France, David Lisnard, lui-même maire Les Républicains de Cannes, a bien compris le danger. Soutien affirmé de Valérie Pécresse, il a annoncé hier dimanche qu’il accordait son parrainage à Jean-Luc Mélenchon.
La candidate que je soutiens, qui est Valérie Pécresse, au moment où je vous parle a à peu près 2000 parrainages. Mais je pense qu’il est important de prendre l’initiative, pour montrer que les parrainages ne valent pas soutien et qu’il faut veiller à la libre expression démocratique et républicaine. Sinon nous allons vers une explosion civique qui amplifiera la crise civique dans laquelle nous sommes et nous pourrions avoir même des expressions de violence.
David Lisnard a raison. Ceux qui se réjouiraient de voir écartés Zemmour, Mélenchon ou Le Pen font un mauvais calcul. La présidentielle, comme les législatives, constituent l’unique moyen de régler pacifiquement la dispute citoyenne.
Certes, ce moyen est plus qu’imparfait comme en témoigne l’abstention croissante. Mais il existe. Qu’on interdise l’accès de la présidentielle à des candidats qui représentent une part importante de l’opinion équivaut tout simplement à jeter leurs partisans dans la rue.
Est-ce bien là ce qu’on souhaite ? “Changement d’herbage réjouit les veaux” dit un proverbe berrichon. À l’approche du premier tour de l’élection présidentielle, cette maxime populaire se vérifie dans des proportions impressionnantes.
Commençons par Marine Le Pen. Depuis quelques semaines, Le Rassemblement national se vide de ses figures connues. Direction Reconquête, le parti d’Éric Zemmour.
C’est le cas de Nicolas Bay, porte-parole du parti, qui a rendu son tablier, la semaine passée. Non sans qu’on l’ait un peu poussé vers la sortie. Marine Le Pen avait auparavant perdu son unique sénateur, Stéphane Ravier, et trois députés européens : Jérôme Rivière, Gilbert Collard et Maxette Pirbakas.
Une poignée de conseillers régionaux RN ont également rejoint Éric Zemmour. Mais pour Jordan Bardella, ces départs ne changent pas la donne. Cette élection présidentielle ressemble de plus en plus à la Fédération Française de Football quoi.
On achète des joueurs, c’est un grand mercato depuis septembre. Une dizaine d’élus du Rassemblement National ont fait le choix de rejoindre la campagne d’Eric Zemmour. Ça fait partie des péripéties de campagne.
C’est dommage pour eux parce qu’ils rejoignent un candidat qui n’a, au second tour de l’élection présidentielle, aucune chance. Du côté d’Emmanuel Macron, on se bouscule au portillon : Regardons d’abord à droite. C’est la prise de guerre de cette campagne.
Le président LR de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Éric Woerth, ancien ministre du Budget de Nicolas Sarkozy. Mais il y a encore Nora Berra, ancienne secrétaire d’État de Nicolas Sarkozy, Catherine Vautrin, ancienne ministre de Jacques Chirac, Natacha Bouchart, maire LR de Calais, Caroline Cayeux maire de Beauvais ou Karl Olive, le maire de Poissy. Au nombre des ralliés, il faut également ajouter ceux qui ont rejoint Horizons, le nouveau parti d’Édouard Philippe : Christian Estrosi, le maire de Nice, Hubert Falco, le maire de Toulon et Christophe Béchu, le maire d’Angers.
Tous trois sont des anciens de LR. Quant au président de la région PACA, Renaud Muselier, qui a quitté les Républicains en novembre, il ne s’est pas encore déclaré. Mais l’annonce imminente de la candidature présidentielle pourrait l’amener à sortir du bois.
Du côté des socialistes, on n’est pas moins généreux dans les ralliements : Emmanuel Macron peut ainsi compter sur le soutien de Marisol Touraine, ancienne ministre des Solidarités et de la Santé de François Hollande, Élisabeth Guigou, ancienne garde des Sceaux du gouvernement de cohabitation de Lionel Jospin, Eduardo Rihan Cypel, ancien porte-parole du PS, Michel Dagbert, sénateur du Pas-de-Calais et Olivier Klein, maire de Clichy-sous-Bois. Mais ce n’est pas suffisant pour Emmanuel Macron. L’Élysée veut achever le PS.
Et son meilleur allié dans cette campagne de débauchage, c’est bien sûr l’interminable naufrage de la campagne d’Anne Hidalgo. Sont ainsi assidûment courtisés Samia Ghali, la 3e adjointe du maire socialiste de Marseille, François Rebsamen, ancien ministre du Travail de François Hollande et maire de Dijon qui devrait, dit-on, déclarer sa flamme macroniste dans les jours qui viennent, Claude Bartolone, l’ancien président de l’Assemblée nationale, le sénateur André Vallini, ancien secrétaire d’État de François Hollande et Laurent Cathala, le maire PS de Créteil. Mais tous les socialistes ne filent pas chez Macron.
Certains regardent même sur leur gauche. C’est le cas de Ségolène Royal qui a apporté un soutien aussi spectaculaire qu’inattendu à Jean-Luc Mélenchon. Aujourd’hui, c’est évident que le vote utile à gauche, c’est le vote Mélenchon, puisque c’est lui qui est professionnellement, qui fait la meilleure campagne, qui est en train d’arrondir les angles par rapport à ce qui pouvait déplaire chez lui, qui est capable de répondre à l’ensemble des questions, qui est structuré, qui est cultivé.
Interrogé le lendemain sur cette avalanche de louanges, le candidat de l’Union populaire y est allé de son compliment en retour. C’est important pour vous ce soutien de Ségolène Royal ? Il est bienvenu parce que qui serais-je si je commençais à trier les gens qui ont l’intention de voter pour le programme l’Avenir en commun ?
Après, tout le monde sait la distance idéologique qui peut me séparer d’elle, qui m’a séparé d’elle dans le passé. C’est pourquoi je pense que son soutien a plus de valeur en quelque sorte. Il y a cinq ans, on pouvait encore comprendre que des socialistes rallient Emmanuel Macron.
Le candidat promettait de transcender les clivages politiques et d’inventer un nouveau monde. Mais en 2022, il ne s’agit plus que de la reconduction d’un candidat de droite à l’Élysée. Qu’il demeure autant de socialistes pour franchir le Rubicon en dit long, rétrospectivement, sur ce qu’est devenu ce parti.
Un conglomérat de notables sans convictions ni boussole. En matière de marketing politique, la France insoumise se montre très inventive. Après les hologrammes de 2017 et le meeting immersif de Nantes, il y a quelques semaines, les insoumis ont inventé le speed dating politique.
C’était lundi dernier à Paris, pour la Saint-Valentin. Un reportage de Laetitia Lallement. La politique, c’est conquérir les cœurs, et la France Insoumise a pris l’expression au pied de la lettre.
Ce speed dating d’un genre nouveau, annoncé sur les réseaux sociaux, s’est tenu dans un bar du 20e arrondissement de Paris. On a organisé un speed dating avec plusieurs figures de l’Union populaire pour justement faire, eh bien une présentation, une rencontre, expliquer pourquoi est-ce qu’on veut… ce qu’on aime dans l’Avenir en commun et donc convaincre sur des thématiques. Chaque Valentin a exactement cinq minutes pour discuter avec un des membres du Parlement de l’Union populaire.
Les sujets abordés sont multiples mais toujours autour du programme. Et le numéro de charme semble fonctionner : Il peut y avoir un petit côté marrant parce qu’effectivement l’idée, c’est de séduire, et au bout du compte, on va se décider en politique quand on est séduit par quelqu’un, par une proposition. C’est ça qui va nous engager à voter.
Donc c’est chouette. Passer cinq minutes avec quelqu’un pour échanger sur un sujet du programme. Et puis,voilà, à bâtons rompus comme ça, de manière très dynamique.
Moi je trouve que c’est une bonne idée. Mais cinq minutes, c’est toujours trop court. Il reste une minute !
C’est terrible. C’est d’une violence ! L’opération séduction cherche à conquérir de nouveaux adeptes, mais si on est honnête, elle a surtout attiré des convaincus.
Si on est déjà convaincu, ça n’empêche pas… La confiance n’exclut pas le contrôle. Vu qu’ils connaissent notre programme, ils vont plus loin. Autant les autres personnes faut convaincre, on reste à la surface.
Là, ils creusent réellement pour connaître les arguments qui font qu’il faut voter pour nous. Sans surprise, les profils ont matché. Un concept qui pourrait se développer dans les prochains meeting de Jean-Luc Mélenchon.
Si vous avez aimé cette chronique, si vous voulez nous soutenir, n’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne Youtube. Et n’oubliez pas d’activer la cloche. Vous pouvez également vous abonner sur notre site BLAST-INFO.FR et faire des dons.
N’oubliez pas : votre soutien financier est le garant de notre indépendance éditoriale. À lundi pour un prochain numéro de La Guerre du trône.
Emmanuel Macron