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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 22 juillet 2024 8 minComplaisantDivertissementEnvironnement & énergie

Suzanne Husky, l’artiste qui fait alliance avec le peuple castor

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  • 0:16InvitéFait
    « L'espèce des castors est pourtant un allié puissant pour réhydrater nos paysages. »
  • 1:03InvitéFait
    « face au méga-feu, il y avait une pratique de régénération des cours d'eau et d'alliance avec les castors. »
  • 1:26InvitéFait
    « J'ai appris qu'il y avait eu des castors aussi chez nous et qu'ils étaient en très grand nombre sur le territoire français. »
  • 7:23InvitéFait
    « on sait que la réintroduction du castor dans certains départements, dans certaines régions de France, est devenue, non pas une priorité, mais un pan entier de la politique publique. »
  • 7:35InvitéFait
    « il n'y a pas eu de réintroduction depuis 15 ans, je pense, parce qu'on considère qu'il progresse assez bien. »

Temps de parole

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Invité

L'artiste franco-américaine Suzanne Husky s'intéresse aux liens qui unissent les hommes aux vivants. Dernièrement, elle fait du castor, je le disais, une figure totémique de ses recherches en voie de disparition. L'espèce des castors est pourtant un allié puissant pour réhydrater nos paysages. En peignant et en tissant leur histoire, elle replace les castors au centre des enjeux contemporains. Bonjour Suzanne Husky. Bonjour. Vous êtes plasticienne, vidéaste, céramiste, peintre, on en passe. Pourquoi le castor est devenu votre animal totem, fétiche peut-être ? Dites-le-nous d'un point de vue très personnel. Comment vous l'avez rencontré le castor ?

Je faisais des études d'agroécologie et je suis formée en paysagisme aussi bien qu'artiste. C'est comme ça que le lien à la terre est central dans ma pratique. Et en paysagisme et en agroécologie, on réfléchit toujours à comment est-ce qu'on peut agrader nos sols pour les rendre capables de retenir l'eau. Et ce faisant, comme je vivais aux Etats-Unis, je voyais que face au méga-feu, il y avait une pratique de régénération des cours d'eau et d'alliance avec les castors. Où on imite les castors dans les cours d'eau pour les guérir et les soigner. Et ça m'a complètement bouleversée.

J'ai appris qu'il y avait eu des castors aussi chez nous et qu'ils étaient en très grand nombre sur le territoire français. Et qu'est-ce qu'on fait avec ça ? Comment est-ce qu'on peut réhydrater notre mémoire ? La question évidemment, en tant qu'artiste, c'est quelle forme donner à ces castors, aux interactions qu'ils entretiennent avec le vivant, avec les espaces, avec les rivières. Et tout cela s'inscrit, Suzanne Husky, dans une exposition dans le cadre du programme Un artiste, un monument. Le Centre des Monuments Nationaux vous a invité pour une carte blanche au château de Châteaudun du 15 juin au 3 novembre.

Alors comment le castor a pris la forme que vous souhaitiez lui donner sur des tapisseries, me semble-t-il ? Oui, alors Châteaudun a la deuxième plus grande collection de tapisseries de France. Et c'est pour ça qu'ils m'ont invitée à faire une œuvre tissée. Et alors j'avais envie de reprendre la forme de la tapisserie de Bayeux, parce qu'elle a une forme fleuve. Et de raconter l'histoire de la rivière en reprenant ce format. Mais bien sûr, l'idée c'était de... J'en parlais avec Baptiste Morisot, avec qui on a un livre qui va bientôt sortir dans la collection Monde Sauvage d'Actes Sud, qui va s'appeler Rendre l'eau à la terre, alliance dans les rivières face au chaos climatique.

Et donc on a réfléchi ensemble à comment est-ce qu'on pourrait raconter l'histoire d'alliance entre les humains et les castors. Parce qu'en fait, la réalité c'est qu'on a vécu beaucoup plus longtemps très proche de cette espèce, ce qui est une espèce facilitatrice, donc qui facilite la vie de plein d'autres espèces, y compris celle la nôtre. Et de raconter l'histoire de ces alliances dans différents endroits et à différents moments historiques. Alors donnez-nous justement des exemples illustratifs de ces alliances que vous décrivez, que vous racontez, que vous tissez entre l'humain et le castor.

Alors une chose, une recherche récente d'archéologues, c'est qu'en fait, depuis la dernière ère glaciaire, enfin il y a 15 000 ans, la glaciation de Gouin, la glace est remontée vers le nord. Et donc après on se retrouve avec des espèces de steppes, et le castor, il suit les cours d'eau. Et en suivant les cours d'eau, il commence à aménager ces espaces et à faire ces bassins. Et dans ces bassins, en fait, tout le cortège de la ville des autres espèces le suivent. Les batraciens, bien sûr, les oiseaux migrateurs qui vont se poser dans ces zones humides, et les cochons, les sangliers, enfin tous les animaux suivent cette espèce-là.

Et nous, on a suivi, notre espèce a suivi parce qu'on pouvait bien sûr faire des cueillettes, des petites chasses, parce qu'on se nourrit de ces espèces de zones humides. Vous avez... Non, c'est moi qui me permets de vous couper, pardonnez-moi. Vous avez mentionné, Suzanne Suski, Baptiste Morisot. Je voudrais justement vous faire entendre sa voix.

4:42
Présentateur

C'est ça qui est vraiment magique, c'est que ça me permet aussi de renouer avec le terrain, et ça me permet de faire rentrer dans le scope de ma philosophie un lieu du monde qui m'a toujours fasciné, mais que je n'arrivais pas à penser philosophiquement, à savoir les rivières. Je suis fasciné par les rivières et je les vivais, mais je n'arrivais pas à les penser.

Castor a été un ambassadeur extraordinaire pour enfin faire rentrer les rivières dans ma philosophie, et puis surtout pour m'amener à passer beaucoup de temps dessus et à essayer de les comprendre, et même à rentrer dans des pratiques de restauration, de régénération des rivières auxquelles je suis en train de me former un peu avec différents chercheurs ou praticiens, notamment américains.

5:20
Invité

Baptiste Morisot sur l'antenne de France Inter. Suzanne, ce ski, au fond, c'est un peu cela aussi que permet votre travail, c'est penser d'une autre façon, d'une nouvelle manière, la rivière et les paysages aquatiques. Oui, complètement. Mais alors Baptiste, il arrive avec un intérêt philosophique. Moi, il me semblait que du point de vue, si vous voulez, si on pense à l'air glaciaire, comme il nous reste des glaciers, on peut imaginer que la terre est découverte de glaciers. Quand on pense à l'air des grandes forêts, on peut imaginer, parce qu'il nous reste des forêts primaires, on peut imaginer ces grandes forêts.

Par contre, d'imaginer qu'il y avait eu des millions de castors en France et qu'un tiers de la France était une zone humide, c'est beaucoup plus difficile parce qu'on n'a plus ces écosystèmes castors. Donc, il y a un enjeu visuel de se souvenir de à quoi ressemblaient nos plaines quand les rivières étaient plus sauvages et aménagées par des castors. Donc, il y a un enjeu aussi qui est vraiment de l'ordre esthétique et visuel. Parce que, si vous voulez, toute la peinture qui a existé, la peinture et la photographie qui ont représenté les rivières, elles arrivent après l'éradication du castor. Donc, la plupart de ces représentations de rivières sont déjà des rivières malades.

Donc, il y a vraiment un enjeu aussi visuel. Et bien sûr que passer du temps dans les rivières et aller guérir, c'est extrêmement joyeux aussi. Comment est-ce que l'on crée, comment est-ce que l'on forge de nouvelles alliances avec les castors aujourd'hui, Suzanne Husky ? Déjà, la chose la plus importante, c'est de comprendre ce que c'est une rivière en bonne santé. et de comprendre que, oui, la plupart de nos cours d'eau vont tout droit et sans obstruction. Et on a une culture d'enlever les embâcles, etc. Comprendre que l'arbre mort qui est tombé dans la rivière, ça, c'est la première chose à comprendre que la rivière est affamée de bois et de sédiments, peut-être. Et de quelle manière ?

Alors, justement, même en termes de politique publique, on sait que la réintroduction du castor dans certains départements, dans certaines régions de France, est devenue, non pas une priorité, mais un pan entier de la politique publique. Alors, non, il n'y a pas eu de réintroduction depuis 15 ans, je pense, parce qu'on considère qu'il progresse assez bien. Alors, j'ai lu qu'il avait été réintroduit dans la Drôme, alors peut-être que je me trompe. Non, non, il n'a pas du tout... Enfin, il a été réintroduit dans la Drôme, mais dans les années 70, si vous voulez, ou dans les années 90. Il y a eu plusieurs étapes de réintroduction, mais pas depuis 15 ans. D'ailleurs, l'OFB s'y oppose.

Et il avance lentement, mais il se reproduit très peu. Il a deux ou trois petits par an. Et donc, voilà, ça va très lentement. On peut voir en tout cas vos tapisseries superbes au château de Châteaudin du 15 juin au 3 novembre 2024. Ces tapisseries que je recommande. Merci beaucoup Suzanne Husky, vous êtes plasticienne, je le rappelle, et vidéaste. Sous-titrage Société Radio-Canada