Les SECRETS de Marine Le Pen [Grand entretien]
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Le parcours politique, c'est un parcours initiatique. Voilà, je le crois fondamentalement. Je crois qu'on est meilleur quand on a souffert. Je crois qu'on est meilleur quand on a chuté. Je crois qu'on est meilleur quand on s'en est voulu, quand on a déçu. On est meilleur. Et on est plus riche, et on est plus fort, et on est plus puissant, et on est plus armé. Mais ce n'est pas un moment très facile à passer, ni pour soi-même, ni pour vos proches, bien sûr.
Bonjour à tous, et bienvenue sur BA+, pour un nouveau grand entretien politique aujourd'hui, avec une invitée un peu exceptionnelle ce jour, puisque nous recevons Marine Le Pen. Vous êtes une des femmes les plus connues de France. Vous allez vous présenter à l'élection présidentielle pour la troisième fois de votre vie. Vous êtes donc par là même une invitée exceptionnelle pour nous. Ça va vous paraître un peu décalé, mais est-ce que vous pouvez commencer par vous présenter ? On sait très bien que tous les Français quasiment vous connaissent, mais en fait, qu'est-ce que vous auriez à dire si vous deviez vous présenter en deux minutes aujourd'hui ?
Alors, je m'appelle Marine Le Pen, Marion à l'état civil. Je vous raconterai ça un jour, c'est une histoire un peu compliquée. J'ai 52 ans, j'ai trois enfants, qui sont maintenant des jeunes adultes, que j'ai eus en dix mois et demi. Une petite fille, puis un garçon, une fille, puis jumeaux. Je suis la présidente du Rassemblement National depuis maintenant dix ans. Je suis députée de la 11e circonscription du Pas-de-Calais. Je suis également conseillère régionale de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, affreusement renommée Hauts-de-France. Je suis aussi, à mes heures perdues, éleveuse de chats. Quelle race, on peut préciser ?
Bengale et de Somalie, après avoir été avocate dans une autre vie, lorsque j'étais plus jeune, puisque j'ai fait des études de droit, et je suis titulaire d'un DEA de droit pénal. Je suis sûre que j'ai oublié plein de choses, mais voilà.
Ça fait déjà pas mal d'activités, mine de rien. Alors, pour commencer, on va parler un peu de ce format, et puis après, on parlera de vous et de la politique. Mais on dit à chaque fois qu'il y a une élection présidentielle, que souvent, c'est tel ou tel type de médias qui un peu participent à la nouveauté de cette élection. Il y a eu l'apparition des chaînes d'info en continu au début des années 2000. Il y a eu les réseaux sociaux. On est déjà maintenant à une époque assez mature concernant les réseaux sociaux. 2017, c'est pas mal fait sur Twitter. Est-ce que, sans être devin, vous pourriez prédire, selon vous, qu'est-ce qui va faire 2022 ?
Est-ce que YouTube, d'une certaine manière, selon vous, a un peu modifié les habitudes politico-médiatiques ?
Internet a totalement changé les habitudes pour une raison très simple. Les gens ne regardent plus la télé, n'écoutent plus la radio, en ce sens qu'ils écoutent en réalité en différé ce qui les intéresse sur Internet. Et ça, vous en rendez compte ? C'est évident, c'est une évidence. Moi, je pense que c'est surtout la façon de faire de la politique qui va probablement changer et ça va s'accélérer avec la crise sanitaire. On va très certainement trouver, en tout cas, nous, on y travaille au sein du Rassemblement national.
La politique en distanciel, alors.
Et dans le cadre de la prochaine présidentielle, des moyens d'utiliser les réseaux sociaux, d'utiliser Internet pour peut-être changer la manière dont on se retrouve, dont on échange pour faire de la politique.
Mais vous croyez justement à ce distanciel, à ces applications comme Twitch, par exemple ? On a vu avec Jean Castex où il y a des internautes qui posent des questions. C'est un peu désincarné quand même, non ? Vous qui avez connu la politique à l'ancienne, les marchés, les bains-concerts.
Là, on n'a pas vocation à remplacer l'autre. Il restera toujours, la politique, ça restera toujours de la proximité, ça restera du tactile, ça restera des gens qui se rencontrent et qui arrivent à se convaincre. Mais il n'en demeure pas moins qu'il est évident que les réseaux sociaux, avec la facilité qu'ils offrent, le fait qu'on puisse parler aussi facilement dans un room avec des gens de toute la France sur un sujet défini, c'est extraordinaire. Il faut savoir l'utiliser, il ne faut pas en être non plus otage, mais il faut démultiplier les capacités que nous avons à toucher et à convaincre les gens.
Vous êtes vous-même consommatrice de réseaux sociaux, utilisatrice ? Vous avez un compte Instagram perso ? J'ai un compte Instagram ultra perso, oui. D'accord. Combien d'abonnements et d'abonnés ?
Pas beaucoup, parce que par définition, je trie sur le volet, il n'y a sur mon compte Instagram que des chats et des fleurs. D'accord. Comme ça, il n'y a rien, ce n'est même pas la peine d'essayer de s'y introduire pour s'y trouver quelque chose, vous n'y trouverez rien.
Sauf que tu es vraiment expert en chats et motivé pour ça.
Et oui, je suis très consommatrice, parce qu'il est évident que j'ai un problème de temps en permanence, et donc je fais l'intégralité de ma revue de presse sur Twitter, bien sûr, et sur un certain nombre d'autres applications qui me permettent d'avoir une vue d'ensemble très vite de l'actualité.
D'ailleurs, par rapport à Twitter, vous avez toujours ce compte Twitter, Anne Lalanne, je ne sais pas si c'était vrai ou faux, il y a eu un moment des papiers écrits il y a quelques années là-dessus.
Oui, mais je ne comprends même pas ce qui m'a été reproché, parce qu'il est évident que si moi je veux suivre l'actualité, j'ai besoin d'avoir un compte qui ne soit pas mon compte officiel. Bien sûr. Parce que sinon, si vous voulez, je n'arrive pas à déterminer et à choisir exactement ce que je veux avoir. Donc j'avais un compte qui n'était pas un compte secret, qui était juste un compte personnel. Et c'était donc Anne Lalanne ? Non, ça je ne le dirai pas, parce que je trouve que...
Mais vous continuez à avoir un compte non officiel pour pouvoir suivre discrètement, entre guillemets, liker sans être...
Exactement, sans être obligé d'avoir un nombre de comptes qui ne permet pas de suivre ce que je souhaite.
Ça vous a étonné qu'Emmanuel Macron accepte l'invitation de McFly et Carlito, l'épouse à faire une chanson ? Vous trouvez ça mine de rien malin ? Ça fait quand même pas mal de millions de vues ?
Oui, mais non. Objectivement, moi je ne l'aurais pas fait. Je pense qu'à un moment donné, il n'est pas Emmanuel Macron, il est le président de la République. Et donc il est le représentant de la France, y compris à l'étranger, les représentants des Français. Et il ne peut pas jouer. Surtout en ce moment, on ne joue pas. Enfin, je veux dire, on n'est pas dans le ludique. Le moment est trop grave pour se permettre d'être dans le ludique. Alors je conçois bien qu'il est probablement déjà en campagne, mais un président ne devrait pas faire ça.
D'accord. Et donc vous, vous refuserez pendant cette campagne 2022 peut-être à faire des formats un peu trop extravagants ?
Moi je ne suis pas président de la République. Je suis candidate à la présidentielle. Donc a priori, si vous voulez, je ne me refuse rien. Mais je ne ferai rien dont je pense que ça peut effondrer la fonction à laquelle j'aspire.
D'accord. Alors vous avez noté tout à l'heure qu'effectivement les gens regardent essentiellement en replay, qu'on a modifié nos modes de consommation. Est-ce que vous le voyez chez les militants ? Est-ce que vous voyez chez les gens que vous connaissez ? Est-ce que vous voyez chez vos enfants notamment la manière dont ils consomment l'actualité, dont ils consomment les écrans d'une certaine manière ?
Ah ben clairement, si vous voulez, mes trois enfants ne regardent pas la télé.
Même pas quand maman passe sur France 2 pour l'émission politique ?
Non, non. Ils ne regardent plus la télé. Je n'ai jamais entendu mes enfants dire une seule fois « Ah, attention, il est telle heure, il faut regarder quelque chose sur telle chaîne ». Ça n'existe même pas. Pour eux, ça n'existe même pas. Ils consomment YouTube ou pas ?
Oui, oui, bien sûr. Est-ce que vous avez été une mère attentive à les protéger des écrans ? Parce que c'est un sujet majeur aujourd'hui dans l'éducation des enfants. On voit bien, il y a eu des études d'ailleurs de fait sur le fait qu'avant 4 ans, le cerveau d'un enfant est extrêmement fragilisé par ce genre d'écran qui n'existait pas il y a 20 ans en termes de luminosité, d'addiction, etc. de stimuli que ça provoque dans le cerveau. Est-ce que c'est un petit sujet ou c'est quand même quelque chose d'important ? Est-ce que vous, vous avez pu, malgré toutes vos activités, être une mère de famille qui était vigilante là-dessus ? Et vous avez vu l'évolution d'ailleurs ?
Parce que quand vos enfants sont nés, l'aîné est né en 98 de mémoire, il n'y avait pas encore les iPads. Voilà, donc vous avez accompagné cette émergence en fait.
Mais voilà, j'ai eu moins de difficultés avec ça parce que la réalité c'est que quand ils sont nés, quand ils étaient petits, on était encore aux cassettes, aux cassettes de Disney, pour être honnête. Donc on maîtrisait quand même assez bien, même s'ils maîtrisaient assez bien l'introduction de la cassette dans le magnétoscope. Mais enfin bon, donc c'était peut-être un peu différent. Bon, je ne dis pas que j'ai été très dure sur le domaine des écrans. J'ai plutôt laissé peut-être trop aller sur les écrans, mais il faut dire que j'avais trois enfants qui avaient dix mois et demi d'écart. Donc inutile de vous dire que parfois la télévision m'a été d'une grande aide, je l'avoue humblement.
Notamment les voyages en voiture, notamment le moment où il faut préparer le dîner et où on a besoin d'atteindre un minimum.
Mais d'ailleurs d'une certaine manière, la famille Le Pen, même du temps de votre père, a une réputation, paradoxalement par rapport à sa réputation, assez babacoule dans l'éducation. Alors babacoule, le mot ne va peut-être pas vous convenir, mais disons que vous n'avez pas eu l'éducation la plus stricte et vous n'êtes pas forcément vous, partisane, une éducation rigoriste.
Non, mais c'est vrai qu'on est plutôt bohème un peu à la maison. On est plutôt bohème. Bon, ça, ça ne nous a pas trop mal réussi d'ailleurs.
Les bohèmes, ça veut dire des tablés qui se font au dernier moment.
Ça veut dire qu'il y a des valeurs, mais qu'il n'y a pas de rigidité. Voilà, effectivement, que les tables sont ouvertes, que les copains peuvent venir dîner au dernier moment sans prévenir, qu'il n'y a pas d'horaire obligatoirement extrêmement stricte. Voilà, mais en revanche, il y a des valeurs qui sont importantes et que les enfants, je crois, ont tous conservé en grandissant.
Vos trois enfants ont bien grandi, mais est-ce que vous mesurez la prédominance de la culture rap chez les jeunes aujourd'hui ? C'est-à-dire qu'à votre époque, on pouvait écouter à la fois Dalida et Bonéhem, quoi. Et aujourd'hui, il y a une espèce de mainstreamisation du rap. Ce n'est même pas un jugement de qualité que je fais en disant ça. C'est factuel. C'est-à-dire que sur 20 albums qui sortent, qui sont écoutés par les jeunes aujourd'hui, il y en a 19 qui sont durables de toute forme. Est-ce que vous pensez que ça a une influence quand même sur la jeunesse d'aujourd'hui ?
Après, on va rentrer un peu dans le détail sur les sondages qui sont faits, sur les valeurs qui sont aujourd'hui partagées par les jeunes. Mais est-ce que cette culture rap, elle a touché notamment aussi vos enfants ? Est-ce que vous le mesurez en découvrant le Facebook de tels enfants d'amis, en voyant ce qu'ils écoutent dans leur Walkman ? Je parle vraiment comme dans l'année 80, mais voilà. Mais donc, en tout cas, est-ce que vous mesurez cette prédominance de cette culture rap ?
Bon, je la mesure, je la connais. Je la mesure chez moi, pas trop, parce qu'en fait, en réalité, mes enfants... Ils n'écoutent pas du rap ? Si, ils en écoutent, mais ils écoutent aussi beaucoup d'autres choses. Et paradoxalement, ils écoutent avec leurs amis des choses que nous écoutions nous et sur lesquelles nous dansions nous. Donc, c'est assez marrant, d'ailleurs, de voir, en sautant des générations, que c'est toujours, quand même, dans les fêtes des jeunes, c'est toujours du Claude François. Ça peut être de l'imagination, ça peut être du Michael Jackson, ça peut être des choses comme ça, qui étaient vraiment, pour le coup, de nos musiques à nous quand nous étions jeunes.
Alors, ils écoutent du rap, certes. Moi, ce n'est pas le rap, par principe, qui me pose des difficultés, qui me pose un problème. Ce qui me pose un problème, c'est, à l'intérieur de ce style musical, les paroles qui, parfois, peuvent être, évidemment, des paroles de haine, des paroles de violence, des paroles d'incitation à la violence. Et ça, c'est, évidemment, une inquiétude pour tous les parents, bien sûr.
Et l'univers visuel aussi, dans les clips de rap, la place de la femme, la même sacralisation de la vente de drogue, la violence...
C'est ça, c'est tout ce contre quoi, normalement, les parents essayent de mettre en garde leurs enfants. Donc, bien sûr, certains vont d'ailleurs très, très loin. Enfin, c'est vraiment des...
Pensez à qui, par exemple ?
Je pense à des incitations au meurtre, je pense à ces paroles sur pendez les blancs, aller dans les crèches, tue les bébés blancs, avec, encore une fois, ces images d'assassinats sur des bords de trottoirs. Mais il y a une forme de banalisation de la violence, enfin, je pense que c'est une vraie réflexion pour un responsable politique que de se dire, peut-être faut-il, y compris sur le plan législatif, réfléchir à une resacralisation, en fait, de l'intégrité corporelle. Je pense qu'il y a un affaiblissement de la notion de protection de l'intégrité corporelle. On frappe, c'est normal. On brutalise, c'est normal. On lynche, bon, ça fait partie des codes.
Ben non, ça ne fait pas partie des codes. Je pense qu'il faut qu'à nouveau, le corps humain, la santé, l'intégrité physique soient considérés en partie comme sacrés dans nos sociétés. Et ça, ça passe aussi peut-être par des modifications législatives.
Et d'ailleurs, cette banalisation de la désacralisation de l'intégrité culturelle, on la retrouve aussi dans le revenge porn, dans les contes fichats, dans les images nude qui tournent de jeunes filles sur les réseaux sociaux. Ça crée énormément de dégâts. Est-ce qu'on peut lutter contre le harcèlement aujourd'hui ? Est-ce qu'il y a, sans atteinte aux libertés individuelles, possibilité de réguler les réseaux sociaux ?
Oui, mais exactement de la même manière qu'on a réussi à faire porter la ceinture de sécurité à tout le monde. À partir du moment où on décide d'interdire un comportement, mais encore faut-il être cohérent dans les poursuites qui sont engagées, si vous voulez. Quand on voit du harcèlement du type menace de mort, menace de violence à l'égard de Mila, et qu'en fait on s'aperçoit qu'il y a quoi, cinq ou six personnes qui ont été poursuivies, et pour l'instant une seule a été condamnée, ça ne marche pas.
Je veux dire, il faut que, pour que chacun comprenne qu'il y a des choses qui ne sont pas admissibles dans notre société, encore faut-il que la puissance publique, et en l'occurrence la justice, tape un grand coup. Or, des milliers de menaces de mort, un type condamné, quelques-uns poursuivis, ce n'est pas suffisant pour que le message passe.
Mais par exemple, sur le harcèlement des jeunes femmes, même si vous avez évidemment plein de divergences politiques avec elles, au début les gens se moquaient un peu de Marlène Schiappa en disant que c'était anecdotique les sujets qu'elle portait. Est-ce que par exemple vous lui reconnaissez sur ce plan-là de faire des choses ?
Moi je ne crois pas du tout que ce soit anecdotique. Même au-delà des réseaux sociaux, parce qu'on parle des réseaux sociaux, mais le harcèlement que vivent les jeunes filles dans la rue, dans les transports, c'est odieux, c'est insupportable. Moi je peux vous dire que mes filles, mes nièces, etc. me disent qu'il n'y a pas un jour où on n'est pas emmerdé, où on n'est pas harcelé, où on n'est pas sifflé, où ce n'est pas à la limite en plus de l'agressivité, parce que ce n'est même plus de la lourdeur, enfin vous voyez, ce n'est pas de la drague lourde. Il y a toujours une forme d'agressivité derrière.
Ces jeunes filles, elles sentent qu'il faut qu'elles-mêmes fassent attention à ce qu'elles vont répondre, parce que ça peut très vite tourner vinaigre, et c'est exactement ce qui est arrivé d'ailleurs à ma fille. Je veux dire, ma fille s'est fait agresser très violemment, ils l'ont enfoncé, ils brisent les nez. C'était il y a quelques mois de mémoire. C'était il y a quelques mois, et ça a commencé comme ça. On commence à la toucher, elle se rebiffe parce que bon, elle a du caractère pour quitte-nir, mais à ce moment-là, ça a tourné un véritable lynchage à deux hommes contre une jeune fille. Oui, c'était en région parisienne, mais on m'a dit, mais est-ce que c'est...
Non, c'est là ce que vivent beaucoup de jeunes filles. Les agresseurs ne savaient pas que c'était la fille de Marine Le Pen. Non, pas du tout, et de jeunes hommes d'ailleurs. Mais enfin, les filles, le harcèlement entre guillemets sexuel, c'est-à-dire qu'elles subissent dans l'espace public, est un vrai problème. Et ça, c'est vrai que Marlène Schiappa a eu raison de s'attacher à trouver des solutions à ce problème.
Elle en a été un peu traumatisée, votre fille, ou pas ?
Je crois qu'on n'en ressort jamais totalement indemne de ce genre de choses. Mais je pense que beaucoup de jeunes aujourd'hui, au-delà de son cas, considèrent que l'espace public est dangereux. L'espace public est un endroit où on n'est pas à l'aise, nous, dans notre génération. L'espace public n'était pas considéré comme synonyme. Oui, on pouvait mettre une mini-jupe sans se faire traiter de tout le monde. On n'avait pas à s'en inquiéter. On ne s'inquiétait pas de sortir dans l'espace public. Aujourd'hui, quoi qu'on en dise, on fait attention et on adapte notre comportement. On adapte les horaires de sortie. On adapte la manière dont on est habillé. On adapte les bijoux qu'on peut porter.
On est dans une stratégie d'évitement, de contournement du problème. Et ça, c'est un constat d'échec majeur pour nos dirigeants.
Alors, il y a un autre constat d'échec majeur quand on constate ce qui se passe dans la tête de nos jeunes concitoyens. Il y a eu pas mal de sondages qui sont sortis ces dernières semaines. Et quand on voit les valeurs qui sont aujourd'hui partagées par la jeunesse, c'est un peu inquiétant. Notamment sur les questions de laïcité, sur les questions de communautarisme, sur le détournement de la notion de respect. Il y a un mélange des genres et une confusion un peu intellectuelle chez les jeunes aujourd'hui. Notamment par certaines influences culturelles. Est-ce que vous vous dites que c'est irréversible, que c'est solutionnable ?
Est-ce que vous mesurez le fossé qui est en train de se creuser entre les fondamentaux d'un citoyen français des années 60 jusqu'aux années 2000 ? Et puis aujourd'hui, cette jeunesse qui est un peu radicale sur certains points.
Je ne pense pas que ce soit irréversible. Mais je pense que tout ça, c'est aussi la conséquence des politiques qui ont été menées. Enfin, je veux dire, il ne faut pas se raconter l'histoire. On a quand même mis sous le boisseau toutes ces valeurs pendant des années et des années et des années. Et quand vous évoquiez ces valeurs-là, on vous accusait justement de manquer de respect, de ne pas respecter les cultures différentes, d'islamophobie, etc. Après, on nous dit, c'est monstrueux, regardez, le pommier a fait des pommes. Ah oui, le pommier a fait des pommes, oui, ça c'est sûr.
Tout cet abandon, y compris au travers de l'enseignement public, tout cet abandon des principes qui ont fait notre civilisation, ça se ressent évidemment chez nos jeunes, c'est normal, par définition.
Alors, il y a aussi une politisation parfois de certains messages culturels, de certaines chansons. Votre père avait déjà connu des textes de chansons qui étaient un peu agressifs à son égard. Et là, je vous pose la question parce que c'est une chanson qui est sortie, je crois, hier ou avant-hier, de Camilla Jordana, qui a eu les honneurs de la couverture de Valeurs Actuelles, il n'y a pas longtemps, pour l'incurie de ses messages, et qui chante avec Amel Bent et, je crois, Vita, et qui est assez désobligeante à votre égard. Est-ce que vous avez vu passer ça ?
Ce n'est pas une reprise d'une chanson de James, non ?
Oui, mais si vous voulez que...
James a chanté cette chanson, puis après, elle est partie, elle s'est mise à un voile, elle est partie vivre en Arabie Saoudite.
Vous savez, ça ne lui a pas réussi trop. Vous pensez que ça a de l'influence, ça, ou pas ?
Zéro.
Zéro.
Je pense que ça a zéro influence. Mais encore une fois, moi, le message que je voudrais donner aux jeunes, c'est que la jeunesse, c'est la curiosité. Donc, ne vous laissez pas enfermer par rien, d'ailleurs. Et tout cet univers-là dans lequel on veut vous enfermer, et bien souvent, d'ailleurs, tous ceux qui souhaitent vous enfermer aussi, dans une religion, dans une origine, dans une catégorie sociale, ne vous laissez pas enfermer. Aucun d'entre vous ne doit se laisser enfermer. Soyez curieux, faites fonctionner votre intelligence.
Beaucoup, en réalité, de gens qui étaient, par exemple, très opposés au Rassemblement National, quand ils étaient jeunes, enfermés, un peu, influencés, parce qu'on est un peu influençable quand on est jeune, vers leurs 14, 15 ans, et bien sont devenus des jeunes adultes qui votent maintenant pour nous et qui nous ont rejoints, parce qu'ils se sont rendus compte qu'au-delà de tout ce qu'on pouvait leur raconter, la réalité de la vie, c'est celle que nous leur exprimions, nous. Et c'est eux qui sont confrontés, en premier lieu, aux difficultés et reculent, en quelque sorte, de l'État.
Ce que vous dites par là, c'est que, ce qu'on a appelé, au moment où vous êtes devenu présidente du Front National en 2011, et les premières années de votre mandature, la dédiabolisation, ça a touché aussi cette catégorie de la population ?
Oui, alors, évidemment, ce terme n'est pas extraordinaire, mais je n'en ai pas trouvé de meilleur, en réalité, parce que le terme de normalisation n'est pas un bon terme non plus.
Est-ce qu'il banalise ?
Oui, c'est ça, parce que ça voudrait dire qu'on était anormaux, on n'était pas anormaux, on était juste, on nous a fait porter, si vous voulez, une caricature, et nous avons été victimes d'une diabolisation, c'est-à-dire de quelque chose de profondément injuste, et d'une image qui n'était pas la nôtre. On nous a fait porter des idées qui n'étaient pas les nôtres, et on nous a affublés d'une caricature qui ne représentait pas la réalité, c'est aussi simple que ça.
Donc, moi, j'ai œuvré pour essayer de nous montrer tel qu'on nous-mêmes, on nous aime ou on ne nous aime pas, on est d'accord avec nous, on n'est pas d'accord avec nous, mais on a le droit de ne pas être d'accord avec nous, mais sur ce que nous pensons, pas sur ce qu'on nous impute comme idées qui sont très éloignées des nôtres. Voilà, c'est aussi simple que ça. Pour moi, ça a été ça, la dédiabolisation que j'ai cherchée à mettre en œuvre, et je crois avoir réussi d'ailleurs en partie.
Alors justement, si on doit mesurer un peu le bilan avec un outil assez personnel, est-ce que vous pensez que ça a été plus facile pour vos enfants d'être les enfants de Marine Le Pen que pour vous d'être la fille de Jean-Marie Le Pen ? Oui. Au lycée, au collège ? Bon, d'abord, ils ne portent pas mon nom. C'est vrai.
Donc, c'est quand même plus facile. Mais même... Mais ils n'habitent pas mon trotout, c'est moins exposé. Non, mais même, même, enfin, c'est sans commune mesure. La manière dont on est perçu aujourd'hui est sans commune mesure, avec celle avec laquelle on était perçu avant. Et d'ailleurs, je tire mon chapeau, quoi qu'on en dise à tous ceux, et mon père en tête d'ailleurs, qui ont été ce que j'ai appelé les débroussailleurs, c'est un truc qui ont pris tous les coups pour nous permettre, nous, d'être les constructeurs. S'ils n'étaient pas passés avant nous, on ne serait pas là où on est aujourd'hui.
Même si on a aussi tiré les leçons de leurs erreurs, de leurs réussites et de leurs erreurs, pour essayer de s'améliorer.
Ils n'ont jamais été atteints par l'hostilité dont vous êtes victime parfois, par les commentaires négatifs.
Non, mais il faut dire aussi une chose, c'est que je les ai beaucoup préservés. Vous savez que c'est ma ligne rouge, j'en ai pas énormément.
Oui, il n'y a pas de photos dans la presse, leur visage n'est pas connu.
J'ai donné ma vie à la politique, toute ma vie, c'est de la politique. C'est comme ça, ça entraîne toute une série de sacrifices personnels, amicals. Mais eux, je les ai totalement préservés. C'est-à-dire pas une seule photo d'eux est parue dans la presse. Je tiens à cette protection comme à la Brunel de mes yeux. Je pense que c'est une de mes grandes victoires, une de mes grandes réussites, d'avoir réussi à les préserver, parce que ce n'est pas évident.
Quand vous partez le dimanche midi à une émission de télé, ils ne vous en veulent pas ?
Non, non, ils ne m'en veulent pas. Mais non, pour le coup, depuis que je suis tout petit, ils m'ont envie de faire ça. Il n'y a pas eu de rupture de rythme dans la manière dont je fais de la politique. Mais non, ils ne m'en veulent absolument pas. Mais je pense qu'ils me sont reconnaissants de les avoir tenus à l'écart et de leur permettre de vivre leur vie telle qu'ils ont choisi de la vivre et pas telle qu'ils seraient forcés de la vivre parce qu'ils sont détectés comme étant mes enfants.
Et je me demandais si ça avait été atteint par les commentaires après le débat de l'entre-deux-tours. Toute cette séquence ou vous, vous, vous avez fait du recul.
Je pense que oui, ils ont sûrement la pudeur de ne pas m'en parler. Mais très certainement, quand on voit votre mère être lynchée, comme j'ai pu l'être, parce que ça a été un véritable lynchage, il faut être honnête.
Vous avez fermé les écoutilles ou...
Ah ben, à un moment donné, un petit peu quand même. Il faut quand même un peu fermer les écoutilles, vous voyez, parce que, bon, mais pas très longtemps. Je me suis remis au travail très très vite. Et d'ailleurs, j'ai tiré de l'énergie de ça. Moi, je pense que le parcours politique, c'est un parcours initiatique. Voilà, je le crois fondamentalement. Je crois qu'on est meilleur quand on a souffert. Je crois qu'on est meilleur quand on a chuté. Je crois qu'on est meilleur quand on s'en est voulu, quand on a déçu. On est meilleur. Et on est plus riche, et on est plus fort, et on est plus puissant, et on est plus armé.
Mais ce n'est pas un moment très facile à passer, ni pour soi-même, ni pour vos proches, bien sûr.
Mais alors, ce parcours initiatique, vous, il a commencé très tôt, parce que nos amis qui regardent Véa+, ne le savent pas forcément, mais vous étiez à Saint-Cloud, à l'école, au collège, lycée. Il y a eu, à cette époque, la Une de Libération, avec votre père accusé d'avoir participé à des tortures en Algérie. Il y a une fameuse scène qui a été racontée, où vous arrivez les bras en V devant votre classe, pour justement faire mauvaise fortune. Vous pouvez nous raconter ça un peu.
On a tout eu, mais vous savez, souffrir par quelqu'un, d'autre, ce n'est pas pareil que de souffrir par soi-même. Voilà. C'est différent. Donc, j'ai un peu eu tous les ventailles, moi. Là, maintenant, je pense que je suis relativement...
Et c'est beaucoup moins douloureux de souffrir par quelqu'un d'autre ?
Oui, ça l'est moins, oui, bien sûr. Ça l'est moins, même si je n'avais pas le même âge. Enfin, je veux dire, tout ça, j'avais 15 ans, 17 ans, 20 ans.
C'était quoi le pire pour vous ? C'était le collège, le lycée ?
Oh, ben, le plus dur, ça a probablement été... D'abord, ça a été l'attentat, parce que ça a été quand même un élément marquant de notre jeunesse.
Pour ceux qui ne savent pas, votre famille a été victime d'un attentat Villa Poirier dans le 15e abondissement, avec carrément toute la façade de l'immeuble arraché. Les photos de l'époque sont très impressionnantes.
On dormait dans cet immeuble, donc ça a été quand même un traumatisme. Ça a eu des conséquences sur notre vie familiale, des conséquences sur mes sœurs, sur la perception qu'on avait. Et puis, il y a eu le départ de ma mère, très médiatisé. À l'époque, on ne s'est pas posé la question de savoir s'il fallait respecter la vie privée ou pas. Ça dépendait des gens. On a presque progressé, aujourd'hui. On respectait la vie privée de François Mitterrand, mais assez peu celle de Jean-Alain Le Pen, quand il s'agissait de pouvoir lui nuire. Donc, ça n'a pas été simple. Mais il y a eu des tas d'événements pas simples. Enfin, je veux dire, les accusations de Carpentras ont été terribles.
Ça a été une période absolument terrible.
Le Fond National accusé d'avoir participé à la violation de tombe juive à l'époque.
Alors qu'on est, évidemment, le Fond National n'est pas posé pour rien. Enfin, tout ça pour dire que, oui... Et plus le collège. Il y a pas mal de couches de cuirasses.
Vous allez me répondre non, mais est-ce qu'au point de regretter parfois de vous être engagée en politique et de cette vie un peu sacrificielle ?
En fait, j'ai un peu fait le parcours inverse. C'est-à-dire qu'au départ, j'ai dit jamais je ferais de la politique. Je l'explique d'ailleurs très bien. J'ai écrit un bouquin en 2005 qui s'appelle La Contreflot. Et j'explique très bien qu'en été tous les malheurs, toutes les violences, toutes les souffrances que j'ai subies, vécues, jeunes venaient de la politique. Enfin, en tout cas, je les analysais comme venant de la politique. C'est peut-être pas tout à fait faux non plus. Et donc j'avais dit je ne ferais pas de politique. Je ne fais pas de politique. Bon, je suis quand même toujours là.
Je suis là dans les meetings, je suis là dans les soirées électorales, je suis là sur les plateaux de télévision. Je suis une militante, je veux que Jean-Marie Le Pen soit élu. C'est tout. Enfin, je suis quand même là, mais je veux faire autre chose. Je deviens avocat, je fais des études de droit, je deviens avocat. Et puis en fait, la politique m'a réaspirée tout simplement parce que je pense qu'elle était en moi, elle a toujours été en moi. C'est une passion, c'est un virus, on n'en guérit pas, on peut le cacher, il peut être en sommeil. Mais si vous en guérissez, c'est que vous ne l'avez jamais attrapé.
On a parlé des sacrifices, mais il y a des grandes satisfactions aussi, j'imagine. Il y a deux, trois moments de, j'allais dire presque de bonheur dans votre vie politique.
Il y a plein de moments de bonheur. La politique, c'est de l'amour. La politique, c'est s'occuper des autres. C'est très beau la politique. Moi, je regrette qu'un certain nombre de gens on est aujourd'hui une vision aussi dégradée à cause des politiques, si je puis me permettre. Parce qu'en fait, ils ont trahi, ils ont menti. Moi, je leur en veux de ça. Je ne leur en veux pas d'avoir des idées différentes des miennes. Je leur en veux de dire « votez pour moi parce que je vais faire ça » et de ne pas le faire. Et de même savoir, au moment où ils le disent, qu'ils ne le feront pas. C'est ça que je leur reproche. Et ils ont donc dégradé l'image de la politique.
La politique, c'est quelque chose d'extraordinaire. C'est un don de soi. Enfin, je veux dire, c'est ne pas être capable d'être heureux tout seul. C'est se dire « je ne peux pas être heureux si les autres sont malheureux. » Et j'ai envie de faire en sorte qu'ils aillent mieux, qu'ils soient plus en sécurité, qu'ils soient plus prospères. L'intérêt supérieur de mon pays est plus important pour moi que mon confort personnel. C'est beau la politique. Il faut redonner cette notion-là. Et la politique, c'est les gens. Donc, c'est plein de moments de bonheur. Mille moments de bonheur.
Est-ce que vous arrivez à superposer ça avec une vie personnelle ? C'est-à-dire, est-ce que de l'amour, des moments de bonheur, de l'intimité, vous arrivez encore à en avoir avec cette vie-là ?
J'ai une famille. J'en profite. Je les vois. J'ai des parents qui sont encore vivants. Et c'est un bonheur quotidien. Parce que je vois la souffrance de ceux qui les ont perdus ou qui les perdent, qui ont mon âge. Donc, j'essaie d'en profiter. J'ai des enfants merveilleux. J'ai des sœurs. J'ai des neveux et des nièces dont je profite comme je peux aussi. C'est vrai que je n'ai pas la vie, si vous voulez, qu'on a quand on est à 52 ans. Sûrement. Qui est quand même une vie où les enfants sont grands, où on s'occupe de soi, où on voyage. Non, je n'ai pas ça. Tout est quand même construit autour de la politique. Mais la politique, c'est tous les jours aussi.
Ce n'est pas un boulot où on arrive chez soi, on ferme la porte et on dit « Ah ben tiens, j'ai fini ma journée de boulot ». Ce n'est pas un boulot, c'est de la vie quotidienne. Tout est de la politique, si je peux me permettre. Alors, mes enfants, ma famille, mes amis, quand j'ai le temps, les endroits que j'aime, la Trinité sur mer, dont mon père est originaire, les Landes, dont ma mère est originaire, et puis mes animaux, parce que c'est très important, mon jardin.
qu'est-ce que ça dit de vous, cette passion pour les chats et qui fait couler beaucoup d'encre d'ailleurs ?
Oui, je ne sais pas pourquoi, ça fait couler beaucoup d'encre d'ailleurs, c'est assez étonnant. Chacun a ses hobbies. Je ne trouve pas ça plus stupide d'élever des chats que de collectionner les timbres. Est-ce que ça dit quelque chose
de votre rapport à l'humanité ?
Ah, je ne sais pas si ça dit quelque chose, mais ce qui est sûr, c'est que les chats et les animaux de façon de manière générale sont un élément très important de ma vie. Voilà. Je pense qu'on mesure son humanité à l'aune de la manière dont on les traite. Ça me paraît très clair. Et je pense qu'on a beaucoup de progrès à faire. Des vrais progrès à faire.
Vous aviez d'ailleurs voté votre groupe à l'Assemblée nationale une loi de la majorité.
On a des progrès à faire sur leur transport. On a des progrès à faire sur leur abattage. Enfin, je veux dire, rien de sérieux n'est fait pour tenter de diminuer au maximum. Parce que c'est ça l'idée de diminuer au maximum les souffrances qu'on leur inflige. Voilà, c'est l'honneur de l'humain, de l'être humain, que d'être capable de traiter les animaux sans leur imposer des souffrances qui sont inutiles.
Ça me fait penser à une petite parenthèse que je n'avais pas prévue, mais il y a eu un petit malentendu. Vous avez exprimé une position sur la chasse à cours qui n'est pas celle sur la chasse. Valeur Actuelle est un journal plutôt attaché au monde de la chasse. On a même fait une il y a quelques mois qui avait bien marché d'ailleurs pour défendre un peu les chasseurs. Non pas tant pour l'activité, mais pour l'espèce de conformisme qu'il y a aujourd'hui à dénigrer cette activité. Et puis bon, c'est quelque chose auquel vous ne serez pas insensibles. Il y a une espèce de permanence dans l'histoire de France, dans la manière dont notre société est organisée avec cette tradition-là.
Moi, je veux rassurer les chasseurs. Moi, je n'ai jamais été pour l'interdiction de la chasse. Moi, je défends la chasse. Je défends la chasse et je défends les chasseurs parce que je pense qu'ils sont très importants. D'abord très importants pour la régulation de la biodiversité, effectivement. Ils sont très importants parce qu'ils sont une permanence sur le territoire. Ils vont là où personne d'autre ne va. et ça, c'est fondamentalement important aussi. Ils sont les porteurs d'une transmission, de tradition. Donc, je veux dire, je suis... Mais on pourrait dire que la chasse à courte participe elle aussi à sa...
Non, mais est-ce qu'on a le droit d'exprimer le fait que, par exemple, moi, je considère que la tauromachie est un exercice cruel ? Est-ce que pour ça, je suis pour l'interdiction de la tauromachie ? Non. Je pense qu'il ne faut pas permettre aux enfants de moins de 18 ans d'accéder à ce spectacle-là parce que c'est un spectacle qui peut être très traumatisant et très violent. Voilà. Il y a des choses et il y a des comportements que je peux trouver cruels sans obligatoirement vouloir les interdire.
Mais je dis, puisqu'on parle de la chasse à cour, je dis, attention aussi, régulez aussi votre exercice de cette chasse parce que c'est un peu les excès de quelques-uns qui ont aussi effondré l'image de cette chasse dans l'esprit de beaucoup de Français. Je pense qu'il y a un peu de discipline à remettre aussi. Typiquement, des chasseurs qui se tiennent mal, ils doivent se voir retirer leur permis de chasse. Vous voyez ? Donc, les sociétés de chasse, elles doivent faire leur boulot aussi parce que sinon, tout le monde va payer le prix des excès de quelques-uns. Ce monsieur-là qui a tué à bout portant ce sanglier domestique...
C'est une vidéo qui a pas mal tourné sur les réseaux sociaux.
Lui, par exemple, moi je pense, je ne suis pas chasseur, je ne veux pas aller à leur place, mais je pense que typiquement, il devrait perdre son permis de chasse. Et si ce type de comportement était sanctionné, il y aurait peut-être moins de débats tels qu'ils existent aujourd'hui.
Je me permets de revenir sur la famille puisque vous avez évoqué tout à l'heure l'importance pour vous justement d'avoir encore vos parents et d'être entourés de vos nièces et vos neveux notamment. Vous avez été très fâchés avec votre père Jean-Marie Le Pen pendant quelques années. Vous vous êtes réconcilié. Est-ce que pour vous, pendant cette période, il était de toute façon inconcevable que vous finissiez fâché toute votre vie ? Est-ce que vous avez pensé aussi à la mort de votre père ? C'est-à-dire, est-ce que vous disiez imaginons demain, il se fait renverser par un bus, ce serait horrible de finir ma vie fâchée avec mon père ?
Oui. Oui, c'était une pensée horrible. Voilà, les relations entre mon père et moi, c'est chez le breton quoi, il y a des grains quoi, il y a des grains et parfois il y a des grains plusieurs jours de suite et parfois il y a des grains plusieurs fois par jour. Donc, bon, mais fondamentalement, c'est mon père et je l'aime infiniment et donc, se fâcher avec son père et bon, cela, je suis comme tous les Français, vous savez, c'est jamais avec gaieté de cœur qu'on se fâche avec des membres de sa famille. C'est parfois hélas définitif mais on a toujours l'espérance que ça ne le soit pas, surtout quand ils sont âgés, voilà.
Et donc, je suis heureuse que ça n'ait pas duré et d'avoir réussi à retrouver des relations normales avec lui.
Et vous aviez bon espoir étant donné vos caractères un peu forts tous les deux ?
Oui, oui, parce que je pense que nous sommes une famille qui avons des liens qui se sont créés sur des situations et des moments si difficiles qu'il n'y avait pas de raison qu'on ne réussisse pas à dépasser ces moments de rupture.
C'est une question un peu personnelle mais comme on est jeudi ça aujourd'hui, le jour du tournage et que vous avez été élevée dans un univers catholique même si vous ne portez pas ça en étendard en tant que femme politique mais voilà, c'est quand même trop tentant de ne pas vous demander si ça vous arrive de prier encore, si vous êtes croyante.
Je suis, j'ai toujours été très croyante, j'ai été une enfant très croyante.
Pieuse.
Pieuse, oui. Je reste profondément croyante, affreusement, terriblement fâchée avec l'église française qui ne me donne pas, il faut bien le dire, beaucoup de raisons de me réconcilier avec elle si j'en crois les déclarations régulières de son clergé y compris d'ailleurs les dernières déclarations du pape. mais c'est pas très grave. C'est triste, c'est malheureux mais c'est pas très grave. Voilà, mais je suis effectivement très profondément croyante.
Vous allez trouver la transition, comment dire, capilotractée comme on dit mais pas que c'est la résurrection arrive 2022. On a parlé du débat de l'entre-deux-tours il y a quelques minutes. même les commentateurs les plus durs à votre égard notent que finalement après moult péripéties et notamment celle-ci vous avez aujourd'hui des sondages excellents en plus il y a eu même un peu de scénarios dans le camp de la droite au sens très large du terme on a parlé de Marion on a parlé du général de Villiers il y a Eric Zemmour qui a des velléités etc.
et donc bon vous avez toujours une raison d'être challengé entre guillemets quand c'est pas par vous-même c'est par l'extérieur voilà cette candidature de 2022 comment vous la situez dans la frise de votre trajectoire politique
ce qui s'est passé en 2017 au second tour est quand même quelque chose qui a été très important parce que ça a démontré une chose c'est que les français pardonnent les erreurs ce qu'ils pardonnent pas c'est l'insincérité je pense qu'ils peuvent voir en moi ils ont raison d'ailleurs de voir en moi énormément de sincérité de pugnacité de courage je crois que je peux le dire je veux pas me tracer dès l'oreille j'aime pas trop ça mais pour le coup c'est une qualité qu'on m'accorde et je pense que les gens n'ont pas tort de m'accorder cette qualité j'ai le courage j'ai le courage et la volonté c'est peut-être ça qui va être déterminant en 2022 parce que c'est ça que les français attendent en réalité le courage et la volonté pas seulement les discours parce que les discours chacun peut les tenir ils ont déjà eu beaucoup d'expériences de gens qui ont tenu bien souvent d'ailleurs le même discours que le Front National et puis le Rassemblement National et puis quand ces gens là ont été élus ils ont été très décevants parce qu'en fait ils n'ont pas du tout mis en oeuvre ce que les français attendaient d'eux donc moi je pense qu'ils ont quand même la certitude que s'ils m'élisent ils auront exactement ce pourquoi ils m'ont élu j'en prends d'ailleurs l'engagement très solennel à leur égard
c'est une candidature qui est plus évidente pour vous qu'en 2017 et en 2012 ?
pas obligatoirement parce qu'elle n'était pas aussi évidente que ça il y a encore quelques mois il y a deux ans j'avais dit que si quelqu'un est mieux placé que moi pour représenter les idées nationales je lui cèderais la place c'était un défi ? non c'était pas un défi c'était le moment où tout le monde cherchait quelqu'un pour remplacer Marine Le Pen bon ben il s'avère que pour finir sur la ligne d'arrivée il n'y a quasiment plus personne
mais est-ce que vous y avez cru puisque vous parlez de sincérité est-ce que vous y avez cru au moment où vous disiez ça ou vous disiez vraiment si quelqu'un émerge oui j'ai cru oui bien sûr
vous savez en général quand je dis les choses c'est parce que je les pense on ne force pas à dire des choses auxquelles je ne crois pas donc je suis très sincère dans ce domaine oui bien sûr j'ai cru mais il se trouve que les français eux continuent à me faire confiance donc j'ai aucune raison aujourd'hui de me défiler et de leur dire bah écoutez non le confort me pousserait à aller faire autre chose mais je vais vous laisser et puis vous vous débrouillerez pour trouver quelqu'un d'autre non je pense que je suis la mieux placée effectivement pour gagner cette élection présidentielle et pour enfin faire prendre à la France une voix qui est radicalement différente de celle qu'elle a prise depuis 40 ans et pour cela je vais m'entourer et j'en appelle d'ailleurs à tous ceux qui sont les hommes et les femmes de bonne volonté parce que c'est ça l'union nationale dont je parle l'union nationale c'est pas la coalition à l'allemande qui consiste à prendre des partis différents et puis en fonction des pourcentages que font chaque parti constituer une espèce de groupe qui n'a ni queue ni tête et aucune cohérence politique c'est pas ça mon objectif mon objectif c'est de dire il y a des compétences et des bonnes volontés qui viennent de partout en fait de la droite ou de l'ancienne droite de la gauche ou de l'ancienne gauche et par conséquent moi ce que je vais faire c'est que je vais ne pas regarder d'où viennent les gens je vais les prendre parce que je les trouve sincères compétents performants efficaces courageux et je suis sûr qu'ils feront ce que les français nous demandent de faire et c'est ça le gouvernement c'est celui qui fait passer l'intérêt national l'intérêt supérieur du pays au dessus des considérations de parti au dessus des considérations personnelles ça j'ai dit qu'en fait ce gouvernement il irait au delà de la droite au delà de la gauche au delà même du rassemblement national
et vous le sentez comment cette campagne
plutôt bien objectivement plutôt bien parce que je pense
que ça a commencé ou pas
oui bien sûr elle a commencé elle a commencé quand j'ai dit que je serais candidate en réalité j'ai dit que j'étais candidate parce que précisément je sentais que tous les éléments de la campagne présidentielle étaient déjà sur la table
il n'y a pas d'apnée
à cause du sanitaire non non en réalité ce sanitaire il a fait émerger et prendre conscience à beaucoup de français de tout ce que nous disions de la réalité des faiblesses qui sont celles de notre pays et qui sont la conséquence des mauvaises décisions de nos dirigeants de tout ce qu'on pourrait faire de tout ce qu'on devrait faire retrouver la maîtrise de nos frontières réindustrialiser notre pays être à nouveau souverain dans les domaines stratégiques et qui tiennent à la protection des français tout ça ils s'en rendent bien compte grâce en quelque sorte à la crise sanitaire le modèle ultralibéral est épouvantable il faut arrêter avec ça enfin je veux dire il faut revenir à une forme de localisme une forme de protectionnisme national ce qui n'oblige pas à la fermeture sur soi-même ou au rejet de l'international bien au contraire vous avez d'ailleurs quelques évolutions les deux axes de ma présidentielle c'est la protection et la projection la protection parce que je pense que la nation a démontré aussi dans cette crise sanitaire qu'elle était incontestable incontestablement la structure qui protège et la plus efficace et la plus véloce et la plus rapide d'exécution on voit bien par rapport à l'Union Européenne
vous remerciez Boris Johnson et Benyamin Netanyah ou quoi ?
de gros machins complètement inefficaces épouvantablement incompétents enfin bon ça a été un véritable drame et puis la projection parce que moi ce que je veux c'est qu'on se projette dans l'avenir j'ai pas du tout envie de revenir à la France de je sais pas quand avant je suis pas dans la nostalgie même si je trouve qu'il y avait avant des choses qui étaient positives mais je suis vraiment dans la projection la France de demain la France d'après comme l'a dit Emmanuel Macron c'est la France d'après celle qui se projette celle qui part à la conquête celle qui retrouve le chemin du monde parce qu'en fait le monde nous attend le monde est orphelin de la France le monde ne retrouve plus la France et ce pays extraordinaire dans son histoire qui avait une place si particulière dans le concert des nations
doit retrouver cette place ça c'est pour votre ligne et j'allais dire même une partie de l'esquisse de votre programme si vous deviez résumer en quelques mots votre stratégie sans révéler de secret mais justement pour personnaliser un peu la mise en oeuvre que vous comptez donner et en tout cas votre technique pour justement arriver au mieux de vos expériences politiques ça va être quoi votre stratégie 2022 on a vu qu'il y a eu quelques évolutions quand même sur la dette publique sur l'Europe il y a eu un peu d'ouverture aussi vous parliez d'union nationale voilà
c'est pas une stratégie on dit même
que vous allez peut-être démissionner de la présidence du rassemblement national oui oui
on dit ça mais ça correspond à ce que je vous dis dépasser la droite dépasser la gauche dépasser même le rassemblement national ça correspond exactement à ce que je vous dis je viens vous dire le bien commun l'intérêt supérieur du pays nécessite maintenant qu'on s'y mette alors oui je suis mal coiffé j'ai pas mis la virgule au bon endroit j'ai pas fait ou dit exactement ce qu'il fallait à tel moment etc on trouvera toujours des raisons de trouver que je suis pas parfaite et certainement je ne le suis pas mais la solidité qui est la mienne la force de conviction que je porte le courage le courage que je mettrais à œuvrer pour l'intérêt des français tout cela je souhaite qu'on me l'accorde et je viens dire à ceux qui ont peut-être été très critiques par le passé maintenant il n'est plus le temps des critiques il est le temps de venir et de soutenir cette dynamique que je suis en train de créer dans l'intérêt du pays on s'écharpera on sera peut-être pas d'accord sur tel ou tel sujet on peut discuter moi je suis ouverte à la discussion je suis même ouverte aux compromis à partir du moment où ça ne remet pas en cause la cohérence générale de mon projet je suis ouverte aux compromis pas aux compromissions aux compromis
et c'est un mot que vous aviez moins en tête ces dernières années
quand on s'envisage d'abord comme la présidente d'un parti politique on est évidemment moins dans cet état d'esprit évidemment il est évident que la perspective de victoire à une élection présidentielle vous fait entrer dans le costume de la présidente de tous les français je ne prends pas cette définition ni au hasard ni à la légère présidente de tous les français un jeune de banlieue
qui regarde cette vidéo vous lui dites quoi le jour où vous êtes président de la République qu'est-ce qu'il doit se dire ?
il doit se dire que je suis la présidente qui peut lui offrir l'avenir qu'au fond il souhaite au-delà des origines des religions d'où je viens dans quelle famille je suis née de quelle classe sociale je suis issue etc fondamentalement on veut quand même à peu près tous la même chose non ?
en fait on veut vivre en sécurité on veut pouvoir s'épanouir on veut avoir accès à la culture on veut bénéficier de l'héritage de ceux qui se sont battus et qui ont construit avant nous on veut se constituer un patrimoine on veut se créer une famille on veut pouvoir transmettre ce patrimoine à sa famille on veut offrir un avenir à ses enfants et qu'ils vivent mieux que nous avons vécu nous-mêmes et tout cela selon des règles des codes des mœurs des valeurs auxquelles nous sommes profondément attachés parce qu'il s'agit là de notre patrimoine immatériel c'est ça que nous vous souhaitons tous au fond de nous et un jeune de banlieue veut sûrement autant et peut-être même plus ça qu'un enfant des quartiers
plus favorisés
plus favorisés ou qu'un fils d'agriculteur ou qu'un marin pêcheur voilà et c'est ça que je veux leur offrir à moi
vous avez dit tout à l'heure qu'il y avait des gens dans votre camp au sens large que vous appeliez à garder raison et que ce n'était plus le moment de contester l'incarnation que vous allez porter en 2022 forcément nos lecteurs sont assez fans d'Eric Zemmour on pense à lui qui à la fois partage énormément de choses avec vous sur le fond mais qui quand même régulièrement peuvent se montrer critiques à votre endroit et récemment il a expliqué que ce qu'il ne comprenait pas c'est que 70% des français partagent en gros énormément de choses que vous dites sur l'islam sur l'immigration sur le rôle de la France etc et que néanmoins vous n'êtes pas à 70% d'intention de vote au deuxième tour qu'est-ce que vous lui répondez Eric Zemmour
lui non plus et même très loin c'est pas aussi simple que ça c'est pas aussi simple que les gens 180% pensaient qu'il faut arrêter l'immigration et donc ils vont à 80% voter pour la personne qui suggère d'arrêter l'immigration c'est pas comme ça que ça fonctionne la politique c'est bien plus complexe que ça et il ne sait d'ailleurs il devrait s'en rendre compte lui-même parce qu'avec un potentiel électoral de 17 ou 19% je ne sais plus qui est un score quand même bas par rapport à la notoriété qu'est la chaîne par rapport même à la popularité qui peut être la chaîne le fait électoral c'est autre chose voilà il faut être capable de susciter des dynamiques de prouver qu'on peut rassembler d'apporter aussi de l'espoir parce que c'est ça que je souhaite faire c'est apporter de l'espoir et c'est difficile puisqu'on s'est beaucoup battu sur le constat on a passé notre vie à dire attention regardez ce qui va se passer regardez les chiffres regardez le danger regardez on était et on nous contestait ce constat c'est pas vrai vous mentez vous exagérez vous êtes des porteurs de mauvaises nouvelles etc aujourd'hui tout le monde est d'accord sur le constat bon tant mieux voilà une bonne chose de faite maintenant il faut qu'on parle des solutions
et de la candidate
et de la candidate oui bien sûr et de la candidate mais la candidate pour l'instant c'est la seule qui est donnée au second tour donc vous voyez moi je veux bien qu'on continue à se flageller c'est très à la mode de se flageller on s'auto-flagelle en permanence moi je ne suis pas dans l'auto-flagellation je veux dire je connais mes qualités je connais mes défauts et les défauts que j'ai moins qu'on puisse dire c'est qu'on me les fait connaître pour peu que j'essaie de les oublier on me les rappelle à bon escient régulièrement bon très bien mais pour l'instant c'est moi qui suis en situation d'être au second tour et c'est moi qui suis en situation de gagner donc on peut continuer à critiquer mais moi j'appelle les gens à devenir constructifs maintenant et de venir en leur disant j'ai aussi besoin de vous j'ai aussi besoin de vous
votre principal adversaire c'est Emmanuel Macron je ne sais pas si vous avez lu un livre de Corinne Laïque chez Fayard qui s'appelle Le Président Cambrioleur qui est un livre assez complet sur Emmanuel Macron sorti récemment et voilà dont on ressort en se disant il y a quand même un côté janus chez ce personnage qui effectivement a une psychologie intéressante d'ailleurs mais pour le moins complexe qui est parfois dit pas la même chose à tous ses interlocuteurs qui est une forme voilà il est autocentré il faut sûrement l'être un peu pour être à ce niveau de responsabilité je ne crois pas à moi mais qu'est-ce que vous avez perçu
je crois que c'est la justification de ceux qui sont autocentrés que dire qu'il faut être autocentré pour non je ne crois pas qu'il faut être autocentré
mais il y a une dimension psychologique je crois au contraire
il faut être centré sur les autres pour être véritablement à cet endroit
pour vous est-ce qu'il y a une dimension psychologique chez Macron qui vous donne un angle d'attaque politique c'est-à-dire que qui est Macron on ne sait pas
on va sortir au bout de 5 ans avec un homme dont on voit qu'il a plutôt du mépris pour le peuple qu'il dirige dont on finira toujours par s'interroger de savoir s'il est en empathie avec lui je ne crois pas s'il a envie de quelque chose lui comment dire perdu après lui je ne suis pas sûre en fait il est très ultra libéral pour ça il est afflutant du en fait il vit le moment présent il n'est ni dans la projection ni dans la transmission ni dans la protection Emmanuel Macron donc pas de protection pas de transmission pas de projection c'est lui le moment présent et puis c'est tout
vous iriez jusqu'à dire que vous le trouvez dangereux ou pas ?
non mais moi je ne joue pas sur ce genre de ressort mais en revanche je ne sais pas ce qu'il pense si vous voulez moi l'homme qui arrive dans le même mois à faire un projet de loi contre le séparatisme qui au passage n'a ni queue ni tête mais ce n'est pas le sujet faire un projet de loi contre le séparatisme s'appuyant sur un discours
tu lui dis
auquel on pouvait adhérer objectivement et qui dans le même mois vient nous dire je vais lancer un concours pour trouver 300 noms d'arabes et de noirs pour mettre des rues pour que les jeunes noirs et les jeunes arabes aient leur héros on s'est dit mais qu'est-ce qu'il n'a pas compris ou qui l'a fait changer d'avis parce que c'est exactement du séparatisme ça que d'envisager que les gens puissent déterminer leur héros en fonction de l'identité de couleur de peau entre eux et la personne qui les admire ça n'a aucun sens je veux dire il n'y a pas des héros arabes pour les arabes noirs pour les noirs et blancs pour les blancs c'est la négation totale de ce qu'est la France c'est du pur séparatisme et il n'a fait que ça pendant 5 ans en fait et vous êtes persuadé qu'il va se représenter non et qu'il pourra se représenter oui je pense qu'il pourra se représenter mais est-ce qu'il aura envie de se représenter je ne suis pas sûre je pense que ce n'est pas fondamentalement un politique Emmanuel Macron alors ça a des avantages mais ça a aussi des inconvénients
vous dire différemment de Nicolas Sarkozy de François Hollande
ça c'est quelqu'un qui pourrait dire bon ben voilà j'ai été président de la république maintenant je vais faire autre chose
on parle en ce moment d'Edouard Philippe puisque l'ancien premier ministre sort un livre le 7 avril dans 6 jours est-ce que ça serait un candidat plus compliqué pour vous au second tour
c'est toujours compliqué de faire admettre je vois qu'Emmanuel Macron en réalité ça ne fait pas 4 ans qu'il est au pouvoir ça fait 9 ans parce qu'il a été la cheville ouvrière du mandat de Hollande mais on n'a jamais réussi à faire admettre ça aux français
il était secrétaire général adjoint de l'Elysée pour ceux qui ne le savent pas et puis ministre de l'économie
oui mais d'accord mais donc sur tous les grands choix qu'on paye cash aujourd'hui ça a été quand même en grande partie mais ça on n'a jamais réussi à le faire admettre mais j'imagine que vous président
vous ne vous accepteriez pas qu'on dise que votre secrétaire général adjoint
est-ce qu'on peut considérer que l'action d'Edouard Philippe est différente de celle d'Emmanuel Macron non mais non non mais non je veux dire le mépris pendant l'affaire des gilets jaunes Edouard Philippe il était les deux pieds dedans à l'égard des révoltes mais sur son profil politique
vous voyez bien que dans les enquêtes d'opinion il n'a pas exactement le même socle ou capital électoral qu'Emmanuel Macron
de toute façon je pense qu'il ne pourrait exister potentiellement qu'à la place d'Emmanuel Macron bon donc il faudrait que là on est dans des scies vraiment dans de la politique fiction mais pour moi il y a une identité totale entre Edouard Philippe et Emmanuel Macron je ne vois pas de différence entre eux sauf que peut-être l'un est encore plus psychorigide que l'autre puisque moi j'ai été frappé par le caractère psychorigide d'Edouard Philippe sur les 80 km à l'heure c'était une obsession on ne sait pas pourquoi je ne suis pas sûr qu'aujourd'hui si on continue à en parler ça a été d'un bénéfice quelconque pour les français à part un ennui supplémentaire quand on n'avait pas besoin une décision une mesure totalement arbitraire qui en plus sûrement a coûté une fortune
quel conseil vous donneriez à quelqu'un qui se lance dans une campagne présidentielle vous allez être la plus expérimentée du prochain plateau
non mais je ne donne aucun conseil sauf si François Bayrou revient je ne donne aucun conseil à ceux qui se lancent dans une campagne présidentielle parce que je pense que ceux qui se lancent dans une campagne présidentielle ont déjà mesuré les difficultés que ça peut représenter ce que je veux moi c'est qu'on respecte une campagne présidentielle une campagne présidentielle c'est ni fait pour faire la promotion d'un bouquin ni fait pour vendre un spectacle c'est pas un jeu la politique moi je ne prends pas ça pour un jeu voilà donc ceux qui se servent de candidature présidentielle pour exister à titre personnel pour vendre je ne sais quoi pour augmenter le nombre de leurs abonnés sur Twitter je leur dis vous déconsidérez quelque chose qui est extrêmement important qui est à un moment donné le choix que fait un peuple de venir chercher au milieu de lui quelqu'un à qui il fait la confiance de le mettre au devant de lui d'accord donc ne jouez pas avec ça faites autre chose allez chez Hanouna faites des tutos Youtube faites ce que vous voulez mais ne vous servez pas de l'élection présidentielle pour un autre but que celui de chercher à ce que la France reste la France qu'elle soit plus forte plus puissante et que le peuple français soit plus protégé plus prospère et plus susceptible de défendre sa culture et son identité
vous dites il ne faut pas faire une campagne présidentielle pour faire la promotion d'un livre et tout à l'heure vous avez parlé d'un contre-flot et justement je voulais un peu revenir sur ce livre parce que finalement il était très personnel comme livre plutôt réussi d'ailleurs j'invite les gens à se le procurer parce qu'on apprend plein de choses et c'est pas le seul livre politique
il est libre de droit d'ailleurs sur internet donc ils peuvent le trouver
c'est pas le seul livre politique personnel mais il fait partie de ceux qui sont écrits comme ça la première personne et qui sont récits dans cet exercice là c'était en 2005 on est en 2021 vous n'avez pas réécrit de choses personnelles est-ce que c'est parce que c'est une stratégie politique de ne pas vouloir comment dire apparaître trop tout centré justement ou est-ce que c'est un peu une difficulté assez penchée
incontestablement c'est une difficulté assez penchée je suis quelqu'un de très pudique c'est marrant d'ailleurs parce que les gens ne le pensent pas au motif que vous êtes une femme publique je suis une femme publique et puis que j'ai une expression assez facile enfin je veux dire je suis facile de contact je suis quelqu'un de proximité bon mais je suis je suis pudique et donc j'ai du mal à me livrer c'est peut-être un travail que j'ai encore à faire parce que je conçois que les gens aient envie d'en savoir plus d'accord et je ne trouve pas ça honteux que les gens aient envie d'en savoir plus je trouve que c'est normal quand on est candidate à la présidentielle il faut être susceptible aussi de lever un peu le voile donc je vais essayer de lever un peu le voile comment je le ferais par quels moyens je le ferais je suis encore en train d'y réfléchir
alors moi j'ai une question pour lever un peu le voile c'est de quoi vous rêvez la nuit je rêve assez peu la nuit et quand vous vous souvenez de vos rêves ou de vos cauchemars c'est lié à la politique pas du tout c'est quoi l'inconscient de Marine Le Pen
non les cauchemars que je fais touche à la sécurité de mes proches bien souvent mais je ne rêve pas beaucoup et je cauchemarde pas beaucoup non plus d'ailleurs enfin je ne dors pas énormément donc voilà je suis levé tôt
vous avez une idée du genre de vie que vous auriez eu si vous n'aviez pas fait de la politique et si vous n'aviez pas non mais j'aurais pu
avoir mille vies différentes enfin je veux dire il y a énormément de choses qui m'intéressent typiquement si demain les français me font la confiance de m'y lire une fois ou deux fois d'ailleurs je n'ai pas d'inquiétude en me disant qu'est-ce que je ferai après je ne saurais pas quoi faire non je ferai plein de choses il y a plein de choses qui m'intéressent plein plein plein je n'ai pas de problème avec ça dont des allers-retours
en Bretagne en semaine
mais plein plein des allers-retours en Bretagne en semaine quand même fois l'élevage de chats le jardinage la lecture la peinture les voyages il y a plein de choses qui m'intéressent
alors pour terminer j'ai une question sur justement un peu le bilan que vous pouvez faire de votre carrière politique à date comme on dit de manière pas très jolie j'avais fait la rencontre il n'y a pas si longtemps que ça de Anne Laubergeon l'ancienne présidente d'Areva et au cours de la discussion elle me faisait remarquer qu'on n'est jamais agacé que par soi-même aujourd'hui vous êtes candidate pour la 3ème élection présidentielle vous avez connu on en a parlé là mille choses dans votre vie des choses compliquées des choses un peu étonnantes des choses plus heureuses est-ce que vous n'êtes jamais agacé par vous-même est-ce que vous êtes apaisé voilà qu'est-ce que vous pourriez dire à notre spectateur sur la manière dont vous êtes ça m'arrive souvent
d'être agacé par moi-même mais j'ai pas mal de recul on acquiert beaucoup de recul en fait on n'est vraiment pas le même à une 3ème présidentielle c'est idiot de le dire parce que je pense qu'on est tous là mais on n'est pas le même qu'il y a 5 ans ou qu'il y a 10 ans d'autant que la vie politique est une sorte de vie accélérée on voit d'ailleurs on voit nos présidents de la république qui vieillissent beaucoup plus vite que nous ne vieillissons nous quand nous ne le sommes pas c'est vraiment une vie accélérée la vie politique donc on acquiert une maturité peut-être en 10 ans en 20 ans vous savez ça fait 20 ans que je suis au premier plan en 2002 on m'a jeté sur un plateau et puis ben voilà je suis tombé dans une forme de maelstrom et je suis devenu porte-parole quasiment immédiatement du Front National ça fait donc 20 ans que je suis au premier plan c'est vrai qu'en 20 ans j'ai l'impression d'avoir appris l'équivalent d'une vie je ne veux pas dire je ne suis pas la même je suis évidemment la même car on ne change pas on peut écrire autant de bouquins qu'on va en disant j'ai changé mon nouveau moi etc non on ne change pas
ce que vous ne nous avez jamais dit
on ne change pas mais on acquiert une maturité un recul une distance vous avez réparé des choses chez vous oui bien sûr on répare des choses et on se pardonne aussi on apprend à se pardonner puis on pardonne aux autres
très bien
c'est pas obligatoirement ce qu'on fait quand on est jeune
et bien écoutez sur ces mots de charité finale je vous remercie beaucoup d'avoir accepté notre invitation c'est moi qui vous remercie et d'avoir permis à ceux qui nous connaissez peut-être un peu moins de la jeune génération de vous connaître un peu plus et puis à ceux qui vous connaissez déjà j'espère d'avoir appris des choses merci beaucoup Marine Le Pen merci merci
merci merci merci
Marine Le Pen