Canicule, plan d'urgence, nucléaire... Le "8h30 franceinfo" de Clémence Guetté
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Clémence Guettet et merci d'être avec nous ce matin sur France Info. On va parler avec vous d'un certain nombre de sujets, la campagne présidentielle. Bien sûr, vous avez votre candidat Jean-Luc Mélenchon. On va parler, pour commencer, évidemment de la canicule de ses aspects politiques parce que c'est aussi devenu un sujet politique. Mais d'abord, évidemment, les dernières informations, c'est le système de santé, le système hospitalier présenté comme en difficulté, notamment en région parisienne. Vous qui êtes députée du Val-de-Marne, avez-vous des éléments sur la manière dont ça se passe dans votre département ?
J'ai des éléments sur la manière dont ça se passe dans mon département, sur les hôpitaux publics, les écoles, les travailleurs. Mais à l'hôpital, quelle est la situation ? Il y a, de manière générale, le sentiment qu'il y a toujours une impréparation, une découverte. Alors même que la dernière canicule, c'était au mois de mai, elle n'est pas du fait des soignants, par exemple, pour prendre le sujet de la santé comme vous m'y invitez, elle est du fait du gouvernement.
C'est-à-dire que si, à chaque budget, nous disons qu'à force de coupes dans les services publics, les services publics ne seront prêts à affronter aucune des situations que nous allons devoir affronter, notamment du fait du changement climatique, ce n'est pas pour rien. Et là, on s'y retrouve. Moi, j'ai visité les urgences de Créteil, hors période de canicule. C'était déjà absolument catastrophique du fait du manque de lits, du fait du manque de soignants, avec des fenêtres qui ne ferment pas, avec des soignants qui n'ont plus les lumières qui fonctionnent, donc qui doivent piquer avec le flash de leur téléphone pour faire les injections.
Non, mais ça, c'est la situation de l'hôpital en temps ordinaire. Donc là, en période de canicule, évidemment, c'est une catastrophe.
Hôpitaux qui, pour certains, ont 30, 40, parfois plus, années. Tout n'est pas dû à ce gouvernement actuel, qui a d'ailleurs annoncé plusieurs centaines de millions d'euros pour contribuer à la rénovation.
C'est rien. Vous savez très bien que c'est rien. 100 millions d'euros, c'est absolument rien pour la rénovation thermique des bâtiments. On devrait parler en milliards. Et puis surtout, je ne blâme pas spécialement ce gouvernement. Je blâme le macronisme. Et ça, vous me l'accorderez, ce n'est pas les derniers mois, c'est les dix dernières années. Donc, on se retrouve dans une situation où, notamment pour la rénovation thermique des bâtiments, absolument rien n'a été fait. C'est-à-dire qu'il y a eu ma prime rénov' pour les particuliers, puis ensuite les budgets qui ont été gelés, puis ensuite ça a été remis.
Ce sont quand même des dispositifs qui ont été créés par ces gouvernements.
Mais encore heureux, au rythme actuel de rénovation thermique de la Macronie, il nous faudrait plus de deux siècles pour réussir à isoler les bâtiments. Donc, on est extrêmement en retard. Donc, il faut aider à la fois les particuliers. Et puis, pour tout ce qui est infrastructure publique, il faut des moyens rapidement, et vraiment rapidement. Et par ailleurs, on parle très souvent du coût de, par exemple, la rénovation thermique sur les bâtiments, ou les moyens dans l'hôpital public, on vient d'en parler. On ne parle jamais du coût du malheur, si je puis dire, et du changement climatique.
C'est-à-dire qu'en matière de santé, en matière de productivité en travail, toute cette multiplication des canicules va coûter extrêmement cher. Donc, y compris très cyniquement, budgétairement, il faut investir maintenant.
Un des débats du moment, c'est l'installation ou non de la climatisation. Vous avez annoncé un plan anti-canicule. Vous dites qu'il faut l'installer dans tous les hôpitaux, tous les EHPAD, toutes les écoles. Ça va coûter combien, cette installation ?
Je le disais, en fait, nous, on demande un projet de loi d'urgence, c'est-à-dire ce qu'on appelle un PLFR à l'Assemblée nationale.
Un projet de loi de finances rectificative.
Pour ne pas attendre le prochain budget. On sait d'ailleurs que, politiquement, le prochain budget va être à nouveau très compliqué à faire passer. Donc là, il nous semble que cet état d'alerte dans lequel est le pays, parce que les gens souffrent, c'est quand même ça notre premier sujet, il faut s'en saisir pour qu'enfin l'urgence climatique... Et pardonnez-moi, la question était plus l'heure. J'y arrive, j'y arrive. La rénovation thermique des bâtiments, on parle sur plusieurs années, mais c'est 5 milliards par an, par exemple. Ça, c'est un des postes de dépense. Et donc, nous, on estime...
Et la climatisation, vous l'avez chiffré ?
Nous, on estime que pour notre plan d'urgence, c'est-à-dire juste rendre vivable la canicule, il faut plus de 20 milliards d'euros.
Et ça comprend quoi, ça rendre vivable la canicule ?
Ça comprend faire des îlots de fraîcheur urbain absolument partout. Ça comprend le début du lancement de la climatisation dans les EHPAD, les hôpitaux publics et les établissements scolaires. Parce que là, on est dans une situation où 90% des hôpitaux... Pardon, 25% des hôpitaux, des établissements de santé, de manière plus large, ne sont pas climatisés. 90% des EHPAD et 93% des écoles. Donc là, l'urgence, c'est de permettre aux gens que ce soit vivable.
Et à quelle échéance, pardonnez-moi, là encore, rénover, mettre des clims dans des écoles, effectivement, on voit qu'il y a quand même des écoles qui ont commencé à être rénovées. Alors, je vous concède que c'est peu, que c'est balbutiant. Ça ne peut pas se faire en quelques mois. Non, bien sûr, mais... C'est sur combien d'années que vous envisagez ce plan ?
C'est sur plusieurs années, mais ce que je veux dire, c'est que la puissance publique, quand elle décide de faire des choses, d'y mettre les moyens et de le faire rapidement, elle peut le faire aussi. Donc là, avec le macronisme, je peux vous le dire, ça se compte en siècles. Voilà, ça ne sera pas fait. Heureusement, il y a une échéance présidentielle en 2027, et donc nous, on estime qu'il faut un plan d'investissement de milliards d'euros, à nouveau, c'est sur 5 ans. On parle d'un mandat pour climatiser l'ensemble...
Tous les services publics essentiels qu'on a cités seront climatisés. Exactement.
En fait, l'urgence, c'est de protéger les personnes les plus vulnérables. On sait qu'il y a 7% de plus d'infarctus pendant les périodes de canicule, 70% de plus d'insuffisance rénale. Dans les écoles de matières conscriptions, il y a des classes qui sont fermées, donc des parents qui sont en galère, mais il y a aussi des malaises d'enfants et d'enseignants dans les écoles. Donc c'est une urgence.
Justement, au niveau de l'école Roland Lescure, le ministre de l'économie a salué ce matin le déblocage de 80 millions d'euros par EDF pour équiper les établissements les plus exposés en petits climatiseurs. C'est une bonne nouvelle ?
C'est un pansement sur une jambe de bois. En fait, ce que je déplore, c'est qu'à la fois cette canicule nous permette de parler de changement climatique et à la fois, vous venez de me parler de Lescure, mais M. Attal a découvert que les écoles françaises n'étaient pas climatisées. Je rappelle que cet homme a été ministre de l'éducation nationale et premier ministre de notre pays. Donc cette impréparation, elle est criminelle en certains sens.
On vous parlait de la climatisation comme si ça allait de soi, que c'était une bonne chose dans les écoles. Aujourd'hui, c'est le jour du brevet des collèges. Il y a beaucoup de collégiens qui souffrent de la chaleur dans les établissements. Jean-Luc Mélenchon a évoqué la question cette semaine de la climatisation dans les établissements et voici ce qu'il a dit. On l'écoute.
C'est le truc qu'il ne faut pas faire. Climatiser partout, ça veut dire augmenter les dégâts. Moi, je ne mets pas mon gosse ou ma petite-fille ou mon arrière-petite-fille là où c'est de la clim du matin au soir.
Moi, je ne mets pas mon gosse là où il y a de la clim du matin au soir. Est-ce que vous, Clémence Guettet, vous mettriez vos enfants dans un établissement climatisé ? Est-ce que c'est un problème ou au contraire une solution, même si c'est du court terme ? C'est une solution d'urgence.
Ça n'empêche pas qu'il faut rénover thermiquement les bâtiments et permettre de s'adapter.
Pardonnez-moi, mais on ne les comprend pas.
Je vais y venir. Il répondait à Mme Le Pen. Mme Le Pen et tout le Rassemblement national dans son enterté qui, depuis quelques jours, nous dit on va mettre de la clim partout, c'est la solution.
Pardonnez-moi, sur les services publics, ils disent à peu près la même chose que vous.
Oui, sur les services publics, mais c'est toute la différence. La clim partout. Écoutez ce que je vous dis. Ça veut dire qu'il y a une étude du CNRS, par exemple, qui a montré que si on climatise absolument tout dans une ville, ville fictive, on peut augmenter la température dans cette même ville de plus 2,4 à plus 3,6 degrés. La climatisation, c'est une maladaptation parce que c'est une solution d'urgence, parce que rien n'a été fait.
Dans votre plan d'adaptation, vous parlez même d'un privilège pour parler de la climatisation. Bien sûr, c'est un privilège.
Je suis sur votre plateau, je ne souffre pas trop. Vous non plus, vous ne souffrez pas trop. En ce moment, chez moi, je ne dors pas, mais comme la plupart des gens.
Et donc vous dites aux gens qui hésitent à s'équiper, par exemple, il ne faut pas le faire ?
Non, mais bien sûr. Je dis aux gens d'essayer de survivre parce que ce gouvernement est responsable de la situation. Et ça peut vous faire rire, mais moi, ça ne me fait pas rire du tout. Je suis dans l'opposition. Non, mais si vous venez d'esquisser un sourire. Non, juste parce que j'essaie de vous poser une question, Clémence Gaté. Je réponds à vos questions, j'essaie d'y répondre. Ce gouvernement est coupable du fait que 9 millions de personnes dans notre pays sont dans des brouilloires thermiques, que ça fait une semaine qu'ils ne peuvent pas dormir la nuit et qu'ils se demandent comment survivre et passer à la prochaine journée. On parle de ça.
Si vous me permettez de vous poser une question, la France est équipée à moins de 30% en climatisation. On était ce matin sur France Info en Thaïlande du côté de Bangkok.
J'aurais bien aimé répondre davantage sur la citation de Jean-Luc Mélenchon, mais peu importe.
On va pouvoir y revenir. Du côté de Bangkok, c'est par exemple 80%. L'Italie, c'est 60%. L'Espagne, c'est un petit peu moins. Ça doit être autour de 45%. Ces pays sont mal adaptés ?
Bien sûr. Mais je veux dire, ça n'est pas moi qui l'invente. C'est une vérité scientifique. Je viens de vous parler d'une étude du CNRS. Si on met de la climatisation partout, on augmente le problème. Sur la climatisation, il y a plusieurs pistes de réflexion. D'abord, il faudrait soutenir la recherche. Vous savez, il y a ces gaz qui sont dans les climatisations de moins en moins. Mais malgré tout, ils sont...
Qui seront bientôt interdits par la Commission européenne.
Qui, eux-mêmes, ont participé pendant très longtemps d'augmenter le changement climatique. J'ai vu une étude qui montrait qu'il y avait des chercheurs qui s'intéressaient aux fibres de caoutchouc pour faire des climatisations plus écologiques. Je sais que, par exemple, à l'Assemblée nationale, comme dans d'autres grandes villes, nous sommes reliés à un réseau de fraîcheur urbain. C'est la même chose qu'un réseau de chaleur urbain. C'est de l'eau, cette fois-ci, froide, qui passe dans des tuyaux, qui permet de refroidir la chose. Donc, il y a des solutions auxquelles on peut penser. Et puis, je le redis, il faut sortir de cette urgence.
C'est-à-dire que là, tous les responsables politiques, franchement, sont affligeants. C'est-à-dire, nous disent, foutons de la clim partout, comme si ça se faisait en un tour de main. Les gens seront...
En même temps, vous dites qu'il faut mettre des clims dans les écoles sous 5 ans partout.
Mais en urgence. Sauf que moi, je l'adosse à des solutions de long terme. Ce que, évidemment, l'extrême droite ne fait pas, puisqu'elle est climato-sceptique. Ça veut dire que, par exemple, pour le bâti, il faut changer notre façon de bâtir. C'est-à-dire, longtemps, ça a fait sourire les gens, quand nous avons parlé des habitations en bois, terre, paille. Ce sont d'autres matériaux que le béton qui garde la chaleur, etc.
Mais les immeubles osmaniens de Paris, par exemple, vous n'allez pas les remplacer par...
Merci, monsieur. Mais essayons d'élever le débat, si vous voulez bien que je n'y participe pas toute seule. Essayons ensemble. C'est en ville que la question se pose principale. Je viens de vous parler des réseaux de fraîcheur urbain. Le fait est qu'il existe des solutions autres que la climatisation, qui, elle-même, participe du réchauffement climatique.
Cette rénovation urbaine, elle coûte très cher. Vous proposez le congé climatique. La mise en place est estimée en fonction des calculs entre 600 millions et 1 milliard. Il ne vaut pas mieux mettre cet argent, justement, dans des plans de transition, de rénovation du bâti ? Les deux.
On a beaucoup de choses à faire et de manière concomitante parce qu'on a pris énormément de retard. Ça veut dire qu'il faut des mesures d'urgence. On vient d'en parler assez longuement sur la rénovation thermique des bâtiments. Mais aussi, par exemple, pour les travailleurs. Vous avez regardé notre plan canicule qu'on a sorti avec le groupe parlementaire. Pour les travailleurs, par exemple, nous proposons un droit de retrait. Quand il fait plus de 33 degrés sur le lieu de travail, on ne peut pas mettre sa santé en danger. Moi, je pense au jeune homme qui, travaillant sur les toits pendant la canicule du mois de mai, a 19 ans et décédé du fait de la chaleur. Voilà.
On ne peut pas permettre ça dans notre pays. Donc, il y a ce type de mesures d'urgence. Et puis après, il y a des mesures de plus long terme, en effet, qu'il va falloir mettre en place pour s'adapter durablement à ces conditions climatiques. Dans un contexte budgétaire contraint. Oui. Dans un contexte budgétaire contraint. Mais je redis ce que j'ai dit au début de notre interview. Les assureurs, Allianz, par exemple, qui, sans doute politiquement, ne sont pas exactement dans la même optique que moi vis-à-vis du changement climatique. Mais disent eux-mêmes, en baisse de productivité des travailleurs avec les vagues caniculaires, en 2100, il y en aura dix fois plus qu'aujourd'hui.
Donc, il faut s'adapter. Ils disent que ça va nous coûter 210 milliards d'ici à 2030. Il y a une autre étude qui montre que pour le système de santé, c'est 5 milliards par an, en plus, les insuffisances rénales, les gens qui sont hospitalisés et tous les morts dont on ne parle pas. Moi, je pense énormément en ce moment aux personnes qui sont sans-abri dans notre pays. Mon collègue Paul Vannier a eu deux décès avant-hier de personnes sans-abri dans sa circonscription. Nous avons visité des prisons, des gens qui dorment en ce moment à 50 degrés. Il y a 9 millions de personnes qui vivent dans des bouilloirs thermiques.
Il y a toutes celles et ceux qui sont en ce moment dans des conditions absolument inhumaines. Et sur le financement, donc, je viens de vous parler de coûts qu'on peut éviter. Et ensuite, oui, nous assumons un plan d'investissement et d'adaptation. Parce qu'en fait, c'est le défi majeur qu'on a devant nous. Et on en parle à chaque période budgétaire, mais de l'argent dans ce pays, il y en a. Quand M. Macron a enlevé l'ISF, il a fait la flag taxe, l'exit taxe, etc., nous perdons des milliards par an.
C'était 5 milliards, quelque chose comme ça.
Nous perdons plus de 20 milliards avec les trois mesures que je viens de vous citer. Donc, on peut trouver de l'argent pour faire ça.
Et nous sommes toujours avec Clémence Guettet, vice-présidente de l'Assemblée nationale.
Vous êtes aussi chargée du programme de Jean-Luc Mélenchon. On va continuer de parler de la canicule. Et il n'est impossible de parler de la lutte contre le réchauffement climatique sans parler de la sortie des énergies fossiles et aussi de la question de l'électrification des usages à la France insoumise. Vous êtes pro-sortie de l'énergie nucléaire. On a appris cette semaine que trois réacteurs sont à l'arrêt en France à cause de la canicule, au bord de la Garonne, à Golcesse, à buger dans l'Ain. Est-ce que vous y voyez une confirmation de votre position ?
Oui, malheureusement, mais sans aucun triomphalisme, parce qu'en fait, c'est absolument terrible. On a dans notre pays beaucoup misé sur le nucléaire. Du coup, on a une énergie qui, certes, est décarbonée, mais qui n'est pas moins dangereuse par certains aspects. Nous avons dit qu'avec le changement climatique, avec les épisodes de canicule, les fleuves, le réseau d'eau, de manière générale, qui est indispensable au refroidissement de ces centrales, étaient menacés. Et donc, consubstantiellement, cette technologie était menacée pour ce qui est du très longtemps. Donc oui, en effet, nous sommes pour sortir du nucléaire.
On a arrêté ces réacteurs, parce que l'eau était effectivement... On ne peut pas se permettre, au niveau de l'environnement, de trop réchauffer l'eau des fleuves. Mais la plupart des réacteurs ne fonctionnent pas forcément selon ce principe-là. D'autres se refroidissent selon d'autres systèmes. Par exemple, Golfech. Selon RTE, le réseau électrique n'est pas menacé aujourd'hui. Il n'y a pas de danger. Par exemple, Golfech.
Il y a une tour de refroidissement, qui justement est censée être une technologie qui permet d'éviter ce type de risque. Golfech, vous l'avez dit, il y a un réacteur qui est à l'arrêt. Donc on voit bien que cette technologie, elle n'est pas résiliente.
Parce que sur une centrale, il y a plusieurs types de réfrigérations des réacteurs.
Elle n'est pas résiliente sur le temps long. 2019, parce que c'est plus facile de parler d'il y a quelques années, on a plus de recul sur ces périodes de canicule. 2019, c'était l'équivalent en réacteurs nucléaires arrêtés de 10% de la consommation électrique française du pays. On voit bien que ce n'est pas un petit sujet, ce n'est pas anecdotique. Donc nous, ce que nous disons, au moment où il y a tous ces débats en tant que parlementaires, nous sommes invités à réfléchir au fait que nous allons réinvestir des milliards et des milliards puisque nous arrivons à la fin de vie de la plupart des réacteurs et des centrales, ce qu'on appelle le grand carénage. Donc il faudrait remplacer ça.
On sait que les réacteurs prévus ne vont pas entrer en activité avant plusieurs années, 10 ans, 15 ans, dans le meilleur des cas. Parce qu'on sait aussi que ces projets-là prennent du retard. 2036 pour le prochain EPR 2. Exactement. Et donc on sait que les énergies renouvelables sont plus rapides à déployer si on accompagne les filières. Et ça, il va falloir le faire franchement en France. J'ai travaillé beaucoup sur cette question des filières industrielles d'énergie renouvelable. On est complètement à la ramasse et on a laissé fermer les dernières industries photovoltaïques.
Aujourd'hui, on préfère acheter des panneaux solaires en Chine et des moteurs d'éoliennes en Chine.
Et en Allemagne.
Et en Allemagne, plutôt que d'avoir une industrie nucléaire sur laquelle on est souveraine.
Plutôt que d'acheter nous-mêmes ou de produire nous-mêmes les énergies renouvelables.
Vous ne pourrez pas faire ça en quelques années.
Il y a quand même un petit hiatus dans votre raisonnement. C'est que les deux dernières usines de panneaux photovoltaïques françaises, c'est Macroni qui les a laissés fermer. C'était il y a quelques mois pour la dernière. Donc, investir là-dessus en accompagnant avec la puissance publique des aides de l'État qui, pour le coup, permettent de créer des emplois et permettent de produire en France des panneaux photovoltaïques et des pales d'éoliennes, ce serait la chose la plus intelligente à faire.
C'est ce que nous, nous allons faire. L'énergie nucléaire aujourd'hui, elle nous permet d'avoir une énergie majoritairement décarbonée. Elle nous permet d'être souverains. Elle nous permet aussi d'accompagner l'électrification des usages, les voitures électriques, l'éclimatisation dont on parlait à l'hôpital ou dans les écoles. Est-ce que, sans passer, finalement, aujourd'hui, ça ne relève pas plus du dogmatisme que du choix stratégique ? Moi, je vous trouve extrêmement enthousiaste.
Alors, j'aimerais bien être à votre place et trouver ça absolument merveilleux. Mais moi, ce que je vois, c'est qu'il y a des risques de résilience de cette technologie. Souverain, l'uranium, excusez-moi de vous dire qu'on ne l'extrait pas en France. Les déchets nucléaires, on a des gros problèmes pour qu'est-ce qu'on va en faire pour les centaines de milliards d'années à venir.
C'est mieux que le gaz, c'est mieux que le charbon.
Et par ailleurs, c'est rarement demandé aux responsables du Rassemblement national, mais clim partout, voitures électriques, électrification des usages en totalité.
Je ne crois pas que le Rassemblement national soit pour l'électrification des usages en totalité.
Alors, d'aujourd'hui, nous ne savons pas produire suffisamment d'énergie pour faire face à tous ces usages et, en même temps, pouvoir faire un mix qui passe à l'énergie renouvelable.
Et donc, pourquoi ne pas être en faveur de la promotion des énergies renouvelables, ce que vous faites d'un côté, et de l'autre, de garder une part de nucléaire dans ce qu'on appelle le mix énergétique ?
Pour l'instant, garder une part de nucléaire, je vais vous le dire, nous n'avons pas le choix.
Demain, Jean-Luc Mélenchon est élu à l'Élysée. La construction des 6 EPR2 qui a été annoncée, les projets sont lancés, même si la construction n'a pas démarré. Elle est stoppée par Jean-Luc Mélenchon ?
Eh bien, nous, nous avons assumé à un moment de dire que nous ferions appel au peuple des référendums sur ces questions, à l'Assemblée nationale, c'était au moment du nouveau Front populaire. Et puis, il y a aussi une chose... Non, mais Jean-Luc Mélenchon est revenu sur cette question du référendum en disant qu'il n'y avait pas... Je veux finir sur cette question, vraiment, c'est une question un peu complexe. Le mix énergétique, c'est à la fois une combinaison de décisions politiques, de politiques publiques qu'on prend immédiatement, et à la fois, il y a le temps de construction et le temps de mise en œuvre. Donc, on parle sur 70, voire une centaine d'années dans ces cas-là.
Ce que nous, nous disons, c'est que nous, arrivés au pouvoir, on va miser sur le 100% énergie renouvelable. On va faire avec la durée de vie des centrales existantes, mais arrive devant nous...
Vous ne fermerez pas de centrales.
Mais on ne peut pas, aujourd'hui, les fermer immédiatement quand on arrive. Et d'ailleurs, ça n'a jamais été dans notre programme. Dans notre programme en 2022, c'était finir avec le nucléaire en 2050. Vous vous rendez bien compte que nous sommes 5 ans plus tard.
Je pense peut-être à certains auditeurs qui ne sont pas favorables au nucléaire et qui se disent qu'en fait, tout ça, c'est de la belle promesse. Vous allez être au pouvoir et en fait, vous n'allez pas changer grand-chose. Et finalement, le nucléaire demeurera.
Non, mais attendez. J'espère que des auditeurs ne se disent pas ça et que c'est vous. C'est ce qu'on peut comprendre. Non, je suis navrée, mais j'essaye de vous... L'énergie, c'est un sujet que je connais bien. Donc, visiblement, je vous l'explique mal, mais c'est un sujet que je connais bien. Nous sommes à la fois en train de prendre des décisions de politique publique immédiate quand nous allons arriver au pouvoir en 2027 et à la fois, nous faisons avec l'existant et avec des investissements publics en milliards que nous avons enclenchés pour certains depuis 60, le plan Mesmer. Donc, on fait avec cet héritage-là. Donc, il y a la durée de vie des centrales.
Et je vous le dis, la durée de vie des centrales, ce n'est pas éternelle. Ce n'est pas moi, Clémence Guettet, qui l'invente. Il y a un moment donné où elles deviennent dangereuses. Et donc, oui, il faut les fermer progressivement. Je vous dis également que le temps de structurer une filière des énergies renouvelables, non, ça ne se fait pas en claquant des doigts et en deux mois, on passe au 100% renouvelable. Ça n'a jamais été écrit ainsi dans notre programme. Mais je vous réaffirme que, oui, notre ambition, c'est le 100% énergie renouvelable et que nous saurions pouvoir le faire. Je vous ai dit qu'en 2022, c'était 2050.
Et je vous inviterai, quand notre programme va sortir au moment de la rentrée du mois de septembre, à me réinviter pour que je vous donne à nouveau tous les détails du plan actualisé du fait du retard de la Macronie. Et juste, brièvement, les projets lancés, est-ce que vous les arrêtez ? Je ne suis pas en capacité de vous dire aujourd'hui, un, si des investissements trop conséquents ont déjà été réalisés. Ce que je vous dis, c'est que ma volonté politique, ce serait de ne pas les lancer. Parce que sinon, on se réembraye, on va dire, pour 60, 70 ans. Ces projets coûtent trop cher. Par ailleurs, il y a des surfinancements absolument systématiques et il y a du retard dans la mise en place.
Donc, si, avec les scientifiques, avec Negawatt, avec les scénarios RTE, on arrive à montrer, et ils sont en train de sortir maintenant, ces scénarios, donc ce n'est pas moi qui les invente, on arrive à montrer qu'on peut faire du 100% énergie renouvelable avant la fin de vie des centrales nucléaires, et donc le grand mur énergétique qui peut arriver devant nous, bien sûr, nous ferons du 100% énergie renouvelable et bien sûr, nous arrêterons ces projets de réacteurs. Parce qu'en fait, réellement, on se remet dans un problème que nous dénonçons sur les centrales existantes. C'est la même chose.
Est-ce que vous avez une idée de combien ça coûterait à la fois de mettre un terme, en quelque sorte, au nucléaire, même si on a bien compris qu'il ne s'agissait pas d'arrêter tout d'un coup, et par ailleurs... Mais ce n'est pas possible. On a bien compris. Et par ailleurs, d'investir massivement dans les renouvelables ?
Plusieurs dizaines de milliards d'euros. Et par ailleurs, je pense que c'est même sous-estimé, y compris dans les...
Avec ce que vous nous disiez au début, sur l'isolation maintenant sur les... C'est pas le même budget, oui. On est à plus de 50 milliards de dépenses.
Je peux même vous rajouter le budget de l'éducation nationale, le budget de la culture, le budget de la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, mais tout ça va faire beaucoup, beaucoup de dépenses. Ça s'appelle un budget de l'État. Donc oui, on fait beaucoup, beaucoup, beaucoup de dépenses. Dans notre programme de 2022, nous prévoyons un plan d'investissement sur 5 ans de 500 milliards d'euros. Je vous laisse faire des gros yeux ébahis, peut-être comme certains de vos téléspectateurs. L'Allemagne, l'Allemagne qui a cette réputation de rigueur austéritaire, etc., fait un plan de 1000 milliards sur 5 ans. Les grandes puissances, aujourd'hui, sont confrontées...
On n'a pas exactement les mêmes réserves financières que l'Allemagne. ... sont confrontées. Mais oui, mais... Sauf que le raisonnement économique des néolibéraux, qui consiste à faire des coupes budgétaires dans tous les services publics, année après année, produit aussi des coûts. Le coût du malheur, le coût de l'impréparation, et les Français le payent quotidiennement. Donc, excusez-moi de vous dire que leurs vieilles recettes continuent à nous donner des leçons alors qu'ils en sont à 1200 milliards de dettes supplémentaires avec les macronistes. Franchement, ils peuvent les garder pour eux.
Merci beaucoup, Clémence Rieté. Vous êtes vice-présidente de l'Assemblée nationale, députée du Val-de-Marne, et donc responsable du programme de la France Insoumise et de Jean-Luc Mélenchon. Merci, Camille Vigan-le-Quadre. Restez sur France Info. Merci, Camille Vigan-le-Quadre.
Clémence Guetté