ÉDITION SPÉCIALE – Entretien avec Emmanuel Macron, président de la République
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En mai 2018, lors de son premier déplacement, Emmanuel Macron disait que la France serait moins belle sur la Nouvelle-Calédonie. Depuis les trois référendums qui ont dit non à l'indépendance, mais contesté pour le troisième par les indépendantistes, les discussions sur le futur statut peinent à avancer. Monsieur le Président, bonjour.
Bonjour.
Avec moi pour vous interroger, Elisabeth Noir pour RRB et Antoine Ress pour la chaîne Caledonia. Vous disiez hier à votre arrivée que les trois référendums amorcent, ancrent la Nouvelle-Calédonie dans la République et que vous souhaitez poser les bases du statut à venir. Est-ce que vous êtes venu rechercher ici un consensus ?
Je pense qu'on a besoin du consensus pour avancer. J'ai tenu les engagements pris par nos prédécesseurs collectivement, ceux des accords de Nouméa, et ceux que j'avais pris en vain. Les trois référendums se sont tenus. Je veux d'abord souligner l'importance de ce qui s'est passé. Ils se sont tenus dans le calme. Durant toute cette période, depuis les accords, nous avons consolidé une chose qui est essentielle, qui est la paix. Maintenant, il nous faut bâtir l'avenir. Le sentiment collectif qu'on a, c'est qu'il y a une forme d'attente. Parce qu'au fond, personne n'avait osé se projeter sur le jour d'après.
Notre responsabilité, de là aujourd'hui, je suis la mienne, mais ce n'est pas le président de la République qui doit pouvoir faire ça seul, c'est de construire le projet d'avenir de la Nouvelle-Calédonie à l'issue de ces trois référendums. Et donc oui, je veux à la fois ouvrir des chemins d'avenir, mais je pense qu'il faut le faire de manière consensuelle, et donc en engageant l'ensemble des forces politiques, les coutumiers, l'ensemble de la population, pour bâtir ce projet d'avenir à l'issue de ces trois référendums.
Mais est-ce que ce consensus est encore possible, M. le Président, c'est que les partenaires locaux ne se parlent plus entre eux, que les indépendantistes contestent le troisième référendum, qu'ils ne veulent parler que de pleine souveraineté ? Alors votre rôle, c'est de renouer la confiance entre les partenaires locaux, d'abord pour arriver à éventuellement ce consensus ?
D'abord, je veux dire qu'il y a eu des rapports qui ont été faits, une expertise internationale qui a dit quand même ce qu'était le processus que nous avions suivi. C'est un processus politique, il n'enlève pas tout, et en particulier le préambule aux accords de nos membres, de nos maires demeurent là et on a structuré quelque chose, on a sédimenté. Je pense qu'il est essentiel que tout le monde se parle, et c'est ce que je vais tâcher de faire durant ce déplacement. Et le ministre de l'Intérieur et de l'Outre-mer a déjà, à travers plusieurs déplacements et invitations à Paris, réamorcé les choses. À cette occasion, moi, je veux rouvrir très largement.
On sait que les visions ne sont pas les mêmes. Est-ce qu'elles sont incompatibles ? Je ne le crois pas. Et je pense qu'il n'y a d'ailleurs pas d'avenir possible pour qui que ce soit, dans quelque projet que ce soit, si on reste dos à dos, et si chacun reste replié sur une part de vérité. Et donc, l'acquis des dernières décennies, c'est la paix. C'est quand même la confiance qui doit aller avec un processus qui a été respecté par tous et qui nous conduit là où nous sommes. Simplement, maintenant, il ne faut pas avoir peur de l'avenir. Et le message que je viens porter ici, c'est un message de respect, d'humilité, de confiance que nous devons avoir en nous-mêmes et les uns envers les autres.
Et le message que je viens porter ici, c'est un message de respect, d'humilité, de confiance que nous devons avoir en nous-mêmes et les uns envers les autres. Parce qu'on a fait ce qu'on avait dit qu'on ferait. Et c'est inédit et ça a été reconnu, y compris par les Nations Unies. Et donc, maintenant, il faut avoir cette confiance pour se projeter. Notre jeunesse attend ça. La jeunesse calédonienne, elle attend qu'on lui dise comment on va faire face aux inégalités économiques qui persistent. Et donc, comment on va créer de l'activité industrielle ? Comment on va créer une agriculture ? Comment on va préserver une culture, des cultures qui sont ici présentes ?
Comment on va se projeter dans cet espace indo-pacifique qui est aussi plein de menaces ? Comment on va faire face au changement climatique ?
C'est ça le but. Monsieur le Président, tout de même, il y a encore une partie des Calédoniens qui ne reconnaissent pas le troisième référendum. J'insiste, qu'avez-vous à leur dire pour les emmener dans votre projet ?
D'abord, j'ai eu cette discussion déjà et je l'ai dit ce matin, c'est un accoutumier. Comme partout, j'ai fait ce que j'ai dit et j'avais dit ce que je ferais. Donc, je pense que les choses se sont faites conformément aux accords et qu'il convient de les reconnaître. Est-ce que c'est la fin de tout ? C'est aussi ça qu'il faut comprendre. Non. Et donc, je pense que nous avons, à travers une capacité collective à bâtir un avenir et un processus, la possibilité de réengager tout le monde. Et je salue aussi, même, qui ont accepté des évolutions sur le plan électoral, en tout cas, qui avancent, qui cheminent. Donc, tout n'est pas bloqué.
Quand on parle des provinciales, on voit bien qu'il y a des premiers éléments d'évolution qui sont intéressants, qu'il y a une volonté d'engager. Donc, moi, ma volonté, c'est de pacifier, de réconcilier et de dire que ça n'est pas la fin de tout. Il n'y a pas de gagnant et de perdant, je l'avais dit en 2018. Il y a un choix qui a été fait, qui s'est exprimé trois fois. Donc, on ne peut pas dire qu'il est insincère. Trois fois, à trois reprises, durant les cinq dernières années. Il est là. Et ce qu'il dit, pour autant, il n'y a plus de questions, il n'y a plus rien à circuler. Non. Il y a un travail de mémoire, de réconciliation, de vérité qu'on a commencé à engager avec un comité ad hoc.
Je souhaite que le comité des sages puisse les rejoindre, que le Sénat coutumier y joue un rôle et donc qu'on continue à regarder en face notre histoire avec ses pages heureuses et malheureuses. Il y a ensuite ce projet d'avenir. Moi, c'est le cœur, pour moi, de ce qu'on doit faire, parce qu'on doit créer une dynamique. On doit donner de la stabilité à la Nouvelle-Calédonie et on doit créer une dynamique d'avenir dans la région et pour le territoire. Et ensuite... Ensuite, il faut apporter des réponses institutionnelles. Et c'est un processus qui va se faire où on engage tout le monde. Tout le monde sera respecté.
Pour parler réforme institutionnelle, il va falloir... Il y a deux éléments qui sont incontournables. Il y a l'ouverture du corps électoral. Il a été dit que les élections provinciales ne se tiendraient pas avec le corps jeûnel tel qu'il existe. Et puis, il y a le futur statut qui doit remplacer l'architecture de l'accord de Noumère. Par quel biais est-ce que ce sera fait ? Est-ce que vous envisagez une réforme constitutionnelle pour l'ensemble de ces questions ? Ou d'abord une réforme... Une réforme pour le corps électoral et une pour le futur statut ?
Il est trop tôt pour le dire, mais je vais vous dire quelques éléments très simples sur ce sujet. La première, c'est que je salue, en rapport à ce qu'on vient de se dire, l'esprit de discussion et d'ouverture des forces politiques qui sont en train d'avancer sur ce sujet, pour les provinciales. Les provinciales se tiendront, 2024. Et je souhaite que l'accord puisse être formalisé, qui permettra de faire évoluer. Il faut trouver le consensus, là aussi, entre les forces politiques pour un dégel, justement, du corps électoral. Ensuite, il faudra de toute façon un changement de la constitution. Et ce changement se tiendra.
Et je prends ici l'engagement que le gouvernement, c'est ce que j'ai demandé au ministre de travailler, à la première ministre également, mais portera sur la base du consensus qui sera fait, une réforme. Alors, le degré et son ambition, à la fois du calendrier et de ce sur quoi on sait se mettre d'accord. Mais il y aura de toute façon, pour permettre au moins cette avancée et peut-être davantage, une réforme constitutionnelle. Elle portera sur la Nouvelle-Calédonie et je l'assume comme telle. Et après avoir parlé avec la présidente de l'Assemblée nationale et le président du Sénat, je sais aussi qu'il partage cette volonté que ce sujet puisse avoir son cadre constitutionnel propre.
Justement, le calendrier que vous avez posé a pu brusquer une partie de la population calédonienne. Ne reproduisez-vous pas, avec ce schéma, un rapport de force historique, celui de la colonisation ?
Non, je pense que c'est ce que je disais ce matin. On a suivi le calendrier qui était prévu. Je n'ai pas voulu procrastiner et je vais vous dire, mon intérêt personnel, c'était de ne pas faire comme j'ai fait. D'ailleurs, beaucoup avant moi, avaient poussé la poussière sur le tapis. Parce que, si le référendum, le référendum, le référendum, le référendum, le référendum, le référendum, le référendum, le référendum, le référendum, le référendum, le référendum, le référendum, le référendum, le référendum, c'était mal passé, si proche des élections présidentielles dernières. Vous pensez que c'était bon pour le président en charge, qui s'apprêtait peut-être à se représenter ?
Donc, je l'ai fait avec sincérité, mais conscient aussi que, à la fois pour la Nouvelle-Calédonie, pour la France, dans la région et compte tenu de toutes ces incertitudes, on doit être respectueux des accords qu'on a passés. Mais procrastiner ou faire du surplace, ce n'est pas être respectueux. Et donc, il fallait aussi que les choses se fassent au bon rythme. Et donc, moi, je ne brusque personne. Je suis extrêmement respectueux de chacune et chacun. Et je viens ici chercher le consensus, la concorde. Mais ma responsabilité, je crois, c'est aussi de dire, regardez à quel point d'abord le monde va vite. La région est en train de rentrer dans des déséquilibres profonds.
À quel point la menace géopolitique est là ? L'espace dans lequel nous sommes est le lieu d'une confrontation croissante avec de plus en plus de présences militaires américaines, chinoises, avec aussi beaucoup de déstabilisation dans la région, avec le changement climatique qui est là. Je serai dans le Nord dans quelques instants, après notre entretien, pour voir, avec plusieurs maires aussi, dans la province d'Isile, pour voir les conséquences du dérèglement climatique sur le trait de côte, sur certaines villes. Tout ça nous impose d'agir.
Et donc, aussi vrai qu'on doit être respectueux du passé, qu'on doit avoir une politique de reconnaissance, et qu'on doit prendre le temps de bien faire les choses, on doit agir au service de la population et de notre jeunesse.
Monsieur le Président, en 2018, en Australie, on parle de géostratégie. Justement, vous aviez posé les principes et les lignes d'action de la stratégie de la France dans l'Indo-Pacifique, avec l'ambition d'être une puissance stabilisatrice qui porte les valeurs de liberté et de respect du droit. Monsieur le Président, en janvier de cette année, un rapport de la Commission des lois du Sénat a posé la question si la troisième voie française est tenable face aux ambitions chinoises. Vous avez proposé, entre autres, de renforcer la cogestion des stratégies avec les territoires ultramarins. Quel serait le rôle de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française ?
D'abord, nous sommes présents dans l'Indo-Pacifique, je le rappelle, parce que nous avons près d'un million et demi de compatriotes qui y vivent et 8 000 de nos militaires qui y sont déployés. Nous avons noué des partenariats historiques avec l'Inde, les Émirats arabes unis, l'Australie, le Japon. Nous menons des exercices inédits. L'exercice Pégase, qui est en train de s'achever, a mobilisé plus de 300 militaires, en particulier des aviateurs. On a vu ce matin les mirages qui passaient. Et là aussi, la France n'avait pas eu une telle signature stratégique dans la région depuis bien longtemps. Nous nous réengageons. Nous sommes présents.
Nous y mettons les moyens et on met en place des exercices inédits avec l'ensemble de nos forces armées qui montrent notre capacité à agir vite, en y mettant, justement, en ayant de l'impact. Tout ça nous donne de la crédibilité et a complètement changé aussi nos discussions avec l'Indonésie ou avec d'autres. Et vous avez vu les choix que l'Indonésie a fait aussi pour l'industrie française. Et donc, oui, nos territoires marins ont un rôle essentiel à jouer.
Et c'est pourquoi, pour ne prendre que l'exemple de la Nouvelle-Calédonie, on a aujourd'hui environ 1 600 de nos militaires qui sont présents, grâce à la loi de programmation militaire que nous avons préparée, puis fait voter et que je promulguerai dans les semaines qui viennent. Eh bien, nous allons réinvestir très fortement sur le territoire. C'est plus de 200 militaires en plus et plus de 150 millions d'euros d'investissement en plus pour nos armées ici. Et donc, par une association très étroite avec aussi les populations, on le voit à travers le SMA, on est avec nos jeunes à l'instant, mais par l'engagement.
Et moi, je suis toujours frappé de voir à quel point la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française, puisque vous l'évoquiez, donnent aussi à nos armées. Et j'étais, il y a deux ans, en Polynésie. Je pense que c'est le territoire qui a le plus d'engagés aux proportions de la population.
Restons dans l'axe indo-pacifique. On peut constater, justement, on parle de la Polynésie, qu'il y a une montée aussi des formations indépendantistes, les puissances étrangères. Regarde la France sur ces questions. N'êtes-vous pas tenu de faire un pas vers ces sensibilités ? Et quelle forme pourrait prendre un tel geste ?
Écoutez, d'abord, je pense qu'il y a toujours eu cette expression. Elle est légitime, elle est le fruit d'une histoire et il faut la respecter. Il faut qu'elle s'inscrive dans un cadre. C'est d'ailleurs exactement ce que nous faisons. Ensuite, la géopolitique, elle n'est pas que militaire. Et il y a des déstabilisations qui se font par la voie de l'information, par des contacts qui sont pris par des puissances tierces. Moi, je dis simplement, regardez ce qui se passe ailleurs.
Et quand des gens font des cadeaux mirifiques en vous expliquant qu'ils vous respectent et qu'ils aiment la culture d'indépendance que vous prenez, que ce sont des puissances impériales qui ont plutôt une action de prédation et qui ont mis d'autres gouvernements à genoux à quelques encablures, il faudrait être bien naïf. Ce n'est pas l'approche qui est la nôtre. Et donc, je pense aussi que l'inscription dans la France et dans la République, c'est un gage de stabilité, c'est un gage de respect et c'est éviter d'être trop petit, et c'est éviter d'être trop petit,
et c'est éviter d'être trop petit,
dans un monde bousculé par de trop grandes puissances. Et c'est ça notre ligne politique. Et c'est celle que nous définissons pour nos propres territoires et pour nous-mêmes, en y mettant les moyens. C'est l'investissement militaire que je viens d'évoquer. C'est ce qu'on veut faire aussi, par exemple, sur l'université ou la recherche. A travers l'Ifremer, on va réinvestir aussi aux côtés de l'université pour, dans l'exploration des fonds marins, le savoir, mettre des moyens en Nouvelle-Calédonie, être une puissance indo-pacifique aussi, scientifique, avec l'IRD, avec le CIRAD. On va continuer de le faire et d'engager. Et on va le faire pour nos territoires.
On va le faire aussi en lien avec les autres pays de la région. C'est tout le sens de mon déplacement ensuite au Vanuatu, puis en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Montrer qu'on a une approche régionale. Et je serai d'ailleurs accompagné du président Mapou et Brosserson. On le fera ensemble. Et ils m'accompagneront. Et donc il y a à la fois du respect, mais il y a la puissance de la France. Dans sa diversité. Et c'est ça la France. Et beaucoup l'ont aussi parfois oublié. Il y a un principe d'unité, mais il y a une reconnaissance d'identité plurielle et d'une diversité.
Et je pense que dans la région, dans l'Indo-Pacifique, et peut-être en particulier dans l'Océanie, c'est une force si nous savons revenir sur nos divisions d'hier, nos traumatismes du passé, et regarder l'avenir pour justement bâtir.
Monsieur le Président, nous souhaitons évoquer avec vous la question du geste symbolique de décolonisation évoquée par le Sénat. En 2018, vous êtes allé à Ouvéa. Vous avez remis les deux actes de possession à la Nouvelle-Calédie. Qu'est-ce qu'on peut attendre du discours que vous allez faire demain, place de la paix ?
Je ne vais pas tout vous dévoiler maintenant. Un petit peu, quand même. Sinon, personne ne sera au discours. Non, je pense que je vais essayer aussi d'en donner le sens. J'ai entendu, en discutant longuement hier avec Madame Thibaut et d'autres, le besoin de peut-être mettre des mots, des phrases et le sens profond qu'il y a derrière le geste que j'ai voulu faire en 2018. Ensuite, je pense que, c'est un peu la démonstration aussi de cela, ça se prépare ensemble, les grands gestes. En se donnant du temps, en travaillant de manière collective, en prenant le temps avec les forces politiques et coutumières. Et je crois que, au fond, c'est cette articulation des temps qu'il nous faut faire.
Donc, j'en parlerai demain. J'amorcerai une nouvelle
dynamique
et je crois qu'il faut à la fois continuer de faire ce travail sur le passé, la réconciliation et en même temps avoir le courage de regarder l'avenir. Je le disais ce matin au Sénat coutumier, nous avons un devoir d'avenir. On a un devoir d'avenir. Il y a un devoir de mémoire, on en parle souvent. Mais je crois tout particulièrement qu'il y a un devoir d'avenir. Parce que sinon, on est poussé par les vents du monde qui poussent à demain, en regardant toujours vers hier. Et avec une forme de mémoire, on a toujours une forme de fragilité parce qu'on ne construit pas suffisamment résolument parce qu'il y a toujours une forme de vulnérabilité.
Je pense que ce qu'on a collectivement fait durant ces dernières décennies, c'est une force inouïe. Ça a été reconnu par les Nations Unies, ça a été reconnu par tous les États de la région. Nulle part ailleurs, il y a eu ce travail qui a été fait. Ça ne règle pas tout. Et donc, ce n'est pas fini. C'est un processus politique, c'est un point-virgule. Mais à nous de continuer.
On parle au début de cet entretien des incertitudes et des inquiétudes politiques ou institutionnelles pour la Nouvelle-Calédonie. Il y a également des inquiétudes concernant la situation économique et financière de la Nouvelle-Calédonie. Un territoire qui, selon certains, est au bord de la cessation de paiement. Des aides ont été demandées à l'État. Est-ce que vous allez répondre favorablement à cette sollicitation ? Et par ailleurs, le secteur du nickel, le secteur stratégique, s'il en est, est également en grande difficulté. Est-ce que l'État peut l'aider, notamment par le biais du coût de l'énergie qui pénalise fortement cette industrie ? D'abord, sur les collectivités territoriales,
c'est là où il faut être cohérent. Les situations sont très différentes. Il y a le gouvernement, il y a les provinces, il y a les communes. Il faut les distinguer. Ensuite, on ne peut pas rester durablement dans une situation où on dit qu'on veut plus de compétences mais plus de rallonges. C'est bizarre. On ne peut pas faire des rallies avec des voitures d'auto-école où il y a une double commande. Ça ne marche pas. Donc, ça rentre dans le débat qu'on doit avoir sur l'avenir. Qui fait quoi ? Comment ? Comment on est aidé ? La République a toujours été là quand il a fallu aider. Regardez ce qui s'est passé pendant la période de Covid.
Est-ce que quelques autres territoires dans la région ont été vaccinés aussi vite avec un tel déploiement, un tel accompagnement, y compris en mobilisant nos armées ? Donc, moi, j'ai toujours été là, en soutien. Mais c'est un soutien qui doit reposer aussi sur de la clarté, sur les réformes qui doivent l'accompagner, sur la solidité de l'action qui est conduite. Donc, ce débat sera conduit en sincérité, en amitié, mais en responsabilité. Ensuite, sur le nickel. Ensuite, sur le nickel. Non, mais, on parle de l'avenir, donc tout doit pouvoir s'ouvrir. Mais je dis, il faut être cohérent. Sincérité, amitié, responsabilité.
Ensuite, sur le nickel, parce que c'est une question importante qui touche beaucoup, qui touche tous les territoires et des milliers de nos compatriotes. La France, comme vous le savez, a toujours cru dans cette filière, et nous avons beaucoup investi, y compris ces dernières années, face aux difficultés. Quand je regarde les dernières années, des milliards d'euros ont été investis. J'ai demandé ce soir à ce qu'il y ait justement une réunion qui se tienne avec les élus, les industriels, l'ensemble des parties prenantes, pour que ce sujet soit abordé. On a des difficultés. Ces difficultés vont conduire encore à des investissements. Mais il faudra aussi qu'on bâtisse.
Et moi, ce que je veux, dans le cadre, justement, du projet d'avenir, c'est qu'on ait une stratégie crédible sur le nickel.
Oui, mais est-ce qu'on doit s'attendre à un investissement massif,
justement, de l'État ? On doit d'abord s'attendre à partager un même discours et une même analyse. On n'a pas le même nickel partout. On a des situations qui sont différentes. Il y a des réinvestissements qui ont aussi été faits récemment sur certaines usines. Et on a un sujet de l'énergie que vous avez posé à juste titre qui est criant. Nous ne pouvons pas être compétitifs avec ces structures énergétiques. Et elles ne correspondent d'ailleurs pas non plus à nos objectifs climatiques. C'est un investissement, encore une fois, de plusieurs milliards d'euros. Et donc, j'ai demandé un rapport. Il a été fait. Il sera présenté ce soir.
Sur cette base-là, en transparence, il faut bâtir une stratégie. Et sur cette stratégie, on investira. Mais on investira sur quelque chose qui marche dans la durée. Et quelque chose qui est aussi honnête et qui permet à la Nouvelle-Calédonie de se projeter dans la compétition internationale. Et de réconcilier, ce qui sont pour moi les trois axes essentiels, la souveraineté et notre indépendance, les emplois industriels et le climat. Et donc aussi produire une énergie qui soit bas carbone.
Une dernière question, monsieur. Monsieur le Président, vous allez vous rendre sur la Côte Est pour justement les défis climatiques, les changements climatiques. Nous avons les premiers réfugiés climatiques, malheureusement. Qu'est-ce que vous leur dites aujourd'hui ?
Sur ce sujet, j'ai souhaité en effet faire ce déplacement pour d'abord être aux côtés de l'ensemble des élus et des populations et proposer qu'on bâtisse au fond une nouvelle réponse. Aujourd'hui, dans les compétences telles qu'elles sont présentes, il n'y a pas de compétence sur les conséquences du dérèglement. Il n'y a pas de compétence sur les conséquences du dérèglement climatique. Et moi, je considère en quelque sorte que c'est une compétence quasi régalienne. Parce que nous sommes face aux éléments, au dérèglement et ce que nous sommes les responsables de cela. La planète, oui. Le monde entier, oui. Enfin, ce n'est pas ceux qui en sont victimes qui ont créé les causes.
Et donc, je pense que nous devons accepter, avec ambition, de nous engager pour mieux protéger, pour construire de manière plus durable et pour avoir une stratégie de relogement aux côtés des élus et de vos territoires, mais en engageant davantage l'État. Et donc, je leur dis que nous serons là.
Monsieur le Président, merci d'avoir accepté de répondre à toutes nos questions. Merci encore.
Merci à vous.
Merci.
Merci beaucoup.
Emmanuel Macron