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InterviewRadio Classique — L'invité de la matinale (sur Podcast)· 9 septembre 2025 11 minComplaisantActualité / polémiqueInstitutions & électionsEurope & internationalSolidarités & famille

La chute du gouvernement, « un moment grave de la démocratie française » s'alarme le politologue Pascal Perrineau

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 10 %Défensif 90 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:16OuverteRéponse directe

    Quelle analyse faites-vous du vote de défiance qui s'est exprimé hier dans ses différentes sensibilités ?

  • 1:29OuverteRéponse directe

    Est-ce que le dégagisme a contaminé les formations politiques au-delà de la France insoumise en fait ?

  • 1:55OuverteRéponse directe

    Un des faits marquants de ce vote, c'est la fracture au sein de ce qui sont les héritiers de l'UMP.

  • 3:00OuverteRéponse directe

    La violence verbale ou la violence des formules, est-ce que c'est nouveau ?

  • 4:14OuverteRéponse directe

    Emmanuel Macron va nommer un chef de gouvernement. Est-ce que ça doit venir des partis ou le président reste tout puissant ?

  • 5:44OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il faut discuter avec les socialistes ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:24InvitéFait
    « Si c'est possible encore, la défiance s'est accrue hier à l'Assemblée nationale. »
  • 0:38InvitéChiffre
    « Hier, si ma mémoire est bonne, 364. C'est-à-dire qu'il y a eu 34 députés en plus qui ont choisi de voter contre le gouvernement. »
  • 0:49InvitéFait
    « Les votes contre du RN, de LFI, de la gauche, j'allais dire, c'est du classique. »
  • 3:23InvitéFait
    « le Rassemblement National est habitué à un discours un peu radical »
  • 3:32InvitéFait
    « le projet de François Béroud comme étant un projet de souffrance humaine »
  • 3:40InvitéFait
    « Il a été traité de voleur aussi, Mathilde Panot, du groupe LFI, a volé les Français. »
  • 4:42InvitéFait
    « Le président, formellement, reste tout puissant. Il a le pouvoir de choisir le chef de gouvernement. »
  • 4:50InvitéFait
    « Il a le pouvoir également de dissoudre. »
  • 6:56InvitéFait
    « on s'aperçoit pour l'instant que les lignes de force ne changent pas beaucoup »
  • 7:28InvitéChiffre
    « il pourrait connaître une poussée d'environ 30 à 40 députés »
  • 8:50InvitéFait
    « il y a un malaise culturel presque extrêmement profond dans la société française »
  • 9:52InvitéFait
    « Oui, d'une certaine manière. L'espace central a tué le centrisme. »
  • 10:09InvitéFait
    « Quand on regarde ce que le nouveau monde est devenu, on se dit que ce projet était peut-être un peu fou. »

Temps de parole

  • Invité70 %
  • Présentateur30 %

0,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:05
Présentateur

Pascal Perrineau, bonjour. Merci d'être avec nous ce matin. On va avoir besoin de vous puisque nos auditeurs ont envie de comprendre ce qui arrive à notre vie politique et partisane. C'est important. Pour commencer, quelle analyse faites-vous du vote de défiance qui s'est exprimé hier dans ses différentes sensibilités ?

0:24
Invité

Si c'est possible encore, la défiance s'est accrue hier à l'Assemblée nationale. Regardons les conditions dans lesquelles part Barnier. 330 voix contre Barnier. Hier, si ma mémoire est bonne, 364. C'est-à-dire qu'il y a eu 34 députés en plus qui ont choisi de voter contre le gouvernement. Et on le voit quand on regarde le détail des votes. Les votes contre du RN, de LFI, de la gauche, j'allais dire, c'est du classique. Mais en revanche, le fait que la moitié du groupe LR se retrouve dans le vote contre ou dans l'abstention, même chose à peu près pour l'IOT, vous savez, ce groupe qui est difficile un peu à situer, même chose pour les non-inscrits.

Il y a là quelque chose qui nous montre que la colère gagne et qu'au cœur même de certains partis de gouvernement, et là c'est tout de même ce qui s'est passé à LR hier, il y a un trouble. La division est générale.

1:29
Présentateur

Est-ce que le dégagisme a contaminé les formations politiques au-delà de la France insoumise en fait ?

1:35
Invité

Bien sûr, le dégagisme, la mauvaise humeur et la colère. La colère devient le terme dominant. Tout le monde est en colère, s'insurge, vitupère. Et hier, en effet, ça a été le cas bien au-delà des professionnels de la colère que sont les FI et le Rassemblement national.

1:55
Présentateur

Vous l'avez rappelé, un des faits marquants de ce vote, au fond, c'est la fracture au sein de ce qui sont les héritiers de l'UMP. Souvenons-nous de l'UMP, ce parti hégémonique, il y a 20 ans, créé par Jacques Chirac, Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé, qui est aujourd'hui réduit à la portion congrue et qui en plus se divise comme un vulgaire parti trotskiste.

2:17
Invité

Et c'est d'autant plus paradoxal que cette famille de pensée, qui a un prestigieux passé de culture de gouvernement, était en train de se reconstruire, se reconstruire électoralement, et on le voyait dans toutes les législatives partielles, depuis des mois et des mois, était en train de se reconstruire parce qu'elle avait, de manière claire, un chef, en la personne de Bruno Retailleau, qui était une des personnalités les plus populaires aux yeux des Français. Eh bien, en dépit de cela, le vieux poison de cette famille, à savoir la guerre des chefs, s'est réintroduite avec le conflit qu'a déclenché Laurent Wauquiez.

2:56
Présentateur

Pascal Perrineau, invité de la matinale de Radio Classique ce matin. L'autre fait marquant des débats, en tout cas ça m'a frappé pour les avoir écoutés, c'est la violence verbale, ou en tout cas la violence des formules. Alors, vous allez me dire, le parlementarisme n'a jamais été avare de violence, mais j'ai trouvé là, quand même, qu'il y avait, notamment à gauche, bon, le Rassemblement National est habitué à un discours un peu radical, mais là, la gauche s'est surpassée.

3:25
Invité

En effet, moi ça m'a également surpris, parce que, était-ce bien la peine d'arriver à des arguments aussi violents, de présenter, par exemple, comme l'a fait le président du groupe Socialiste, Boris Vallaud, le projet de François Béroud comme étant un projet de souffrance humaine. Je veux dire, tout ça est d'un excès tout à fait déplacé. Il a été traité de voleur aussi, Mathilde Panot, du groupe LFI, a volé les Français. Oui, on s'aperçoit, si vous voulez, que les représentants du peuple perdent un peu de leur compte à soi. Il y a une brutalisation, on le voit bien dans la société française. Eh bien, hier, la brutalisation était à l'Assemblée Nationale, elle était au Palais Bourbon.

4:12
Présentateur

Les questions importantes se posent maintenant. Emmanuel Macron a dit qu'il allait nommer un chef de gouvernement dans les jours qui viennent. Et en même temps, il y a cette espèce d'injonction paradoxale. Le président va nommer et en même temps, on explique aux partis qu'ils doivent trouver le sens du compromis et qu'ils doivent, eux aussi, proposer un Premier ministre. Et là, les Français comprennent mal. Est-ce que ça doit venir des partis qui doivent trouver un minimum commun pour s'allier et proposer une candidature ? Ou est-ce que le président reste tout puissant ?

4:42
Invité

Alors, le président, formellement, reste tout puissant. Il a le pouvoir de choisir le chef de gouvernement. Et il a le pouvoir également de dissoudre. Ce sont des pouvoirs propres du président de la République. Mais on sait très bien que ce sont des pouvoirs qui agissent dans un contexte extrêmement contraint. Comme le rappelait Guillaume Tabard, il n'y a pas de majorité. Donc, on est obligé de bricoler un compromis qui n'ose pas d'ailleurs se présenter comme tel. Cependant, regardez, écoutez attentivement hier. Il y avait aussi bien de la part du président du groupe parlementaire des LR, Laurent Wauquiez, que de la part de celui qui dirige le camp présidentiel ensemble, Gabriel Attal.

Il y avait l'idée qu'il fallait engager une discussion. Engager une discussion avec un homme éventuellement qui servirait, sans être nommé Premier ministre, à élaborer un compromis. Mais il y a un problème tout simplement de temps. Il faut faire sans céder à la précipitation. Il faut faire vite.

5:44
Présentateur

Est-ce qu'il faut discuter avec les socialistes ? Est-ce que vous pensez que les socialistes sont disposés politiquement à traiter avec des Gabriel Attal ou des Laurent Wauquiez ?

5:52
Invité

Le ton hier n'était pas à la discussion, quand on écoute Boris Vallaud, qui n'est pas encore, sur le papier, un des socialistes les plus extrêmes. On voyait que la désillusion vis-à-vis... Ils ont l'impression de se faire rouler dans la farine par François Bayrou. Et donc, voilà, on sentait plein d'aigreur, plein de ressentiment chez les socialistes hier. Mais il y a nécessité, oui, d'arriver, non pas à un programme commun. La période est bien passée. Mais à une plateforme commune pour que l'homme ou la femme qui sera appelé à Matignon puisse avoir une feuille de route pour combien de temps ? Pour quelques semaines ? Pour quelques mois ?

Parce que ce qui s'est passé hier peut très bien se passer demain.

6:36
Présentateur

Pascal Perrineau, ça fait des années que vous avez le nez dans les cartes électorales, soit de façon prévisionnelle, soit après coup. Si aujourd'hui il y avait une dissolution, comment évolueraient les équilibres au Parlement et à l'Assemblée ?

6:49
Invité

Alors, pour l'instant, en effet, si l'arme de la dissolution est à la fin des fins utilisée par le Président, eh bien, on s'aperçoit pour l'instant que les lignes de force ne changent pas beaucoup. Or, pour que les choses évoluent, il faut que les Français évoluent, que les électeurs évoluent, qu'on sorte de cette tripartition délétère qui est une tripartition de l'impuissance parlementaire. Or, pour l'instant, ça n'évolue que peu. Le Rassemblement national est un peu à la hausse. Il refait le discours, pas le discours, le score, avec le même discours qu'il faisait aux dernières législatives.

Cependant, il pourrait connaître, du fait que le Front républicain s'affadirait un peu entre les deux tours, il pourrait connaître une poussée d'environ 30 à 40 députés. Mais tout cela le maintient encore très loin de la barre de la majorité absolue. Or, quand on écoute le Rassemblement national, il dit, oui, voilà, nous irions avec Jordan de Bardella à Matignon et nous irions avec une majorité, sous-entendue majorité absolue. On en est loin.

7:55
Présentateur

Même avec les LR tentés par l'Alliance ?

7:58
Invité

Même avec des LR tentés par l'Alliance ? Surtout que ce qui se passe pour l'instant, les LR, bon voilà, atteignent péniblement environ 10% des suffrages exprimés dans les intentions de vote, des intentions de vote donc. Mais tout cela, en termes de députés, ne fait pas masse. Et d'autre part, le camp est un camp divisé.

8:20
Présentateur

Pascal Perrineau, vous avez parlé des Français, de leur volonté, de leurs aspirations. On a le sentiment que le mal est profond et que quand vous évoquez la colère, le ressentiment, eh bien, ils se sont installés dans l'individu contemporain, dans le citoyen. Et que ce qu'on voit à l'Assemblée est quand même, malgré le déphasage, malgré la distance entre les politiques et les citoyens, qu'on a l'habitude de rabâcher, on a le sentiment que le mal est profond et qu'il est dans les âmes et que peut-être il se manifestera demain avec bloquons-tout.

8:50
Invité

Oui, il y a un malaise culturel presque extrêmement profond dans la société française, en effet, où on hésite entre la peur et la colère et on va de l'un à l'autre. Mais au fond, l'Assemblée nationale n'est pas du tout à l'abri. Et quand on regardait le comportement sur les bancs hier, dans un moment qui était un moment grave tout de même de la démocratie française, eh bien, on avait l'impression que cette colère s'était invitée en direct sur les bancs de l'Assemblée, de l'extrême droite à l'extrême gauche.

Et cela est un peu délétère, parce qu'on s'attend tout de même, dans un régime qui devient de plus en plus parlementaire, à ce que le parlementaire ait ce qu'on appelait jadis une éthique de responsabilité. Or là, on a l'impression qu'il n'y a que des convictions, des ressentiments, des aigreurs, des inquiétudes qui s'expriment, et cela est inquiétant pour l'avenir de la démocratie française.

9:48
Présentateur

Une dernière question, rapidement. Est-ce que le macronisme a tué le centrisme ?

9:52
Invité

Oui, d'une certaine manière. L'espace central a tué le centrisme. Il y a eu ce projet qui apparaissait comme tout à fait audacieux en 2017, d'inventer autre chose, d'inventer, on parlait d'un nouveau monde. Quand on regarde ce que le nouveau monde est devenu, on se dit que ce projet était peut-être un peu fou. C'est la fin du « et de gauche, et de droite ». Et le « et de gauche, et de droite », c'était aussi le centrisme. Et dans la chute de l'homme qui représente le centrisme en France depuis des décennies, à savoir François Bayrou, il y a bien aussi le déclin de cette ambition.

10:29
Présentateur

Pascal Perrineau, merci infiniment d'être venu parler à nos auditeurs. Ce matin, je rappelle le titre de votre dernier livre, « Le goût de la politique », paru chez Odile Jacob. À suivre, le rappel des titres, la revue de presse d'Hervé Gatégnaud et nos esprits libres aujourd'hui. Ils ont bouclé un documentaire sur Matignon, « Mission impossible », hier matin. Le documentaire a été diffusé hier soir sur France 2 à 23h. Depuis sept mois, ils ont accompagné François Bayrou sur son chemin de croix. Michel Cotta et Patrice Duhamel sont les esprits libres exceptionnels de Radio Classique. À 8h45.