Cour des comptes, Banque de France, Conseil d’État… Nominations, le pouvoir de trop du Président ?
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Questions et réponses
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Que ça vous plaise ou non, vous n'avez pas gagné les dernières élections présidentielles, M. Gillet.
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Deuxièmement, vous n'avez pas de majorité absolue, vous n'avez pas de majorité tout court dans cette Assemblée.
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Ce type de nomination aggrave-t-elle la défiance politique ou sont-elles légitimes et classiques ?
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Gérard Le Gall, vous qui avez le recul sur la vie politique française, est-ce nouveau de nommer autant comme le fait Emmanuel Macron en fin de mandat ? Ou est-ce toujours le cas en fin de règne ?
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Est-ce que ça peut, puisque c'est le lien qu'on peut faire, ajouter à la défiance, au manque de confiance, à ce qu'on peut parfois entendre, la République des copains, Jean-Marc Daniel ?
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Magali Lafourcade, mais il y a aussi la question des contre-pouvoirs qui se posent.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Je suis extrêmement fière que le président de la République ait choisi une femme compétente, première femme, première femme à devenir présidente de la Cour des Comptes. »
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« Elle doit entrer rue Cambon le 23 février, ministre du Budget en exercice, le choix interroge pour celle qui devra juger des budgets qu'elle a elle-même composé. »
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« Mais pas de garde-fou ni de limites prévues dans le temps. Elle peut aller jusqu'à ses 68 ans sans contrôle du Parlement. »
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« 76% des Français interrogés par OpinionWay pour le quotidien Le Monde estiment que la démocratie ne fonctionne pas bien en France. »
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« C'est 5 points de plus que l'année dernière. »
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« 22% ont confiance dans la politique, 4 points de moins que l'an dernier. »
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« François Mitterrand qui, avant les élections de 1986, pour préparer la suite, voyant que la gauche serait battue, a pris dans l'ordre juridique du Premier ministre une partie de ses propres pouvoirs, si j'ose dire, pour la mettre à l'Élysée. »
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« Un Français sur deux sont partisans de la peine de mort, presque, 48-49%, et ce, de manière récurrente, alors qu'il y a eu une rupture de ce besoin il y a quelques années. »
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« Une vision, quand même, majoritairement critique de la justice, en tant qu'institution et en tant que principe, principaux, si j'ose dire, de la justice elle-même. »
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« Une sensible majorité de citoyens qui jugent qu'il y a trop d'immigrés en France. »
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« Ministre du budget, on n'a jamais vu, mais il y a Pierre Arpaillange, qui a été nommé à la tête de la Cour des comptes aussi, qui était ancien ministre de la Justice. »
- 11:49InvitéFait
« Cette fois, sur la transparence de la vie publique, définit ce que c'est qu'un conflit d'intérêts. C'est toute situation d'interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à influer, ou paraître influer, donc l'exercice indépendant, impartial et objectif d'une fonction. »
- 12:40InvitéFait
« Richard Ferrand, là, c'est peut-être le président du Conseil constitutionnel le plus mal nommé. »
- 13:27InvitéFait
« Il a bénéficié d'une prescription, mais donc dans une affaire de probité. »
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« Il évalue ce journaliste Michael Moreau à environ 5000 nominations par le président de la république tout en disant : si ça se trouve c'est 10 000, on ne sait pas compter. »
Temps de parole
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Que ça vous plaise ou non, vous n'avez pas gagné les dernières élections présidentielles, M. Gillet. Deuxièmement, vous n'avez pas de majorité absolue, vous n'avez pas de majorité tout court dans cette Assemblée. Vous n'avez pas de majorité tout court dans cette Assemblée. Et donc, je vous invite à respecter, là encore une fois, le pouvoir de nomination du président de la République. Je vais vous dire, pour ma part, je suis extrêmement fière que le président de la République ait choisi une femme compétente, première femme, première femme à devenir présidente de la Cour des Comptes.
Une personnalité politique, et qu'on assume comme étant politique de grande qualité, qui a largement démontré, encore une fois, ses compétences, sa capacité de dialogue avec l'ensemble des partis et des groupes politiques présents dans cette Assemblée. Son respect du Parlement, et je vous le redis, vous savez comment fonctionne la Cour des Comptes. La Cour des Comptes fonctionne avec une collégialité. Et c'est cette collégialité qui permet de garantir l'indépendance et l'impartialité du fonctionnement de la Cour. Voilà.
La porte-parole du gouvernement, Maude Bréjon, mardi 10 février, à l'Assemblée, lors de la séance de questions au gouvernement. Elle répondait au député Rassemblement National du Gard, Yohann Gillet, qui n'est pas le seul parmi les oppositions à s'émouvoir du décret pris en Conseil des ministres le lendemain, mercredi 11 février, pour nommer la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, première présidente de la Cour des Comptes, après le départ de Pierre Moscovici. Elle doit entrer rue Cambon le 23 février, ministre du Budget en exercice, le choix interroge pour celle qui devra juger des budgets qu'elle a elle-même composé. Mais pas de garde-fou ni de limites prévues dans le temps.
Elle peut aller jusqu'à ses 68 ans sans contrôle du Parlement. Une nomination qui pose question alors que d'autres postes clés sont à pourvoir par le plus grand des hasards. La vice-présidence du Conseil d'État, vacante en mai du fait du départ à la retraite de Didier Roland-Tabuteau, où, avec un peu d'avance, pour le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Gallo quitte son poste un an avant l'échéance. De quoi voir pour l'insoumis Éric Coquerel un cadenassage des institutions indépendantes en vue de 2027. Qu'en pensent les Français ? Dans un contexte où ils ont de moins en moins confiance dans leurs responsables politiques.
Le baromètre du Cevipov paru cette semaine est formel, c'est encore pire que l'an dernier. 76% des Français interrogés par OpinionWay pour le quotidien Le Monde estiment que la démocratie ne fonctionne pas bien en France. C'est 5 points de plus que l'année dernière. 22% ont confiance dans la politique, 4 points de moins que l'an dernier. Mais ils sont toujours 82% à plébisciter le système démocratique. Ce type de nomination aggrave-t-elle la défiance politique ou sont-elles légitimes et classiques ? On en parle ce matin avec Gérard Le Gall, politologue spécialiste des élections et des études d'opinion. Jean-Marc Daniel, professeur émérite à l'ESCP.
Votre dernier livre paru chez Odile Jacob, Nouvelles leçons d'histoire économique. Magali Lafourcade, toujours avec nous. Magistrate, présidente de l'Institut français des droits et libertés. Votre dernier ouvrage, La justice en procès, les populistes à l'assaut de l'état de droit au petit matin. Et Étienne Perra, directeur de Sciences Poli, l'historien des relations internationales. Gérard Le Gall, vous qui avez le recul sur la vie politique française, est-ce nouveau de nommer autant comme le fait Emmanuel Macron en fin de mandat ? Ou est-ce toujours le cas en fin de règne ?
En écoutant le petit débat qui introduisait notre question, je me disais que c'est bien de ne pas avoir de mémoire. Ça rend fort. Mais quand on convoque la Vème République, mais antérieurement, et pour les historiens, les temps anciens, le népotisme, les préférences du proche par rapport au plus lointain, etc., ça fait partie de l'anthropologie ancienne et très moderne. Bon, alors, d'ailleurs, moi, de par mes accointances politiques avec quelques distances, mais...
Vous avez été longtemps au Parti Socialiste.
Oui, des responsabilités au secrétariat du Parti Socialiste, effectivement, et membre de cabinet ministériel à plusieurs reprises, au ministère de l'Intérieur et autres. Mais c'est pas tellement par rapport à cela, c'est quand même que l'accentuation des nominations par le président de la République, c'est François Mitterrand qui, avant les élections de 1986, pour préparer la suite, voyant que la gauche serait battue, a pris dans l'ordre juridique du Premier ministre une partie de ses propres pouvoirs, si j'ose dire, pour la mettre à l'Élysée. Donc, tout ça... Non, la vraie question, c'est...
Bon, redouard de la polémique dans laquelle je ne m'entendrai pas, la vraie question, c'est quelles alternatives au système actuel ? C'est-à-dire, qui va nommer le président de la Cour des comptes ? Et moi, je trouve, alors quand même, d'abord courageuse la nouvelle présidente, parce que moi, j'ai regardé les débats parlementaires, quand même. C'était pas facile, et cette jeune femme, je l'ai trouvée courageuse, et surtout compétente, de qualité qu'il faut pour être magistrate, et elle sera magistrate à la Cour des comptes. Et d'autre part, je trouve que c'est une ouverture dans une institution. C'est bien qu'il n'y ait pas un membre de la Cour des comptes qui préside la Cour des comptes.
Et j'aimerais qu'on fasse ça dans d'autres institutions, c'est-à-dire faire circuler la diversité des expériences pour nourrir une institution. Moi, je salue cela. Et maintenant, puisque vous avez évoqué, alors, très rapidement, à moins que je reprenne la parole, à travers l'enquête que Astrid Le Vilaine vous avait évoquée précédemment, Moi, je tirais deux enseignements principaux. Le premier, c'est que nous vivons dans une ambiance pré-illibérale. Et deuxièmement, que les Français semblent tirer leçon de l'effroyable dissolution du 9 juin 2024 au regard de leur conception du parlementarisme. Premièrement, sur l'illibéralisme, je crois que...
Et je précise que, dans le petit exposé que je vais faire, je n'induis pas une prospective électorale pour 2027. En d'autres termes, l'illibéralisme grimpe dans la société, mais je ne pense pas pour autant qu'il y aura un président de la République illibéral en 2027. Ça, c'est une conviction que je pourrais nourrir. Alors, pourquoi illibéral ? Bon, un Français sur deux sont partisans de la peine de mort, presque, 48-49%, et ce, de manière récurrente, alors qu'il y a eu une rupture de ce besoin il y a quelques années. Deuxièmement, une vision, quand même, majoritairement critique de la justice, en tant qu'institution et en tant que principe, principaux, si j'ose dire, de la justice elle-même.
Une sensible majorité de citoyens qui jugent qu'il y a trop d'immigrés en France. Et surtout, par rapport à la société ouverte ou société fermée, cher à Bergson, à Popper et à quelques autres, là, on voit bien que c'est le désir d'une société fermée qui est important.
Alors, restant sur la nomination d'Amélie de Montchalin, est-ce que ça peut, puisque c'est le lien qu'on peut faire, ajouter, en fait, à la défiance, au manque de confiance, à ce qu'on peut parfois entendre, la République des copains, Jean-Marc Daniel ?
Alors, ce qui me frappe, c'est que, comme l'a dit Gérard Le Gall, ça a toujours existé. On parlait, donc, sous la Ve République. Je rappelle quand même que Philippe Seguin a été nommé à la tête de la Cour des comptes. Certes, il était sorti de l'ENA à la Cour des comptes, mais il avait été ministre. Que Pierre Jox a été nommé à la tête de la Cour des comptes. Ministre de la Défense. Oui, et donc, lui, on...
Ministre du budget, on ne l'avait jamais vu, quand même.
Ministre du budget, on n'a jamais vu, mais il y a Pierre Arpaillange, qui a été nommé à la tête de la Cour des comptes aussi, qui était ancien ministre de la Justice, et dont les compétences financières n'étaient pas évidentes. Ça s'est très bien passé, il n'est pas resté très longtemps. Je parle en présence d'une magistrate. Notamment au Parlement. Et dernier élément, parmi les anecdotes célèbres sur Clémenceau, il y en a une où il est reçue par le président de la République de l'époque, qui s'appelle Armand Fallière, qui lui dit... Donc, il l'accueille, il y a l'apéritif qui est là, il lui dit, qu'est-ce que vous prenez ? Et Clémenceau répond, les places, toutes les places.
Donc, c'est une pratique qui est une pratique, je dirais, presque républicaine. Alors, après, sur le fond, il y a deux choses qui me frappent dans le débat. La première chose, c'est effectivement, les gens tiennent des propos sur la Cour des Comptes qui montrent qu'ils ne savent pas exactement comment ça fonctionne et à quoi ça sert, notamment les parlementaires. Je mets en exemple le fait que la Cour des Comptes prépare une loi, qu'on appelait autrefois la loi de règlement, qui s'appelle la loi de résultat de gestion et d'acceptation des comptes. Et elle a été refusée systématiquement par le Parlement depuis quatre ans.
Et donc, à chaque fois, la Cour des Comptes envoie un certain nombre de propositions en disant, vu la situation des finances publiques, vu la façon dont a été géré le budget jusqu'à présent, voici quelques propositions. Le Parlement rejette la loi tout de suite, sans même regarder ce qu'il y a dedans, sans même se poser la question de savoir si on peut améliorer la gestion des finances publiques, au simple fait qu'il n'y a plus de majorité au Parlement pour soutenir le gouvernement qui est en place. La deuxième remarque que je ferai, c'est qu'effectivement, on peut s'interroger sur la durée qu'elle va avoir devant elle Amélie de Montchalin.
Donc, je crois que personne ne peut contester la compétence, le sérieux, la rigueur à la fois intellectuelle et morale. Mais la question qui se pose, c'est ces emplois, ces postes où on est ad vitam aeternam, au nom de la nécessité de garantir l'indépendance, est-ce qu'il ne faut pas limiter dans le temps la durée des mandats et de remise en cause ? Donc, la Banque de France a été, à une certaine époque, on était ad vitam aeternam. Là, maintenant, il y a une durée du mandat de la Banque de France. Donc, est-ce qu'on ne pourrait pas se poser cette question ? D'autant plus que, là aussi, je parlais des républicains anciens.
Dans le programme initial de la Troisième République, il y avait l'élection des principaux responsables, notamment, effectivement, des magistrats de la Cour des comptes et des conseillers du Conseil d'État. Mais, on ne l'a jamais mis en pratique. On a même créé une institution pour faire ça. Ça s'appelait l'ENA. Donc, la question qui se pose, c'est effectivement, comment on sélectionne nos fonctionnaires ? Quel mandat on leur donne ? Quelle est la durée qu'on leur donne pour remplir ce mandat ? Et je crois qu'il y a une vraie réflexion à mener derrière tout ça, indépendamment du poste de premier président de la Cour des comptes.
Magali Laforcade. Mais, il y a aussi la question des contre-pouvoirs qui se posent. J'abonde tout à fait à ce qu'a dit Jean-Marc Daniel, bien sûr. Mais, donc, quand on voit l'enquête du Cevipov, c'est plutôt un baromètre de la défiance que de la confiance. Les chercheurs du Cevipov ont dit eux-mêmes, on a atteint un stade qui est extrêmement critique. Et le fait de nommer des politiques à des fonctions de contrôle ou des fonctions juridictionnelles, c'est extrêmement risqué dans ce contexte-là. Même si, je n'ai aucun doute sur la compétence, moi non plus, enfin, je partage complètement, Madame de Montchalin est extrêmement compétente. Elle a sûrement une déontologie forte.
Néanmoins, quand on regarde la loi de 2013, qui a été votée après l'affaire Cahuzac, où on avait un ministre du budget qui avait un compte en Suisse, qui a choqué énormément l'opinion publique, cette fois, sur la transparence de la vie publique, définit ce que c'est qu'un conflit d'intérêts. C'est toute situation d'interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à influer, ou paraître influer, donc l'exercice indépendant, impartial et objectif d'une fonction.
Là, on est en plein dedans, c'est-à-dire que même si l'institution financière est collégiale, même si elle est composée de magistrats qui ont une forte déontologie, on a à la tête de cette institution une personne qui passe directement de ministre des Comptes publics à chef de la juridiction financière qui va devoir quand même porter la parole de l'institution. Il y aura toujours ce soupçon-là. Donc, pour Mme de Montchalin, la compétence n'est pas enjeu, la morale non plus, c'est juste cette apparence de conflit d'intérêts qui est vraiment critique. Mais on a eu avant Richard Ferrand. Richard Ferrand, là, c'est peut-être le président du Conseil constitutionnel le plus mal nommé.
C'est-à-dire que le seul contre-pouvoir qu'il y a, parce que pour la nomination à la juridiction financière, il n'y a pas de contre-pouvoir. C'est l'article 13 qui s'applique de la Constitution. Le président de la République nomme aux emplois civils et militaires de l'État. Et pour le Conseil constitutionnel, on peut faire obstacle à une nomination et une majorité du Parlement de trois cinquièmes. À une voix près, grâce au fait que les élus nombreux du Rassemblement national se sont abstenus, à une voix près, ils ne pouvaient pas être choisis. Donc, dans ce cas-là, on a une fragilisation, puisqu'on a un président qui est mal choisi. On a des questions sur sa...
Il y a eu des questions sur sa moralité. Il a bénéficié d'une prescription, mais donc dans une affaire de probité. Et puis, il est totalement... Il est innocenté du fait de ce non-lieu pour cause de prescription. Et en plus, il y a surtout le problème de la compétence technique. C'est-à-dire que M. Ferrand n'est pas connu pour une activité en droit qui soit pointue, ni pour avoir été... Il a été dix ans à l'Assemblée nationale. Il n'a apporté que deux lois. Il a été rapporteur que de deux lois. Et donc, surtout juste après sa nomination, il y a eu une remise de décoration où le président de la République a rappelé de leur amitié indestructible.
Il me semble que c'était le mot qui avait été employé par Emmanuel Macron. Donc là, ça crée une impression de connivence à un moment où le Conseil constitutionnel est la clé de voûte de l'État de droit, où on a besoin qu'il y ait une autorité indiscutable de ces décisions. Donc, c'est ça qui est problématique dans ce contexte particulier de défiance, même si on a toujours la tension permanente entre la légalité, c'est tout à fait conforme au droit, et la légitimité. Et je crois qu'il faut que les politiques, et en particulier les autorités de nomination, ça se traîne à une discipline dans ce contexte-là pour nommer des gens qui sont inattaquables.
Et la tradition, puisqu'on peut rappeler la fameuse formule de Robert Badinter, très proche de François Mitterrand quand il est nommé au Conseil constitutionnel, qui dit « Mon ami, merci de me nommer président, mais sachez que dès cet instant, envers vous, j'ai un devoir d'ingratitude. » Cette formule qui revient souvent. Peut-être que la question qui se pose, c'est aussi « Que prépare Emmanuel Macron pour la fin ? » puisqu'il ne sera plus aux manettes l'année prochaine, Etienne Perra. Deux réactions qu'on a pu entendre ou lire cette semaine.
Le rapporteur général du budget LR au Sénat, Jean-François Husson, qui parle d'un choix qui n'est pas disruptif, mais destructif pour les fondations de notre République, mélange des genres dangereux qui fragilisent la séparation des pouvoirs. Quant à Marine Le Pen, elle y voit une nomination comme une énième preuve de la dérivée libérale d'un régime agonisant prêt à toutes les transgressions éthiques pour placer ses fidèles et perturber la future alternance démocratique.
Je pense que les questions qui peuvent être soulevées, elles sont audibles quand on est notamment dans les dernières semaines d'un mandat présidentiel où, et ça s'est déjà passé à l'occasion des années passées, il y a des nominations qui arrivent et où, pour le coup, sur un plan notamment éthique, moral, on peut s'interroger sur la volonté de faire passer un certain nombre de choses dans les derniers jours véritablement d'un mandat.
Je pense que le fait qu'à peu près un an et demi avant une échéance présidentielle il y ait des nominations, on ne va pas demander au président de la République d'arrêter son mandat deux ans et demi avant la fin en disant que sinon il est en train de préparer la suite.
Par contre, je pense que ce qui soulève une vraie question qui est dans la lignée de ce qu'évoquait Magali Lafourcade, c'est la définition même de ce pouvoir et je voudrais juste citer parce que c'est un sujet qui n'a pas forcément été très travaillé, mais il y a une thèse de droit public qui a été soutenue il y a maintenant 10 ans à l'université parien par une juriste qui s'appelle Lucie Sponchiado sur la compétence de nomination du président de la République qui est une thèse vraiment super, j'en fais la pub. Qui est d'ailleurs
disponible en ligne de mémoire.
Qui est disponible en ligne dans sa version initiale et qui est très intéressante. Déjà, c'est une thèse qui porte sur la compétence de nomination, donc pas le pouvoir de nomination parce que ce qui l'intéresse c'est de se dire le président de la République effectivement, article 13 de la Constitution a une compétence de nomination.
Cette compétence, on peut s'interroger sur le fait de savoir s'il l'exerce personnellement, uniquement ou s'il n'y a pas aussi une question un peu plus large qui est notamment la compétence du Conseil des ministres puisqu'on l'a rappelé c'est bien le Conseil des ministres entendu qui ont lieu un certain nombre de ses nominations des ministres ou du Premier ministre qui contresignent cela et en fait ce qu'elle met en avant c'est le fait qu'il y a une espèce de captation de ce qui était une compétence initialement vers un pouvoir où les présidents successifs alors Gérard Le Gall en parlait tout à l'heure évidemment notamment fin des années 80 mais en fait dès les débuts de la Ve République il y a une loi organique enfin une ordonnance même au tout début qui ensuite est suivie par des décrets qui font que le Président de la République récupère de plus en plus de ses pouvoirs et c'est peut-être là aussi qu'indépendamment du Président Macron plus largement il y a une réflexion c'est-à-dire est-ce que les critiques du Président Macron aujourd'hui nous disent nous ne ferons pas comme ça quand nous serons au pouvoir nous aurons une vision plus collégiale nous ferons les choses en Conseil des ministres réellement et je pense que c'est ça la question qui peut nous intéresser toutes et tous par rapport à 2027
Je cite un extrait de cette excellente enquête parue il y a une dizaine de jours de Mickaël Moreau sa majesté nomme enquête sur un pouvoir présidentiel exorbitant il a vu énormément de monde dont Arnaud Montebourg qui nous dit il faut casser l'article 13 c'est un article délirant c'est au ministre de nommer ses directeurs pas à un autre pourquoi le Président de la République s'occupe de la comédie française pas étonnant qu'il y ait embouteillage à l'Elysée Gérard Le Gall
Oui oui tout ça ce sont d'excellentes formules mais je précie de donner la parole pour la deuxième leçon des sondages à savoir alors rappelons quand même l'engouement post-électoral en 2024 lorsqu'il n'y avait pas de majorité absolue mais c'est formidable il n'y aura pas de majorité enfin en rond avec cette logique majoritaire 1962 alors ça serait bien en plus ça va pousser au compromis entre les partis politiques en plus tout le monde va s'aimer à l'Assemblée Nationale par des vrais débats profonds articulés légitimés par le talent oratoire de tel ou tel il reste que dans l'enquête du Cevipof et là j'y viens 52% souhaite qu'il y ait dans une prochaine Assemblée une majorité absolue c'est clair et d'ailleurs ça renvoie tous les bons apôtres qui ont fait une pétition récemment sur la proportionnelle soit de préciser quel type de proportionnelle il propose soit tout simplement être sûr que s'il y avait une proportionnelle quelle qu'elle fût il n'y aurait pas de majorité absolue Jean-Marc Daniel oui je voudrais réagir aussi au fait que comme je le disais avec l'ENA on avait un moyen de sélectionner la haute fonction publique et on est en train moi ce qui me frappe c'est que non seulement ça a sélectionné la haute fonction publique mais ça a sélectionné aussi la classe politique et donc on est dans une situation où quand on est fonctionnaire on est élu si on cesse d'être élu on redevient fonctionnaire quand on est agent du secteur privé on est élu quand on cesse d'être élu on ne redevient pas agent du secteur privé et d'où cette réclamation cette exigence d'un certain nombre de gens en politique d'être recasé et je crois qu'il y a un problème de différence de statut entre les gens qui font de la fonction publique qui font de la fonction publique un tremplin pour devenir homme politique et des gens qui au contraire eux s'engagent en politique sur la base de convictions qui mettent en danger leur destin personnel
ce qui est très frappant dans cette enquête dont je parlais sa majesté nomme c'est qu'il évalue ce journaliste Michael Moreau à environ 5000 nominations par le président de la république tout en disant si ça se trouve c'est 10 000 on ne sait pas compter et quand on ne sait pas compter on sait dans tous les domaines c'est qu'en fait on ne s'intéresse pas au sujet il y aurait peut-être une forme de réforme à faire Magali Lafourcade oui je crois que ce serait intéressant et surtout je rebondis sur ce qu'a dit Etienne Perra tout à l'heure cette compétence qui devient un pouvoir et ça a été dit par beaucoup d'acteurs notamment l'ancien secrétaire général de l'Elysée Alexis Colère qui dit que monsieur Macron s'y engage pleinement il auditionne lui-même les prétendants et qu'il procrastine ça fait un phénomène de cours c'est tout ça qui est malsain en fait il parle d'un pouvoir de domination voilà exactement et donc je crois que les gens ne comprennent plus ça parce que nous autres le commun des mortels quand on postule quelque part et bien on présente son CV on va c'est transparent il y a une offre de poste et dans la fonction publique maintenant il y a des règles très strictes de non-discrimination qui fait que le poste doit être publié vous devez montrer que vous avez auditionné des candidats combien il y avait-il d'hommes, de femmes, de personnes en situation de handicap aussi donc pourquoi tout ça ne s'applique pas à tous ceux qui sont au sommet et qui devraient justement pouvoir prouver une autorité morale et une compétence il y a quelque chose qui m'a frappé dans l'enquête de Mediapart là-dessus ils ont parlé de la nomination d'un monsieur dont je ne citerai pas le nom mais c'est un article de Clément Rabu et Antoine Rouget nommé au tour extérieur à la cour des comptes sur décret présidentiel en 2025 alors que ce monsieur a été un député déclaré ancien député déclaré inéligible par le conseil constitutionnel parce qu'il n'avait pas déposé son compte de campagne et il est à la cour des comptes donc c'est quand même très curieux et donc on a cette suspicion de fait que vous êtes recasé et là c'est un pantouflage politique publique politique vers le public parce que vous n'avez pas été élu au législatif parce que vous êtes proche et quand la loyauté compte plus que la compétence ou la moralité c'est la fin non seulement de la république exemplaire ça on le sait mais c'est aussi la fin de fonctionnalités démocratiques qui sont de qualité et d'une démocratie mature on pourrait imaginer Étienne Perra des annonces de postes comme on le voit dans le privé pour toutes ces nominations publiques par exemple là on va apprendre qui sera le prochain à l'institut du monde arabe ça serait une bonne idée selon vous en quelques mots
on pourrait imaginer après je pense qu'il ne faut pas non plus passer sur quelque chose qui serait un petit peu utopique de considérer que des dimensions politiques des dimensions d'interconnaissance personnelle ne joueront pas mais je pense qu'entre le système actuel et un idéal vers lequel il faut tendre même si on sait qu'on n'y arrivera jamais il y a quand même un certain nombre d'évolutions qu'on pourrait mettre en oeuvre
il est déjà l'heure de passer à vos coups de coeur Magali Lafourcade magistrate quel est votre coup de coeur du jour ?
Alors moi justement pour rebondir avec les deux sujets qu'on a traités aujourd'hui je voudrais recommander le documentaire d'Arte qui est actuellement disponible qui s'appelle Tax Wars qui est un peu sur le modèle de Star Wars et qui montre comment s'est construit dans le temps la fiscalité des multinationales et comment une commission faite de très très grands économistes du monde entier une commission pour la justice fiscale propose autre chose qui soit plus respectueux de nos principes auxquels nous sommes tous attachés c'est-à-dire l'égalité le bien commun et la lutte contre l'impunité Etienne Perra directeur de Sciences Po Lille
Si vous m'excusez et vous me permettez de faire le nordiste pendant quelques instants je voudrais parler de quelque chose qui n'a rien à voir
avec ce qu'on a évoqué
c'est juste pour dire que dans la semaine qui vient ouvre à nouveau ses portes un musée qui est un musée d'art moderne qui se trouve à Villeneuve d'Asc donc pas loin de Lille qui s'appelle le Lame et qui va réouvrir avec des collections qui sont assez incroyables avec une exposition sur Kandinsky et en plus maintenant vous pouvez y aller en utilisant le métro avec de nouvelles rames qui ont été installées après 10 ans de feuilletons politico-industriels et donc il y a vraiment deux excellentes raisons pour venir à Lille pour venir à Villeneuve d'Asc et visiter cette exposition
Merci pour cette recommandation Etienne Perra à vous Gérard Legal politologue
Oui par la montée de l'antisémitisme et la persistance multiséculaire des stigmates antisémites j'ai pensé à Yelan Halimi et puis par ailleurs corrélativement on a assez peu parlé des victimes d'ailleurs dans l'affaire Einstein la causalité diabolique de Léon Poliakoff qui montre qui déconstruit la persistance du stigmate et donc j'invite à lire Léon Poliakoff
Merci beaucoup et puis à vous Jean-Marc Daniel professeur émérite à l'ESCP Business School auteur de Nouvelles leçons d'histoire économique chez Odile Jacob
Et bien bien que je ne sois pas nordiste puisque j'arrive de Bordeaux et la dernière fois que vous m'avez convié il y avait un représentant de Sud-Ouest donc j'avais été très très touché Nous aurons un article dans Sud-Ouest de ce geste
vous dévoilez tout
et donc pardon donc je recommande la lecteur d'un livre qui est une biographie de Gérard Mullier donc le fondateur d'Auchan et l'auteur c'est Margot Mullier donc on peut se poser la question de savoir si cette homonymie est un hasard ce n'est pas un hasard c'est sa petite fille et donc elle retranscrit une série d'entretiens qu'elle a eu avec son grand-père qui raconte un peu sa saga personnelle et la saga de la famille autour de la marque Auchan c'est à la fois très bien écrit très agréable à lire bourré d'anecdotes et pas systématiquement géographique donc je recommande ce livre
merci infiniment à tous les quatre d'avoir été là pour l'esprit public on mettra bien sûr comme chaque semaine vos coups de coeur sur le site et l'application Radio France de mon côté mon coup de coeur c'est le complément d'enquête les mystères de l'affaire Epstein diffusé cet été et toujours disponible sur la plateforme de France Télévision signée Virginie Villard qui raconte bien on en parlait en première partie comment on n'a pas fini à mon avis de soulever tout ce qui reste à soulever derrière cette enquête merci infiniment à vous de nous avoir suivis comme tous les dimanches d'avoir suivi l'esprit public je rappelle que cette émission est disponible sur le site et l'application Radio France ainsi que sur toutes les plateformes de podcast on se retrouve la semaine prochaine dimanche en direct à 11h pour un nouvel épisode très bel après-midi à l'écoute de France Culture et à l'écoute