Valérie Pécresse, la candidate qui vient de loin - C à vous - 04/01/2022
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Patrick, pour mieux cerner notre invité, vous vous êtes remonté aux origines politiques de Valérie Pécresse.
Qui a frayé son chemin d'abord auprès de Jacques Chirac, puis dans les pas de Jean-François Copé, un peu de Nicolas Sarkozy, beaucoup de Dominique de Villepin, un peu de François Fillon, d'Alain Juppé. Parcours qui vous fait dire aujourd'hui que vous êtes le barycentre de la droite. Curieuse formule pour ceux qui ont oublié leur cours de maths de première. Alors rien à voir avec le cri de l'éléphant, le barycentre dont on peut admirer ici une équation. C'est disons le point d'équilibre entre plusieurs positions pondérées de leur poids respectif. Ce qui permet de comprendre comment les 39% d'Éric Ciotti à la primaire ont pu bouger votre barycentre. On y reviendra peut-être.
Mais revenons à vos débuts dans la vie publique. Première apparition, première télé en 91 et premier combat perdu contre le déménagement de l'ENA de Paris à Strasbourg.
Je vous ai dit hier que le gouvernement n'avait pas l'intention de remettre en cause sa décision de faire partir l'école d'administration à Strasbourg. Eh bien les futurs hauts fonctionnaires continuent, eux, à s'y opposer. Une trentaine d'entre eux, d'élèves de l'ENA, ont dormi cette nuit dans les locaux parisiens de l'école. Cela ne s'était jamais vu.
Très télégénique ce de d'autres. Sept ans plus tard, vous quittez le Conseil d'État pour l'Élysée où vous initiez Jacques Chirac à ce qu'on appelait alors l'informatique.
La nouvelle tendance, c'était l'Internet, c'était les nouvelles technologies. Et il se trouve que moi, spécialité au Conseil d'État, c'était le droit de l'Internet, le droit de l'audiovisuel, enfin une de mes spécialités.
C'est vous qui avez appris à cliquer le mulot à Chirac ?
Exactement. Vraiment ? Vraiment, vraiment, vraiment. On a fait des séances de formation, il voulait absolument s'y mettre.
Le mulot, expression inventée, parlait guignol après cette séquence mémorable où on voyait Jacques Chirac demander au type qui lui montrait un ordinateur, la souris. Qu'est-ce que vous appelez la souris ? Bon. 2002, premier combat électoral, gagné dans la deuxième circoncession des Yvelines, Versailles, Vélizy, Chevreuse, avec la découverte des joies de la campagne.
J'ai fait 2000 kilomètres en voiture, j'ai fait 5 réunions publiques déjà, j'en ai 7 en préparation. Les gens me demandent tous les jours de venir leur parler dans leur petit village. C'est une impression extraordinaire d'envie de politique et moi je m'amuse énormément.
Vous vous amusez et vous voici député, très vite, très en vue, d'autant plus en vue que vous siégez dans un groupe UMP à près de 90% masculin. Il y avait une quarantaine de femmes pour plus de 300 hommes.
On m'a prise pour la collaboratrice d'un député la première fois que je suis allée à la buvette. Vous ne voulez pas me laisser rentrer.
Vous en avez fait un livre dont le titre s'inspire d'une chanson de l'époque, Femmes libérées, être une femme politique, c'est pas si facile. On vous a fait miroiter les ministères, toujours cités lors des remaniements jamais nommés. C'est Nicolas Sarkozy qui vous met dans la lumière en vous désignant porte-parole de l'UMP en 2005. Dans la lumière et dans un clip de campagne pour la Constitution européenne.
Je vais voter oui à la Constitution européenne parce qu'aujourd'hui, plus que jamais, nous avons besoin d'Europe.
Deux ans plus tard, 2007, Sarkozy, président, vous devenez à 39 ans la plus jeune ministre du gouvernement Fillon à l'enseignement supérieur et à la recherche. Et contrairement à votre collègue Michel Alliomari, vous demandez à ce qu'on vous appelle Madame la ministre en confiant dans la cour du ministère que cette ambition-là remonte à très loin.
Quand j'étais plus jeune, mon professeur de français nous avait fait faire un test d'accords, d'adjectifs et d'articles. Et j'avais marqué Madame la ministre. Et il avait souri et il s'était bouqué de moi. Et il avait dit quand Valérie, quand vous serez ministre, vous changerez les règles. Il se trouve que j'arrive, les règles ont déjà changé. Même si avec le recul, je dois avouer qu'il y a aussi une certaine fierté à arriver dans un métier masculin et d'avoir un titre d'homme.
Un titre d'homme et un métier masculin comme président de la République ?
Par exemple, je ne sais plus combien il y en a eu avant, mais je crois que c'est 25 ou 26 hommes président de la République.
Ah oui, il n'y a pas eu de femme, ça je vous le confirme.
Je ne sais pas, je n'ai pas compté combien il y avait eu de président de la République dans l'histoire de la France, mais je crois que c'est 25 ou 26 hommes.
Mais c'est drôle cette expression, un titre d'homme et un métier masculin, c'est comme ça qu'on voyait la fonction de ministre à cette époque-là ?
Non, mon professeur, ce que mon professeur m'avait dit, on dit Madame le ministre, parce que c'était les règles à l'époque de la syntaxe, quand j'étais étudiante. Donc j'arrive dans un métier masculin dont je féministe le titre.
Valérie Pécresse