Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 2 août 2022 25 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

Hausse des prix : voici les entreprises qui profitent de la guerre | Quentin Parrinello

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:04OuverteRéponse directe

    Quelle est votre impression globale sur ces deux projets de loi ? Est-ce qu'ils vont permettre de stopper l'inflation ou d'éviter l'appauvrissement de la population ?

  • 3:02RelanceRéponse directe

    Cet argument de toujours appeler au pragmatisme, au compromis aux économies, est-ce que vous le comprenez, vous, aujourd'hui ?

  • 4:30FerméeRéponse directe

    Est-ce que vous êtes d'accord avec cet argument aujourd'hui ?

  • 6:32RelanceRéponse directe

    Est-ce que vous comprenez pourquoi ils n'ont rien trouvé ? Vous, vous avez pu notamment pointer les hausses de prix de Amazon de 43%.

  • 6:44OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous pouvez un peu expliquer tout ce phénomène de spéculation ?

  • 9:59OuverteRéponse directe

    Est-ce que ce compromis trouvé entre les Républicains et Renaissance est satisfaisant et pérenne selon vous ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:17InvitéFait
    « Ces projets de loi, c'est un peu une occasion manquée, puisqu'on est dans une situation où on a des entreprises qui font des bénéfices exceptionnels, qui font des marges exceptionnelles, les plus grandes marges depuis 70 ans »
  • 2:27InvitéFait
    « on refuse d'augmenter les salaires. Et à contrario, on travaille sur les questions de primes, sur les questions de défiscalisation des heures supplémentaires, qui vont finalement remplacer les salaires »
  • 3:39InvitéFait
    « cette fameuse remise qui va être portée à 30 centimes, qui de fait bénéficie en ce moment beaucoup plus aux ménages les plus aisés qu'aux ménages les plus précaires »
  • 4:56InvitéFait
    « à la suite de la crise sanitaire, on a eu une forte hausse de la demande. Et dans certains secteurs, des secteurs où il y a très peu d'acteurs, qui sont du coup en position de force, on a eu des fortes augmentations de prix »
  • 5:22InvitéChiffre
    « la Banque des Règlements Internationaux qui estime qu'aujourd'hui, la part des entreprises qui sont en mesure d'augmenter les prix est à un niveau historiquement haut »
  • 5:34InvitéFait
    « en France, oui, on a des entreprises qui font des marges historiques et particulièrement dans certains secteurs »
  • 8:35InvitéChiffre
    « Sur ce trimestre, c'est 5,7 milliards de dollars. 9,8 milliards si on efface l'impact des sanctions russes »
  • 8:44InvitéChiffre
    « Sur l'ensemble du semestre, depuis le début de l'année, on en a 10,6 milliards de dollars. 18,8 sans les sanctions »
  • 10:59PrésentateurChiffre
    « la part du marché de Total sur la vente des carburants n'était que de 20 à 25% »
  • 18:33InvitéChiffre
    « il y a 40% des bénéfices réalisés à l'étranger par les multinationales qui seraient délocalisés dans les paradis fiscaux »
  • 20:15PrésentateurChiffre
    « Total annonce plus de 17,7 milliards d'euros de profits sur le premier semestre 2022 »

Temps de parole

  • Invité63 %
  • Présentateur33 %
  • Invité 24 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bienvenue pour l'instant éco. L'instant éco, c'est un petit moment qu'on se prend entre nous pour décrypter l'actualité économique car ce sujet est complexe et parfois pas à la portée de tout le monde. Comprendre et savoir, c'est s'armer pour choisir. Alors en juillet, je crois qu'il s'est passé pas mal de choses pour les Français et la fameuse question du pouvoir d'achat, notamment à l'Assemblée. Pour en parler, aujourd'hui, on reçoit Quentin Parinello. Bonjour. Bonjour. Alors vous êtes responsable plaidoyer ou porte-parole chez Oxfam France et spécialisé notamment dans les questions de lutte contre l'évasion fiscale et les inégalités.

Alors il s'est passé, comme je le disais, pas mal de choses à l'Assemblée en ce mois de juillet, notamment les débats puis le vote pour deux projets de loi pour le pouvoir d'achat. Alors ces deux textes, un premier a été adopté le 22 juillet, c'est le projet de loi portant sur les mesures d'urgence pour la protection du pouvoir d'achat par 341 voix contre 116, de l'extrême droite jusqu'au parti présidentiel qui a voté pour, beaucoup d'abstention chez les socialistes puis beaucoup de contre chez les gauches. Et l'autre texte, adopté entre la nuit de mardi à mercredi de la semaine dernière, le projet de loi de finances rectificative pour 2022.

Les textes sont maintenant dans les mains du Sénat et discutés à partir de ce lundi. Alors petite séance de rattrapage sur ce qui a été adopté. Je l'ai dit vite, mais on reviendra sur quelques mesures avec Quentin.

Triplement du plafond de la prime Macron, la revalorisation des pensions de retraite et des minimas sociaux, notamment le RSA de 4%, la hausse des loyers plafonnés à 3,5% et la hausse des appels de 3,5% aussi, déconjugalisation de l'AH, l'allocation adulte handicapé, la hausse du plafond de défiscalisation des heures supplémentaires, la possibilité de convertir des RTT non prises en salaire, la suppression de la redevance audiovisuelle et la nationalisation d'EDF, où l'État avait déjà 83,9% du capital. Il y a aussi une aide d'urgence pour les ménages se chauffant au fioul, calculée à 230 millions d'euros, et une aide auprès des collectivités locales.

Ce qui n'a pas été adopté, le blocage des prix, l'augmentation du SMIC à 1 500 euros, le gel des loyers et l'indexation de tous les salaires sur l'inflation. Alors Quentin va rentrer dans le détail de quelques mesures. Vous êtes spécialisé sur les inégalités. Et quelle est votre impression globale sur ces deux projets de loi ? Est-ce qu'ils vont permettre de stopper l'inflation ou d'éviter l'appauvrissement de la population ?

2:13
Invité

Ces projets de loi, c'est un peu une occasion manquée, puisqu'on est dans une situation où on a des entreprises qui font des bénéfices exceptionnels, qui font des marges exceptionnelles, les plus grandes marges depuis 70 ans, et on refuse d'augmenter les salaires. Et à contrario, on travaille sur les questions de primes, sur les questions de défiscalisation des heures supplémentaires, qui vont finalement remplacer les salaires, en tout cas, pourraient inciter à remplacer les salaires. Et c'est finalement un risque sur la paie, une paie qui comprend des cotisations, cotisations qui savent à financer nos retraites, nos hôpitaux, nos écoles, notre système de santé public.

2:45
Présentateur

Les débats, ils ont été très mouvementés, surtout avec cette nouvelle assemblée diverse, où la majorité présidentielle est relative. Bruno Le Maire a refusé, je cite, d'entrer dans une logique de surenchère et d'ouvrir les vannes budgétaires en plein pic inflationniste, que le blocage des prix du carburant, par exemple, pèserait trop sur les finances publiques. Cet argument de toujours appeler au pragmatisme, au compromis aux économies, est-ce que vous le comprenez, vous, aujourd'hui ?

3:07
Invité

Non, pas vraiment. On est dans une situation de crise. Alors on est au lendemain d'une crise à la fois sociale, sanitaire, et on a une crise d'inflation, une crise, une augmentation du coût de la vie, notamment sur la question des aliments et sur l'essence, qui est dramatique, notamment pour les populations les plus précaires. Et on attend du gouvernement qu'il fasse un geste, notamment pour aider ces populations et forcer de constater que jusqu'à maintenant, les solutions qui sont sur la table, elles, ne sont pas suffisantes.

Alors il y a cette fameuse remise qui va être portée à 30 centimes, qui de fait bénéficie en ce moment beaucoup plus aux ménages les plus aisés qu'aux ménages les plus précaires. Donc on a un problème de ciblage de la mesure. Et sur les aliments de première nécessité, ça fait des mois, presque des années, qu'on entend parler d'un chèque alimentation qui ne vient pas. Et donc on a un véritable problème d'aide aux plus précaires. Le fait qu'il y ait des débats à l'Assemblée, le fait qu'il y ait des oppositions qui proposent des solutions alternatives, quelque part c'est une bonne chose.

Ça veut dire que l'Assemblée retrouve son rôle de force de proposition, de contrôle de l'action du gouvernement. Et on devra surveiller dans les prochaines semaines, dans les prochains mois, si effectivement il y a des mesures qui sont co-construites avec les oppositions et que le Parlement retrouve son rôle finalement.

4:17
Présentateur

— Pendant les débats, on a pu notamment entendre Éric Woerth, donc député de la majorité, dire que les salaires, ça ne se décrète pas. C'est l'économie qui fait les salaires, avec ce fameux argument de inflation, montée des salaires, inflation, montée des salaires, ce cercle vicieux. Est-ce que vous êtes d'accord avec cet argument aujourd'hui ?

4:31
Invité

— Non, pas du tout. Alors déjà, les salaires, ça se décrète. Le SMIC, ça se décrète. Et puis la majorité d'Éric Woerth est en train d'essayer de décréter la fin du plafond des salaires de rémunération pour les patrons du public. Donc quand ils veulent, ils peuvent absolument décréter des niveaux de salaire ou en tout cas la fin de plafond. Et la question qui est posée derrière, c'est la cause de l'inflation. C'est une vraie question et c'est un vrai débat sur pourquoi les prix augmentent. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'à la suite de la crise sanitaire, on a eu une forte hausse de la demande.

Et dans certains secteurs, des secteurs où il y a très peu d'acteurs, qui sont du coup en position de force, on a eu des fortes augmentations de prix. Ce qui suggère une autre piste d'augmentation des prix, ça serait que certaines entreprises, un petit nombre d'entreprises qui sont en position dominante, profiteraient de cette situation pour augmenter les prix. Alors c'est pas simplement Oxfam qui dit ça. On a la Banque des Règlements Internationaux qui estime qu'aujourd'hui, la part des entreprises qui sont en mesure d'augmenter les prix est à un niveau historiquement haut.

Aux États-Unis, si on décompose l'inflation, on voit que plus de 50% de l'augmentation des prix c'est la hausse des profits d'un petit nombre d'entreprises. Et du coup, en France, oui, on a des entreprises qui font des marges historiques et particulièrement dans certains secteurs. Alors on va y revenir, on parle de Total, on parle de CMA, CGM sur le transport maritime, on parle de la tech, de la finance. Et du coup, c'est des milieux, c'est des secteurs où on voit des augmentations de prix qui sont assez importantes et assez visibles et franchement choquantes au vu de la situation.

5:53
Présentateur

Justement, je rebondis sur l'inflation que vous venez de citer. C'est un peu le nerf de tout ça, finalement, de pourquoi le pouvoir d'achat diminue autant. Je rappelle les chiffres. Sur un an, selon l'estimation provisoire réalisée en fin de mois, les prix à la consommation augmenteraient de 6,1% en juillet 2022, après plus 5,8% le mois précédent, donc selon l'INSEE. Alors il y a un groupe de travail à l'Assemblée qui est chargé de suivre l'inflation. Et il a rendu ses premières conclusions mercredi dernier. Les députés Xavier Albertini, donc de Horizon et de la France Insoumise, n'ont pas à ce stade identifié de comportement abusif, systémique des industriels et des fournisseurs.

Mais ils vont poursuivre les travaux. Est-ce que vous comprenez pourquoi ils n'ont rien trouvé ? Vous, vous avez pu notamment pointer les hausses de prix de Amazon de 43%. C'est un peu différent de l'inflation quand même. Il y a une grosse marge. Est-ce qu'aujourd'hui, vous voyez des entreprises clairement profiter de cette crise ? Est-ce que vous pouvez un peu expliquer tout ce phénomène de spéculation ? Parce que c'est vrai qu'on a beaucoup entendu la guerre à bon dos parfois.

6:49
Invité

Oui, alors plusieurs choses. Déjà sur cette mission, c'est ce qu'on appelle une mission flash, c'est très réduit. Les conclusions de M. Albertini et de Mme Trouvé sont claires. C'est juste qu'on n'a pas eu assez de temps. Donc on aimerait continuer et faire cette mission d'évaluation en même temps que deux projets de loi qui sont importants, qui prennent du temps. Simplement, on n'a pas le temps pour aller auditionner assez de personnes. Et il faut plus de détails. Donc attendons les conclusions. Je crois comprendre qu'il va y avoir une seconde tranche d'évaluation qui leur a été accordée.

Ensuite, effectivement, on a un faisceau d'indices, on a un faisceau d'éléments qui nous permettent de dire que dans certains cas, oui, on a des entreprises qui profitent de la crise. On parlait du transport maritime, du fret maritime tout à l'heure. Donc CMA, CGM, qui est une des plus grandes entreprises de fret maritime. CGM, c'est un milieu très très peu concurrentiel. Il y a quatre acteurs qui se partagent énormément, une énorme part du marché. C'est une entreprise qui a multiplié par neuf certains de ses tarifs. Ce n'est pas Oxfam qui le dit, c'est le patron de Leclerc, Michel-Édouard Leclerc, qui du coup estime que forcément ça a une répercussion sur les prix à l'étal.

Du coup, la question c'est, est-ce que cette multiplication par neuf, elle est le fait de la guerre ? A priori, non. On a eu des conflits avant, on n'a jamais eu une augmentation des coûts de l'alimentation aussi forte. Sur Total, c'est la même chose. Il y a un conflit entre la Russie et l'Ukraine. La Russie est en train de diminuer sa livraison de gaz à l'Europe. Dans le même temps, il y a l'OPEP qui du coup réduit sa production. Mais on a déjà eu des variations de production de l'OPEP et ça n'a jamais fait exploser à ce point les bénéfices de quelques majors. Donc effectivement, on a Total. Ce n'est pas les seuls, il n'y a pas que les Françaises.

Il y a Shell, Exxon qui réalise des bénéfices exceptionnels. On n'a juste jamais vu ça. Donc Total, pour ne pas vous dire de bêtises, je reprends mes chiffres. Sur ce trimestre, c'est 5,7 milliards de dollars. 9,8 milliards si on efface l'impact des sanctions russes. Sur l'ensemble du semestre, depuis le début de l'année, on en a 10,6 milliards de dollars. 18,8 sans les sanctions. Donc on a déjà dépassé le bénéfice qu'ils ont fait l'an dernier. On est à un niveau de bénéfice qui est simplement sans précédent, qui est choquant parce qu'en fait, ce n'est pas simplement la question de la hausse des prix des carburants. La guerre, effectivement, là-dessus, elle a un petit peu bondo.

On a une entreprise qui augmente ses marges, qui augmente ses marges au niveau de l'extraction, qui augmente ses marges au niveau du raffinage et qui, du coup, ça pose question dans un contexte de crise, dans un contexte où on appelle les Français et les Françaises à se serrer la ceinture sur à qui on fait payer la facture, à qui on demande des efforts.

9:16
Présentateur

Alors, autre gros sujet de ce mois de juillet que vous avez commencé à introduire, l'énergie entre la guerre en Ukraine et les sécheresses que connaît notre pays et pas que, la souveraineté énergétique était au programme à l'Assemblée. Donc le projet de loi sur le pouvoir d'achat prévoit la réouverture temporaire de la centrale à charbon de Saint-Avol en Moselle et la construction d'un terminal métanier flottant au Havre dont l'exploitation ne pourra excéder cinq ans. Ce terminal sera notamment à prévisionner en gaz de schiste américain, des mesures qui sont jugées climaticides par la gauche, en particulier le groupe écologiste.

Alors nous, avec Quentin, je le rappelle, vous êtes responsable plaidoyer chez Oxfam et spécialisé notamment dans les questions de lutte contre l'évasion fiscale et les inégalités. Donc on va surtout parler du débat toujours en cours sur cette fameuse taxe exceptionnelle pour les entreprises pétrolières, gazières ou de transports maritimes, donc on vient de le dire, dont les profits ont largement augmenté ces derniers mois pendant la crise. Ça a un temps été envisagé jusque dans les rangs de renaissance de faire cette taxation. Mais les douze députés signataires d'un amendement sur ce sujet l'ont retiré après les annonces de Total et de CMA-CGM. Donc les annonces.

Le géant pétrolier Total a promis une remise de 20 centimes à la pompe, tandis que le géant des portes-conteneurs va porter de 500 à 700 euros sa réduction par conteneur pour toutes les entreprises françaises. Les députés et les républicains, eux, ils défendaient le blocage des prix à la pompe à 1,50 euros par litre. Mais un compromis a été trouvé avec l'exécutif. L'État va augmenter la remise du prix sur l'essence. L'apportant de 18 à 30 centimes par litre jusqu'en octobre, avant de retomber à 10 centimes jusqu'en décembre. Et Bruno Le Maire a également annoncé le report de l'indemnité transport.

Charles de Courson, du parti Liberté indépendant Outre-mer et Territoire, il a détricoté un peu les annonces de Bruno Le Maire. Il a rappelé que la part du marché de Total sur la vente des carburants n'était que de 20 à 25%. Il a aussi évoqué les stations rurales qui avaient des soucis financiers par rapport aux grosses stations. Il parle de tout ça comme un coût marketing pour Total. Et de l'autre côté, l'ANUPS plaide pour la taxation. Il y a pas mal d'arguments du côté de la majorité qui sont avancés pour refuser cette taxation. Et on va les analyser ensemble avec vous. D'abord, est-ce que ce compromis trouvé entre les Républicains et Renaissance est satisfaisant et pérenne selon vous ?

11:22
Invité

Non, parce qu'il fait peser la majorité du financement de ces mesures sur l'État. Donc, c'est l'État qui va rembourser une partie du coût. Ces mesures, elles sont pas forcément ciblées, comme je disais tout à l'heure, puisque la remise, elle profite plus à des ménages très aisés qui ont pas forcément le plus besoin d'être aidés et pas forcément plus aux plus précaires et notamment aux ménages contraints. Alors, c'est un sujet difficile parce que cibler les ménages contraints, c'est pas forcément que dans les 10% les plus précaires. Ça va beaucoup plus largement que ça. Mais en tout cas, on a un véritable problème à la fois de ciblage et de financement de cette mesure.

Tout l'intérêt de taxer les super-profits, les marges de Total, c'est qu'on fait peser le financement du coût de cette mesure sur Total qui réalise des marges exceptionnelles. Donc non, c'est pas assez. Oxfam va continuer à porter la question de la taxation des profits exceptionnels pour la question de l'énergie, pour la question du secteur agroalimentaire et du transport de marchandises. Mais en fait, il y a dans plein de secteurs, on voit des super-profits. Et nous, pour qu'on plaide, c'est une taxation sur les super-profits qui soit sur l'ensemble des secteurs, puisqu'on est capable d'identifier par des formules les super-profits, peu importe le secteur.

Donc on n'a pas à sectoriser cette mesure en particulier.

12:29
Présentateur

Alors, on va aller fouiller dans les arguments à la majorité. Bruno Le Maire, il dit ne pas aimer les taxes et que la France est déjà le pays champion des impôts. Et à chaque fois qu'il y a une difficulté, et qu'à chaque fois qu'il y a une difficulté, on veut y répondre par une taxe ou un impôt, il dit à tous les responsables politiques, essayons d'avoir un peu d'imagination, je le cite. Et il dit surtout, avec cet argument toujours sur « il ne faut pas taxer, sinon il va y avoir de l'évasion fiscale », c'est ce qu'on entend énormément par rapport aux taxes.

Il dit « la vraie justice, ce n'est pas d'aller taxer total, la vraie justice, c'est de faire un taux minimal à l'impôt sur les sociétés pour les grandes multinationales pour éviter l'évasion fiscale ». Donc on voit qu'il y a plusieurs sujets qui sont en train de se mêler dans ces arguments. Est-ce que vous pouvez nous expliquer un petit peu tout ça ?

13:05
Invité

On va essayer de reprendre argument par argument, parce qu'il y en a plusieurs. Déjà, ce n'est pas soit la taxe exceptionnelle sur les profits de crise ou l'impôt minimum, c'est les deux. C'est juste que les deux mesures répondent à des enjeux différents. L'impôt minimum pour les multinationales, en théorie, il vise à limiter la concurrence fiscale déloyale. Donc on empêche d'avoir des pays qui baissent de plus en plus leur impôt sur les sociétés et qui incitent d'autres pays comme la France à continuer de baisser l'impôt. Cet impôt, il a été discuté au niveau international, au niveau de l'OCDE, il y avait 140 pays dans les discussions.

Les négociations ont abouti à un taux de 15% avec pas mal d'exonérations. La France, par ailleurs, n'a pas été le pays le plus ambitieux pendant ces négociations. Il supportait, il soutenait un taux qui était plus proche du taux de l'Irlande, qui était autour de 12,5%. Et lorsque les États-Unis, eux, lorsque Joe Biden a été élu et proposait un taux de 21%, la France n'a pas soutenu la mesure de Joe Biden très activement et se sont plutôt rangés derrière ce que demandaient les paradis fiscaux, c'est-à-dire un taux un peu plus bas. Donc, en théorie, un taux d'impôt effectif haut, sans exonération, c'est une bonne mesure. Ça permet de lutter contre la concurrence fiscale déloyale.

Là, on est sur un autre sujet. On est sur un sujet où on a un petit nombre d'entreprises qui sont en position dominante sur certains marchés et qui, du coup, en profitent pour augmenter leurs bénéfices, qui spéculent quelque part sur le dos de la crise. Donc, ce n'est pas de la concurrence fiscale déloyale, de pays, de paradis fiscaux. On est sur des entreprises qui profitent de la crise, qui spéculent sur la crise. Et donc, cette mesure de mettre en place un impôt exceptionnel sur les profits de crise, ça permettrait de limiter cette spéculation. Donc, premièrement.

Deuxièmement, le fait de dire que les Français veulent répondre à chaque fois à un problème par une taxe, c'est un peu ironique, sachant que depuis le début, premier mandat Macron, la solution qui a été trouvée à tous les problèmes par le gouvernement, c'est plutôt de baisser les impôts, y compris quand ça n'a rien à voir. Alors, on nous a dit, on va supprimer l'ISF pour relancer l'investissement. On a eu trois rapports d'évaluation de France Stratégie, qui est un organe qui est sous Matignon, qui a dit, ça n'a servi à rien pour relancer l'investissement productif. Pendant la crise, on nous a dit, l'enjeu, c'est de baisser les impôts de production, ça n'avait absolument rien à voir.

Le problème, c'est qu'effectivement, en France, on a des impôts qui sont élevés, mais dans le même temps, on a beaucoup de subventions aux entreprises. On a 140 milliards d'euros d'aides aux entreprises qui sont versées tous les ans. C'est des aides qui sont très peu transparentes. On a très peu de contrôle, notamment des députés, sur l'utilisation de ces aides. Et au final, lorsqu'on regarde vraiment la participation effective des entreprises en matière d'impôts, elle n'est pas forcément plus importante que les autres. En termes de taux effectifs, on a des grandes entreprises françaises qui sont plutôt autour de 14, 15, allez, 16% de taux effectifs.

Payé, c'est moins qu'une PME française, et c'est plutôt dans la moyenne européenne. Si on regarde, on part de PIB, pareil, l'impôt sur les sociétés, c'est environ 2% du PIB français. C'est plutôt même dans la moyenne basse en termes de pays de l'OCDE. Donc, c'est pas forcément un argument très, très tenable. Mais surtout, on a l'impression que ce gouvernement utilise cet argument quand ça l'arrange. Parce que de l'autre côté, quand on dit qu'il y a trop d'inégalités, on a un gouvernement qui nous dit « Ah oui, mais on a besoin des impôts pour financer notre système social, notre système de redistribution.

» Et c'est vrai, on a un système de redistribution qui permet de faire sortir 5 millions de personnes de la pauvreté. C'est bien, c'est très bien. Le problème, c'est que ce système de redistribution, il est sous pression depuis plusieurs années. Parce qu'on baisse les impôts des plus riches, parce qu'on baisse les impôts des grandes multinationales et qu'on transfère la responsabilité fiscale sur les classes moyennes et sur les classes populaires. Donc, tout l'enjeu aujourd'hui, c'est pas de dire « Il faut plus ou moins d'impôts ». C'est à qui on demande de faire des efforts pour financer notre modèle social.

16:43
Présentateur

Justement, c'est l'argument de éviter l'élévation fiscale. Ça me fait penser à Maxime Combin qui a révélé sur le média indépendant « Basta » il n'y a pas longtemps que le groupe Total n'avait pas payé d'impôts sur les sociétés en France ni en 2019, ni en 2020. Alors, en 2020, ça s'explique un peu, mais je vais vous laisser le dire. Vous êtes spécialisé, comme je disais, dans la lutte contre l'élévation fiscale. Est-ce que là, ça en est ? Et comment on peut en arriver là ?

17:04
Invité

C'est pareil, on n'a pas encore les éléments effectifs vraiment pour prouver qu'il y aurait eu de l'évasion fiscale de la fraude fiscale, mais il y a un faisceau d'indices qui est problématique au mieux. Alors, 2020, vous le disiez, année de crise, effectivement, on ne s'attend pas à ce qu'il y ait un montant d'impôts payés extrêmement fort. Et puis, de fait, le pays était à l'arrêt, donc il y a eu peu de consommation d'essence dans les stations. 2019, pas d'impôts, mais ce n'est pas la seule année. Entre 2011 et 2015, si je ne dis pas de bêtises, Total n'a aussi pas payé d'impôts en France.

L'argument qui est avancé, généralement, c'est dire, oui, mais l'activité principale, le Total, ce n'est pas en France, c'est à l'étranger, c'est là où il y a des puits de pétrole ou de gaz. Alors, c'est vrai, c'est la majorité de leur activité, mais ils ont quand même 20% de leur chiffre d'affaires en France, ils ont 35% de leurs employés en France. Donc, il y a une activité, l'activité, c'est de la vente de produits raffinés, c'est de la vente d'essence, et ce n'est pas normal que cette vente d'essence, alors qu'on est dans une année où il y a eu un boom de la consommation, qu'il n'y ait pas d'impôts qui soient payés par rapport à cette vente.

Donc, c'est un sujet à suivre, on n'a pas encore l'ensemble des éléments, mais ça pose question, et malheureusement, ce qui se passe, ce n'est pas un phénomène qui est limité à Total, c'est qu'on a une déconnexion de plus en plus grande entre l'endroit où les multinationales ont leur activité économique réelle, réalisent leur chiffre d'affaires, ont des employés, et l'endroit où elles enregistrent leurs profits. Ce qui se passe, c'est qu'elles délocalisent leurs bénéfices dans des paradis fiscaux. Ce n'est pas un phénomène marginal.

Si on écoute un économiste comme Gabriel Zucman, il y a 40% des bénéfices réalisés à l'étranger par les multinationales qui seraient délocalisés dans les paradis fiscaux. C'est une manière d'éviter de payer des impôts dans des pays où il y a une activité économique réelle.

18:42
Présentateur

On se dit que Total, c'est quand même un ponte des entreprises, des multinationales françaises, etc. Comment on peut en arriver là ? Comment c'est possible que ce soit réalisable, en fait ?

18:52
Invité

C'est des manœuvres qui sont totalement légales, qui reposent sur des règles qui sont totalement obsolètes. C'est-à-dire que les règles qui gouvernent la taxation des multinationales, elles ont été édictées dans les années 20. Elles n'ont rien à voir avec la manière dont sont organisées les multinationales aujourd'hui. Et c'est relativement facile pour une multinationale aujourd'hui délocalisée dans un paradis fiscal. Vous mettez une filiale là-bas, vous versez une redevance là-bas et vous montrez que c'est à peu près au prix du marché, ce qu'on appelle un prix de transfert.

Il y a une marge de manœuvre dans la compréhension des prix de transfert et ça permet de faire remonter des bénéfices dans un endroit où c'est très peu taxé. Pour prouver qu'il y ait de la fraude, il faut prouver que ce transfert de bénéfices ne soit pas comparable avec ce qui existe sur le marché actuellement. Sauf que très souvent, ce qui se passe, c'est que les entreprises utilisent un peu des marges de manœuvre pour dire oui, mais on ne peut pas exactement comparer notre activité à ce qui se passe sur le reste du marché.

Tout ça pour vous dire que ce sont des manœuvres qui ne concernent pas que Total, ce sont des manœuvres qui sont au centre des stratégies d'évasion fiscale des grandes multinationales. C'est pour ça que des ONG comme Oxfam, mais pas que, nous demandons une remise à plat des règles de la fiscalité internationale et ce qu'on demande, c'est notamment que les entreprises soient taxées en fonction de leur activité économique réelle, là où elles réalisent leurs ventes, là où elles ont des actifs, là où elles ont des employés parce que c'est un signe de l'activité économique et ce n'est pas à elles de décider où est-ce qu'elles enregistrent leurs bénéfices.

20:07
Présentateur

Alors maintenant, la question des super profits, Bruno Le Maire, il veut un peu nuancer ce terme, il dit qu'il faut faire attention quand on emploie ce terme. Donc on l'avait dit, mais Total annonce plus de 17,7 milliards d'euros de profits sur le premier semestre 2022. Est-ce que là, on n'y serait pas un peu dans les super profits ?

20:21
Invité

Alors pour comparer avec les autres années, moi j'ai les chiffres en dollars. Si sur le premier semestre, on est sur du 18 milliards, sur les années précédentes de la crise, on était environ à 10 milliards sur l'ensemble de l'année.

20:31
Présentateur

C'est plus que l'ensemble de l'année en un semestre.

20:33
Invité

C'est plus que l'ensemble de l'année dernière, mais c'est plus que l'ensemble de toutes les années avant la crise. Donc on voit qu'il y a une augmentation de ces bénéfices. Est-ce que ça correspond à une augmentation de l'activité de Total par rapport aux années pré-crise ? Non. Est-ce que ça correspond uniquement à la hausse des prix du baril ? Manifestement non, puisqu'on avait eu des variations du baril assez importantes, notamment en 2015-2016.

Donc on voit bien qu'il y a un problème, il y a une marge qui est faite quelque part et toute la question, c'est de dire est-ce qu'on va laisser Total faire des marges totalement indécentes quand dans le même temps, on demande aux Français de se serrer à la ceinture, on leur demande de faire des efforts et on leur demande de payer finalement la facture de la crise.

21:07
Présentateur

Finalement, plutôt que d'instaurer une taxe, Elisabeth Borne, notre Première Ministre, préfère demander aux entreprises d'aider les Français. Aurore Berger, présidente du groupe parlementaire Renaissance, met en avant l'urgence.

21:17
Invité

La position qui est la nôtre, c'est quoi ? C'est de dire qu'on a en effet des entreprises, et le Président de la République l'a dit, qui vraisemblablement réalisent des profits supplémentaires liés aux effets de la crise. Et c'est ça qui aujourd'hui est inacceptable pour les Français. La question, c'est qu'est-ce qu'ils font de ces profits supplémentaires ? Ce qu'on veut, c'est quoi ? C'est un, que les salaires augmentent dans ces entreprises. Deux, que les prix baissent sans que ce soit au détriment, par exemple, de nos agriculteurs quand il s'agit de la grande distribution. C'est ça qui doit être réalisé.

Une taxe, si c'est une menace quelque part, c'est de dire à ces entreprises, si vous n'êtes pas en capacité de redistribuer la valeur supplémentaire que vous avez réussi à engranger du fait d'une situation exceptionnelle et du fait de la crise, alors, pourquoi pas ? Mais, commencez par mettre la taxe plutôt que d'avoir d'abord de la redistribution en matière de salaire et de la redistribution sur de la baisse de prix. Moi, je pense qu'il vaut mieux tout de suite que ça protège le pouvoir d'achat des Français. Il vaut mieux tout de suite payer son essence moins cher pour partir en vacances avec ses enfants.

Il vaut mieux tout de suite payer moins cher quand on va au supermarché plutôt que d'espérer le produit d'une taxe dans un an, dans deux ans. Alors, est-ce que ces arguments, ils tiennent pour vous ? Du coup, il y a deux arguments qui sont donnés. Il y a un, le fait de dire que la taxe, ça ne ferait pas forcément baisser les prix, ça ne rendrait pas forcément l'argent aux Français. Deux éléments là-dessus. La première, c'est que cette taxe, si on la met en place, ça inciterait, Total notamment, à baisser ses prix puisque du coup, ça leur permettrait d'éviter de payer l'impôt et du coup, ça aurait un impact directement sur le pouvoir d'achat des Français.

Deuxièmement, les recettes de cette taxe, si Total n'en venait pas à baisser les prix, ils pourraient effectivement arriver directement dans la poche des Français. Deuxièmement, sur la temporalité de cette taxe. C'est un peu problématique d'entendre cet argument de la part du gouvernement et de la majorité étant donné qu'eux-mêmes ont refusé de discuter et de voter cette taxe qui était discutée dans le cadre du projet de loi de finances rectificatives comme vous disiez en début de vidéo. Un projet de loi de finances rectificatives, ça s'applique sur cette année. Donc c'est sur l'année 2022.

C'est-à-dire que ça taxerait les bénéfices de Total dès 2022 et ça serait disponible pour les finances publiques pour prévoir des aides dès cette année. Dès la fin de l'année, on pourrait mettre en place des aides ciblées. Donc ces deux arguments simplement ne tiennent pas.

23:20
Présentateur

Donc l'OCDE et Bruxelles encouragent la taxation des super profits. L'Italie et le Royaume-Uni la mettent déjà en œuvre. L'Espagne va le faire. Pourquoi ? Ça bloque autant chez nous en France.

23:29
Invité

Et ce n'est pas les seuls pays. D'ailleurs, il y a la Roumanie, la Grèce, la Hongrie. Si on sort de l'Europe, il y a le Pakistan, il y a l'Inde, il y a le Chili, la Zambie. Donc on voit que ce n'est pas un sujet juste européen. Et quelque part, on a une forme de dogmatisme de la part du gouvernement qui dit qu'il ne faut surtout pas augmenter les impôts. Alors on est dans une situation où on a des entreprises qui sont en position dominante pour augmenter les prix. On pourrait même dire que ça fait partie de leur logiciel économique normalement de dire il faut de la concurrence, la rente, ce n'est pas bien. Ce n'est pas normal d'avoir une entreprise qui augmente les prix.

C'est mauvais pour le consommateur. Donc c'est un véritable problème dogmatique de blocage idéologique de la part du gouvernement. Et on le voit bien parce que même dans leur propre rang, il y a des députés qui pendant un temps se sont dit c'est une bonne idée. Alors ils ont reculé sous la pression de leur propre gouvernement. Mais le sujet n'est pas terminé, il n'est pas clos. Ça va revenir au niveau du prochain débat budgétaire. On a y compris Olivier Grégoire, ministre du gouvernement, qui dit si d'ici là le sujet n'est pas réglé, on pourra en rediscuter. Donc on voit que même eux ne sont pas totalement à l'aise avec leurs arguments. Ce n'est pas encore hyper stable et arrêté comme idée.

Mais effectivement, il va falloir s'y mettre et s'y mettre vite pour s'attaquer aux profiteurs de crise.

24:39
Présentateur

Merci beaucoup Quentin Marinello d'être venu pour cet instant écho. On avait plein de choses à comprendre avec tous ces discours qui gravitent un peu autour de nous. Merci beaucoup d'avoir suivi cet instant écho. Et si le média tient, c'est grâce à vous qui avez choisi de soutenir un média indépendant et une information différente. Rendez-vous sur lemediatv.fr slash soutien. Nous sommes ravis de décrypter l'actualité avec nos invités et vous, chaque semaine en ce mois d'août. Merci de toujours nous suivre pour tous vos commentaires et vos pouces en l'air sous les vidéos. Spectateurs, abonnés, donateurs et sociaux, je vous dis à la semaine prochaine. Sous-titrage Société Radio-Canada

25:11
Locuteur

Sous-titrage Société Radio-Canada