Guy Carlier : "Philippe Bilger, c'est le Julien Sorel de Sud Radio"
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Le grand matin [musique] Sud Radio 7h10h, Jacques Cardose. Il est 7h53. Soyez les bienvenus sur l'antenne de Sud Radio.
Guy Carlier est là comme chaque jour pour nous embarquer plein sud avec celles et ceux qui font vivre cette antenne. Alors aujourd'hui, Guy a choisi de vous emmener plein sud avec Philippe Bilger que vous entendez régulièrement l'après-midi dans les vraies voix. Bonjour Guy, bonjour Jacques.
Bonjour à tous. Pour nous détendre un peu avant qu'une avant une chronique costaère consacrée à un célèbre avocat, donc voici une plaisanterie que l'on faisait lorsque j'étais enfant en colonie de vacances. On disait "Lorsqu'un avocat n'est pas cru, son client est cuit." Et oui.
Bon d'accord, je vous demande pardon John d'avoir envoyé le générique. Non, je me suis souvent demandé pourquoi Philippe Bilger parlait si lentement. Au début, je croyais que c'était de la prudence et puis j'ai compris.
Avant que chaque phrase, on dirait qu'il pose les mots sur une balance. Il les regarde, il les soupèse, il en retire un, en rajoute un autre comme s'il savait que certains mots pèsent plus lourd que d'autres sur la balance de la justice. Ce n'est pas un tic ni une coquetterie, c'est une déformation professionnelle.
Il n en 1943, lettre classique, droit, école nationale de la magistrature. Un parcours qui sent l'exigence avant même d'avoir prêté serment. Il faut imaginer sa vie. des dizaines d'années dans les prêtoirs juste instruction à Lille substitut à Bobini puis à partir de 84 au parquet de Paris dans les affaires de presse et de liberté publique il plaide dans des procès qui font la une.
Celui de la Sainandre René Bousquet, celui du gang des barbares. La justice est peut-être le dernier endroit où un mot mal choisi peut condamner une existence et où un silence peut devenir un aveu. Et voilà le paradoxe qui me plaît chez lui.
Il a fréquenté les ténèbres de la nature humaine pendant toute sa carrière et il n'est jamais devenu cynique. Comprendre plutôt que de condamner, expliquer plutôt que simplifier, nuancer plutôt que hurler. Ce n'est pas un hasard si quand je lui ai demandé quelles étaient les chansons de sa vie, il m'a répondu sans hésiter veiller tard de Jean-Jacques Goldman.
Et là, j'aurais pu poursuivre cette chronique en analysant la chanson de Goldman et en disant des choses très intellectuelles du genre les autres dorment, lui continue de réfléchir, il continue de veiller tard parce que c'est vrai au fond, ce ne sont pas les nuances qui définissent Bilger, c'est le doute. Mais là Jacques vous seriez ennuyé, vous auriez regardé votre conducteur quand vous venez de le faire en pensant j'espère que Carlier va pas faire trop long parce que derrière on a Agè Busin. Non, j'arrête, j'arrête avec Vea.
Autant qu'il y a une autre chanson que Philippe Bilger aime profondément, c'est Si tu ne me laisses pas tomber de Gérard Lenormand. La surprise. Voilà le scoop de cette chronique.
Philippe Bger est une midinette, un incorrigible romantique. C'est le Julien Sorel de Sud Radio. Non, sérieusement, m'a-t-il dit, il aime cette chanson parce que dans le texte, il y a cette phrases, une phrase qui le bouleverse.
Cette phrase dit "Les espoirs de nos aurores n'avaient pas dépassé sa mort." Un homme bouleversé par une phrase pareille ne peut pas être fondamentalement mauvais. Il a aussi le sens de la formule qui dérange son livre Le mur des cons en fait foi.
Un titre qui ne s'excuse de rien. Aujourd'hui, vous l'avez dit Jacques dans sur Sud Radio dans les vraies voix, il poursuit ce travail. Le titre est bien choisi.
Les vraies voix ne sont pas celles qui parlent le plus fort mais celles qui réfléchissent avant de parler. À plus de 80 ans, il continue d'écrire, de débattre, de transmettre comme si la retraite n'était qu'un mot administratif. On ne prend jamais la retraite des idées.
Au fond, c'est peut-être ça Philippe Bilger, un homme qui a passé sa vie à juger et qui continue de croire que les mots bien choisis peuvent encore réparer les hommes. M.