Pourvu que ça dure - Ces Français qui n'ont pas peur d'investir en Bourse
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Cette émission vous est présentée par Tiqueo Capital, acteur mondial de la gestion d'actifs et spécialiste des solutions d'épargne et d'investissement dans les secteurs clés au service de la souveraineté européenne. Bonjour, nouveau numéro de Pourvu que ça dure, l'émission qui rend les co-responsables sur Public SENA. Aujourd'hui, on vous parle des Français de la bourse, car si pendant longtemps les épargnants ont été fâchés avec les marchés actions, les choses semblent avoir évolué, car la bourse a séduit un nombre record d'investisseurs particuliers en 2025 et 35% des Français disent même envisager d'investir dans des placements en action au cours des prochains mois.
Alors peut-on parler pour autant de démocratisation de l'investissement en action ? Pourquoi la bourse séduit-elle de plus en plus, notamment les jeunes ? La bourse est-elle un casino ? Les placements verts en faveur de la transition énergétique sont-ils vraiment incolos ? Réponse à toutes ces questions maintenant dans Pourvu que ça dure. La bourse séduit donc un nombre croissant et record d'investisseurs particuliers. Alors comment expliquer ce phénomène ? Réponse avec vous, Marianne Barbal Ayani. Bonjour.
Bonjour David Jaco.
Vous êtes la présidente de l'autorité des marchés financiers. Oui. Merci pour cet entretien sur Public SENA. On a souvent dit que les Français étaient peu présents sur le marché des actions. Est-ce que c'est vraiment en train de changer, notamment avec l'arrivée d'une nouvelle génération d'investisseurs ? C'est vrai ?
Oui, c'est vrai que c'est en train de changer. Il se passe quelque chose. Donc l'autorité des marchés financiers que je préside s'occupe de réguler la finance, mais aussi et presque surtout, je dirais, de protéger les investisseurs. Et donc nous regardons beaucoup ces investisseurs pour voir comment ils évoluent dans leurs souhaits, dans leurs attitudes, mais aussi pour adapter notre action. Et donc effectivement, ce qu'on voit, c'est qu'il y a un engouement pour la bourse qui s'est notamment développé pendant le Covid. Donc on a beaucoup de ce qu'on appelle les nouveaux investisseurs, c'est-à-dire des gens qui n'avaient jamais investi jusque-là et qui sont venus vers la bourse.
Et en trois ans, on a des chiffres, vous avez des chiffres, 1,6 million de nouveaux investisseurs se sont lancés en bourse. On peut dire que c'est une vraie dynamique ?
C'est une vraie dynamique et tous nos chiffres le montrent. Donc on a effectivement ce suivi des nouveaux investisseurs. Donc c'est 1,6 million de nouveaux investisseurs. On a aussi 35% des Français qui ont l'intention d'investir en bourse. Donc ça, c'est le chiffre le plus élevé depuis qu'on le suit, c'est-à-dire depuis 2017.
Reste à savoir s'ils vont passer à l'action après.
Alors, je vais vous répondre. Nous avons aussi un suivi de ce qu'on appelle les investisseurs actifs, c'est-à-dire ceux qui font des opérations en bourse. Et là aussi, les derniers chiffres sont les plus élevés de l'histoire de ces stats, de ces statistiques, puisqu'on a 2,5 millions de Français qui ont été actifs en bourse l'année dernière. Donc c'est très important.
Mais quel est leur profil ? Ils sont hommes, femmes, jeunes, moins jeunes ?
Alors, malheureusement, c'est très peu des femmes. J'y reviendrai. C'est un drame. C'est un des sujets sur lesquels j'alerte en tant que présidente de l'Autorité des marchés financiers depuis un certain temps. Les femmes n'investissent pas assez. Alors d'abord parce qu'elles ont moins d'argent, mais aussi pour tout un tas de raisons, beaucoup moins de confiance, beaucoup moins de confiance dans leurs compétences financières. Alors que quand on mesure les compétences d'un côté et la confiance dans ses compétences, il n'y a pas tellement de différence entre les hommes et les femmes. Mais alors en revanche, sur le sentiment de compétence, c'est tragique. C'est tragique.
Les femmes se sentent beaucoup moins compétentes.
Alors qu'en réalité, elles le sont tout autant que les autres.
Alors qu'en réalité, elles le sont tout autant. Donc manque d'argent. Elles gagnent moins. C'est tout à fait connu. C'est documenté. C'est documenté. Mais aussi manque de confiance. Manque de confiance dans sa compétence en tant qu'investisseur. Donc les femmes se privent d'opportunités importantes. Et donc j'ai un message vis-à-vis du monde financier. Occupez-vous un peu plus des femmes. Elles ont besoin de préparer leur avenir financier comme tout le monde. Elles ont besoin d'argent comme tout le monde. Il faut casser ce tabou. Et il faut aussi s'adresser aux femmes pour qu'elles investissent davantage, puisque l'économie en a besoin aussi.
Donc globalement, de nouveaux investisseurs qui sont plus jeunes, masculins et plus jeunes. On peut le quantifier d'ailleurs, ça ?
Oui, tout à fait. On voit baisser l'âge moyen d'investissement en bourse. On est passé en dessous de 50 ans. Je crois qu'on est à 48 ans maintenant, alors qu'on était très au-dessus, sur l'âge moyen des investisseurs. Et c'est particulièrement vrai sur un type d'investissement dont on aura peut-être l'occasion de reparler, qui est devenu très populaire, qui est ce qu'on appelle les ETF. Mais en tout cas, c'est vrai qu'il y a un rajeunissement des investisseurs. On voit aussi des comportements différents. Ils s'informent de manière différente. Ils vont plus sur les réseaux sociaux. Une partie d'entre eux recourt à l'intelligence artificielle pour s'informer.
Pour s'informer ou pour choisir quel type d'action ou quel type d'investissement boursier fait ?
Alors, à ce stade, ce qu'on constate dans nos enquêtes, c'est que les gens vont s'informer sur l'intelligence artificielle. C'est un peu comme quand on va chez le médecin. C'est-à-dire, avant d'aller chez le médecin, vous allez quand même regarder un petit peu, voir si ce que vous avez, ça pourrait être ceci ou cela, essayer de voir un peu quels sont les traitements. Enfin, quand même derrière, et c'est d'ailleurs souhaitable aussi en matière financière, vous allez voir un médecin et vous allez plutôt suivre l'avis de votre médecin. Donc, les conseillers financiers, les conseillers bancaires, ça reste quand même le cœur du conseil en investissement.
Et heureusement, parce que l'IA n'est pas un conseiller en investissement. En revanche, effectivement, il y a beaucoup d'informations et les gens utilisent les sources d'informations assez naturellement comme l'IA.
1,6 million, on l'a dit, de nouveaux investisseurs qui sont lancés en bourse en trois ans. Mais au global, quand même, j'ai le sentiment, peu d'épargnants investissent directement sur les actions. Le nombre d'actionnaires individuels se situe autour de 3 millions. Je parle sur votre contrôle.
Oui, oui.
Après avoir été à 8 millions, c'était juste avant la crise financière de 2008. Donc, ça veut dire que le nombre d'actionnaires individuels a été divisé par plus de deux en 20 ans. Puis 3 millions, on se dit qu'au final, c'est 5% des Français, ça reste ultra minoritaire.
Oui, mais d'ailleurs, l'investissement en bourse n'est pas le seul investissement. Moi, je ne vais pas vous dire, en tant que président de l'autorité des marchés financiers, mettez tout votre argent en bourse. Bien sûr que non. Au contraire, il faut diversifier. Mais c'est vrai qu'on voit un frémissement sur l'investissement en bourse qui est quand même assez sensible. On a le nombre de personnes qui ont l'intention d'investir en bourse qui est le plus élevé depuis 2017. On a un certain nombre d'indicateurs. Mais par ailleurs, il y a aussi des évolutions très fortes sur le paysage de l'épargne, d'une manière générale, ou de l'investissement.
Si bien qu'on voit aujourd'hui de l'investissement qui n'est pas forcément de l'actionnariat direct, mais qui est de l'actionnariat via les fameux ETF, qui sont des paniers un peu diversifiés, mais qui sont investis souvent en actions indirectement via les indices boursiers. Et via les contrats d'assurance-vie aussi. Et aussi, évidemment, via les fonds d'investissement en actions, via les contrats d'assurance-vie. Donc, il y a l'investissement direct d'un côté, qui est quand même réservé à des gens qui s'y connaissent un peu. Et puis, il y a tout un tas d'autres possibilités d'investir en bourse. Et ces possibilités se sont étendues.
Donc, les Français, si je résume, Marie-Anne Barbalaiani, ont toujours financièrement peur du risque ? Ou est-ce que c'est en train de changer ?
Alors, il y a des choses qui changent. C'est-à-dire que les nouveaux investisseurs, encore une fois, qui sont plus jeunes, sont un peu moins adverses au risque. C'est-à-dire qu'ils vont prendre un peu plus de risques. Parfois, un peu trop. Attention, en bourse, on investit l'argent dont on n'a pas forcément besoin immédiatement. Et il ne faut pas croire non plus que les placements, c'est mirifique. Et que si on vous propose des choses extraordinaires via WhatsApp, via les réseaux sociaux, il faut tout de suite y aller. Et bien au contraire, en général.
Ça peut être une arnaque.
Ça peut être une arnaque. Les arnaques, c'est quand même un des très gros sujets qu'on identifie et sur lesquels on essaye d'alerter, là aussi, pour que les gens prennent du recul et n'y aillent pas tout de suite, entre guillemets.
Et on dit quoi ? Ceux qui pensent que la bourse, c'est comme le casino, c'est du casino ?
Alors non, la bourse, ce n'est pas du casino. Parce qu'il faut bien distinguer, je l'ai dit tout à l'heure, le jeu, l'univers du jeu d'un côté et l'univers de l'investissement de l'autre. Mais c'est vrai aussi sur ce à quoi ça sert. La bourse, ça sert avant tout à financer les entreprises. Les entreprises vont en bourse pour lever des capitaux, pour pouvoir investir, pour pouvoir développer l'économie, pour pouvoir développer l'emploi. Donc, c'est un mécanisme de financement de l'économie. Il se trouve que par ailleurs, ça permet aux investisseurs, sur le long terme, de gagner de l'argent, d'augmenter leurs propres capitaux.
Donc, c'est un mécanisme qui est plutôt vertueux, avec des fluctuations importantes. C'est très volatile, la bourse. Donc, encore une fois, il ne faut pas mettre tout son argent en bourse, surtout l'argent dont on peut avoir besoin à court terme.
Donc, quand on investit sur des actions, on aide quelque part à construire la croissance française, européenne ou mondiale ?
Mais tout à fait. C'est un des mécanismes majeurs, la bourse, de financement de l'économie. Donc, les entreprises vont en bourse pour lever des capitaux. D'abord, quand elles s'introduisent en bourse, elles peuvent le faire. Mais ensuite, au fil du temps, elles peuvent lever de nouveaux capitaux, faire de nouveaux investissements grâce à ces capitaux. Et donc, c'est un mécanisme très important de financement de l'économie, de financement du développement de nos entreprises et donc de l'emploi.
16% des personnes interrogées par l'AMF déclarent avoir été victimes d'arnaques. C'est trois fois plus qu'en 2021. Et ce chiffre, il double. Il monte à 32% chez les moins de 35 ans. C'est devenu un fléau, ces arnaques, aujourd'hui.
C'est un fléau.
Arnaques financières.
Tout à fait. Arnaques financières. Donc, c'est un phénomène de société.
Avec des promesses alléchantes de rémunération. Avec, effectivement, beaucoup de... Sans effort, rapidement.
Voilà. Tout ce qui est... Enrichissez-vous tout de suite, très vite, sans risque. Et puis, surtout, allez-y tout de suite parce qu'il faut investir très vite. Alors là, drapeau rouge, feu rouge, tout ce que vous voulez. Vous prenez le temps de réfléchir et vous n'y allez pas. D'abord, parce que c'est très rare que les produits financiers soient en situation de rareté. Donc, si on vous dit, attention, il en reste très peu, il faut y aller tout de suite. Là, c'est un signal assez inquiétant. Et il vaut mieux ne pas se laisser avoir.
Un tiers des moins de 35 ans qui sont victimes d'arnaques financières. Pardon, c'est colossal. C'est catastrophique. Et on se dit que les promesses d'enrichissement rapide, ça fonctionne toujours. Notamment chez les plus jeunes. Enfin, sur les plus jeunes.
Ça fonctionne toujours. Alors, malheureusement, depuis que le monde est monde, on a dans l'histoire financière une histoire des arnaques qui n'a jamais cessé. Et qui, malheureusement, aujourd'hui, utilise à son profit la digitalisation, les réseaux sociaux, les codes du jeu. On va vous inciter, pour tout un tas de procédés, à investir trop et davantage. Nous, on est très inquiets à l'autorité des marchés financiers. Parce qu'on voit effectivement exploser le nombre de Français et notamment le nombre de jeunes investisseurs qui disent avoir été victimes d'une arnaque financière.
Ce qui veut dire que leur premier contact pour les jeunes investisseurs, ou parmi leurs premiers contacts avec le monde financier, il peut y avoir une désillusion très forte, un sentiment de s'être fait avoir. Et donc, ça, c'est pas bon. Et quels sont vos moyens, justement ?
Quels sont les moyens dont vous disposez pour...
Alors, la première chose que nous pouvons faire, c'est effectivement alerter. Faire ce que je fais aujourd'hui, c'est-à-dire dire attention à ce que vous faites. D'ailleurs, tout cet aspect de pédagogie. Non, les arbres ne montent pas jusqu'au ciel. Si on vous propose un rendement mirifique, sans risque, il faut sans doute y réfléchir à deux fois avant de mettre son argent. Il faut vérifier que les prestataires qui vous contactent, notamment via les réseaux sociaux, ne sont pas sur nos listes noires de prestataires interdits, sont sur nos listes blanches de prestataires autorisés. C'est un premier rideau de vérification, sachant que nos listes ne sont pas toujours totalement à jour.
Mais enfin, quand même, en tout cas, si un prestataire s'adresse à vous et qu'il est sur la liste noire de l'AMF, c'est le niet absolu.
Un mot sur les placements verts, les placements durables qui sont commercialisés et qui surfent sur les vertus et les bienfaits de la transition énergétique. Comment s'assurer que tout ça n'est pas du greenwashing, de l'éco-blanchiment ?
Il y a toute une réglementation, notamment en Europe, qui vise précisément à s'assurer que ce qui est présenté comme vert est vraiment vert. Et nous, on peut intervenir lorsqu'on identifie qu'il y a des prestataires de services financiers qui proposent des produits dits durables et qu'on se rend compte qu'ils ne le sont pas réellement. Il y a un label, notamment en France, qui s'appelle le label ISR, qui est un label...
Investissement socialement responsable.
Investissement socialement responsable, qui est défini par le ministère des Finances, qui vise justement à catégoriser les produits durables. Donc, il y a un certain nombre de choses auxquelles on peut se référer. Et puis, c'est vrai qu'en Europe, on a une attention particulière sur la finance durable que nous continuons à défendre, même dans un univers où c'est un peu moins populaire, notamment dans certaines autres parties du monde. Et effectivement, on voit que l'investissement durable, qui va financer la transition énergétique, il est populaire et il sert vraiment à cette transition énergétique qui est essentielle pour nos économies.
Allez, merci à vous. Marianne Barbalaiani, la présidente de l'Autorité des marchés financiers. Merci pour cet entretien sur Public Seta. Merci à vous.
Merci.
Allez, on vient de le voir. L'engouement des jeunes pour la bourse ne se dément pas. Comment les aider à se lancer ? Reportage signé Manuel Aigre.
Longtemps réservé à une élite, la bourse est aujourd'hui à portée de tous. En quelques clics, sur un simple téléphone, chacun peut acheter des actions et espérer gagner gros ou tout perdre. Résultat, une nouvelle génération se lance. Depuis la période Covid, on a vu quasiment un doublement des jeunes investisseurs et vraiment une envie des jeunes générations de prendre en main leur épargne et donc d'investir tôt. Et parmi les produits qui séduisent le plus les débutants, les ETF. Les ETF qui sont un panier d'actions et qui permettent de répliquer un indice, par exemple le CAC 40. Ce sont des produits assez simples, diversifiés et accessibles.
Ces produits permettent d'investir en une seule fois sur des dizaines, voire des centaines d'entreprises. Une façon de se lancer en limitant les risques. Mais très vite, certains jeunes veulent aller plus loin. Pour apprendre, beaucoup se tournent vers les réseaux sociaux. Les conseils s'enchaînent, les méthodes se partagent. Promesses de gains rapides, stratégies miracles, tout semble accessible. Résultat, près de trois jeunes investisseurs sur quatre veulent gagner vite et beaucoup. Mais derrière cette ambition, le décalage est réel. Beaucoup pensent maîtriser sans en avoir les bases. Pour accompagner cette nouvelle vague, une formation a vu le jour.
Et ça se passe à la Bourse de Paris, chez Euronext. Vous avez vu les nouvelles d'hier ? Ce que j'ai vu, du coup, c'est que les Etats-Unis, ils ont attaqué l'Iran. Et ça, c'est quelque chose qui est très mauvais pour notre portefeuille. Pendant sept mois, des étudiants venus de toute la France se forment. Objectif, investir comme de vrais professionnels et faire fructifier au maximum leur portefeuille. C'est des secteurs qu'il faut éviter. L'industrie, le transport, tout ce qui est les biens de consommation non essentiels est plutôt rebasculé vers le secteur énergétique. Analyse, stratégie, prise de risque. Dans cet exercice, tout est réel. Sauf une chose, l'argent.
Il permet à des étudiants de pouvoir vivre la vraie vie d'un investisseur. C'est-à-dire qu'ils sont immergés dans la vraie vie d'un investisseur. Ils ont uniquement leur portefeuille qui est virtuel. Ils peuvent soit concourir à titre individuel avec un portefeuille virtuel de 50 000 euros, soit de manière collective un portefeuille virtuel de 200 000 euros. Roxane peut avoir le sourire, car pour cette cinquième édition, 6 000 étudiants ont participé. Aujourd'hui, certains repartent avec un prix, mais demain en bourse, ce ne sera plus un jeu. Les gains ne seront plus virtuels et les pertes, elles, seront bien réelles.
Un nombre record de Français ont investi en bourse en 2025. Paut-on pour autant parler de démocratisation des actions ? Réponse avec vous, Bonoît Grisoni, bonjour. Bonjour, David. Directeur général de Bourse aux banques. On vient de voir dans le reportage l'engouement, l'enthousiasme des jeunes pour la bourse. Comment vous expliquez que ça ne leur fasse pas peur, alors qu'on sait que leurs parents sont plutôt méfiants à l'égard de la bourse ?
Je pense que nous, ce qu'on voit, c'est qu'il y a un changement total culturel de la part des jeunes vis-à-vis de l'investissement. Nous, on le voit à travers l'explosion du nombre d'ouvertures de comptes titres qu'on a pu avoir ces dernières années. Les 3-4 dernières années ont changé radicalement la nature des investisseurs que nous, nous voyons. Les jeunes, c'est à peu près plus de 50% des ouvertures de comptes titres chez nous. Donc, c'est les 18-30. Alors que c'était 15% il y a 5 ans. Donc, c'est un changement radical. Et je pense que c'est lié à plein de phénomènes.
Il y a le fait que, d'abord, les fines influenceurs ont eu un impact important dans la démocratisation des contenus, dans l'accessibilité des contenus. Il y a le fait que les jeunes, je pense, se posent des questions sur tout un tas de sujets comme la retraite où ils voient qu'ils ont besoin probablement de se prendre en main. Il y a un côté un peu aussi produit. Je pense qu'il y a des produits qui sont plus simples d'accès aussi aujourd'hui pour accéder finalement à la bourse. Et puis, il y a un contexte aussi plus général, un peu pro, on va dire, entreprise qui, quelque part, est porté à travers la loi PAC depuis 2019.
Donc, beaucoup de choses en même temps qui ont fait que les jeunes se sont intéressés beaucoup plus que leurs parents à la bourse.
Après, c'est à cause d'aujourd'hui, investir en bourse, c'est plus facile et moins coûteux qu'il y a 10, 20 ans et 30 ans.
Ça n'a plus rien à voir. Aujourd'hui, tu accèdes à un compte-titre ou un PEA sans frais de droit de garde, sans frais de courtage. Il y a plein de choses qui ont évolué, des produits qui sont accessibles dès 10 euros. Donc, plus du tout le problème de la barrière à l'entrée où on pensait que la bourse était faite que pour des gens qui avaient des grands moyens. En fait, ce n'est pas du tout le cas. Il suffit de trouver la bonne méthode d'investissement et le bon produit. Et c'est vrai que les frais n'ont plus rien à voir.
Est-ce que c'est vrai que les épargnants, en général, français, se détondent du livret A qui rapporte seulement 1,5% pour aller vers des investissements plus risqués, notamment la bourse ?
En fait, les Français préfèrent aller maintenant vers des produits plus risqués. Et ça, on le voit à travers les statistiques. C'est vraiment très net. Il y a une réorientation. Nous, c'est 40% à peu près des efforts d'épargne depuis le début de l'année qui sont plutôt au profit des produits Assurance Vie et Bourse versus les livrets.
Le patrimoine financier des Français, alors j'ai le chiffre, c'est 6 500 milliards d'euros. Soyez en passant, c'est le double de la dette publique française. Donc, ça laisse un peu de marge. Les Français, on le sait, sont les rois de l'épargne, Benoît Grisoni. Mais est-ce que les Français savent réellement ce que leur apporte leur épargne ? Seuls 19% des Français connaissent précisément la performance de leur placement selon l'Institut Selvitis. On se dit que c'est peu quand même.
Non, c'est peu et c'est encore un travail énorme qu'on a collectivement à réaliser. C'est-à-dire qu'il y a un sujet d'éducation financière en France, notamment par les déjeunes et évidemment à commencer par cette population. Je pense qu'il y a un intérêt qui grandit quand même. Et donc, finalement, aujourd'hui, il y a un accès à l'information autour des produits financiers, autour de l'épargne qui sont quand même beaucoup plus faciles qu'à une époque. Il y a des efforts...
Mais comment expliquer cette méconnaissance de savoir combien rapportent ces placements ? C'est peut-être lié aussi au leg du passé, l'opacité des frais sur les produits
pendant très longtemps ? C'est vrai que ça a pu être ça. Je pense que la profession financière veut garder une sorte d'élitisme quelque part à travers des produits qui sont parfois un peu plus compliqués à comprendre que ce qu'ils sont vraiment. Il y a aussi le fait qu'en France, on a la chance d'avoir une protection sociale aussi très importante, ce qui a fait peut-être aussi que les Français avaient moins besoin de s'intéresser à ces sujets puisqu'ils étaient protégés un peu par le système. Donc, il y a plein de phénomènes qui rentrent en ligne de compte. C'est aussi une culture assez profonde par rapport à d'autres pays aussi.
Mais aujourd'hui, c'est en train de changer et je pense que ça change assez vite. Et c'est le fruit, encore une fois, de l'effort de pas mal d'agents économiques qui essayent d'expliquer de plus en plus que l'intérêt des Français, ce n'est pas forcément de mettre tout son argent dans le livret A.
D'ailleurs, selon l'Observatoire de l'épargne européenne, c'est assez intéressant comme chiffre. La performance des placements détenus par les Français a été de 2,3% par an depuis 2013. Ce n'est pas folichon, surtout quand on sait que l'inflation a été de 2% par an.
Oui, mais ça, c'est pourquoi. Ça veut dire
que l'épargne n'a pas rapporté à l'argent. Oui, mais les Français
ont du mal à avoir de l'argent, à en mettre de côté. Une fois qu'ils le mettent de côté, la première chose qu'ils veulent, c'est évidemment la sécurité. Ils ne veulent pas avoir mis de côté pour perdre. Et là, quand on joue la sécurité, quelque part, forcément, on a un rendement qui est très faible. Et par rapport aux actions, je pense que le rendement à peu près dans la même période, sur 10-20 ans, c'est à peu près 10% par an. Si on prend le CAC 40, réinvestit en dividendes. Donc, c'est bien pour montrer qu'il y a un écart très significatif. Alors, il n'y a pas les mêmes risques.
Il ne faut pas prendre que des risques, mais faire que du prudent, c'est évidemment détrimental pour l'épargne des Français.
Donc, à ceux qui pensent que la bourse, ce sont des montagnes russes, c'est vrai à court terme, mais c'est vrai que dans la durée, sur 10-20-30, même sur 40 ans, selon les chiffres de l'IEIF, sur 40 ans, c'est 12% par an de rendement sur les actions. Donc, avec le temps, le risque change de camp.
Le risque change complètement de camp. Et je pense qu'aujourd'hui, c'est très important pour un épargnant français et finalement, investir, c'est presque plus un sujet de méthode que de sous-jacence. C'est-à-dire que si vous êtes méthodique, si vous épargnez, investissez tous les mois, par exemple, des petites sommes, les risques aussi sont beaucoup plus diffus, sont beaucoup plus lissés et permettent d'avoir un rendement qui est bon et bien sûr, dans une logique de diversification. L'objectif, ce n'est pas de tout mettre dans la bourse ou de tout mettre dans un livret. L'intérêt, c'est d'avoir une logique plutôt globale et même avec des petits montants.
La principale chose, c'est de mettre des petits montants de manière très régulière pour arriver à avoir un rendement qui est bien meilleur, beaucoup plus sécurisant parce qu'on rentre à des moments très différents dans le temps. Donc, on rentre à des points bas, des points hauts et quelque part, ça évite les risques principaux des marchés.
Le CAC 40, qui est l'indice phare de la Bourse de Paris, est proche de ses records historiques malgré le conflit au Moyen-Orient. Comment on explique ça aux Français alors que l'économie française est un peu faible et que le contexte géopolitique est anxiogène ? Et pour autant, l'indice de la Bourse de Paris comme tous les grands indices Bourse et Mondial, d'ailleurs, caracole au plus haut.
C'est ce que je voulais dire. Je pense que tous les indices quelque part surperforment depuis longtemps. C'est vrai que ça peut paraître étonnant parce que toutes les dernières crises qu'on a connues finalement n'ont jamais impacté les marchés puisque même si on revient au Covid en 2020, il y a eu une baisse puis finalement une remontée pratiquement dans le mois. Donc, quelque chose de très rapide. Je pense que ça s'explique par le fait que d'abord, les performances des entreprises sont très bonnes et à la fin, on investit dans des entreprises. Donc, les performances pour l'instant en tout cas ne sont pas impactées par la crise du Moyen-Orient.
Et puis aussi, il y a aussi cet effet d'épargne dont je parlais tout à l'heure un peu mécanique qui fait aussi que ça pousse quelque part pas mal de flux d'argent à la fois qui peut venir de l'étranger mais aussi des épargnants qui amènent à ce que finalement il y ait de plus en plus d'investisseurs qui ont besoin d'investir leur argent et finalement, ça porte le marché aussi de manière assez mécanique. Donc, il y a plusieurs phénomènes qui rentrent en ligne de compte et qui font que finalement ça sert un peu de support à la valeur du CAC 40.
Entreprise d'ailleurs du CAC 40, nos fleurons qui d'ailleurs servent assez généreusement leurs actionnaires via les dividendes. On est autour de 3,5% par an en moyenne. C'est confortable et on se dit que peut-être mieux que ça aille dans la poche des Français que dans la poche d'investisseurs étrangers hors de France.
Oui, c'est ce que je disais. Le CAC a fait 10% par an quasiment sur les 10 dernières années, dividendes inclus. Donc, les 3,5% font partie de la performance et c'est vrai qu'on voit que c'est bien meilleur que n'importe quel autre placement que ce soit du fonds euro ou des livrets. Donc, il y a un intérêt pour les Français à y aller et si on a surperformé en France sur le CAC, c'est aussi lié au secteur du luxe principalement qui est un des domaines dans lequel la France est très forte. Ça pourrait être d'autres choses mais aujourd'hui, c'est vraiment le luxe qui a tiré nos indices à la hausse en France.
Pour se constituer une épargne en vue de sa retraite, c'est un sujet plus on démarre tôt, moins c'est douloureux, j'ai envie de dire. Plus fort et progressif.
C'est presque la... Finalement, le conseil le plus important qu'on peut donner, c'est d'ouvrir le plus tôt possible les enveloppes finalement de long terme. C'est-à-dire, vous ouvrez un PEA, c'est 10 euros minimum. Vous pouvez faire un investissement de 10 euros par mois minimum sur des produits très simples. Vous pouvez faire pareil pour un plan d'épargne retraite où vous avez 30 ans devant vous pour investir. Pareil, vous commencez à 10 euros. Il n'y a pas besoin d'être millionnaire pour faire ça. Vous faites pareil sur un PEA, PME. Donc, le premier conseil, c'est en effet, plus tôt vous ouvrez, plus tôt vous commencez à investir, plus tôt vous pourrez avoir les bénéfices
de votre investissement. Plus l'effort d'épargne est faible.
Plus l'effort d'épargne est faible. Et il faut casser une idée reçue. Et je crois que les jeunes, et ça, c'est ce qui me rassure le plus et c'est là où il y a beaucoup d'optimistes, l'ont compris, il faut commencer tôt et ce n'est pas une question de moyens. Nous, aujourd'hui, je dirais le ticket moyen pour l'épargne programmée, c'est 75 euros par mois. Et c'est des personnes qui font 25 euros, 25 euros, 25 euros sur trois supports différents. Donc, qui diversifient leurs risques sur des choses d'ailleurs très diversifiées. Ils vont faire un peu d'Europe, un peu d'Amérique et un peu de santé pour prendre un secteur. Et voilà, ils arrivent avec simplement 75 euros à commencer à investir.
Il ne faut pas avoir honte de ça ou peur de ça. Il suffit de commencer, en fait. Il faut commencer.
L'enveloppe préférée des Français, c'est l'assurance-vie. Plus que jamais plébiscité par les Français. 20 millions de personnes disposent d'un contrat d'assurance-vie en France avec un capital moyen de 100 000 euros par souscripteur. C'est un vrai succès, ça.
C'est un vrai succès. On a la chance d'avoir 550 000 contrats d'assurance-vie. Pourquoi c'est un succès ? C'est un succès pour une raison simple. Le fonds euro est garanti et il est liquide. Donc, c'est exactement le besoin principal qu'ont les Français. Et la deuxième chose, c'est que fiscalement, ils bénéficient d'une enveloppe évidemment intéressante puisque vous avez la transmission et puis aussi un peu moins de taxation. Donc, c'est évidemment un produit qui répond à peu près à toutes les caractéristiques. Et en ce moment, le fonds euro, il est autour de 3 % de notre niveau d'inflation actuel. Donc, évidemment que ça fonctionne.
Donc, on peut parler de démocratisation de la bourse, des marchés financiers en France ou c'est surtout les jeunes ?
Moi, je pense que c'est très... Nous, ce qu'on voit à notre niveau, c'est vraiment très... Les jeunes ont pris un... Les 18-30 ans. ont pris un virage. Les 18-30 ans. Et je me demande même dans quelle mesure leur crainte à eux par rapport au futur. Justement, je parlais tout à l'heure de la protection sociale ne les a pas poussés aussi à prendre les devants quelque part. Et quelque part, ont anticipé le fait qu'il fallait se prendre en main. Et puis, il y a un côté un peu, j'allais dire, mode de l'investissement qui, grâce aux fines influenceurs, à tout ce qui se passe dans les écosystèmes des réseaux sociaux, ont fait finalement de l'investissement un thème à la mode.
Et quelque part, on peut s'en plaindre, trouver parfois que ça peut amener à certaines dérives. Mais d'un autre côté, c'est aussi intéressant parce que ça permet à des jeunes de s'intéresser à ces sujets-là, ce qui n'était pas le cas de nos générations.
Allez, merci à vous pour cet entretien. Bono Grisonni, directeur général de Boursop Banque. Merci.
Merci, David Jaco.
Voilà, c'est la fin de Pourvu que ça dure, l'émission qui rend les co-responsables. Émission tournée depuis le bivouac de L'Oréal France. Pourvu que ça dure, c'est aussi du replay sur publicsena.fr. À très vite. Cette émission vous est présentée par Tiqueo Capital, acteur mondial de la gestion d'actifs et spécialiste des solutions d'épargne et d'investissement dans les secteurs clés au service de la souveraineté européenne. Sous-titrage Société Radio-Canada