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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 28 mai 2023 19 minComplaisantDivertissementCulture, médias & sport

"En direct de Cannes" avec Justine Triet (Palme d'or 2023), Laurent Delmas, Corinne Pélissier et Ariane Allard

Au micro : Karine BécartSource d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:33OuverteRéponse directe

    Bonjour Justine Triet, merci d'être sur France Inter.

  • 0:48OuverteRéponse directe

    Elle a quel goût ?

  • 1:12OuverteRéponse directe

    Comment vous avez vécu ces dix jours, ce moment de salle d'attente ?

  • 1:48OuverteRéponse directe

    C'est un film que vous vouliez faire depuis longtemps.

  • 2:44OuverteRéponse directe

    Vous vouliez qu'il y ait à un moment donné une résonance avec un discours féministe ?

  • 3:28OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que vous entendiez par film le plus intime ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:13PrésentateurChiffre
    « C'est la deuxième sur ces trois dernières éditions du Festival de Cannes. »
  • 0:40PrésentateurFait
    « Vous êtes aujourd'hui la troisième femme cinéaste à recevoir une Palme d'Or, la deuxième française après Julia Ducourneau. »
  • 3:34InvitéFait
    « Ah, je pense que c'est le film le plus intime parce que c'est un film que j'ai aussi écrit pendant le Covid »
  • 4:31InvitéFait
    « Je suis entourée de beaucoup de gens qui constatent à quel point... Évidemment, à ma position, à moi, j'ai quand même une grande facilité à financer mes films. »
  • 4:51InvitéFait
    « C'est-à-dire que l'exception culturelle française, on nous l'envie dans le monde entier. »
  • 8:20PrésentateurFait
    « Mais ce qui n'est pas contestable, c'est franchement, effectivement, un allant, une qualité globale, je dirais, apportée par des réalisatrices. »
  • 8:37PrésentateurFait
    « Vous savez, à part Jessica Osner et Alice Rohr-Vacher, les réalisatrices dans ce festival, on ne les a pas beaucoup vues. »
  • 10:10InvitéFait
    « C'est-à-dire qu'elles ont été tellement invisibilisées ou minorées. »
  • 10:23InvitéFait
    « Et pour le deuxième film, comme par hasard, les femmes ont beaucoup plus de mal à faire un deuxième film aujourd'hui que les hommes. »
  • 13:19PrésentateurFait
    « Non, très franchement, l'absence italienne est presque indécente pour moi. »
  • 13:52PrésentateurFait
    « Parce que voilà trois cinéastes italiens, dont le moins qu'on puisse dire, et qui ne sont pas du côté du manche du pouvoir actuel en Italie, qui là aussi parlent de politique. »

Temps de parole

  • Invité24 %
  • Présentateur22 %
  • Présentateur 219 %
  • Présentateur 318 %
  • Invité 217 %

2,7 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Inter, Karine Bécart, le 6-9 du week-end. Autre pépite, le cinéma français qui va décidément bien avec une nouvelle Palme d'Or. C'est la deuxième sur ces trois dernières éditions du Festival de Cannes. Décernée donc à l'une de nos réalisatrices, Justine Triet, qui signola son quatrième film, Anatomie d'une chute. Elle a accepté tard dans la nuit de répondre aux questions de France Inter. Interview exceptionnelle de Justine Triet. Elle est signée Corinne Pellissier et on l'en remercie. Bonjour Justine Triet, merci d'être sur France Inter.

0:36
Locuteur

Bonjour.

0:36
Présentateur

On était dans votre cuisine il y a pile deux semaines pour parler du film. Vous êtes aujourd'hui la troisième femme cinéaste à recevoir une Palme d'Or, la deuxième française après Julia Ducourneau. On vous a vu très émue au moment de recevoir cette Palme. Elle a quel goût ?

0:49
Invité

Quel goût ? C'est le goût de l'inconnu parce que moi je ne m'attendais pas du tout à ça. C'est une chose irréelle. Je n'ai toujours pas pris la mesure de la chose mais en même temps est-ce que c'est important de le prendre ? Je ne sais pas. C'est très joyeux en tout cas.

1:06
Présentateur

Le film a été montré dans les tout premiers jours du festival, d'emblée accueilli avec beaucoup d'enthousiasme. Comment vous avez vécu ces dix jours, ce moment de salle d'attente ? Vous êtes restée à Cannes, vous êtes repartie à Paris ?

1:17
Invité

Oui, je suis repartie après les trois jours de presse que j'ai fait. C'était très joyeux. C'est la réception, je pense, je peux le dire, qui a été la plus incroyable de tous mes films, qui sont chacun venus à Cannes. Et là, j'avoue que c'était un peu fou. Donc oui, c'était très très joyeux. Comme d'habitude, on ne peut jamais s'attendre à comment un film est réceptionné. Là, j'avoue que c'était très surprenant aussi. Parce qu'en toute honnêteté, on ne s'attend jamais à ça. Donc c'était très joyeux.

1:48
Présentateur

Mais vous êtes une enfant de Cannes. Votre premier film avait été montré ici, à l'Acide. C'est votre deuxième fois en compétition. Forcément, vous êtes un peu à domicile là maintenant.

1:57
Invité

Oui, mais maintenant, on attend la chute, le moment où ça va retomber. Il ne peut pas y avoir plus que ça. C'est évidemment à chaque fois que j'ai fait un film à un endroit où j'ai coupé aussi la fabrication du film. C'est-à-dire que c'est un moment où j'arrête de monter, sinon je pense que je continuerai à monter mes films. Et à ces différents endroits, ça a toujours été un moment assez fou et très généreux. Et Cannes, pour moi, c'est un endroit très violent et en même temps très beau parce que ça ne nous appartient plus. C'est un truc qui ne nous appartient plus. On a fait ça et maintenant, c'est aux autres. Donc c'est aussi les autres qui en parlent.

Donc évidemment, c'est quelque chose qui est très joyeux dans la logique de s'en séparer.

2:29
Présentateur

C'est un film que vous vouliez faire depuis longtemps. C'est un film de procès, mais pas que. Il raconte aussi l'histoire d'une femme qui est forte, libre, moderne. Et c'est pour ça finalement qu'on la croit coupable d'avoir tué son mari dans le film. C'est une métaphore en quelque sorte de notre société. Vous vouliez qu'il y ait à un moment donné une résonance avec un discours féministe ?

2:49
Invité

Non, c'est vrai que quand j'écris, je ne peux pas du tout penser les choses de cette façon-là. Parce que c'est vrai que je ne théorise jamais mes films quand je les écris. Donc non, absolument pas. Je pars, je fonce dans mon idée et je ne me dis pas ça. Après, je me rends bien compte, oui, que ce personnage est profondément libre et féministe. Et qu'évidemment, elle incarne quelque chose d'assez moderne. Et je comprends pourquoi il est vu de cette façon-là. Mais je ne l'ai pas, comment dire, prémédité. Je ne l'ai pas préparé, ça, vraiment, de manière théorique. Je fonctionne de manière très instinctive, en fait.

Quand j'écris, j'écris et je me plonge dans un personnage qui m'intéresse et qui est plus ou moins proche de moi. Et donc, du coup, voilà, mais ce n'est pas théorisé.

3:28
Présentateur

Oui, vous avez dit d'ailleurs, au moment de recevoir votre récompense, que c'était votre film le plus intime. Qu'est-ce que vous entendiez par là ?

3:34
Invité

Ah, je pense que c'est le film le plus intime parce que c'est un film que j'ai aussi écrit pendant le Covid, donc dans une période très particulière. On était quand même tous dans des bulles, très enfermés. J'ai rarement été aussi seule et en même temps aussi accompagnée parce que mes producteurs étaient très, très, très présents dans l'écriture. Et en même temps, je travaillais avec mon compagnon. Donc, c'est vrai que c'était très particulier. Les choses prenaient tout de suite une dimension très affective.

4:00
Présentateur

Il y a de la joie, évidemment, à la réception de ce prix. On a bien vu votre émotion. Il y avait aussi l'envie peut-être d'utiliser ce prix comme une tribune, en tout cas de vous montrer solidaire votre charge politique lors du discours de remerciement. Fait déjà réagir. La ministre de la Culture vous félicite pour votre palme, mais se dit, je cite, estomaquée par un discours injuste. Qu'est-ce que vous avez envie de lui répondre ?

4:25
Invité

Je le comprends de son point de vue qu'elle pense comme ça. Après, je pense que c'est... Enfin, je veux dire, je ne suis pas seule dans ce milieu à penser comme ça. Je suis entourée de beaucoup de gens qui constatent à quel point... Évidemment, à ma position, à moi, j'ai quand même une grande facilité à financer mes films. Mais je vois bien autour de moi que les gens qui démarrent, c'est plus difficile pour les plus petites productions. Et la question de la rentabilité des films est une question qui est très présente en ce moment au sein des financements étatiques. Et c'est une chose quand même qui est à signifier.

C'est-à-dire que l'exception culturelle française, on nous l'envie dans le monde entier. Parce qu'elle dit justement que les films n'ont pas besoin d'être rentables. Et c'est ce qu'on nous envie. Et je pense que non, il y a quand même un glissement lent. Alors peut-être qu'il n'est pas encore là totalement. Mais en tout cas, vers l'idée qu'on doit vraiment penser à cette rentabilité des films. Et je pense que c'est quelque chose de fondamental dans l'histoire de la culture française. De justement préserver cette idée de la non-rentabilité des films. Alors voilà, je ne dis pas qu'il ne faut qu'aucun film ne fasse d'entrée. Mais en tout cas, c'est important de laisser cette porte ouverte.

Et c'est aussi comme ça que d'autres réalisateurs peuvent arriver. Et moi, j'en suis la preuve vivante. C'est-à-dire que j'ai commencé à faire des films qui ne faisaient pas d'entrée. Donc voilà, j'en ai fait d'autres qui ont fait des entrées. Mais je veux dire, c'est cette porte qui doit rester ouverte. C'est pour ça que je me suis exprimée aujourd'hui de cette façon-là. Donc je comprends son, j'en sais rien moi, son estomaquement. Je ne sais pas comment dire. Mais en tout cas, je pense que je ne suis pas la seule à penser comme ça.

5:51
Présentateur

Et c'est un message que vous aviez prévu de faire passer. On vous voit étonnée au moment de l'annonce de la Palme d'Or. On dit Justine Trier, Palme d'Or 2023. Vous aviez quand même en tête ce discours, quoi qu'il arrive.

6:02
Invité

Ah oui, tout à fait, je l'avais écrit, oui. Oui, parce que je ne me sens pas... Cannes, pour moi, a toujours été un endroit où quand même les gens s'exprimaient. Enfin, politiquement, par rapport à la situation du pays, du monde. Enfin, je veux dire, ce n'est pas nouveau, en fait. Donc oui, c'est un endroit où on doit garder une liberté de penser, de parler. Et voilà, je ne pense pas avoir dit des choses profondément différentes de plein de gens qui pensent de cette façon-là. Et je pense qu'il n'y a qu'à voir ce qui se passe en ce moment dans les rues de Paris, de les rues même en France. Les gens sont extrêmement... Il y a une vraie fracture très, très profonde, historique, cette année.

Donc voilà, je ne suis pas en train de faire sortir ça de mon chapeau de nulle part.

6:39
Présentateur

Merci beaucoup, Justine Trier, et bravo pour votre palme d'or. Merci, merci beaucoup. Et merci beaucoup, Corinne Pellissier. J'en profite pour vous saluer. Bonjour, Corinne. Bonjour. Vous êtes évidemment toujours à Cannes. Et à vos côtés se trouvent deux autres critiques de cinéma, comme vous, pour revenir sur cette incroyable palme d'or. Et sur ce 76e festival, bonjour donc à Ariane Allard. Bonjour. Vous êtes journaliste à Positif et à Cosette. Cela fait 24 ans que vous vous rendez chaque année au Festival de Cannes. Et bonjour aussi à l'incontournable Laurent Delmas.

Vous étiez hier soir aux manettes de l'émission spéciale avec Christine Masson sur France Inter pour nous faire vivre justement en direct ce palmarès et la remise, bien sûr, de la palme d'or. Bonjour, Karine. Bonjour, bonjour. Je vous en vois plein de soleil de la croisette parce qu'il fait déjà chaud ici. Oui, il fait chaud à Paris aussi, ne vous inquiétez pas. Bon, mais tant mieux, ça va. Alors, elle était très espérée et très attendue, cette palme d'or française. Est-ce que ça veut dire que le cinéma français va bien ? Quatre réalisateurs hexagonaux ont été sélectionnés en compétition officielle. Une palme d'or, un prix de la mise en scène.

Laurent Delmas, est-ce que le cinéma tricolore est en pleine effervescence, en pleine dynamique ? En tous les cas, oui. Je pense qu'il y a des signaux forts. Cette palme d'or en est un. Enfin, la qualité est là, je dirais. C'est ça aussi, fondamentalement. Parce qu'on ne va pas parler chiffres tout le temps. On ne va pas accumuler les statistiques et le nombre de ceci et le nombre de cela. Ce qu'il faut dire, c'est qu'on a eu vraiment de très, très belles propositions de cinéma françaises. Alors après, on peut contester d'un bouffant, etc. Dire plus ou moins de choses. Ça, c'est le prix de la mise en scène. C'est le prix de la mise en scène. Bon, artistiquement, tout est contestable.

Mais ce qui n'est pas contestable, c'est franchement, effectivement, un allant, une qualité globale, je dirais, apportée par des réalisatrices. Et ça, il faut le dire très, très fortement aussi, parce que ça devient une démarque fondamentale du cinéma français. Vous savez, à part Jessica Osner et Alice Rohr-Vacher, les réalisatrices dans ce festival, on ne les a pas beaucoup vues. Donc à l'étranger, ça reste un ovni, une réalisatrice. Ici, en France, ça commence vraiment à être beaucoup plus présent. Et ça, on ne peut que s'en réjouir. Alors après, il faut dire, comme l'a dit très, très bien Justine Trier, qu'il y a des problèmes au sein du cinéma français.

Il y a des problèmes de financement. Il ne faut pas dire que le cinéma français est subventionné. Par exemple, ce sont des mots qui ne sont pas appropriés au système qu'on nous envie, au système français qu'on nous envie à l'étranger. Donc, il y a des problèmes. Et il faudra effectivement en parler. Les professionnels sont inquiets. Ça n'empêche qu'effectivement, artistiquement, qu'est-ce qu'on s'est régalé aussi en voyant pas mal de films français ici ? Alors, restons artistiquement et je me tourne vers Ariane Allard. Je reviens sur les femmes.

Est-ce que ce sont les femmes, est-ce que vous êtes d'accord avec ce que vient de dire Laurent, qui portent en ce moment la dynamique du cinéma français ? Encore une fois, sur les quatre réalisateurs sélectionnés en compétition officielle, trois sont des femmes, Trier, Braillat, Corsini. Est-ce que ce sont elles, en ce moment, qui racontent les meilleures histoires ?

9:43
Invité

En tout cas, ce sont elles qui, aujourd'hui, ont une visibilité qu'elles n'ont pas eue pendant des années. Moi, je rappelle quand même qu'il y a eu une palme d'or en 1993 de Chene Campion et qu'il a fallu attendre 2021 pour qu'il y ait une nouvelle palme d'or décernée à une femme. Julia Ducourneau. Julia Ducourneau, pardon, oui, pour Titane. Et puis aujourd'hui, Justine Trier. Donc, voilà, c'est ça qui surprend, je pense. C'est-à-dire qu'elles ont été tellement invisibilisées ou minorées. Et d'ailleurs, on parlait tout à l'heure des subventions, mais ça aussi, il faut le dire. C'est-à-dire qu'on peut faire un premier film quand on est une femme.

Bon, voilà, ça fonctionne relativement de façon égale. Et pour le deuxième film, comme par hasard, les femmes ont beaucoup plus de mal à faire un deuxième film aujourd'hui que les hommes. Pourquoi ? Parce qu'au niveau des productions, encore aujourd'hui, il y a un problème de confiance. Parce que peut-être qu'elles ne s'affirment pas encore tout à fait comme le font les hommes qui sont là depuis beaucoup plus longtemps, qui ont une espèce de confiance et d'assises dans le cinéma qu'elles n'ont pas encore. Cela dit, il y a une jeune génération. La génération qui émerge, c'est celle de Justine Trier, en tout cas. C'est-à-dire les quadrigénaires.

Il y a des femmes plus jeunes aussi qui arrivent, on va en parler. Et ces femmes-là ont à la fois, effectivement, une exigence artistique, une ambition réelle, affirmée. Elles n'ont aucun complexe par rapport à ça. Et par ailleurs, elles ont aussi un engagement, je dirais, politique. Mais quand je dis politique, c'est-à-dire qu'elles ont un rapport au monde. Voilà, elles ont un rapport au monde qui est à peu près aussi exigeant et ambitieux qu'elles peuvent avoir dans leurs ambitions artistiques.

11:16
Présentateur

Qu'elles peuvent se l'appliquer, qu'elles appliquent à elles-mêmes. Exactement. Alors, plus globalement, pardonnez-moi, je vous coupe parce qu'on a tellement peu de temps à passer ensemble et on a tellement de choses à se dire. Plus globalement, Corinne Pellissier, est-ce que vous avez retrouvé dans le palmarès d'hier soir l'extravagance, j'ai envie de dire, du décapant réalisateur suédois Ruben Oslund qui était le président de ce jury cette année au Festival de Cannes ? Le palmarès qui a été délivré hier n'a pas du tout été une surprise. Il était peut-être, lui, un petit peu en dessous du showman qu'il peut être parfois...

On sentait quand même qu'il y avait une certaine tension palpable dans l'air. Moi, je trouve que c'est un palmarès formidable. En tout cas, mes trois coups de cœur du Festival figuraient dans ce palmarès hier. Donc, j'étais particulièrement contente de voir récompenser le comédien du film de Wim Wenders, par exemple, Perfect Day, qui est formidable dans un rôle tout en intériorité, sur un sujet qui n'est pas glamour. Imaginez quand même, c'est un film qui nous parle des toilettes publiques à Tokyo. Et qui arrive à rendre tout ça de manière très poétique et finalement délivrer un très beau message. La meilleure, finalement, la meilleure leçon de vie de cette édition.

Regardez le ciel, regardez les âbles, écoutez de la musique. C'était formidable. Le film de Jonathan Glazer aussi, Zone of Interest, que beaucoup attendaient à la Palme d'Or, qui finalement a obtenu le Grand Prix, sur la banalité du mal, filmé à Auschwitz, et que j'ai trouvé formidable par sa bande son, ce côté très sensoriel et ce choix absolu de décider de ne rien montrer. Mais quand même, rien pour les réalisateurs italiens qui étaient vus en force à ce 76e festival. Rien non plus, je crois, pour les grands, voire vieux, entre guillemets, habitués du festival et des Palmes d'Or. Comme si, Laurent Delmas, il y avait une page qui se tournait finalement. Oui ou non ?

Alors, écoutez, oui et non. En tout cas, je ne parle pas italien, mais j'ai envie de dire que disgrazia, comme on dit au-delà des Alpes. Non, très franchement, l'absence italienne est presque indécente pour moi. Parce qu'on avait quand même trois réalisateurs, deux hommes, une femme, trois générations, trois propositions très différentes. Une sorte de grand opéra historique avec Bellocchio, une grande fresque, un film intimiste et très très politique avec Moretti. une proposition d'Alice Rorvacher avec La Chimère, qui est formidable, sur la civilisation étrusque notamment. Très originale. Vraiment très originale. Trois films, trois très beaux films, rien n'a l'arrivée.

C'est même politiquement embêtant, je vais vous dire. Parce que voilà trois cinéastes italiens, dont le moins qu'on puisse dire, et qui ne sont pas du côté du manche du pouvoir actuel en Italie, qui là aussi parlent de politique. C'est un peu embêtant quand même. Mais il y a 21 films, et il n'y a que 7 prix à se partager quand même, il faut le rappeler. C'est vrai, c'est vrai quand même. Mais si vous voulez me pousser dans mes retranchements, je peux vous dire quel film on pourra enlever du palmarès et remettre à la place Marco Bellocchio par exemple. Voilà. Mais vous ne me poussez pas, donc je ne le fais pas. Non, je ne me pousse pas. Oui, non, non, bien sûr.

Non, très honnêtement quand même, c'est une absence qui est marquante, qui est, je trouve, injuste à l'égard de ce cinéma, qui revient en force à Cannes. Il y a eu des années où il n'y avait pas de film italien. Alors, quant au Tonton Fringant, vous pensez, j'imagine, à Ken Loach, par exemple, qui ne sont pas honorés. Bon, on peut dire quand même qu'ils ont leur lot déjà derrière eux, avec eux, de récompenses. Donc, peut-être que, voilà, c'est le jeu habituel aussi d'avoir des gens installés et puis d'honorer Justine Trier. C'est quand même intéressant aussi, de toute évidence. Est-ce que c'était un bon cru de cinéma cette année ? Est-ce que vous avez vu des belles choses, Ariane Allard ?

Des choses qui vont peut-être encore grandir un peu, d'ailleurs, aussi.

14:57
Invité

Il y a des films qui continuent de mûrir et de grandir en nous après les avoir vus. Je pense au film d'Aki Korismaki, qui a eu juste, je dirais, juste, parce que pour moi, c'était un de mes chouchous, le prix du jury. Moi, je lui aurais donné le grand prix du jury. C'est un film qui est tout en épure, qui raconte, voilà, une fois encore, une histoire de déclassé. C'est un mélange de rock'n'roll années 50 et de burlesque chaplinesque. C'est très doux, c'est très tendre. Et voilà, ce film-là va continuer, je pense, de mûrir en nous. Et j'espère qu'on sera nombreux et nombreuses à aller le voir en salle.

15:30
Présentateur

Mais vous aviez repéré beaucoup de choses en compétition parallèle, vous, il me semble, Ariane Allard.

15:34
Invité

Oui, beaucoup. Tout à l'heure, on parlait du cinéma français. Le cinéma français a fait toutes les ouvertures, quasiment, de toutes les sections parallèles, que ce soit un certain regard, avec le film de Thomas Caillé, Le règne animal, que ce soit, alors là, c'est vraiment le chouchou absolu, pour moi, du festival, le film de Cédric Kahn, qui s'appelle Le procès Goldman. Je ne comprends même pas pourquoi ce film n'a pas été en compétition, qui est un film puissant, au niveau de la forme, au niveau du fond. On n'a pas le temps, mais c'est vraiment, pour moi, un film essentiel, et dont on va reparler, puisqu'il sort en septembre.

Et puis, La semaine de la critique, qui a proposé énormément de choses, de premier film, évidemment, puisque c'est son travail, de premier et de deuxième long métrage. Il y a le film d'Erwan Le Duc, qui a clôt, alors là, pour le coup, La semaine de la critique, qui est une écriture burlesque, tendre, également fantaisiste, et qui, en même temps, raconte le monde d'aujourd'hui. Il y a eu beaucoup de choses, des réalisatrices aussi, à La semaine de la critique, des premiers films, comme Le ravissement, que je cite, qui est un film très fort, qui est un autre regard sur la maternité. Voilà, il y a eu beaucoup de choses intéressantes.

16:35
Présentateur

Et si vous permettez, Ariane, le film de Valérie Donzeli, Amour et des forêts, et qui est en salle, et que nous autres, on va aller voir,

16:41
Invité

on leur conseille visuellement, très vite. Et qui est probablement son meilleur film, Valérie Donzeli.

16:45
Présentateur

Et alors, quelle ambiance, cette année, sur ce festival de Cannes, sur la croisette, festive, joyeuse, ennuyeuse, un télo, c'était quoi Cannes, cette année, Corinne Pellissier ? Elle a fait toutes les fêtes. Oui, oui, voilà, j'étais absolument de... Non, elle bosse à fond, Corinne Pellissier. Non, mais c'est un savant dosage. C'est un savant dosage. Et je trouve que le palmarès reflète cela, parce qu'on a beaucoup parlé des prix de la compétition, mais il y a tout un tas de prix qui sont attribués aussi en marge du festival, et qui peuvent être parfois un peu amusants, comme la fameuse Palme Dog, qui a été attribuée vendredi au chien Snoop, qui figure dans le film de Justi Trier.

Mais on avait l'impression, quand même, d'une ambiance assez aseptisée, Corinne, un peu lisse, sans la moindre polémique, finalement, alors qu'on y était habitués, sur la croisette, à ces polémiques. Je crois qu'on aime bien aussi, nous, fabriquer des polémiques. Parce que, par exemple, la présence de Johnny Depp posait énormément de questions à l'ouverture du festival, et lorsque vous regardez cette cérémonie, la montée des marches, le public était là pour Johnny Depp, qui a signé des autographes. Il a été accueilli en rock star. C'était même assez incroyable à observer. Oui, voilà.

C'est vrai que, parfois, ça peut être assez étonnant de se projeter, de voir ensuite comment le public local peut réagir. Alors, pour finir, très rapidement, vos coups de cœur à tous les trois. Allez, je commence par vous, Corinne Polissier. Eh bien, écoutez, je vais très vite vous le citer. Le film, il faut les voir. de Wim Wenders. Stop, stop, stop. Un seul, un seul, un seul. Un seul.

18:19
Invité

OK, et moi, c'est dit. OK. Ariane Allard, le vôtre, votre coup de cœur. Moi, je l'ai dit déjà, c'est le procès Goldman de Cédric Kahn. Et vous, Laurent ?

18:26
Présentateur

Eh bien, je vais citer un film qu'on n'a pas cité, qui est un premier film, qui était le seul premier film en compétition, qui s'appelle Banel et Adama de Ramata Tulaïsi. C'est un très, très beau premier film africain. Un grand merci à tous les trois, Ariane Allard, Corinne Pédissier, Laurent Delmas. Merci à Cannes et en particulier ce matin à Clément Huillet.