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Conférence de presseÉlysée (sur YouTube)· 29 juin 2020 83 minAutoproduitFond programmatiqueEnvironnement & énergieÉconomie & entreprisesInstitutions & électionsSolidarités & famille

Les 150 citoyens de la Convention citoyenne pour le climat sont reçus à l’Élysée

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 85 %Attaque 4 %Défensif 11 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 6:00E. BorneFait
    « Ces 460 pages de rapports, ce sont des heures de travail, ce sont aussi des liens tissés, des amitiés. »
  • 7:00E. BorneFait
    « Cette vision est partagée par de nombreux parlementaires, impatients de poursuivre le travail législatif. »
  • 9:00P. BernasconiFait
    « Ils ont accompli le difficile chemin initiatique de ceux qui, élus, conseillers, doivent débattre, construire ensemble, établir un compromis avec l'autre. »
  • 11:00P. BernasconiChiffre
    « Mandat qui était, je le rappelle, réduire d'au moins 40% l'émission des gaz à effet de serre à l'horizon de 2030 dans le respect de la justice sociale. »
  • 15:00La Convention citoyenne pour le climatFait
    « Pendant neuf mois, nous avons vécu ensemble une expérience humaine inédite et intense, qui nous a amenés à prendre conscience de l'impérieuse nécessité d'un changement profond de l'organisation de notre société. »
  • 17:00La Convention citoyenne pour le climatChiffre
    « En 2019, l'empreinte carbone moyenne d'un Français est de 11,2 tonnes d'équivalent CO2, alors qu'elle devrait être de 2 tonnes pour respecter l'accord de Paris. »
  • 23:00E. MacronChiffre
    « Comment réduire d'au moins 40% par rapport à 1990 nos émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030, dans un esprit de justice sociale ? »
  • 25:00E. MacronFait
    « La planète pourrait être sur une trajectoire de plus 7 degrés d'ici 2100. »
  • 28:00E. MacronFait
    « Nous avons commencé à déployer un agenda écologique en étant le premier pays au monde à fermer ses centrales à charbon. »
  • 31:00E. MacronPromesse
    « Je vous confirme ce matin que j'irai au bout de ce contrat moral qui nous lie en transmettant effectivement la totalité de vos propositions à l'exception de 3 d'entre elles, les 3 jokers dont nous avions parlé en janvier, sur 149. »
  • 35:00E. MacronChiffre
    « 15 milliards d'euros supplémentaires sur 2 ans seront injectés dans la conversion écologique de notre économie. »
  • 40:00E. MacronFait
    « La France, durant la crise sanitaire, a obtenu que le prochain budget comporte des investissements massifs pour la transition écologique. »
  • 43:00E. MacronPromesse
    « Nous allons mettre en place un fonds de transformation écologique de notre économie dans le plan de relance. »
  • 46:00E. MacronPromesse
    « Nous ne pouvons remporter ce combat qu'en trouvant les accompagnements nécessaires, en assurant des aides financières pour ces ménages pour qu'aucun propriétaire et aucun locataire ne soit dans l'impasse. »
  • 0:15Emmanuel MacronFait
    « Je ne souhaite pas reprendre cette proposition, parce que je considère qu'elle serait contraire à notre texte constitutionnel, à l'esprit de nos valeurs. »
  • 1:45Emmanuel MacronPromesse
    « Je souhaite la voir aboutir d'ici fin 2021 et je suis prêt à recourir au référendum si celui-ci était alors constitutionnellement possible. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

(Applaudissements) (Propos inaudibles) (...) -Monsieur le président de la République, monsieur le Premier ministre, mesdames et messieurs les membres du gouvernement, mesdames et messieurs les parlementaires.

Monsieur le président du Conseil économique, social et environnemental, mesdames et messieurs, chers amis de la Convention citoyenne avec qui nous avons passé neuf mois formidables, nous arrivons maintenant à la fin d'une étape, celle des travaux de la convention. Nous allons d'abord entendre madame Elisabeth Borne, la ministre de la Transition écologique et solidaire à qui va donner la parole tout de suite, puis après, monsieur Patrick Bernasconi, le président du Conseil économique social et environnemental. Madame la ministre, si vous le voulez bien. (Applaudissements) -E.

Borne : Monsieur le président de la République, monsieur le Premier ministre, mesdames et messieurs les ministres. Monsieur le président du CESE, mesdames et messieurs les parlementaires. Chère Laurence Tubiana, chère Thierry Pech.

Mesdames et Messieurs. Chers 150. Ce moment tant attendu, nous y sommes.

Monsieur le président de la République, vous avez, avec nous, les 150 citoyennes et citoyens, qui à votre initiative ont relevé le défi de préparer le monde de demain. Ils ont travaillé pendant neuf mois, malgré les grèves, malgré la crise sanitaire et le confinement. Ces 460 pages de rapports, ce sont des heures de travail, ce sont aussi des liens tissés, des amitiés.

Au-delà des sessions au palais d'Iéna, ils ont participé à des webinaires, consulté beaucoup de documentation, rencontré des élus, des entreprises, des syndicats, des experts, des associations, organisé des "clim'apéros" pour partager le travail de la convention. Je suis persuadée que certains dans cette assemblée connaissent aussi bien que moi les nombreux rapports de mon ministère. Tous se sont formés et ont pris la mesure de la complexité de la transition écologique et solidaire.

Cette prise de conscience les a convaincus de l'urgence à agir. Mesdames et messieurs, lorsque je suis venue recevoir votre rapport, les animateurs vous ont demandé si certains avaient pensé à renoncer. Quinze parmi vous se sont levés.

Mais vous êtes restés et vous êtes là aujourd'hui. Cela montre votre civisme. Et c'est aussi grâce à l'organisation qui vous a accompagnés.

Je pense aux comités de gouvernance, aux animateurs, aux experts, aux garants, et je les remercie. Monsieur le président de la République, les 150 citoyens qui sont avec nous ont fait preuve d'un engagement sans faille. Ils ont démontré qu'ils avaient à coeur l'intérêt général et qu'ils voulaient agir pour leur pays.

Ceux qui dénigrent la démarche ou la caricaturent devraient en avoir conscience. Et de fait, c'est une innovation majeure pour notre démocratie. Il y a huit jours, au palais d'Iéna, nous avons partagé davantage qu'un rapport.

Nous avons partagé un moment d'enthousiasme, d'émotion et de fierté. C'était, comme je l'ai dit, un moment unique, où 150 citoyens inventent le monde de demain. Nous avons aussi partagé la conviction que la transition écologique doit être globale, qu'elle concerne chaque acteur de notre société, tous les secteurs économiques, qu'elle questionne notre rapport au monde et aux autres.

Cette vision est partagée par de nombreux parlementaires, impatients de poursuivre le travail législatif. Je crois, monsieur le président de la République, que ce rapport est une pierre d'angle de la reconstruction économique, écologique et solidaire que vous portez pour notre pays. Ce travail mérite beaucoup de respect et nous oblige.

Vous le savez, l'attente est forte. Dans quelques instants, des représentants de la convention vous présenteront une synthèse de leurs travaux. Mais dès à présent, je vous propose de les applaudir chaleureusement. (Applaudissements) (...) -Merci beaucoup, madame la ministre.

Nous accueillons à présent Patrick Bernasconi, président du Conseil économique social et environnemental. (Applaudissements) -P. Bernasconi : Monsieur le président de la République, monsieur le Premier ministre, mesdames et messieurs les ministres, mesdames et messieurs les citoyennes et citoyens de la Convention citoyenne pour le climat.

Je souhaite avant toute chose, si vous me le permettez, monsieur le président de la République, remercier les 150 citoyennes et citoyens, bien entendu pour leur travail, mais aussi pour bien plus. Tout d'abord, ils sont venus concrétiser en grand ce que nous expérimentons en petit au Conseil économique social et environnemental, la contribution citoyenne à l'élaboration des politiques publiques. Ensuite, ils ont accompli le difficile chemin initiatique de ceux qui, élus, conseillers, doivent débattre, construire ensemble, établir un compromis avec l'autre, puis voter, être applaudi, mais aussi être critiqué.

C'est ce qu'ils vivent à travers les réactions de ceux qui ne comprennent pas que leurs propositions sont un ensemble d'objectifs. Ces objectifs combinés répondent au mandat qu'ils ont reçu. Mandat qui était, je le rappelle, réduire d'au moins 40% l'émission des gaz à effet de serre à l'horizon de 2030 dans le respect de la justice sociale.

C'est un chemin difficile que celui d'éclairer les pouvoirs publics. Difficile aux yeux des autres. Chers citoyens, cette action collective a fait de vous des citoyens engagés dans la République.

Et ces deux notions, la citoyenneté, mais aussi l'engagement, sont indispensables à notre société démocratique. Pour construire notre futur commun, et peut-être encore plus à notre pays dont nous connaissons tous les fragilités et l'humeur du corps social. Cette action collective a été indispensable aux côtés des pouvoirs publics durant le confinement.

Cette action collective sera indispensable dans les mois, les années à venir face aux crises de notre pays que ce pays devra affronter. Il est fondamental que nous nous en rappelions tous, la société civile engagée est là chaque jour à nos côtés, aux côtés de celles et ceux qui en ont besoin. Je remercie...

Je vous remercie, vous, les 150, car par ces neuf mois, vous avez démontré l'importance du collectif, la valeur de l'intelligence collective. Ce collectif, c'est la marque de fabrique du Conseil économique, social, environnemental que j'ai l'honneur de présider, où j'ai eu l'honneur de vous accueillir à votre demande, monsieur le président de la République, et comme je l'avais espéré. Aussi, mesdames et messieurs les citoyens de la Convention citoyenne pour le climat, je souhaite vous remercier pour votre engagement, mais aussi saluer à travers vous toutes celles et tous ceux qui au quotidien s'engagent pour la France et ont cette valeur d'engagement.

Je vous remercie, monsieur le président de la République, d'avoir permis cette expérience démocratique, d'avoir pris le risque de cette innovation démocratique dont je sais que vous désirez qu'elle se répète. Je vous remercie de votre attention. (Applaudissements) -Merci beaucoup, monsieur le président du Conseil économique, social et environnemental.

Monsieur le président de la République, vous avez donc souhaité et convoqué cette convention citoyenne pour le climat. Vous l'avez rencontrée le 10 janvier dernier pour lui préciser ce que vous attendiez d'elle. Aujourd'hui, d'une certaine façon, ce dialogue continue, avec six membres de la convention qui ont été tirés au sort pour présenter ce matin ce qu'ils ont vécu, ce qu'ils ont produit et ce qu'ils attendent de vous à leur tour.

Nous allons commencer avec Hugues-Olivier, qui va d'abord vous décrire la manière dont les membres de la Convention ont vécu cette expérience inédite, de leur tirage au sort au mois d'août l'année dernière jusqu'à la présentation de leur rapport dimanche dernier à Mme Borne, votre ministre de la Transition écologique et solidaire. Hugues-Olivier. (Applaudissements) -La Convention citoyenne pour le climat est la première expérience démocratique d'ampleur faisant appel au tirage au sort, reconnaissant la capacité de citoyennes et citoyens ni spécialistes ni militants de s'exprimer sur un sujet d'avenir majeur.

Pendant neuf mois, nous avons vécu ensemble une expérience humaine inédite et intense, qui nous a amenés à prendre conscience de l'impérieuse nécessité d'un changement profond de l'organisation de notre société et de nos façons de vivre. Pour répondre à la question qui nous a été posée, comment réduire d'au moins 40% par rapport à 1990 les émissions de gaz à effet de serre de la France d'ici 2030 dans un souci de justice sociale, nous avons échangé librement dans la pluralité de nos opinions et nous avons auditionné des experts, des représentants économiques associatifs et publics afin de rédiger des mesures concrètes en toute connaissance de cause et d'indépendance. Nous avons appris à être plus attentifs et plus tolérants aux avis de chacun.

Nous avons parfois été en désaccord du fait de nos différences d'opinion, de mode de vie, de culture ou d'origine sociale. Cette convention a donc été une leçon de vie démocratique et participative. Nous avons travaillé avec tout notre coeur, animés par un sentiment d'urgence face au climat pour parvenir à des propositions communes.

Et nous avons tous le sentiment d'avoir eu la possibilité de prendre la parole. Beaucoup ont pris une gifle en découvrant l'ampleur des problèmes climatiques. Et beaucoup d'entre nous ont changé de point de vue, voire de métier.

Tous, nous avons développé et renforcé des connaissances nouvelles. Certains reconnaissent parler à des personnes avec qui, sans la Convention, ils n'auraient jamais imaginé échanger. Une solidarité très forte s'est instaurée entre tous les membres et se manifeste concrètement aujourd'hui à travers une association.

Beaucoup ont lié des amitiés. Plusieurs ont hésité à partir, mais au final, nous sommes tous rester unis jusqu'au bout. Monsieur le président, nous observons tous avec gratitude ce que nous a permis l'intelligence collective.

Tous, nous avons cherché à remettre la défense de la vie à la première place. C'était une de nos préoccupations permanentes. L'économie et la finance doivent être mises au service de l'humanité et de l'environnement.

Nous voulons vivre pour produire et non plus l'inverse. (Applaudissements) (...) -Merci, Hugues-Olivier, pour ce récit de votre expérience collective.

Et à présent, c'est Sylvie qui va vous détailler la manière dont les membres de la Convention citoyenne pour le climat ont travaillé, ont débattu, parfois de sujets complexes, et ont réalisé leurs choix collectifs. (Applaudissements) -Nos concitoyennes et concitoyens ont découvert un ensemble de propositions que nous avons adoptées avec un large consensus. Cet accord a été le résultat d'un parcours ponctué de riches débats entre nous.

Il est aussi le fruit de ce que chacun, chaque membre de la Convention a ramené de ses échanges sur son territoire avec une diversité d'acteurs. Nous avons également bénéficié de nombreuses contributions versées sur la plate-forme de la Convention. Elles provenaient d'organisations de la société civile, d'acteurs du privé, de partis politiques, de citoyens.

Laissez-moi vous rappeler que les 149 propositions sont le fruit d'un long processus délibératif. Dès la première session à 150 dans l'hémicycle, nous avons été invités à échanger en petits groupes pour partager nos retours sur les auditions et poser des questions aux intervenants. Cela a permis de donner la parole à des personnes différentes et d'initier les premiers débats.

Nous avons ensuite travaillé au sein de groupes thématiques qui permettaient de faire la jonction entre les sources d'émissions de gaz à effet de serre et les modes de vie. A partir de là, nous avons enrichi les pistes de propositions en élargissant les cercles, en croisant les travaux entre groupes thématiques et en arrivant à les débattre ensemble à 150. Ce processus a permis de mettre en cohérence l'ensemble des propositions, de passer d'idées individuelles à une idée collective en construisant progressivement le consensus entre nous.

Pour répondre à la question de ce qui a fait débat entre nous, nous avons écarté certaines pistes non significatives par rapport à l'enjeu de la réduction des gaz à effet de serre, ou ne respectant pas le critère de justice sociale comme la taxe carbone. D'autres n'ont pas été retenues par manque de consensus. Ainsi, la proposition de réduction du temps de travail a fait débat dans notre assemblée tout comme elle le fait dans les médias.

Certains enjeux comme la formation, le financement de nos mesures ou encore la révision de la Constitution sont ressortis comme des éléments clés très tôt dans les travaux de la Convention. De la même façon, nous avons tous identifié le besoin d'engager plus d'efforts au niveau européen. Et nous comptons sur vous, monsieur le président, pour le porter au sein de l'Union européenne.

Grâce à ce long travail, accompagnés par les animateurs, appuyés par l'organisation du comité de gouvernance et du Conseil économique social et environnemental, nous avons réussi à produire un rapport adopté quasi unanimement et que nous défendons dans son ensemble. Certains ont souhaité compléter ce rapport avec des opinions alternatives qui peuvent vous donner un aperçu de la richesse de nos débats. Nous sommes ainsi conscients des débats qui naissent de certaines de nos propositions, mais nous invitons chacune, chacun de nos concitoyens à découvrir le projet dans son ensemble. (Applaudissements) -Merci, Sylvie.

Monsieur le président, maintenant que vous savez comment cette aventure a été vécue, comment nous avons travaillé, comment ils ont travaillé, Mélanie va maintenant vous présenter l'esprit des propositions que la Convention a élaborées et le chemin vers une autre société qu'elle dessine. (Applaudissements) -Nos propositions forment un ensemble cohérent qui peut créer des centaines de milliers d'emplois dans les dix ans qui viennent et qui va permettre aux Français de vivre mieux sans laisser personne de côté. Nous y avons veillé.

Tout d'abord, monsieur le président de la République, il faut bien comprendre, nous ne proposons pas un menu à la carte, mais un ensemble de propositions interdépendantes pour garder une planète vivable pour l'humanité. Certaines auront un impact à court terme, d'autres agiront plus progressivement. Nous avons tous entendu pendant cette semaine le meilleur et le pire sur nos propositions.

Certains commentateurs osent dire que les 150 prônent une vie confinée. Monsieur le président, il n'y a rien de plus faux. Ce qu'il faut garder du confinement, c'est le lien social, la solidarité qui s'est mise en place et la reconnaissance pour tous ceux qui ont fait tenir la France.

Nous avons fait des propositions, par exemple, pour produire localement des matériaux biosourcés, pour retrouver des centres-villes vivants où les gens ont envie de revenir, pour mieux manger, pour prendre le temps d'être ensemble ainsi que des dizaines d'autres propositions. Nous avons proposé une interdiction de la publicité des produits qui ont un fort impact sur le réchauffement climatique, notamment des voitures dépassant un seuil d'émissions de gaz à effet de serre, car nous ne voulons pas d'une société où les gens qui n'ont pas de problèmes de pouvoir d'achat peuvent agir de manière irresponsable. Certaines mesures, comme celle-là, peuvent paraître radicales, mais elles sont à la hauteur de l'enjeu.

En 2019, l'empreinte carbone moyenne d'un Français est de 11,2 tonnes d'équivalent CO2, alors qu'elle devrait être de 2 tonnes pour respecter l'accord de Paris et limiter le réchauffement climatique à 2 degrés Celsius en 2100. Il faut donc diviser notre empreinte par six. Monsieur le président, en 2020, il faut cesser de mettre les gens et leurs actions dans des cases.

Aujourd'hui, il n'est plus question d'être écolo ou non. Réduire notre empreinte carbone, respecter la planète est une question de bon sens pour tous. Qui n'a pas envie de vivre mieux, de faire sa part ?

Nous avons pensé aux entreprises et aux travailleurs, car nous sommes aussi des salariés, chefs d'entreprise, indépendants et nous avons voulu donner la possibilité à chacun d'évoluer vers des métiers de demain résilients qui résistent aux chocs qui nous attendent. C'est pour cela que nous proposons des formations qui accompagnent la reconversion professionnelle. Nous avons aussi réfléchi aux orientations de financement.

Elles ont fait partie intégrante du projet. Nous avons découvert tellement de choses enrichissantes, qui nous ont ouvert les yeux et qui nous ont fait changer, que nous avons envie de les partager avec l'ensemble de la société. L'information sur l'urgence climatique et ses solutions pour toutes et tous, à tous les âges, est primordiale et essentielle pour les 67 millions de Français.

Et c'est aussi ça, la justice sociale. Merci. (Applaudissements) -Merci, Mélanie.

Arrêtons-nous, comme tu nous y invites, un instant sur la question de la justice sociale. Et Pierre va préciser la manière dont la Convention citoyenne propose d'articuler justice sociale et urgence climatique. -Le cadre fixé à notre mission était de définir des mesures structurantes pour parvenir dans un esprit de justice sociale à réduire les émissions de gaz à effet de serre d'au moins 40% d'ici 2030 par rapport à 1990.

Monsieur le président, laissez-moi citer Nicolas de Condorcet qui disait en 1777 : "La première règle de la politique, "c'est d'être juste. "La seconde, c'est d'être juste. La troisième, c'est encore d'être juste". (Applaudissements) Rappelons que cette Convention fait suite au grand débat national qui lui-même répondait aux mouvements sociaux de 2018, Gilets jaunes et mobilisation pour le climat.

On vivait une double urgence : sociale et climatique. Rappelons aussi que selon l'ONU, la justice sociale est une condition fondamentale de la coexistence pacifique et prospère des femmes et des hommes au sein des nations et entre les nations elles-mêmes. Nous avons passé au tamis chacune de nos 149 propositions pour qu'elles répondent à ce double impératif de ne jamais fragiliser les plus vulnérables et de ne jamais opposer la fin du mois et la fin du monde.

C'est cela qui nous a amenés à enrichir nos propositions de modalités d'accompagnement. Monsieur le président, je vais illustrer mon propos. Pour l'objectif de transformer l'habitat, nous proposons de généraliser des rénovations globales pour mettre fin au cauchemar des passoires thermiques qui coûtent des fortunes en chauffage.

Ces rénovations se feront dans un reste à charge zéro pour les foyers les plus faibles. Pour une alimentation de qualité, nous décidons d'améliorer la qualité de nos repas individuels et collectifs en développant les filières biologiques et locales et en soutenant l'agroécologie. Nous prévoyons des chèques alimentaires pour que tous aient accès à cette alimentation saine.

Pour réduire l'usage de la voiture, nous proposons de renforcer l'accessibilité financière du rail, des véhicules propres et du vélo. Nous proposons de consommer moins, mais mieux, en favorisant l'économie locale, en assurant la réparabilité des produits pour sortir de la surconsommation actuelle. C'est aussi dans cet esprit que nous proposons de nouvelles régulations de la publicité qui force trop souvent à des consommations inutiles.

Mais la justice sociale, ce n'est pas qu'une question de pouvoir d'achat, c'est aussi une question de territoire. Aussi, nous avons pensé à nos concitoyens des Outre-mer et ceux qui vivent dans des territoires ruraux éloignés. Aussi, Monsieur le président, l'ensemble de nos propositions sont pour nous justes, équitables, éthiques et elles sont acceptables socialement, économiquement et territorialement.

C'est pourquoi ces mesures permettront d'améliorer la qualité de vie, l'environnement naturel, social et économique d'un grand nombre de Français, notamment les plus modestes. Merci. (Applaudissements) -Merci, Pierre.

La Convention citoyenne pour le climat a été prise, comme nous tous, dans la crise sanitaire. Lydia va vous expliquer, monsieur le président, l'impact que cette crise a eu sur les travaux de la convention, et comment elle l'a incitée à articuler encore plus l'économie, la solidarité et la transition écologique. (Applaudissements) -La crise sanitaire a perturbé le processus de la tenue de la convention, mais d'une certaine manière, nous a confortés dans la conviction de l'utilité de celle-ci en ce sens qu'il apparaît que la crise à laquelle on doit faire face n'est pas sans rapport avec le dérèglement climatique et la dégradation de l'environnement.

Pendant cette période, il a été constaté une amélioration certaine de la qualité de l'air, y compris en de nombreux lieux particulièrement pollués chroniquement, ce phénomène étant directement consécutif à l'arrêt des transports. Les comportements ont dû s'adapter, telle la modification des circuits d'approvisionnement pour privilégier par nécessité face aux conditions de confinement les circuits courts et les achats de produits locaux. Les circuits internationaux de commerce et de production délocalisée ont montré des failles, notamment dans le domaine crucial de la santé publique.

Les méthodes de travail ont dû être repensées et le développement du télétravail s'est révélé face aux urgences, y compris pour les membres de la convention qui ont dû s'adapter et travailler à distance. Pendant nos travaux, nous avons d'ailleurs émis des propositions qui prônent des modifications dans ces domaines, et bien d'autres. La convention a été rattrapée par la crise du Covid-19 et, face à l'urgence, a décidé de présenter sans attendre sa contribution au plan de sortie de crise.

Ses pistes de travail, pas encore votées, avaient été remises à vous et à votre gouvernement le 9 avril dernier. Certaines des propositions permettraient à la fois une relance économique, d'améliorer la santé et le bien-être collectif, y compris pour les populations les plus fragiles, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Pendant toute cette période, nous avons pu constater que cette convention bousculait les idées reçues et permettait une remise en question du monde économique et social.

Ces travaux étaient relayés régulièrement dans les réseaux sociaux et autres publications et ont permis une mise en avant de l'urgence à traiter ce problème. Nous attendons donc que les travaux de la convention ne se limitent pas seulement à une prise de conscience de l'urgence à modifier ce modèle, mais que la stratégie de sortie de crise et les plans de relance économique s'inscrivent réellement dans une logique de développement durable et de réduction des gaz à effet de serre. Nous avons bien conscience que cette transformation ne peut pas se limiter à l'échelon national mais international, et que la participation citoyenne est essentielle pour fédérer autour de ce grand projet qui est le combat contre le changement climatique.

Merci. (Applaudissements) -Merci, Lydia. Nous arrivons au terme de cette présentation.

Il revient à Lambert, monsieur le président, de partager avec vous les attentes de la Convention citoyenne pour le climat vis-à-vis des suites qui seront données par le gouvernement, par les parlementaires et par la société dans son ensemble. Lambert. (Applaudissements) -Le réchauffement climatique est l'affaire de tous.

De vous, monsieur le président, de vous, mesdames et messieurs les responsables politiques, des entreprises, bien sûr, mais aussi de nous, citoyens français et du monde. Nous avons compris qu'il fallait revoir notre système en profondeur et que nous sommes une des clés pour le changer. C'est pourquoi nous avons rempli la mission que vous nous avez confiée.

Maintenant, c'est à vous les élus de prendre le relais. Nous espérons, monsieur le président, que vous serez fidèle à votre engagement de passer nos mesures sans filtre, soit directement dans la réglementation, soit au Parlement. Comme vous nous l'avez demandé, nous avons aussi des mesures que nous souhaitons soumettre à référendum.

Nous souhaitons que la République garantisse la préservation de la biodiversité, de l'environnement et lutte contre le dérèglement climatique. En outre, nous voulons inscrire le crime d'écocide dans le droit pénal et créer une haute autorité qui assure que les lois françaises respectent les limites planétaires. Ces trois mesures nous semblent essentielles et structurantes pour l'avenir de notre société.

C'est pour cela que nous pensons qu'il appartient au peuple français d'en débattre, puis d'en décider. L'application de ces mesures fortes pourrait nous rendre fiers une nouvelle fois. Après avoir été le pays des droits de l'homme aux yeux du monde, nous serions le pays dans lequel la population a su tourner la tête pour regarder l'environnement et inscrire sa protection dans la loi fondamentale.

La mise en place de ces mesures serait une première brique pour construire le monde d'après et inspirer d'autres pays dans le monde. Nous vous proposons d'ailleurs de transmettre dès cet après-midi un exemplaire de notre rapport à Madame Angela Merkel. (Applaudissements) Nous serons attentifs, monsieur le président, monsieur le Premier ministre, madame la Ministre, aux suites que vous donnerez à nos travaux et y apporterons une réponse, comme le prévoit notre mandat.

Mesdames et messieurs les parlementaires, notre association, Les 150, est à votre disposition pour préciser nos propositions, pour que vous transformiez nos mesures en lois. Nous, les 150 citoyens tirés au sort, représentatifs de la diversité de la société, avons vécu une expérience inédite qui réinvente notre démocratie. J'aimerais, monsieur le président, au nom des 150 vous exprimer notre reconnaissance. (Applaudissements) Nous pensons que ce nouveau modèle de démocratie est un levier extraordinaire pour transformer notre société et soutenons son organisation future sur d'autres thématiques.

Notre démocratie va mal. Le taux d'abstention aux élections municipales hier nous l'a encore rappelé. Osons aller plus loin pour que demain, chacun se sente écouté et représenté.

Elus, citoyens, chacun a sa place pour un monde post-Covid plus juste. (Applaudissements) (...) -Merci, Lambert.

Merci, un grand merci à tous les six. Monsieur le président, vous ressentez comme nous tous ici l'impatience des 150 et de la France entière à vous entendre réagir aux travaux de la Convention citoyenne pour le climat et mettre fin à ce suspense intenable. Monsieur le président, la parole est à vous. (Applaudissements) -E.

Macron : Merci beaucoup. Monsieur le Premier ministre, mesdames, messieurs les ministres, monsieur le président du CESE. Mesdames, messieurs les parlementaires.

Mesdames, messieurs, chers amis, chers 150, merci d'être là dans ce jour un peu particulier et dans cette maison qui est la vôtre et celle de toutes les Françaises et tous les Français. Et en vous écoutant à l'instant, je dois dire, c'était assez émouvant d'entendre à la fois la conviction, les idées, les propositions, ce que vous avez porté, mais aussi ce que vous avez vécu et les pages que vous avez transmises, et je serai votre ambassadeur dès cet après-midi, je vous rassure, ne disent sans doute pas tout de l'expérience humaine unique que vous avez portée, partagée. Et notre démocratie, c'est aussi cela, c'est de pouvoir débattre entre personnes qui ont des accords et des désaccords sur des sujets aussi essentiels pour le présent et l'avenir de notre pays comme de notre planète, et de savoir tirer quelques conclusions, quelques lignes de convergence.

C'était en avril 2019, à la fin du grand débat national qui succédait au mouvement des Gilets jaunes, qu'en effet, la décision de créer cette Convention citoyenne a été prise. Avec cette question pressante dans tout le pays : comment, après la colère suscitée par la taxe carbone, entres autres, comment mieux associer les Français aux décisions qui les concernent et qui impactent leur quotidien ? On aurait pu alors dire : Il y a une crise sociale terrible dans le pays, mieux vaut abandonner, lâcher cette affaire et considérer en quelque sorte qu'on ne peut pas réconcilier la fin du monde et la fin du mois, formule désormais connue à laquelle vous avez fait référence, et avançons pour gérer les urgences du pays.

C'eût été injuste, y compris injuste pour nos concitoyens qui s'étaient opposés à cette taxe et qui n'ont jamais voulu opposer l'un et l'autre, et qui considéraient que la transition écologique devait être juste et qu'au fond, nous nous y étions sans doute mal pris, pas suffisamment expliquée, pas suffisamment partagée, préparée. Un collectif avait alors proposé le principe d'une assemblée de citoyens tirés au sort. Nous en avions parlé ensemble, cher Cyril Dion.

Et beaucoup à ce moment-là qualifiaient cette idée, je dois le dire, de fantaisiste, d'illégitime, même, et nous avons, nous, avec le Premier ministre, avec le gouvernement, décidé de tenter l'aventure, de faire confiance aux citoyens, d'assumer, de construire une démocratie délibérative qui, évidemment, ne s'oppose pas à la démocratie parlementaire, mais qui la complète et qui l'enrichit. Et d'ailleurs, en écoutant vos travaux, en lisant aussi vos conclusions, j'ai pu voir combien vous aviez mesuré de là où vous étiez l'importance du travail fait par les parlementaires et la nécessité d'articuler ce travail de démocratie délibérative où des citoyens tirés au sort qui n'ont pas la même légitimité que des citoyens élus, mais parce qu'ils réfléchissent, travaillent, acquièrent des connaissances, représentent malgré tout quelque chose, eh bien, comment cette intelligence collective pouvait se marier avec la responsabilité qui est celle de l'exécutif et du pouvoir législatif. Tout, dans cette aventure démocratique et humaine, constitue une première mondiale, autant par son ambition que par son ampleur.

Il y avait eu des expériences comparables sur des sujets beaucoup plus limités pour essayer de démêler des divergences dans une société, jamais sur un sujet aussi large. Et votre engagement si constant et si fort a aussi été une première. Vous avez pris sur votre temps familial, amical, y compris dans des conditions sanitaires exceptionnelles que notre pays a vécues, vous l'avez rappelé à l'instant.

Et le sérieux avec lequel vous avez oeuvré doit aujourd'hui pleinement vous permettre de valoriser cette expérience dans votre vie professionnelle. C'est pourquoi j'ai aussi demandé au gouvernement que cet engagement dans la Convention citoyenne puisse être valorisé dans le parcours professionnel et de formation, mais que tous ceux qui vous suivront dans des expériences que nous aurons ainsi à reprendre puissent bénéficier de la même validation. Je veux ici aussi saluer l'implication du comité de gouvernance et je remercie Laurence Tubiana, Thierry Pech, le groupe d'appui, le comité légistique, les garants, les animateurs, l'ensemble des équipes et de celles et ceux qui ont fait vivre cette convention.

En neuf mois, la Convention citoyenne a renouvelé de manière inédite les formes de la démocratie et bousculé le système. Et si cette expérience est une réussite, c'est avant tout par la qualité du travail que vous avez produit. Vous l'avez rappelé, c'est une question difficile qu'aucun pays du monde n'a vraiment à ce stade résolue qui vous avez été posée : comment réduire d'au moins 40% par rapport à 1990 nos émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030, dans un esprit de justice sociale ?

Vous vous êtes formés, vous avez auditionné, vous avez travaillé, vous avez débattu et vous avez répondu avec profondeur et intelligence. Vous avez répondu par un plan touchant à de nombreux domaines : les déplacements, l'agriculture, le bâtiment, la responsabilisation des entreprises et des consommateurs. Et à la fin de ces neuf mois, ce temps d'une grossesse qui vous a permis d'aboutir à ce travail, vous avez remis à la ministre Elisabeth Borne ce que vous aviez réussi à faire, conjuguant ambition et recherche de consensus.

Et je veux saluer dans le travail que vous avez constamment mené cette ambition, parce que vous aussi compris l'état dans lequel nos démocraties se trouvent. Certains d'entre vous l'ont dit, nous avons pris une claque. Certains ont découvert l'urgence.

Mais vous avez tous pesé le fait qu'on ne peut pas répondre à cette urgence en divisant, en opposant, en culpabilisant. C'est parfois l'erreur que nous avons faite, moi-même le premier. On ne peut y arriver qu'en embarquant l'ensemble de nos concitoyens et donc en trouvant les voies d'un vrai consensus.

C'est ce que vous avez cherché entre vous, et c'est maintenant ce que nous devons collectivement cherché au sein du pays pour que l'ensemble de vos propositions deviennent une réalité. D'abord parce que l'urgence est là, vous l'avez rappelé, plus prégnante encore qu'au moment où nous avons lancé vos travaux. La planète pourrait être sur une trajectoire de plus 7 degrés d'ici 2100, la biodiversité continue de se dégrader, les choses ne s'améliorent pas spontanément.

Depuis 3 ans, nous avons commencé à déployer un agenda écologique en étant le premier pays au monde à fermer ses centrales à charbon, en mettant fin aux permis d'hydrocarbures, en donnant l'objectif de classer 30% de notre espace maritime et terrestre en aires protégées. Mais ce que vous avez démontré, c'est que nous devons aller beaucoup plus loin, beaucoup plus fort, qu'au fond, même si nous avons déjà un bilan, l'histoire s'accélérant, il est insuffisant. Le défi climatique nous impose de faire beaucoup plus.

Au fond, ce que vous nous dites, c'est que le temps est venu de faire, d'agir. Et ce temps d'action concrète, c'est celui que votre travail inaugure. Alors lorsque nous nous sommes vus en janvier, je vous avais dit : Toutes les propositions qui seront abouties et précises seront transmises sans filtre soit au gouvernement pour ce qui relève du domaine réglementaire, soit pour ce qui relève de la loi, au Parlement, ou directement au peuple français.

Et donc notre échange d'aujourd'hui n'est pas un grand discours sur des principes abstraits, c'est la réponse à laquelle je m'étais engagé et le lancement d'un nouveau processus. Et je vous confirme ce matin que j'irai au bout de ce contrat moral qui nous lie en transmettant effectivement la totalité de vos propositions à l'exception de 3 d'entre elles, les 3 jokers dont nous avions parlé en janvier, sur 149 sur lesquelles justement je vais revenir. Je veux que toutes vos propositions qui sont prêtes soient mises en oeuvre au plus vite.

Certaines, les premières, en particulier toutes celles qui relèvent justement du champ réglementaire, seront abordées lors d'un prochain Conseil de défense écologique, c'est un Conseil des ministres restreint dédié aux questions de biodiversité, d'environnement et de climat d'ici fin juillet. D'autres seront intégrées au plan de relance qui, comme je l'ai dit aux Français, sera économique, écologique et social et sera soumis au Parlement dès la fin de l'été. D'ores et déjà, vos contributions et nos échanges ont permis d'éclairer une partie et d'influencer profondément une partie des plans sectoriels.

Je pense à ce que nous avons décidé sur l'autonomie, l'automobile ou l'aéronautique qui a d'ores et déjà pu prendre en compte plusieurs des propositions qui avaient été les vôtres et j'y reviendrai. Ensuite, un projet de loi spécifique sera présenté à la fin de l'été. Il intégrera l'ensemble de vos mesures qui relèvent du champ législatif qui seront finalisées dans les prochaines semaines, et y compris celles qui méritent encore d'être affinées ou complétées dans le cadre d'un travail auquel je tiens à ce que vous soyez étroitement associés.

Le gouvernement et le Parlement y travailleront et, comme je m'y étais engagé, je souhaite que vous soyez associés dans le cadre du suivi. Dès demain, ce que je vous propose, c'est de mettre en place les groupes de travail sur vos propositions qui permettront avec les parlementaires et le gouvernement de pleinement vous associer à leur transformation en lois, en règles concrètes. Et dès la semaine prochaine, le président de l'Assemblée nationale vous recevra à cette fin.

Certaines de vos propositions dépendent aussi des collectivités territoriales. Pour augmenter le nombre de parkings relais, interdire les véhicules polluant dans les centres-villes, pour accélérer sur les filières de recyclage des déchets, instaurer des clauses environnementales dans les marchés publics, il nous faut en effet dialoguer avec les maires et les élus locaux. Je propose donc que le gouvernement réunisse les associations d'élus pour discuter de l'ensemble de ces propositions, de leur mise en oeuvre et pouvoir ainsi intégrer le fruit de ces échanges dans les modifications législatives nécessaires qui seront ainsi intégrées à ce projet de loi.

Enfin, plusieurs de vos propositions relèvent de l'échelon européen, parfois international. C'est le cas de la politique commerciale. Vous dites : "Aucun accord commercial avec des Etats qui ne respecteraient l'accord de Paris".

Je partage votre position et c'est pour cela que sur le Mercosur, j'ai stoppé net les négociations, et les derniers rapports qui ont pu nous être soumis me confortent dans cette décision. Sur le CETA, et nous avions échangé sur ce point en janvier, comme vous le savez, il est mis en place aujourd'hui de manière transitoire et après un travail qui a permis d'améliorer son contrôle, sa vérification, son évaluation, et qui est d'ailleurs le fruit d'un engagement du gouvernement et de nos parlementaires. Je vous réponds sur le CETA, continuons à évaluer.

Je n'ai aucun tabou : si l'évaluation montre qu'il n'est pas conforme à la trajectoire de Paris, je serai le premier à proposer qu'on l'abandonne. Des sujets comme la mise en place de la taxe carbone aux frontières du continent ou le verdissement de la politique agricole commune relèvent quant à eux de l'échelon européen. Je les partage.

La France, durant la crise sanitaire, a obtenu que le prochain budget comporte des investissements massifs pour la transition écologique. Nous avons aussi porté ce plan de reconquête au niveau européen, d'abord par un accord franco-allemand, puis une proposition de la Commission européenne. Les prochaines semaines seront décisives pour que les investissements soient à la hauteur de ces ambitions au niveau européen, avec les règles qui conviennent.

Je serai le 17 juillet prochain à Bruxelles pour poursuivre ce combat et vous pouvez compter sur moi. L'échelon européen est indispensable si nous voulons un vrai prix du carbone, une vraie taxe aux frontières, les vrais investissements pour nos industries et les transformer et notre politique agricole. Voilà donc pour la méthode du sans filtre.

Sur le suivi de vos propositions auquel je m'étais engagé en janvier, je souhaite que le gouvernement fasse le point avec vous chaque mois. La démocratie délibérative ne doit pas s'arrêter à la porte des ministères ou des assemblées, et c'est bien un travail partenarial qui la poursuivra que je vous propose. Voilà pour la méthode, le calendrier, mais je veux aller plus loin.

Vous l'avez très bien dit, ce que vous proposez, c'est un projet cohérent. Ce ne sont pas une série de mesures qui s'additionnent. C'est un projet cohérent pour mieux vivre, un projet humaniste auquel j'adhère.

Notre société a besoin d'une transformation profonde qui nous permette de respecter nos engagements internationaux, qui nous permette de faire notre part, nous, Français, pour lutter contre le réchauffement climatique et pour lutter pour la biodiversité, et de rester une grande nation géopolitique, de continuer à financer notre modèle social qui est lui aussi très ambitieux et nécessite de produire pour le financer, et que tous ensemble, nous arrivions à vivre mieux et améliorer la qualité de la vie. C'est pourquoi il y a quatre principes que je partage avec vous et qui sont pour moi les piliers de votre projet et de ce que je vois comme véritablement la transformation écologique que notre pays peut porter. Le premier, c'est que vous avez assumé, décidé, et je le partage, de placer l'écologie au coeur du modèle économique en faisant le pari de l'investissement dans les transports, les énergies, les technologies de demain.

Et quand je dis ça, ça n'est pas simplement une formule, ça veut dire qu'ensemble, nous décidons de ne pas faire deux autres choix. Il y a un choix possible qui est de continuer à dire : Le coeur de notre modèle économique, c'est de produire sans se soucier de l'écologie. Plus exactement, l'écologie, c'est ce que les économistes appelleraient une externalité négative et on la corrige après.

Ce n'est plus possible. Nous sommes aux limites de ce système. On doit remettre l'ambition écologique... (Applaudissements) On doit remettre l'ambition écologique au coeur du modèle productif, c'est-à-dire chercher par ces transformations, ces investissements à produire différemment, à l'évaluer, à le mesurer, à transformer nos capacités.

C'est le choix qui est derrière vos propositions et c'est un changement profond de philosophie. Mais le deuxième choix auquel vous tournez le dos aussi, c'est celui qu'on appelle le modèle de la décroissance. Vous ne proposez pas, et j'ai entendu comme vous parfois beaucoup de caricatures sur vos propositions, vous ne proposez pas de ne plus produire.

Et je crois comme vous que ce ne serait pas une réponse au défi qui est le nôtre. Vous voulez qu'on produise pour servir ce modèle, un modèle humaniste. Mais si nous disions collectivement : pour réussir ce défi écologique, il faut moins travailler, moins produire, j'aurais une réponse simple à vous apporter.

Je vous dirais en bonne foi : si nous produisons moins et nous travaillons moins, nous ne pourrons plus financer le modèle social qui est le nôtre. Et la crise sanitaire nous l'a fait vivre et les débats dans lesquels nous sommes au sortir de cette crise nous le montrent, nous avons besoin là aussi d'investir de l'argent public dans notre santé. Nous pouvons l'investir, parce que nous produisons.

Un modèle de décroissance, c'est un modèle de décroissance aussi de notre modèle social. Et les chiffres que nous avons vécus dans cette période, certes, ont permis dans les métropoles d'améliorer la qualité de l'air et c'est ça qu'il faut réussir à consolider en changeant les modes de transport, c'est ce que vous proposez. Mais une économie quasiment à l'arrêt n'a réduit que de 8% les émissions.

Et donc, on voit bien que le choix de décroissance n'est pas une réponse au défi climatique non plus. Non. Remettre l'écologie au coeur du modèle productif, faire le pari de l'investissement dans les transports, les énergies, les technologies de demain est pour moi ce premier pilier qui réconcilie économie et écologie que vous assumez et auquel je crois.

Investir, transformer, innover, c'est ce qui correspond à notre pays, à cette philosophie des Lumières qui nous a faits. C'est en étant plus intelligent, en sachant changer les comportements, en investissant sur les domaines les plus importants pour notre pays et notre économie que nous saurons relever ces défis. Investir dans les transports propres, rénover nos bâtiments, inventer les industries de demain, investir aussi dans des domaines que parfois vous n'avez pas traités dans vos travaux, mais qu'il nous faut assumer comme les énergies décarbonées, les réseaux, la préservation des ressources en eau.

Je pense à ce sujet que nous avons commencé à embrasser dans le cadre d'un gros travail avec les collectivités locales. Nous continuons à être un pays qui gaspille énormément d'eau, il faudra investir là aussi dans nos réseaux de distribution et ça fait partie de cet esprit, de cette philosophie des mesures que vous portez. L'Etat prendra toute sa part.

C'est pourquoi dès le plan de relance que nous sommes en train de préparer, 15 milliards d'euros supplémentaires sur 2 ans seront injectés dans la conversion écologique de notre économie. Nous allons mettre en place un fonds de transformation écologique de notre économie dans le plan de relance, avec là aussi de manière sous-jacente un objectif qui apparaît partout dans vos propositions : le fait que ce modèle est cohérent avec un objectif d'indépendance. Remettre plus d'écologie dans notre modèle productif, c'est aussi par notre organisation renforcer l'indépendance européenne et française.

Je ne prendrai qu'un exemple, celui de la souveraineté alimentaire. Si on veut réussir à suivre votre ligne, il faut renforcer notre capacité à produire nos propres protéines, en effet, comme vous le dites, réduire pour aller vers la suppression de nos importations de protéines sous OGM qui viennent du bout du monde et réussir à avoir un modèle beaucoup plus indépendant sur ce plan-là. L'économie au coeur du modèle productif et une plus grande indépendance est au coeur de ce projet.

L'Etat a son rôle à jouer, et les collectivités publiques avec lui. Le secteur privé a aussi un rôle à jouer et c'est notamment pour cela, je le dis clairement, que je suis en désaccord, j'avais dit que j'avais quelques jokers, avec la taxe de 4% sur les dividendes que vous proposez. Je ne dis pas qu'il ne faut pas réorienter une partie des investissements vers des investissements plus verts, mais mettre sur tous les investissements une taxe, c'est réduire notre chance d'attirer des investissements supplémentaires.

Je crois à la croissance de notre économie, je crois à un modèle qui innove. Nos entreprises ont besoin d'innover. Elles ont donc besoin d'attirer des capitaux, français et étrangers, sur notre sol pour innover et changer le modèle.

Nous sommes déjà un pays qui est très fiscalisé. Je pense qu'accroître la fiscalité pour répondre à ce défi n'est pas la bonne manière. Par contre, continuer à réfléchir sur une fiscalité plus incitative vers ce qui est plus vert et qui doit donc être plus rentable, j'y suis prêt.

Le second principe de cette transformation, c'est un principe de justice sociale. Vous y êtes revenus avec beaucoup de force de conviction, vous avez convoqué à juste titre Condorcet et je partage cette philosophie. Je le dis avec d'autant plus d'humilité que nous ne l'avions pas assez vu au début et que je crois que le chemin que nous avons collectivement fait dans notre pays depuis 3 ans et que vous éclairez remarquablement, c'est que la transformation écologique n'est possible que si elle est aussi, en même temps, comme dirait l'autre, une transformation sociale et solidaire.

Faire en sorte que cette transition écologique ne laisse personne au bord du chemin. Et sur ce sujet, vous avez beaucoup de propositions fortes que je souhaite toutes voir reprises : proposer des chèques alimentaires pour permettre aux plus modestes d'acheter des produits de qualité de cette agriculture que vous voulez transformer, de cette agroécologie dont vous voulez accélérer la promotion, et vous avez raison, proposer des aides renforcées pour que les plus modestes puissent acquérir des véhicules propres. Vous proposez aussi d'interdire des passoires thermiques.

Nous le souhaitons tous. Et vous reconvoquez un débat qu'il y a eu au sein du gouvernement, avec le Parlement, qui est très compliqué et qui pose toute la difficulté de l'articulation de la problématique environnementale et sociale, et vous l'avez d'ailleurs vécu dans vos débats. On s'est arrêté à une position qui vous apparaît trop timide, parce qu'on n'a pas totalement interdit les passoires thermiques avec une date, c'était dans mes propositions de campagne.

Et si le gouvernement avec les acteurs du secteur, le Parlement ne l'a pas totalement interdit, c'est qu'il a vu que si on y mettait les moyens actuels, interdire, c'était, au fond, mettre des ménages qui sont parfois en situation modeste dans des situations impossibles et c'était réduire l'offre de logement, et donc accroître le mal-logement dans notre pays. Il y a sans doute un chemin qui rend la chose possible, et c'est ça que nous allons travailler sur la base de vos propositions, avec vous, pour le finaliser, c'est d'investir davantage pour être au rendez-vous de cette ambition, et donc d'une part investir pour transformer plus vite tout ce qui est dans le parc public ou chez les bailleurs en accompagnant financièrement et investir pour accompagner les ménages les plus modestes pour qu'ils ne soient pas face à une impasse. Et donc, nous ne pouvons remporter ce combat qu'en trouvant les accompagnements nécessaires, en assurant des aides financières pour ces ménages pour qu'aucun propriétaire et aucun locataire ne soit dans l'impasse.

Au fond, veiller toujours à ce que la transition n'exclue pas les plus modestes, ne les relègue pas, ce qui doit être la marque de fabrique d'une écologie à la française. C'est aussi pour cela, je parle d'un mot de ce que vous n'avez pas évoqué, que vous n'êtes pas revenus sur la taxe carbone. On s'en était parlé en janvier.

Vous avez eu parfois le sentiment qu'au fond, c'était le plan caché, en disant : "Ils veulent qu'on relégitime la taxe carbone, "ils n'ont pas réussi à le faire, "donc ils voudraient que 150 citoyens reviennent et la mettent sur la table". Mais j'ai vu vos débats sur ce sujet. Alors sur ce point, je vais vous parler très franchement, je pense que la fixation d'un vrai prix du carbone, et vous le savez, vous l'avez dit entre vous, est l'un des moyens les plus puissants pour réussir notre objectif.

Là, nous avons encore les cicatrices de ce débat. Donc au fond, ce que vous avez envoyé comme message, c'est : "On va refroidir un peu le moteur sur le plan franco-français, faites-le déjà sur le plan européen". Oui.

Et pour éviter tous les biais et toutes les distorsions de concurrence, la priorité pour moi des prochains mois, c'est d'avoir véritablement une taxe carbone européenne, c'est-à-dire de monter véritablement le prix de référence, d'avoir un prix plancher, d'avoir une taxe aux frontières, c'est clé si nous voulons tenir non seulement nos objectifs, mais comme on le doit, rehausser nos objectifs 2030 et avoir une trajectoire crédible. Ca, c'est l'objectif des prochains mois en européen, c'est essentiel. (Applaudissements) Et là, j'aurai un travail de conviction et je le commencerai dès cet après-midi.

Au niveau national, il nous faudra, dans les prochaines années, ce n'est pas quelque chose qu'on peut engager dans les deux ans qui viennent, réfléchir à une transformation profonde de notre fiscalité pour intégrer une juste tarification du carbone, mais qui suppose de réformer les autres impôts pour en même temps rendre cette taxation juste. Et donc, c'est ça qu'il faut faire de manière apaisée dans le pays. Je crois que vous avez raison de ne pas proposer une taxe carbone dès demain, mais je pense qu'il ne faudrait pas laisser le sujet de la réforme en profondeur de notre fiscalité pour qu'elle soit plus écologique et plus juste encore.

Et c'est un chantier qui, à coup sûr, alimentera les débats de 2022. Le troisième principe d'une écologisation de notre société et de notre économie est de réussir l'aménagement de notre territoire et c'est partout, là aussi, dans votre projet, au fond, de bâtir de nouveaux équilibres. Vous êtes revenus sur quelques propositions très concrètes, mais je pense que c'est un élément très important.

D'abord avec cette volonté de veiller à l'accessibilité de chaque territoire, de chaque région, mais de renforcer partout où c'est possible les transports les plus compatibles avec notre ambition environnementale. Par exemple en interdisant, en supprimant les vols intérieurs quand un trajet en train dans des délais raisonnables est possible. Alors oui, c'est ce que nous avons fait avec le gouvernement dans le cadre du plan aéronautique.

Lorsqu'il y a un trajet en TGV qui est possible en 2h30 ou moins, ne poursuivons pas les lignes intérieures avec l'avion. Par contre, j'ai vu que parfois dans les débats, c'était 4 heures, je crois qu'il faut savoir raison garder. On ne peut pas ré-enclaver des territoires.

Lorsque c'est plus de 2h30 en train, c'est très difficile de couper totalement les lignes intérieures, parce que vous avez certains de nos concitoyens qui ont besoin de se déplacer, qui ont besoin de travailler. Il faut maintenir là aussi des usines partout sur le territoire, ne pas concentrer celles-ci dans les métropoles les mieux desservies. Donc il faut pouvoir articuler ces deux objectifs, un aménagement harmonieux de notre territoire et de la production partout et la réduction, si je puis dire, de trajectoires par avion qui ne sont plus utiles quand on peut se déplacer en TGV à moins de 2h30.

C'est cet équilibre qu'on va donc tenir. Jamais, me semble-t-il, la transition écologique ne doit se faire au détriment des communes, des régions qui sont les plus enclavées. Et c'est pour cela, deuxième joker, que je crois qu'il faut reporter le débat sur les 110km/h. (Rires) (Applaudissements) Alors, croyez-moi, je formule cette proposition en spécialiste, parce que j'ai présenté beaucoup de grands plans très ambitieux, avec beaucoup de choses formidables, qui ont parfois été résumées à une mesure ou une petite phrase.

Et ce serait profondément injuste que tout votre travail soit résumé à cette proposition. Je vous le dis très sincèrement. (Applaudissements) J'en comprends l'objectif, mais vous avez beaucoup débattu et vous l'avez redit dans vos propos : pour que ça marche, il ne faut pas stigmatiser les gens.

Il ne faut pas les diviser. Il faut réussir à les embarquer tous ensemble. Si on fait ça, je vous l'écris, nos concitoyens qui sont dans les territoires les plus enclavés, qui parfois mettent tous les jours 45mn, 1h en utilisant les grands axes pour aller travailler, qui ont besoin pour retrouver leur famille de les utiliser, dont la vie s'organise par ces transports, ils vont dire : "OK.

Leur projet est un projet où il n'y a pas de place pour moi, c'est un projet d'urbains, je n'existe pas." Ce n'est pas la réponse que vous voulez apporter. Ce n'est pas vrai.

Ce n'est pas la caricature. Moi, j'ai lu vos propositions, je vous ai écoutés, je viens de vous entendre, et donc je pense qu'il faut faire maturer ce débat dans la société, celui de la vitesse et autres. Il faut aussi que les gens aient à chaque fois plusieurs options.

Mais ne donnons jamais le sentiment à certains de nos concitoyens qu'on les culpabilise ou qu'on les met à l'écart. Et donc je propose de repousser ce débat. Je ne voudrais pas que vous connaissiez le même sort que moi, c'est-à-dire avoir des mois de travail qui s'abîment dans une polémique.

Vos propositions pour préserver notre environnement naturel aussi et nos paysages sont pour moi très importantes. Il y a les transports et puis, il y a tout ce que vous dites sur, au fond, la qualité de vie, nos paysages, l'organisation de l'espace, et ça, c'est très important, parce que c'est notre quotidien. C'est notre quotidien et beaucoup de nos concitoyens, quand ils sont sortis au moment des Gilets jaunes, disaient aussi quelque chose du mal-être dans une France, moi, je n'aime pas tellement ce terme de périphérique, mais dans une France qui avait été souvent dénaturée par les grandes zones commerciales, ces friches, par des centres-villes qui avaient été quittés par le logement et le commerce, par des paysages qu'on avait dégradés, des ronds-points qu'on avait multipliés souvent pour que la bétonisation continue.

Ils en ont trouvé un usage, celui de la protestation, mais ils disaient quelque chose du mal-vivre dans ces villes moyennes où l'activité économique était un peu parfois partie, mais où la qualité de l'aménagement de l'espace s'était désagrégée. Et donc la division par 2 des surfaces urbanisables, la sanctuarisation des espaces agricoles naturels, forestiers, le développement de la ville sur la ville en facilitant la reconversion des friches, toutes les mesures que vous préconisez en cette matière entrent en échos pour moi avec un projet auquel je crois beaucoup qu'on a commencé depuis 3 ans qui est aussi de changer l'espace de notre pays, son aménagement, là aussi de le rendre plus humain, au fond plus beau. Et c'est cohérent avec le projet Action coeur de ville qui vise à redonner vie aux villes moyennes, aux places de villages en rénovant les logements, en soutenant les commerces, mais tout ce que vous proposez améliore cette qualité de vie, ce beau.

C'est un projet humaniste pour la ville comme pour la campagne qui est de mettre fin à une tendance que l'on a vue depuis 40 ans dans notre pays qui a désagrégé au fond notre espace commun, espace dans lequel aujourd'hui nous vivons moins bien. Et ce choix d'un étalement continu, de logements qui gagnent en permanence, des coûts de transport qui, comme vous l'avez très bien compris et décrit, augmentent. Je crois que c'est un modèle dont nos concitoyens veulent sortir.

Ils veulent retrouver une ville à l'échelle humaine où on vit mieux. Ils veulent retrouver des espaces forestiers, agricoles, naturels. Ils veulent moins de voitures.

Ils ne veulent plus de nouvelles grandes surfaces en périphérie. Ils veulent retrouver des commerces de centre-ville et d'échanges humains au plus proche. Ils veulent là aussi au quotidien, comme vous l'avez décrit, un nouveau projet de vie ensemble, beaucoup plus humaniste et de qualité.

C'est possible. Vos mesures y contribuent. Le développement des circuits courts, la sanctuarisation des terres agricoles y contribuent pleinement.

Vous voulez aller plus loin avec des décisions fortes pour mettre fin à la bétonisation, vous avez raison et je le partage. J'y suis d'autant plus prêt que nous avons inscrit dans le plan biodiversité le principe du zéro artificialisation nette. Et c'est allé plus loin et plus fort, ce que vous proposez.

Alors allons-y. (Applaudissements) Vous proposez d'éviter de nouvelles constructions qui mordent sur la nature quand des réhabilitations sont possibles, engageons-nous. Allons-y.

Vous préconisez d'instaurer un moratoire sur les nouvelles zones commerciales en périphérie des villes, allons-y. Allons-y. Agissons. (Applaudissements) Et puis, le quatrième et dernier principe, Lambert vient d'en parler avec beaucoup de force à l'instant, c'est celui de la responsabilité de chacun.

Ce que vous avez démontré par votre travail, votre engagement, vos conclusions, c'est que ce changement de société, de modèle, ce n'est pas l'affaire du gouvernement, simplement du Parlement, ce n'est pas l'affaire de textes, c'est l'engagement de toute une nation dans toutes ses composantes. L'Etat, les collectivités locales, bien sûr, doivent agir avec le courage de bousculer le système. Mais seul, ils ne peuvent rien, car la réussite passe par la conversion des regards, le changement des comportements de chacun.

Des entreprises, en favorisant les bons investissements et des citoyens. Voilà pourquoi je crois beaucoup à toutes les mesures, vous l'avez très bien dit, de formation, d'incitation que vous proposez. Avec vous, je crois à l'éducation au développement durable de l'école.

Avec vous, je crois au CO2-score qui doit permettre à chacun de savoir si ce qu'il mange ou achète est bon pour le climat et donc mettre en capacité chacun d'être un acteur de sa propre vie, de faire par ses choix de consommation, des choses qui sont cohérentes avec ses choix de citoyen. Avec vous, je crois à la responsabilité sociale et environnementale des entreprises. Par exemple, au bilan carbone annuel qui, demain, pourrait être au coeur de l'image des marques, je crois à une vraie responsabilité sociale et environnementale de nos entreprises, qui est un levier de transformation profond sur lequel nous devons aller beaucoup plus loin et c'est ce que vous proposez.

Ces 4 principes qui montrent combien votre projet est cohérent, comme vous l'avez dit, et constitue un tout, doivent nous permettre d'agir concrètement pour transformer notre société en rassemblant tout le monde, en associant l'ensemble de nos concitoyens et des forces vives du pays. Et c'est pour cela que je mets encore beaucoup d'attentes dans vous et votre engagement et nous tous, ça n'est pas fini, ce n'est qu'une étape aujourd'hui. Vous avez enfin souhaité que l'ambition écologique soit gravée dans le marbre de nos lois en proposant que soit soumise à référendum 3 modifications juridiques fortes.

Et les symboles comptent, la République sociale, la République des territoires sont désormais inscrits dans notre Constitution. Il était donc légitime de réfléchir à inscrire l'écologie à son tour. Vous proposez ainsi de réécrire le préambule de la Constitution en plaçant l'environnement au-dessus de nos valeurs, de nos autres valeurs fondamentales.

Comme je vous l'ai dit en janvier, de là où je suis, je suis garant de nos institutions et mon rôle, c'est de veiller à tout ce qui pourrait mettre en cause l'équilibre des pouvoirs et les valeurs qui fondent la République. Or, telle que proposée, la rédaction pour le préambule menace de placer la protection de l'environnement au-dessus des libertés publiques, au-dessus même de nos règles démocratiques. Et c'est pourquoi je ne souhaite pas reprendre cette proposition, parce que je considère qu'elle serait contraire à notre texte constitutionnel, à l'esprit de nos valeurs.

Et d'ailleurs, je crois pouvoir dire que j'ai compris ce que vous proposiez, me semble-t-il, vous proposez un projet humaniste et tout ce que nous sommes en train de faire pour l'environnement, toutes ces transformations, c'est non pas parce que nous mettons la nature au-dessus de nous, mais parce que nous considérons que défendre les droits de la nature est un de nos devoirs en tant qu'homme au sens générique du terme. C'est pourquoi il est essentiel de le mettre au bon niveau, mais de ne pas mettre un droit de la nature au-dessus des droits humains, parce que je crois que ce n'est pas cohérent avec le projet et la philosophie des Lumières qui portent notre République. Par contre, vous proposez la réécriture de l'article premier de notre Constitution et vous proposez d'introduire les notions de biodiversité, d'environnement, de lutte contre le réchauffement climatique dans notre texte fondamental.

Je suis favorable à cette proposition. (Applaudissements) Je veux ainsi que nous puissions engager d'abord à l'Assemblée nationale et au Sénat, sur la base de votre proposition, un texte en vue d'une réforme constitutionnelle. Je souhaite la voir aboutir d'ici fin 2021 et je suis prêt à recourir au référendum si celui-ci était alors constitutionnellement possible après le vote des chambres dans le cadre strict de notre Constitution, parce que, comme je vous l'avais expliqué en janvier, je ne peux pas prendre cette proposition et tout de suite la mettre au référendum, cela n'est pas conforme à notre texte constitutionnel.

Sur la question, enfin, de la création d'un crime d'écocide, je pense que c'est une notion extrêmement structurante pour la protection des écosystèmes et la défense de l'écologie et la biodiversité pour aujourd'hui et demain. Je crois d'ailleurs être l'un des premiers dirigeants à avoir employé ce terme lorsque l'Amazonie brûlait il y a quelques mois. Je partage donc pleinement l'ambition que vous défendez, votre émotion aussi face à des acteurs qui, en toute connaissance de cause et en toute impunité, ravagent volontairement des écosystèmes entiers.

La mère des batailles sur ce point est d'abord internationale. Il faut faire en sorte d'inscrire ce terme dans le droit international pour que les dirigeants qui sont chargés par leurs peuples de protéger le patrimoine naturel et qui faillissent délibérément rendent compte de leurs méfaits devant la Cour pénale internationale. Soyez en sûrs, je porterai donc ce combat au nom de la France dans les instances multilatérales et c'est cohérent avec ce que nous avons lancé pour un Pacte mondial de l'environnement, c'est-à-dire créer des droits nouveaux permettant au niveau international de donner aux citoyens, aux ONG, des droits et des droits de recours contre celles et ceux qui agissent de manière non conforme à nos ambitions.

Sur le plan français, je souhaite que nous puissions étudier avec vous, avec l'appui de justice, comment ce principe peut entrer dans le droit français, dans le respect de nos principes fondamentaux. Ce n'est pas le cas de la rédaction qui est aujourd'hui proposée, mais je souhaite que nous puissions ensemble donner une suite à votre proposition et l'inscrire dans notre droit. Car c'est une notion structurante et que nous avons besoin là aussi d'évoluer et d'avancer, ça fait partie des groupes de suivi que je souhaite que nous mettions en place.

Au-delà des 3 points sur lesquels je vous ai dit très clairement mes réserves ou mon désaccord, je souhaite laisser ouverte la possibilité de conduire dès 2021 et même si d'ailleurs vous ne me l'avez pas demandé, mais dès 2021 un référendum sur la base de l'article 11 de la Constitution sur un ou plusieurs textes de loi reprenant vos propositions. En effet, sur l'ensemble de vos propositions, vous avez souhaité qu'elles passent par le Parlement. Je vous ai dit que c'est ce que nous allions faire avec ces groupes de travail et ces textes de loi.

Mais si les choses ne devaient pas avancer assez vite, dans le cadre du suivi auquel je veux vous associer, et si nous pensons que c'est pertinent, je souhaite laisser ouverte la possibilité en 2021 de procéder à un référendum avec plusieurs questions et y attacher les textes pour que dans le cadre de l'article 11 de notre Constitution, nous puissions décider d'un référendum. Je vous ai fait confiance, vous avez été à la hauteur de cette confiance. Ensemble, nous pouvons aussi, au moment où nous le choisirons sur des sujets qui peut-être bloqueraient, de faire confiance aux Français.

Je le crois très profondément. C'est pourquoi je veux ici aujourd'hui laisser cette option ouverte. Mesdames et messieurs, il y aura, comme je vous l'ai dit, une suite et pour toutes celles et ceux qui y sont prêts, un engagement qui continue.

Vous avez fait un travail remarquable dans votre diversité, de tous les âges, de toutes les régions, avec tant d'opinions, comme vous l'avez très bien dit, différentes. J'ai besoin de vous d'abord pour que vous soyez vos propres ambassadeurs. Il est indispensable que ce que vous avez vécu, porté, la cohérence de ce projet, vous alliez l'expliquer, la diffuser, la partager avec nos concitoyens.

Je pense qu'il faut continuer à avoir en quelque sorte cette force qui est au coeur de notre République. La République s'est faite par les colporteurs, vous savez, qui allaient de porte en porte dire la force de nos valeurs. Vous devez être les colporteurs de cette ambition écologique pour notre pays, c'est-à-dire chacune et chacun continue d'aller convaincre, d'engager nos concitoyens, de dire à quel point la responsabilité que vous avez prise est maintenant aussi la leur.

J'ai besoin qu'au-delà de ce travail de conviction, vous soyez associés et que vous acceptiez d'être encore associés au travail de suivi avec les administrations et avec les parlementaires pour que vous soyez en quelque sorte vos propres garants du travail que vous avez mis sur la table, que vous soyez associés à toutes les étapes. Et en quelque sorte, le contrat moral passé dès avril 2019 puis en janvier dernier avec vous, réitéré aujourd'hui, je le repasse en vous donnant un droit d'alerte dans ce suivi. Si quelque chose vous semblait ne pas être assez ambitieux sans que ce soit expliqué, parce que vous avez intégré beaucoup de contraintes, vous avez parfois revu des ambitions qui étaient les vôtres en intégrant les désaccords qui étaient ceux d'autres.

Vous allez être associés au suivi, s'il y a des choses qui vous semblent incompréhensibles dans les blocages, vous aurez vis-à-vis du gouvernement et de moi-même un droit d'alerte, celui de dire : Sur ce point, sans explication, l'ambition que nous avons portée, la cohérence de notre projet est trahie. Je vous l'ai dit, chaque mois, il y aura ce rendez-vous. Et je vous l'ai dit, ce travail n'est qu'à une étape et il va continuer, parce que je sais le gouvernement engagé et le Parlement engagé.

Enfin, il y aura d'autres conventions citoyennes. Durant ces 9 mois, vous avez montré qu'il était possible sur un sujet difficile, inflammable même, de créer du consensus, de prendre des mesures courageuses en cherchant de la concorde et de l'apaisement. C'est cela dont notre pays, notre démocratie ont besoin, savoir rester ensemble même quand nous ne sommes pas d'accord, savoir avoir de l'ambition tout en étant apaisés.

Je souhaite donc que se créent d'autres conventions citoyennes sur d'autres sujets. Une réforme du Conseil économique, social et environnemental sera présentée au prochain Conseil des ministres qui fera du CESE la Chambre des conventions citoyennes. (Applaudissements) Voilà, mes chers amis, je ne vais pas être plus long, je voulais encore une fois vous dire un grand merci.

Le citoyen-score, je crois, de la Convention doit être autour de 98%. On n'est pas mal, mais vous allez continuer à le suivre avec moi. Nous allons continuer à déployer ensemble cet agenda de transformation écologique pour vivre mieux, ce projet humaniste que vous avez décrit.

Merci infiniment pour votre engagement, la force que vous avez portée. Mais cela ne fait que commencer, le temps est à l'action et nous allons agir ensemble. Vive la République et vive la France. (Applaudissements) Merci à vous. (Applaudissements) (...) Bravo.

Ce que vous avez fait... (Applaudissements) Non, merci à vous. (Applaudissements) (Propos inaudibles) (...)

Les 150 citoyens de la Convention citoyenne pour le climat sont reçus à l’Élysée — Emmanuel Macron · Pourquijevote