Conséquences de l'élection de Donald Trump en Europe, enjeux à la COP 29... Le "8h30 franceinfo" de Valérie Hayer
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Bonjour Valérie, Donald Trump a donc appelé Vladimir Poutine jeudi, appel à propos de l'Ukraine, est-ce qu'il a bien fait ?
Donald Trump pendant sa campagne a dit qu'il réglerait le conflit et qu'il réglerait l'agression russe en Ukraine en 24 heures. Moi ce que je veux dire dans tous les cas c'est bien qu'évidemment il soit soucieux du devenir du continent européen mais que rien ne doit se faire contre l'avis et contre la position des Ukrainiens et de Volodymyr Zelensky.
Parce qu'Emmanuel Macron il dit ça sert à rien d'appeler Vladimir Poutine dans la mesure où de toute façon il n'y a rien à négocier et il ne nous écoute pas.
Je le redis, la position des Ukrainiens et de Volodymyr Zelensky c'est celle qui doit nous guider dans les relations à la Russie et dans le règlement de ce conflit.
Parce que des égos qu'on a à la fois par la presse, le Washington Post notamment de cette conversation et puis aussi un conseiller de Donald Trump qui précise à la BBC que l'objectif quand même c'est de ramener la paix en Ukraine mais pas de restituer les territoires perdus, notamment la Crimée. Il semble préciser et accélérer ce qu'il a dit pendant la campagne. Est-ce que c'est acceptable ça ?
Mais je le redis en fait, il n'y a rien qui ne soit acceptable, rien n'est acceptable qui ne corresponde pas à la position de Volodymyr Zelensky. L'avenir des Ukrainiens se décidera avec les Ukrainiens et les Etats-Unis, les Européens doivent être unis derrière Volodymyr Zelensky. Il n'y a pas d'autre option possible.
Que font les Européens ? Là aussi, depuis le temps qu'on dit l'Europe reste avec l'Ukraine, quand on va entrer dans le dur si je puis dire, qu'est-ce qu'on fait ?
Unité, unité, unité, unité des 27 et unité derrière Volodymyr Zelensky.
C'est un slogan Valérie, tous les pays ne sont plus sur cette ligne aujourd'hui.
On a un problème en Europe avec le cheval de Troie de Donald Trump et le cheval de Troie de Vladimir Poutine, c'est un sachant Victor Orban qui en plus assure la présidence tournante du Conseil de l'Union Européenne.
Ce n'est pas complètement tout seul parce que Georgia Méloni n'est pas loin.
Georgia Méloni, jusqu'à présent, elle a été très claire sur le soutien à l'Ukraine et j'espère qu'elle le restera. On n'a pas d'autre choix que de continuer à soutenir les Ukrainiens. C'est notre sécurité collective qui est en jeu. Et depuis 2022, on est unis malgré les jeux de Victor Orban. Moi, je voudrais quand même qu'on se remette deux ans en arrière. Je pense que Vladimir Poutine donnait très peu cher de l'unité des Européens. Or, malgré des moments de tension, c'est vrai, on a réussi à rester unis sur la question européenne. Maintenant, il faut accélérer sur la défense européenne pour créer les conditions de notre propre sécurité.
Et c'est vraiment l'une des priorités qui doit être la notre zone.
Est-ce que, Valérie, vous craignez que Donald Trump soit tenté pour se débarrasser, j'allais dire, du conflit, de donner une victoire à Vladimir Poutine ?
Mais c'est hors de question. Hors de question. C'est notre sécurité collective qui est en jeu aujourd'hui. Si Donald Trump, par ailleurs, donnait, pour reprendre votre expression, une victoire à Vladimir Poutine, c'est la loi du plus fort. C'est la remise en cause de tous nos préceptes et nos principes de l'État de droit et international. Donc, évidemment qu'on doit batailler et mener la bataille et faire comprendre très clairement à Donald Trump que ça n'est pas l'intérêt des Européens, mais ça n'est pas non plus l'intérêt des Américains que de répondre à la loi du plus fort. L'Europe est plus forte ? T'as des chances d'être plus forte dans ce cadre-là ?
Je le redis, on n'a pas d'autre choix. On a été unis. Avec quels moyens ? Un, on a mis 120 milliards d'euros sur la table depuis 2022 d'aide militaire, d'aide humanitaire et d'aide financière. Les États-Unis ont mis 60 milliards d'euros sur la table d'aide militaire. Il faut qu'on soit prêts. Si jamais les États-Unis décidaient demain de ne plus aider l'Ukraine, il faut qu'on soit prêts à mettre davantage d'argent sur la table. Si demain Vladimir Poutine gagnait en Ukraine, c'est, je le redis, notre sécurité collective qui est en jeu.
Vous croyez vraiment au fait que les pays européens, aujourd'hui, sont prêts à mettre plus d'argent pour l'Ukraine ? On voit bien que c'est quand même progressivement une forme de désengagement, une forme de lassitude qu'il y a dans les pays européens, qui aussi existe dans les opinions, mais qui existe aussi chez les gouvernements.
On n'a pas d'autre choix. Vladimir Poutine, il nous menace directement. C'est notre voisin. On est à quelques milliers de kilomètres de Paris. Et donc, ce qu'il faut faire, c'est continuer à aider l'Ukraine. Rester aux côtés de Volodymyr Zelensky et du peuple ukrainien. Et c'est avancer sur notre défense européenne. Aujourd'hui, en fait, on se retrouve dans une situation où, schématiquement, on laisse notre sécurité collective dans les mains de quelques milliers d'électeurs en Pennsylvanie, à 6 000 kilomètres de chez nous. Ça n'est plus supportable. Donc, évidemment, on a besoin de l'OTAN pour assurer notre défense et la solidarité de notre défense collective.
Mais il faut que l'Europe sache défendre l'Europe. Et ça veut dire engager, mettre plus d'argent sur la table pour mettre en place une défense européenne. Et les États-Unis investissent trois fois plus que nous. 900 milliards d'euros versus 300 milliards d'euros pour les Européens sur leur défense. Il faut qu'on assume une préférence européenne.
Je crois que ça fait à peu près depuis 2017, l'élection d'Emmanuel Macron, qu'il y a cette volonté d'une indépendance européenne, une terne de défense. Et ça fait depuis 2017 que la Pologne, qu'un certain nombre de pays européens, continue d'acheter des avions américains, continue de se mettre sous le parapluie de l'OTAN. Et ça s'est renforcé depuis 2022. Est-ce que c'est quand même pas un peu une chimère derrière laquelle vous courez ?
Et en clair, la France est un peu seule dans ce combat.
Non, et je crois que l'élection de Donald Trump est un électrochoc. L'électrochoc attendu et doit être une opportunité pour avancer sur cette question. Évidemment, vous le dites, on a un certain nombre de pays en Europe qui préféraient toujours être sous le parapluie américain. On voit l'attitude de Donald Trump. Une prise de conscience brutale qu'il faut qu'on crée notre propre sécurité, qu'on soit indépendant par nous-mêmes. Et oui, c'est plus possible d'avoir dans nos armées européennes 80% de nos équipements qui sont produits à l'extérieur de l'Union européenne. Donc ça veut dire assumer une préférence européenne. Mais qu'est-ce qui vous fait dire aujourd'hui que ça va changer ?
Mais l'élection de Trump ! Il a déjà été élu en 2016, Donald Trump. Oui, mais tout le monde pensait que c'était une parenthèse. Et on se doutait. Enfin, il y avait une probabilité qu'il soit réélu. Et moi, ce qui m'agace, je suis au Parlement européen depuis 2019, c'est effectivement, et pour aller dans votre sens, une forme d'attentisme des États qui se disait, alors on va espérer que Donald Trump ne soit pas réélu et que les États-Unis continuent d'assurer la sécurité du monde. Mais la réalité, c'est quoi ? C'est que dès 2011, sous administration démocrate, les Américains ont commencé à changer de priorité. Obama a lancé le pivot Asie-Pacifique. Donc déjà, au début des années...
Oui, Joe Biden n'a pas changé de politique. Joe Biden n'a pas changé de politique. Donc très clairement, on avait cette conscience partagée. Emmanuel Macron, dès 2017, dans son discours de la Sorbonne, a insisté et déployé le concept d'autonomie stratégique, de défense européenne. On l'a porté avec le groupe Renew Europe que je préside au Parlement européen. Et aujourd'hui, il y a deux événements majeurs, le déclenchement de la guerre en Ukraine et la réélection de Donald Trump, qui, je l'espère, seront les électrochocs nécessaires pour avancer en la matière.
Valérie, vous dites électrochocs, et en fait, on va le constater sur énormément de sujets, parce qu'évidemment, ce serait trop simple s'il n'y avait que la défense. Et précisément, l'unité des Européens, elle va être mise à l'épreuve, avec notamment l'augmentation des droits de douane américains de 10 à 20%. Vous pensez d'ailleurs qu'il va effectivement mettre ses menaces à exécution ?
Vous savez, Donald Trump, il est toujours imprévisible. Donc, on ne sait pas s'il mettra ou pas ses menaces à exécution. Il ne porte pas les Européens dans son cœur, disons-le clairement. Non, effectivement, oui. Moi, je crois que, d'abord, personne n'a intérêt à une guerre commerciale. Personne. Parce que ça veut dire très concrètement une hausse des prix des produits pour les consommateurs. Mais donc, ça veut dire qu'on ne répond pas ? Consommateurs européens, consommateurs américains. Ça veut dire concrètement une perte de compétitivité pour les entreprises. Entreprises européennes, mais potentiellement entreprises américaines. Ça veut dire des parts de marché en moins.
Ça veut dire des emplois qui sont perdus. Donc, en fait, je le redis, personne n'a intérêt à la guerre commerciale. Au niveau de l'Union européenne, on a toujours été les tenants du dialogue et du multilatéralisme. On le restera. Mais il faut qu'on soit prêts à montrer les dents et à montrer les muscles en cas d'attaque. Ça veut dire quoi ?
C'est le fait de ne plus être herbivore, comme dit Emmanuel Macron. Et ça correspond à quoi, très concrètement ?
Clairement, si nos intérêts sont menacés, s'il y a des droits de douane qui sont mis en place, eh bien, on répond avec la même chose. Comme pour les Chinois, comme pour les voitures électriques chinoises. En fait, on a déjà commencé à changer de logiciel et à changer de paradigme par rapport aux dix dernières années. Sur le mandat qui vient de se terminer au Parlement européen, on a adopté un certain nombre d'outils pour être plus offensifs si nos intérêts sont menacés. Ça veut dire, ça va de la réciprocité dans l'accès au marché public. C'est-à-dire que si nos entreprises n'ont pas accès au marché public, on réduit l'accès des entreprises chinoises, par exemple, à nos marchés publics.
Ça veut dire que s'il y a des industries qui sont sursubventionnées, exemple véhicules électriques chinois, eh bien, on rétablit la juste concurrence et on met en place les droits de douane. Jusqu'à 45%. C'est 35% de droits de douane sur les voitures chinoises électriques. Donc, on est offensif. Et donc, je le redis, multilatéralisme, dialogue, pas de guerre commerciale. Mais si nos intérêts sont menacés, il faut répondre. Et on a par ailleurs un atout majeur, au-delà des outils dont je viens de vous parler. C'est notre marché, 450 millions de consommateurs, le marché le plus riche au monde. Et évidemment que les entreprises américaines auront besoin d'accès à notre marché.
Les Allemands, ils auront très envie dans le contexte qui est l'heure d'imposer des droits de douane aux Américains et d'engager une guerre commerciale, voilà, plutôt que de négocier peut-être, j'allais dire, en bilatéral.
Les Allemands, ils sont dans une situation politique extrêmement critique. Ils font face à deux crises majeures. Une crise structurelle, leur modèle économique a complètement explosé. Ils se sont mis dans la main des Russes pour leur approvisionnement énergétique. Ils se sont mis dans la main des Chinois d'un point de vue commercial. Ils se sont mis dans la main des Américains pour leur défense. Et aujourd'hui, depuis la crise sanitaire, avec la guerre en Ukraine, avec les difficultés économiques et la perte de compétitivité, ils se rendent compte à quel point ils ont commis des erreurs. Et donc, ils sont dans une refonte, aujourd'hui, de leur modèle.
Ensuite, il y a la crise politique, qu'on connaît, la difficulté pour cette crise politique.
Si je vous dis ça, Valérie Ayé, c'est qu'on a vu déjà, par le passé, assez récent, Olaf Scholz refuser d'aller à Pékin avec Emmanuel Macron pour aller négocier seul avec Xi Jinping des accords commerciaux. Est-ce que ce n'est pas le risque que se reproduise exactement la même chose avec Donald Trump ?
C'est une erreur majeure. Et moi, je vois à quel point Olaf Scholz est affaibli dans son propre pays. Et donc, à mon avis, il a tout intérêt à profiter de l'unité des Européens. En fait, c'est un principe de base. Est-ce qu'il vaut mieux négocier tout seul ou est-ce qu'il vaut mieux négocier à 27 ? Évidemment qu'on est plus fort à 27. Donc, j'espère que les Allemands, Olaf Scholz, reviendra à la raison. Et évidemment, on sera beaucoup plus fort pour défendre nos intérêts à 27 plutôt qu'un pays qui aille tout seul. Mais effectivement, vous avez raison.
Il y a ce risque-là de désunion des Européens et de tentation de certains d'aller négocier individuellement, qui est avec la Chine, qui est avec les États-Unis.
L'Europe va avoir un vrai problème de leadership, à minima, dans les prochains mois, parce qu'élection en Allemagne, ce qui est très probable, ça crée une période de flou. La France n'est pas non plus en position vraiment de force. On se souvient de la démission fracassante de Thierry Breton à quelques heures de l'annonce de la commission d'Anner-Leyen. Il devrait être remplacé par Stéphane Séjourné, qui aura son grand oral demain. Mais il n'aura là aussi pas le portefeuille élargi comme celui qu'espérait Thierry Breton. Il sera entouré de commissaires qui ne partagent pas forcément ses vues. Ça va être compliqué les mois prochains en Europe.
Alors moi, je m'inscris en faux quand j'entends dire que le leadership français serait mis à mal. Stéphane Séjourné, qui va être soumis à une audition par le Parlement européen... Je me permets de faire une parenthèse, d'ailleurs, sur les auditions des commissaires et sur le processus qu'on est en train de vivre en ce moment au Parlement européen. C'est un processus démocratique inédit. C'est-à-dire qu'on a la commission, c'est Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. C'est 26 candidats commissaires qui sont auditionnés. C'est comme si les députés à l'Assemblée nationale auditionnaient les futurs ministres.
Simplement, je ferme la parenthèse parce que c'est un exercice important.
Pour être concret, le commissaire français n'aura pas le périmètre qu'avait Thierry Breton.
Il a un périmètre... Stéphane Séjourné...
Évidemment pas l'expérience, mais ça, on ne peut pas lui en vouloir pour l'instant.
Stéphane Séjourné, il est l'un des numéros deux de la Commission européenne. Il a un périmètre qui est hyper important, qui est, sur le portefeuille, la prospérité et la stratégie industrielle. Il a cinq commissaires sous sa coordination. Qui ne sont pas tous alignés avec lui ? Non mais, attendez. Ils sont alignés. Alors, on peut avoir des priorités politiques qui sont partagées. Ursula von der Leyen, elle a été élue en juillet par le Parlement européen. Et les lignes directrices, son programme de travail, il a été largement inspiré par le discours de la Sorbonne d'Emmanuel Macron et par le programme que j'ai porté.
Donc, évidemment, on n'est pas alignés 100% sur tout, mais ce leadership-là par la France, il est assumé.
Et il sera un vice-président sur six.
Il était le plus grand, le plus important, le portefeuille le plus important de tous les vice-présidents exécutifs. L'influence de la France, elle est là et elle est démontrée chaque jour.
Ce matin, Valérie Aigué, présidente du groupe Renew Europe au Parlement européen, membre de la Commission de l'Agriculture. Vos origines, quelque part, il y a un sujet important. La France sera représentée par Agnès Pannier-Runacher, la ministre, à la 29e COP, Conférence climat de l'ONU. Vous, vous y seriez allée en Azerbaïdjan ?
D'abord, je voudrais dire qu'on ne peut pas supporter le moindre relâchement dans la lutte contre le changement climatique. On le voit tous les jours, malheureusement, les inondations à Saint-Omer, la tempête de Boris en Europe centrale, les drames en Espagne. Et donc, les effets du dérèglement climatique, ils sont là. Mais peu importe que ce soit en Azerbaïdjan ? Et on a, par ailleurs, on en a parlé longuement, Donald Trump, qui est élu président des États-Unis, qui estime que le dérèglement climatique est un canular. Donc, il faut qu'on accélère sur la lutte contre le réchauffement climatique. L'Union européenne a été leader en la matière.
On a adopté beaucoup de lois pour atteindre l'objectif de neutralité climatique d'ici à 2050. Donc, il faut y aller, si je vous comprends bien. Simplement en perspective globale. Maintenant, on va engager le temps 2 au niveau européen avec le Clean Industrial Act, qui est en clair la création d'emplois et la compétitivité sous le volet industriel vert. Et ce sera porté par Stéphane Séjourné. Ensuite, sur la COP, aujourd'hui à Bakou. La question du boycott, je pense, était légitime, il se posait. Maintenant, on est dans une configuration, je vous le redis, contexte international, dérèglement climatique. Je pense qu'il faut saisir l'opportunité de cette COP. Deux choses.
D'abord, réaffirmer une position de fermeté vis-à-vis du régime de Bakou, parce qu'on n'est pas dupes et on sait les ingérences de l'Azerbaïdjan, notamment en France, en Nouvelle-Calédonie. On sait que le contournement des sanctions russes passe aussi par l'Azerbaïdjan. On sait, évidemment, à quel point il est nourri par les hydrocarbures. Et on sait aussi la situation au Haut-Karabakh. Et donc, il faut saisir cette opportunité de la COP pour réaffirmer une position de fermeté d'un point de vue diplomatique vis-à-vis de l'Azerbaïdjan. Mais évidemment, je pense qu'il faut y aller. Diplomatique ou économique ou énergétique ? Bien sûr.
Et on a aussi intérêt à participer à ces négociations et à soutenir le processus onusien. L'un des éléments de cette COP, l'une des priorités de cette COP, c'est de travailler sur le financement de la lutte contre le réchauffement climatique. Des pays du Sud, notamment. Effectivement, donc c'est fondamental. Avec quel argent ? Justement, c'est la question qui doit être mise sur la table. Et on sait que ça fait partie des sujets les plus difficiles qui soient. Sur les précédentes COP, il avait été question d'avancer sur ce sujet-là. Ça n'a pas été possible. Donc, clairement, j'espère que cette COP sera fructueuse.
Les résultats de l'Europe sont bons, même excellents. En décarbonation, moins 8,3% en 2023. On est dans les clous des objectifs. Mais sans les pays du Sud, ça n'a aucun sens. On est d'accord ? Bien sûr. Est-ce que l'Europe, dans les négociations internationales, il apparaît quand même de plus en plus que l'Europe est une sorte de repoussoir vis-à-vis des pays du Sud ? C'est ce qui ressort beaucoup de certains membres du GIEC, notamment, qui ont le sentiment de presque de s'asservir à l'Europe s'ils passent aux énergies renouvelables. Comment on contre ça ?
Surtout, il faut les accompagner financièrement. C'est tout l'enjeu, évidemment. Et moi, je comprends les pays du Sud qui disent mais en fait, vous vous êtes développés en polluant beaucoup pendant les 50 dernières années. et en quelque sorte, leur discours, c'est de dire vous nous empêchez ou vous nous limitez notre développement aujourd'hui sur le modèle qui a été le vôtre il y a 50 ans ou 40 ans. Maintenant, en fait, on doit s'engager et engager la planète dans une transition environnementale.
C'est-à-dire comment on accompagne les pays du Sud pour qu'ils exploitent pleinement leurs ressources, le solaire, la géothermie, le nucléaire, qu'on peut peut-être développer partout, évidemment, dans le monde, évidemment. Mais véritablement, qu'on mette les moyens financiers sur la table et l'intérêt, l'enjeu de la lutte contre les règlements climatiques. En fait, si on ne peut pas avoir raison tout seul, nous, Européens, effectivement, on est motel et moteur, mais si les États-Unis quittent les accords de Paris, si la Chine ne joue pas le jeu, si les pays du Sud ne jouent pas le jeu non plus, eh bien, on subira tous, on les subit déjà, les conséquences du règlement climatique.
Alors, à propos de pays du Sud, Valérie Ayet, vous connaissez bien le monde agricole, votre famille en est issue et vous en êtes issue. Vous travaillez sur ces sujets au Parlement européen. L'accord entre l'Europe et le Mercosur, est-ce qu'on peut encore imaginer le bloquer ? Et vous, d'ailleurs, comment vous vous situez ? Il faut que la France bloque à tout prix ou est-ce qu'il faut peut-être essayer de continuer à négocier ?
Notre position, elle est claire. L'accord entre l'Europe et le Mercosur, les périls d'Amérique latine, c'est non. Ça a toujours été notre position, depuis celle du Président de la République, celle qui a été la nôtre au Parlement européen, c'est non en l'État. Il nous faut le respect des accords de Paris et il nous faut la réciprocité pour que les produits qui arriveront sur le marché européen respectent les normes qu'on impose à nos agriculteurs. Aujourd'hui, moi, je n'ai pas d'informations fiables de la part de la Commission européenne selon laquelle elle signerait ou pas. En tout cas, maintenant, la priorité des priorités, c'est de continuer à faire pression.
Il se passe quoi si la Commission se dit qu'elle signe ?
Eh bien, si la Commission n'entendait pas nos positions, celles du monde agricole, on connaît la crise agricole qui a été enclenchée et qui a émergé en début d'année, qui n'a pas concerné que la France, qui a concerné toute l'Europe. Donc, si la Commission décide d'y aller et qui redémarre, si la Commission décide d'y aller quand même, ce n'est pas la fin de l'histoire. En clair, il faut constituer une minorité de blocage. De quatre pays.
Est-ce que la France s'y emploie ?
Mais bien sûr, la France s'y emploie. Depuis le premier jour. Avec qui ? Depuis le premier jour. Et d'ailleurs, c'est l'accord.
On dit Autriche, Pays-Bas, Pologne. Ce serait réticent à cet accord.
Si l'accord n'a pas été signé jusqu'à présent, c'est parce qu'Emmanuel Macron s'est mobilisé et qu'on a fait pression sur la Commission européenne pour ne pas le signer. Et donc, maintenant, il faut continuer avec quelques-uns de nos alliés. On sait qu'il y a beaucoup des États membres de l'Union européenne qui souhaitent qu'on avance sur la signature de cet accord. Ça n'est pas notre position. On va essayer de faire entendre raison à la Commission européenne. Et si jamais la Commission décidait de passer outre et de signer, ce n'est pas la fin de l'histoire. Le Parlement européen se mobilisera. Est-ce que vous y croyez ?
Pardon, Valérie, on va revenir sur le Parlement, mais sur la minorité de blocage des États déjà. Est-ce que vous y croyez ? Est-ce que vous avez l'impression que les positions bougent de la part de certains États ? Jusqu'à présent, elle a fonctionné.
Et en fait, il faut aussi rappeler à nos partenaires qu'évidemment, il faut construire des relations commerciales. D'ailleurs, elles existent déjà, les accords commerciaux, ça permet de structurer les relations commerciales. Évidemment, il faut avoir une relation privilégiée avec l'Amérique du Sud, mais ça ne peut pas se faire au détriment de nos agriculteurs. Qui peut comprendre aujourd'hui qu'on fasse venir sur notre marché des produits qui ne respectent pas les normes qu'on impose à nos propres agriculteurs ? On l'a fait pendant trop de temps, encore aujourd'hui.
Et donc, c'est le sens de la proposition que j'ai portée pendant la campagne, en mettant en place une force de contrôle sanitaire pour s'assurer que les produits qui rentrent en Europe
respectent bien les normes qu'on impose à nos agriculteurs. La force d'union dont on parlait en Europe tout à l'heure, elle se joue là aussi, la perte d'influence de la France d'une certaine façon aussi, et globalement, la désunion de l'Europe aussi. Parce que pour emmener cette minorité de blocage, il va falloir, je ne trouve pas l'expression, mais y aller.
Je vais vous donner deux exemples de l'influence française. Un, je l'ai redit, si aujourd'hui l'accord n'a pas été signé, c'est parce que la France, parce que le président de la République, parce que nous au Parlement européen, on s'est mobilisés sur le précédent mandat pour dire non à l'accord en l'État. On va continuer la mobilisation. Autre exemple de l'influence française, on en a parlé tout à l'heure, les 35% de tarifs douaniers sur les voitures électriques chinoises. Beaucoup d'États étaient contre. L'Allemagne était contre. L'Espagne était contre. C'est une demande posée par la France. Si Ursula Spandarian l'a fait, c'est parce que le président de la République s'est mobilisé.
Et donc, elle est là, l'influence française. Elle se traduit tous les jours. Vous disiez, Valérie,
en cas de signature de l'accord avec le Mercosur, on rappelle ces pays d'Amérique du Sud, dont le géant brésilien, le Parlement européen a un moyen d'action ?
Exactement. Le Parlement européen doit se positionner. C'est consultatif ou c'est contraignant ? Non, non, non. C'est contraignant. Et donc, on ne connaît pas encore la configuration de ce nouveau Parlement européen. Je pense que si l'accord devait être signé, évidemment, on mènera la fronde et la mobilisation pour s'opposer à cet accord.
Valérie, on vous a peu entendu depuis les élections européennes où vous aviez été tête de liste du parti macroniste et les législatives qui font suite à une dissolution que rien n'imposait, avez-vous dit il y a quelques jours chez nos confrères de France Culture ? Vous avez eu l'occasion de le dire au président de la République, ça ?
Écoutez, j'ai dit à vos confrères de France Culture que c'était la décision du président, que je la respectais.
Oui, mais vous allez un petit peu plus loin et voilà, c'est intéressant aussi avec le recul aujourd'hui d'avoir votre... Vous sortiez de la campagne, vous apprenez le soir, vous assistez à cette réunion où il réunit les ténors de la majorité, vous êtes au téléphone, je crois, depuis le lieu où vous attendez les résultats. Vous encaissez ça quand même, c'est brutal, quoi. Donc, c'est normal que vous disiez ça, peut-être. Rien n'imposait cette dissolution, ça veut dire quoi ?
C'est la décision du président qui a considéré au regard des résultats de ces élections européennes qu'il fallait redonner la parole aux Français. Et ce n'est jamais une erreur de redonner la parole aux Français. Sauf que quand on voit
l'État de l'Assemblée aujourd'hui, vous vous dites peut-être que j'avais vraiment raison.
Non, mais ce que je retiens quand même de cette séquence, si on doit aller chercher du positif dans cette séquence, c'est la mobilisation des Français. On n'a jamais autant entendu parler de politique. Moi, j'allais au restaurant, j'entendais toutes les tables parler politique. C'est le Front Républicain qui s'est organisé pour faire barrage à l'extraordinaire. Attendez, Valérie... Et on a une responsabilité...
Valérie, vous nous expliquez quasiment que c'était formidable et que... Et que c'est mieux... C'est que c'est plus simple maintenant.
Non, mais attendez. Évidemment, la configuration est plus complexe qu'elle ne l'était avant la dissolution. Mais la situation était déjà complexe avant la dissolution. C'était très compliqué de trouver des majorités. Moi, ce que je regrette, surtout, c'est l'irresponsabilité des partis de gouvernement. C'est l'irresponsabilité de la gauche qui n'a pas saisi la main tendue, l'opportunité. Moi, au Parlement européen, je travaille tous les jours avec la droite européenne, avec les socialistes européens. On a la culture du compromis qu'on n'a pas encore en France.
Mais cet été, ce qu'il aurait dû se passer, c'est qu'il aurait fallu que tous les chefs de tous les partis de gouvernement soient représentés et se mettent autour de la table. Se disent, on est dans un moment critique. Pour les coups, ce n'est pas que la gauche, ça. Non, mais la gauche a refusé d'assumer ses responsabilités. Et donc, ils auraient dû se dire, on n'est pas la gauche sur tout. Non, mais la Macronie n'a pas cherché non plus ça. Mais si, la Macronie a tendu la main. Bien sûr que si. Et d'ailleurs, en assumant de dire que le Premier ministre ne pouvait plus être issu de nos rangs.
Maintenant, si on a une droite de gouvernement qui aujourd'hui est en responsabilité et qui assume une responsabilité, mais si on a une gauche de gouvernement qui n'assume pas ses responsabilités, comment on fait pour faire avancer le pays ? Donc moi, je le redis, on a, un, je regrette l'irresponsabilité de la gauche. Je pense que tous les chefs de partis pro-européens et démocrates auraient dû se mettre autour de la table et dire, pour les deux ans qui viennent, on n'est pas d'accord sur tout, mais on a dix points prioritaires pour l'avenir du pays et on se met autour de la table.
Et ensuite, on a une responsabilité collective à respecter le vote des électeurs qui ont fait le barrage et le front républicain.
Merci à vous. Merci Valérie Ayet. Je rappelle que vous êtes députée européenne, présidente du groupe Renew Europe au Parlement européen. Merci d'avoir été l'invité du 830 France Info et merci à vous Bérangère Monte.
Merci Adrien. Merci à vous.
Valérie Hayer