Une professeur dénonce l’emprise communautaire à l’école
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Cet élève m'a répondu madame les les c'est haram. C'était la réaction d'un élève à qui j'annonçais que j'allais faire une sortie autour de la lecture des misérables dans le à travers Paris et qu'on allait traverser un moment le Marais. Et l'élève m'avait répondu le marais, mais madame c'est pas plein d'homosexuel mais qu'est-ce que vous faites si euh s'il y en a un qui saute sur un des garçons de la classe ?
Et c'est là que je me suis dit quand même c'est incroyable hein. Delphine Girard, vous êtes professeur de lettre classique en collège et en lycée depuis plus de 20 ans et publié un ouvrage intitulé "Madame, vous n'avez pas le droit." À quoi fait référence cette injonction et comment s'était-elle invité dans vos salles de classe ?
C'est une phrase qui à mon avis est la plus euh symptomatique du problème que rencontre la laïcité. Quand un enfant se croit le droit vous de vous dire "Madame, vous n'avez pas le droit de nous enseigner ça, c'est qu'il l'a longtemps entendu et qu'il a acquis la conviction qu'il avait le droit, qu'il était dans son bon droit de dire à sa prof ce qu'elle avait le droit ou pas le droit de dire." Madame, vous n'avez pas le droit.
C'est une injonction au silence d'une certaine catégorie d'élèves de famille empreint de rigorisme religieux qui se sent maintenant le droit d'intimer à l'école des tabous. C'est l'émergence dans nos classes d'un problème de société qui est descendu depuis les adultes jusque jusqu'aux enfants. Comment est-ce que ce madame vous n'avez pas le droit ?
C'est illustré dans votre salle de classe ? J'ai j'ai écrit ça au sujet de la réaction d'un élève à qui j'annonçais que j'allais faire une sortie autour de la lecture des misérables dans le à travers Paris et qu'on allait traverser un moment le Marais. Et l'élève m'avait répondu le marais mais madame c'est pas plein d'homosexuel.
J'étais un peu désarçonné. Je dis oui si entre autres enfin pourquoi vous pouvez pas nous encore une fois vous pouvez pas nous emmener là. Pourquoi ?
Mais qu'est-ce que vous faites si s'il y en a un qui saute sur un des garçons de la classe ? Et c'est là que je me suis dit quand même, c'est incroyable, on est à vol d'oiseau à 4 km de Paris et là on voit quand même de Frances qui qui se fantasme sans jamais se croiser. Je réponds gentiment à mon élève.
Je dis "Mais toi tu sautes sur toutes les filles que tu trouves jolies, tu sautes dessus, tu attrapes les cheveux. Mais non ! Mais qu'est-ce qui te fait penser qu'un garçon va faire la même chose avec toi ?" Ce jour-là, en l'occurrence cet élève m'a répondu "Madame les péd c'est haram." Quelle est alors votre réponse dans ces moments-là ?
Cela relève-t-il de l'éducation ou est-ce qu'un cours d'instruction civique suffirait à redonner un socle commun à ses enfants ? Moi, je je suis pas je suis pas pour le catéchisme républicain. Je pas nécessairement parler quand c'est pas opportun de laïité.
Je suis pas prof de laïité non plus. L'objet principal de mon cours, c'est la littérature française latine et grec. Je pense que c'est en étudiant Voltaire et Victor Hugo qu'on devient un un universaliste et un humaniste.
C'est pas parce que la preuve à vous faire un cours sur la lescité. En revanche, ce pourquoi je plaide et ce que je m'efforce de faire, de ne pas éviter la question quand elle se fait jour, de ne pas faire l'autruche, de ne pas quand un élève vous dit les PDC là me répondent "Bon allez, on dit pas ça" et puis on passe à autre chose. Et que s'il y a un cours où j'ai besoin de montrer un tableau mythologique où il y a des nus, il faut pas commencer à sauter en sur séance disant "Non, là je vais avoir des réactions qui vont passer." Je dis pas non plus qu'il faut montrer volontairement quelque chose pour choquer.
Quelles sont selon vous les principales causes à l'émergence de ce prisme religieux ? Avez-vous identifié des périodes marquantes dans votre carrière ? Je me souviens très bien que les j'ai commencé à enseigner dans les années 2004 et 2004 c'est justement l'année où a été promu la loi sur l'interdiction des signes ostentatoires religieux à l'école.
C'était déjà une question qui qui à ce moment-là était très passionnelle. J'ai commencé euh au début à voir des élèves qui me disaient notamment lorsque je faisais le cours sur les lumières où je choisissais, il est vrai, délibérément des textes un peu provocateur sur la la critique des religions par Voltaire, je m'entendais dire par certains élèves "Madame, vous avez pas le droit de nous dire qu'on peut se moquer des religions. Vous n'avez pas le droit de nous faire lire euh ce texte." Moi, à 24 ans, euh évidemment euh j'en souris, j'en souris et puis et puis même je me réjouis parce que en réalité quand vous avez des élèves qui vous disent ça, ils vous ouvrent la possibilité du cours.
Et ces élèves-là dans les années 2004, 2005, 2006, s'ils se récriaent, la plupart du temps n'était pas véhément, n'était pas violent, n'était pas menaçant et la discussion était plutôt intéressante, nourrie. est devenu plus difficile après les attentats de Charlie Hebdo avec cette fusillade dans plein centre de Paris. Un épouvantable attentat dans le centre de Paris dans le 11e arrondissement.
Charlie Hebbdo a été victime d'un attentat douce person. Après après 2015, il y a eu le le retour de bâton et l'antiome et tout un tas de politiques qui sont mis à décréter que finalement qui sème le vent récolte la tempête et que l'anti-charlisme était devenu une forme de posture politique acceptable. C'est devenu une posture possible parce que un certain nombre de politiques l'ont l'ont rendu possible.
Ça a été largement renforcé dans les années bah 2017-28 c'est peu de temps après par le revirement de de Jean-Luc Mélenchon. Est-ce vraiment le discours de Jean-Luc Mélenchon qui pour vous rend légitime des élèves à revendiquer haut et fort leur appartenance religieuse ? Vous avez en 2015 les attentats de Charlie et puis 2 ans plus tard 2 ans seulement Jean-Luc Mélenchon perd la présidentielle de 600000 voix.
Il décide qu'il lui a manqué 600000 voix qui va les désormais chercher dans les chercher dans les banlieux et il change radicalement son fusil d'épaule sur les questions de laïcité. lui qui était inattaquable sur les questions de laïcité pendant sa campagne présidentielle de 2017, en 2017 + 1 jour devient totalement antilaïque. Charbe, tu as été assassiné comme tu le pressentais par nos plus anciens, nos plus cruels, nos plus constants, nos plus bornés ennemis, les fanatiques religieux, crétins sanglants qui vussi faire de tout temps à bas l'intelligence vive la mort.
Adieu camarade. Merci camarade. Je déplore que Marianne et Charlie soient devenus les bagagistes de valeurs actuelles.
Je les aimais bien. Maintenant, il favorise une manière de traiter la question du regard raciste qui encourage les débordements. Il facilite l'escalade zémouriste.
Charlie Hebdo est un journal satirique. Ce n'est pas le cas de valeurs actuelles. Et alors ?
La satié neutre politiquement. Il pourrait m'insulter mais moi je n'aurais pas le droit d'argumenter. Vous ça vous plaît aussi de vous battre ? pas dans la boue.
L'islamophobie est aussi nocive que l'antisémitisme. En pensant à la personne que j'étais à 15 ans qui lisait Charlie et le canard les mercredi qui riait un peu ici et là, je n'ai pas pleuré Charlie. J'ai pleuré en pensant aux amis et aux camarades qui sont devenus Charlie.
Marianne, valeurs actuelles. Charlie, ça suffit. Le harcèlement nausé à bon contre la députée Daniel Obonau et décrète que la laïcité, elle est islamophobe, elle est antimusulman.
Bon, c'est évidemment totalement faux. Le le mot même d'islamophobe est un piège euh qu'il a relayé et qu'il a comment dire fait exister euh dans le paysage politique puisqu'il enferme dans un même mot les croyants et leurs croyances. Si bien que si vous voulez critiquer une croyance, on vous dit que vous critiquez en même temps les adeptes de cette croyance. une confusion justement que la liberté d'expression en France s'efforce en permanence de euh de de distinguer enfin d'empêcher et tout ça c'est le revirement d'une certaine gauche de la gauche chez les filles et tous ceux qui lui font la courte échelle jusque dans la tête de certains de nos élèves bah qu'on pouvait aussi bien être anti-laïque et anti-charlique.
C'était une opinion comme les autres. Et puis vient 2020 vous vous dites foudroyé par l'assassinat de Samuel Patti et plus tard celui de Dominique Bernard. Vous parlez même de guerre.
Vous n'aviez jamais imaginé que le danger puisse s'incarner, que des professeurs soient assassinés pour ce qu'il tentaient d'enseigner ce jour-là. Euh je suis avec quelques copains à la terrasse d'un café parisien euh qui sont profs. On je pense qu'on met euh une bonne heure avant de d'accepter la nouvelle.
C'est pendant 1 heure on est dans le déni. C'est voilà, c'est un ancien élève, ça doit être ça doit être un ancien élève qui a gardé une dent contre son prof parce que il a collé un jour et quand on finit par le comprendre, on prend conscience que bah qu'il faut qu' qu'il faut faire quelque chose quoi. J'étais à milieu d'imaginer qu'un jour un prof pour être assassiné sur son lieu de travail pour aucune autre raison que celle d'avoir fait son travail.
Un islamiste décide que secours est haram. L'assassinat de Samuel Paty, ça a été vraiment une catastrophe mais au sens au sens grec catastrophe. C'est le renversement.
Le le ciel devient la terre, la terre devient le ciel. Ma première réaction, ça a été de rejoindre le cortège. Je me revois place de la République au moment du premier rassemblement.
J'attendais un rat de marée du même acabi que celui pour Charlie Hebdo. J'attendais des je suis Samuel partout. Mais franchement, on était assez peu nombreux.
L'assassinat Samuel Pat a reçu aussi pour conséquences assez interlope, assez inattendu de transformer certains de nos enseignements en militantisme. Faire cours sans prendre en compte du tout les les réactions de certains élèves qui pourraient se voir offenser dans leur conviction religieuse. C'est devenu un acte militant.
C'est pour ça que vous avez plus d'un prof sur deux maintenant qui sont aucensures, préfèrent des sujets plus confortables. Vous dénoncez aussi à contre-courant l'emprise de la culture angloaxonne qui a donné naissance à la Cancel Culture qui produit selon vous les mêmes effets néfastes que l'emprise religieuse. Que voulez-vous dire ?
Le problème de la laïcité notamment, c'est que elle est prise en étanges d'élèves qui sont sociologiquement tout à fait antagonistes, enfin opposés, je veux dire. Vous allez avoir dans les quartiers difficiles euh des banlieux des euh élèves issus de familles musulmanes de plus en plus en proie une forme de rigorisme religieux. Et de l'autre côté à l'opposé du Camemberber sociologique, vous allez avoir dans les quartiers beaucoup plus aisés économiquement des élèves qui eux sont très emprunt de culture anglo-saxonne il y a quelques mois, on aurait dit woke de de disons de culture anglo-américaine.
C'est qui voi la société sous un prisme communautaire et qui regarde la lessité comme une empêcheuse de communautariser en rond, ce qui est vrai. Et ça c'est quelque chose qui plaît pas non plus à la nouvelle génération qui qui considère qu'il faudrait respecter toutes les communautés, que chacune a ses codes. Sauf que là, c'est facile de répondre ce qu'on peut dire de tout à fait sensé aux élèves.
Si on doit ne dire que ce qui est assuré de ne choquer personne, de ne contrevenir à aucun code d'aucune communauté, bah rapidement le seul dénominateur commun, c'est le silence. C'est qu'il y a plus de démocratie, il y a plus de débat public et on peut plus parler de rien. En réalité, c'est ce qui se passe dans plein de pays.
C'est ce qui se passe. On fait des autos d'affairs, on interdit des livres, la cancel culture, c'est pas autre chose que l'aboutissement de cette logique. Que sentez-vous aujourd'hui de la part de votre hiérarchie ?
Vous soutient-elle dans cette volonté d'enseigner librement sans vous autocensurer ? Ce qui est sûr, c'est que de toute façon, il faut que les profs soient absolument assurés que le pas de vaguisme est derrière eux. Jamais vous aurez des profs qui montrent la conviction nécessaire à asseoir leur autorité sur les sujets de laïcité s'ils sont pas absolument certains qu'au premier écueil, au premier problème en classe, ils seront suivis inconditionnellement et immédiatement d'un bout à bout de la chaîre de sa hiérarchie et notamment sur ces sujets qui sont polémiques et ben, il risque lui-même de pas croire en sa propre autorité pour le faire et s'autocensurera. [Musique]
Christian Girard