Accord franco-algérien, taxe Zucman, budget... L'interview d'Olivier Faure en intégralité
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8h28 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Olivier Faure. Bonjour. Olivier Faure, vous êtes le premier secrétaire du Parti Socialiste, député de Seine-et-Marne. On va évidemment parler de la taxe Zuckmann. C'est aujourd'hui qu'elle est débattue ce matin à l'Assemblée. Vous faites partie de ceux qui la portent. C'est même votre parti qui l'a remis par amendement. Mais d'abord, je voudrais vous interroger sur ce qu'il s'est passé hier dans l'hémicycle. Cette victoire symbolique, ce vote autour de cette proposition du RN. C'est la première fois qu'un texte proposé dans la niche parlementaire du Rassemblement national est adopté à l'Assemblée. Elle dénonce l'accord franco-algérien de 68.
Est-ce qu'un verrou a sauté, Olivier Faure ?
Je le crains. Je le crains parce que non seulement le RN l'a emporté, mais il n'a pas emporté que ses seules voies. Il l'a emporté grâce à la fois aux voies d'horizon, le parti d'Edouard Philippe, grâce au parti des LR, de Retailleau évoqué, mais aussi grâce à la démobilisation de Renaissance qui n'est pas venue dans l'hémicycle et qui a laissé en réalité ce vote s'effectuer et donné une victoire, certes symbolique, mais une victoire malgré tout à l'extrême droite.
Et donc on a le sentiment que tous ces gens qui ont été élus grâce au Front Républicain, que les Français sont venus élire pour dire « faites barrage à l'extrême droite », eh bien ne sont pas au rendez-vous de la promesse républicaine.
Vous parlez de quoi ? De l'absence de Gabriel Attal et d'un grand nombre de ses députés lors du vote ?
Il y a l'absence de Gabriel Attal, il y a l'absence de ses députés qui ont déserté l'hémicycle depuis malheureusement trop longtemps. En fait, même y compris pour le vote du budget, on voit bien qu'ils sont totalement démobilisés. Un socle commun qui n'existe plus, qui n'est plus un socle et qui n'a plus rien de commun. Et une partie de la droite qui a déjà décidé de commencer à regarder du côté de l'extrême droite et qui aujourd'hui, effectivement, ne se cache même plus de ses jonctions idéologiques avec l'extrême droite.
Je précise qu'il manquait aussi 16 de vos députés, de vos députés socialistes.
Oui, mais proportionnellement, il manquait des gens partout. Il y avait dans tous les groupes, il manque du monde. Simplement, proportionnellement, nous étions très mobilisés hier, ce qui n'était pas le cas. Il y avait un tiers seulement du groupe Renaissance. Et ceux qui étaient présents pour la droite Horizon ou pour la droite LR, eux, ils ont tous voté avec l'extrême droite.
Et sur le fond, l'Assemblée a voté, il y a eu une majorité. Maintenant, on fait quoi ?
La réalité, c'est que vous savez que c'était une résolution, qu'elle n'a pas de valeur normative, que cette politique-là est dans les mains du chef de l'État, que cet accord, il a déjà été révisé depuis 68 à trois reprises, que ce que l'on prétend être des avantages incroyables pour les Algériens est une histoire qu'on raconte aux enfants. Mais c'est une histoire fausse, puisqu'en réalité, aujourd'hui, le droit commun s'applique quasiment dans toutes les situations aux Algériens. Et que tout ça est simplement une volonté...
Là, j'ai un peu du mal à vous suivre, parce qu'on a toutes les précisions.
Je finis la phrase pour vous dire qu'en réalité, la seule chose qui existe, c'est que l'ERN cherchait, dans un moment où on parle beaucoup d'économie et de sociale, à revenir tout simplement sur les questions qu'il obsède, sur les questions migratoires, sur les questions liées à ce qu'il pense être son carburant.
Mais je vous pose la question. Est-ce que ça veut dire, Olivier Faure, que vous estimez que ce vote doit être balayé et qu'on ne doit pas en tenir compte ?
Ce vote est un vote indicatif, parce que ça se saurait si à chaque fois qu'une résolution a été votée...
Sébastien Lecornu, le Premier ministre, dit « Je respecte le vote du Rassemblement national. Je pense qu'il faut renégocier l'accord. »
Oui, il dit aussi, dans ce que j'ai entendu hier, qu'il faut faire attention, parce que nous avons aujourd'hui un intérêt à ne pas polluer complètement la relation avec l'Algérie, notamment parce qu'il y a des questions sécuritaires qui sont derrière, sur le renseignement, sur la lutte contre le terrorisme, et qu'il n'est pas question de mettre à bas un accord que nous avons négocié avec les Algériens. Et je le répète, qui a déjà été renégocié à trois reprises, et entre 1962 et 2025...
Mais est-ce qu'il doit à nouveau l'État ? Est-ce qu'en l'État, Olivier Faure...
...un rapport entre l'État originel de cet accord et ce qu'il est aujourd'hui ?
C'est juste, mais aujourd'hui, il permet tout de même un accès facilité des Algériens au titre de séjour, aux prestations sociales, au regroupement familial. Est-ce qu'à vos yeux, ça a encore du sens 50 ans après ?
Oui, ça a encore du sens. Et quand vous dites qu'il y a un avantage, c'est-à-dire que, par exemple...
Un accès facilité, par rapport aux autres étrangers.
Un accès facilité, il est en fait que, au lieu d'avoir cinq ans à attendre, vous avez trois ans à attendre pour avoir un titre de long séjour, franchement...
Une fois que vous avez ce titre, vous obtenez immédiatement les prestations sociales, là où tous les autres étrangers doivent attendre 12 mois, voire 18 mois. Ça, ça vous paraît vis-à-vis des autres étrangers ? Vous êtes guinéen, vous êtes malien, vous arrivez en France, vous n'avez pas les mêmes droits que les Algériens ?
Oui, enfin, surtout, vous n'avez pas les mêmes droits que les Français. Et donc, la réalité...
Pour vous, il faudrait, à l'inverse, ce n'est pas remettre en cause cet accord-là, c'est remettre en cause des différences entre les étrangers et les Français dans l'accès aux prestations sociales ?
Non, il y a une histoire particulière avec l'Algérie que chacun connaît. Nous avons été... En fait, l'Algérie, c'était quatre départements français pendant 130 ans. Et il y a une histoire qui est une histoire douloureuse. Et on ne répare pas forcément l'histoire en deux ans, ou en trois ans, ou même en 50 ans. Et que ça suppose que nous ayons une relation apaisée avec l'Algérie, dont nous avons besoin.
Mais vous trouvez qu'elle est apaisée aujourd'hui ?
Elle n'est pas apaisée, mais je souhaite que nous puissions l'apaiser. Et je ne pense pas qu'à donner des coups de menton permanents, on arrive à grand-chose.
Donc pour vous, on ne change pas ces accords ?
Pour moi, on ne les change pas. Et on cherche, au contraire, à entretenir une relation que j'espère apaiser avec l'Algérie. Faire en sorte que Bolem Sansal puisse revenir parmi nous. Faire en sorte que toutes celles et ceux qui, aujourd'hui, vivent de chaque côté de la Méditerranée, puissent sentir qu'il y a un destin commun. Parce que c'est aussi ça...
Il y a toujours aujourd'hui pour vous un destin commun ?
Oui, absolument.
Et quand vous dites qu'il faut obtenir, effectivement, sur le sort de Bolem Sansal ou de Christophe Glez, est-ce que vous avez des moyens de le faire autrement que par le rapport de force ?
Oui, je pense qu'il y a d'autres moyens. Et je pense que c'est tout le... Enfin, autrement, il faut arrêter de faire de la diplomatie. La diplomatie...
Mais vous avez l'impression que ça marche ? Enfin, je suis quand même étonnée. De votre côté, on ne change rien. Si ça marchait très bien, oui. Mais aujourd'hui, on n'a pas le sentiment que ça marche très bien, si ?
Non, c'est-à-dire que moi, ce que je dis, c'est que ce n'est pas parce que vous allez entraver la vie d'un certain nombre de gens qui sont ressortissants algériens que vous allez forcément, dans le même temps, faire en sorte que Christophe Glez et Bolem Sansal puissent revenir. Et même la réalité, c'est que je pense qu'à chaque fois que nous durcissons la relation avec l'Algérie, la réalité, c'est que le régime algérien s'en sert pour pouvoir, au contraire, se trouver un adversaire qui permet de faire l'unité chez lui et le faire sur le dos de la France. Et donc, je pense que...
Donc, plus ils sont durs avec nous, moins on doit l'être avec eux ?
Non, ce n'est pas ce que je dis. Je dis simplement que parfois, les choses sont plus complexes qu'on ne leur raconte. Et il ne suffit pas de montrer les muscles pour que les choses s'arrangent.
J'ai presque envie de rebondir sur ce que vous venez de dire. Il ne suffit pas de montrer les muscles pour que ça s'arrange. On est vendredi. Olivier Faure, j'ai presque l'impression que chaque vendredi, vous montrez les muscles. Chaque vendredi, vous dites « Ah là là, s'il n'y a pas un truc qui change d'ici lundi, on se censure. » Et puis au fur et à mesure du week-end, ça se dégonfle.
Ah bon, vous trouvez ? Mais pas du tout.
En tout cas, c'est ce qui s'est passé le week-end dernier.
Mais non, mais cette semaine, beaucoup de choses se sont passées. Et beaucoup de choses ont avancé. Et donc, je peux vous dire que par exemple, il y avait la semaine dernière, il y avait une surtaxe pour les grandes entreprises, les 400 plus grandes entreprises qui font plus d'un milliard de chiffre d'affaires. Il y avait, sur la copie initiale du gouvernement, 4 milliards de surtaxes. Il y a 6 milliards aujourd'hui.
Ça veut dire que le gouvernement l'a fait pour vous ? En réponse à ce que vous aviez dit le vendredi ?
Mais simplement parce qu'il comprend que si on n'avance pas, il y aura effectivement, au bout du compte, simplement un vote en conscience qui sera un vote contre le budget. Et donc, rien ne sera possible et le gouvernement tombera. Et donc, c'est la raison pour laquelle je ne suis pas là pour montrer les muscles. Je dis simplement que les Françaises et les Français ont posé des exigences à plusieurs reprises et qu'il faut entendre ce qu'ils nous ont dit. La taxe Zucmane ? Et donc, il faut les respecter.
La taxe Zucmane, c'est aujourd'hui, est-ce que vous dites ce matin, si elle n'est pas obtenue, si elle n'est pas votée, si elle ne rentre pas dans ce budget, alors nous nous retirerons ?
Je vais vous répéter ce que j'ai dit les semaines précédentes. Moi, ce que je souhaite, c'est qu'on puisse corriger la copie du gouvernement. La copie du gouvernement, c'est quoi ? C'est des restrictions nouvelles pour les classes populaires et les classes moyennes. Ce sont elles qui vont, aujourd'hui, devoir payer les conséquences de ces 1 300 milliards de dettes supplémentaires que nous avons contractées sous la présidence d'Emmanuel Macron. Et donc, pour ces gens qui n'en ont pas profité, on leur dit « maintenant, c'est vous qui allez rembourser ». Ce n'est pas normal. Ça veut dire que c'est les franchises médicales qui doublent.
Ça veut dire qu'on va geler les pensions de retraite, qu'on va geler les allocations familiales, toutes les prestations sociales, que l'on va faire en sorte que désormais, on fiscalise les revenus des gens qui sont en infection longue durée, qui ont par exemple le cancer, qu'on va fiscaliser les revenus des apprentis. Tout ça, c'est absolument impossible à imaginer même. Et donc, ce que je dis, c'est qu'il nous faut de l'argent pour corriger la copie. Et donc, soit on dégrade, non pas simplement la note de la France, mais on dégrade le déficit. Et donc, nous ne reviendrons jamais à un niveau qui permet... Donc, il faut bien trouver de l'argent.
Il faut trouver de l'argent pour éviter que les classes populaires et les classes moyennes ne soient elles-mêmes taxées. Ça ne peut pas être... On ne peut pas demander aux classes populaires de payer l'impôt que les milliardaires ne veulent pas payer. Et donc, ce que je dis, c'est que je ne sais pas si le véhicule, ce sera la taxe Zuckman. Ce que je sais, c'est que nous ne pouvons pas accepter le fait qu'il y ait aujourd'hui des gens qui continuent à payer moins d'impôts que tous les Français et qui continuent à se plaindre. Ce matin, Philippe Véran, qui était à votre micro, et qui vient...
Chef d'entreprise.
Oui, 251ème fortune française, 600 millions de patrimoine, et qui explique « Je ne peux pas payer, et donc je m'expatrierai si on me demande quoi que ce soit. » Et il dit, en fait, « Je ne peux pas payer 2% de l'équivalent de mon patrimoine. »
12 millions par an. Pour lui, ce serait concrètement 12 millions par an.
Non, non, ce n'est pas 12 millions de plus. Ça veut dire que soit il ne paye pas du tout d'impôts, et donc là, il a tellement optimisé que c'est un scandale absolu, soit il paye peut-être déjà 10 millions, et dans ces cas-là, on en rendra 2 millions de plus.
Parce que c'est un impôt planché.
Parce que c'est un impôt différentiel. Et donc c'est un impôt planché. On dit qu'on ne peut pas payer moins de 2% de ce qui est son patrimoine. Patrimoine qui n'est pas un patrimoine dormant, ce n'est pas de l'argent dans une chaussette. C'est de l'argent qui, chaque année, rapporte. Et il rapporte combien ? Il rapporte entre 7 et 12% chaque année. Ça veut dire qu'on ne veut pas le spolier, on veut dire simplement qu'il s'enrichisse un peu moins vite, et faire en sorte que l'argent qu'il ne paye pas aujourd'hui, eh bien, d'autres n'aient pas à le payer.
Vous lui dites ça, mais s'il lui, en tout cas, décide de partir, il a 2 000 employés en France ?
Oui, enfin, 2 000 employés ne partiront pas. Et son activité, elle restera en France. Ce que je dis, c'est que je vois les rapports qui sont pendus au fur et à mesure, y compris par des organismes qui dépendent du gouvernement, c'est 0,001% de patrons qui seraient prêts, en réalité, à partir. Et tant pis qu'ils partent. Parce que, écoutez, moi je les appelle à une forme de patriotisme, parce que c'est quand même dingue d'avoir des gens qui sont aussi riches et qui disent « je ne peux pas payer ».
On va demander à un retraité, quelqu'un qui toute sa vie a travaillé pour enrichir ce pays, on va lui dire « toi, ta pension, elle va être gelée, et toi qui es dans les 500 plus grosses fortunes de France, qui as vu ton patrimoine doubler en 8 ans, eh bien, tu dis simplement « ben voilà, moi, quand même, on ne peut pas me demander plus ». Ce n'est pas normal qu'on ait ce type de réflexion. Sauf qu'Olivier Ford, vous le savez. On est des patriotes et on devrait tous ensemble se dire « qu'est-ce que je peux faire pour servir mon pays ? » Et « qu'est-ce que je peux faire pour que ceux qui n'ont rien…
» Enfin, vous avez quand même aujourd'hui 12 millions de Françaises et de Français, métropole et outre-mer, qui vivent sous le seuil de pauvreté. Et on leur dit à eux « ben vous, on va vous joli vos prestations sociales ». En revanche, vous les grandes fortunes, on ne va rien vous demander. Vous savez que chaque année, les entreprises, elles ont une aide qui est de plus de 200 milliards d'euros. Ça n'est pas juste une paille. Et ça, je n'ai pas entendu un seul chef d'entreprise dire « écoutez, je comprends, il faut faire des économies ». On le sent bien, c'est votre dernière carte dans la bataille,
parce que ça se joue aujourd'hui. La version initiale de la taxe Zuckman qu'on évoque à l'instant, c'est-à-dire les 2% sur les patrimoines de plus de 100 millions d'euros, elle a quasiment aucune chance de passer aujourd'hui. Vous-même, vous avez dit « je ne suis pas sûr que ce soit le bon véhicule ou que ce soit le véhicule in fine ».
Je pense que c'est le bon véhicule, je le défendrai, mais je ne sais pas si ce sera voté, parce qu'il y a une majorité visiblement contre la taxe Zuckman.
Jusqu'où est-ce que vous acceptez de descendre ? C'est-à-dire, à partir de combien la barre, vous la redescendez ? Quelle redistribution ? Sur quelle assiette ? Sur quoi vous atterrissez à la fin ?
Je vous ai dit que cette semaine, on avait 2 milliards de plus sur les grandes entreprises. On a en commission voté 2,7 milliards de plus sur la CSG, sur le patrimoine financier. Et maintenant, il faut trouver la suite pour pouvoir arriver à effacer la copie.
Enfin, la suite, c'est aujourd'hui qu'elle se joue ? Est-ce que vous avez en tête ?
Aujourd'hui et lundi, visiblement. Pour l'instant, le débat s'est beaucoup déplacé, puisqu'il y a eu, là, ça a été plus lent que prévu. Et puis, le gouvernement a déplacé les articles en discussion, ce qui fait que ce que j'imaginais arriver en début de semaine arrive en fin de semaine et en début de semaine prochaine. Donc, nous allons voir à la fin de la partie 1 du projet de loi de finances ce qu'il en est, s'il y a les moyens de corriger la copie ou s'il n'y a pas les moyens. Et donc, j'espère que le Premier ministre qui s'est engagé à revenir dans le débat viendra physiquement dans l'hémicycle. Il a dit qu'il serait là aujourd'hui.
Et qu'il participera au débat et qu'il dira quels sont les moyens qu'il donne. Et moi, ce que je veux, ce que j'attends de lui, ce n'est pas qu'il me dise qu'il est devenu socialiste. Il est de droite, je suis de gauche. Très bien. Simplement, maintenant, il faut qu'il y ait un budget. Et donc, pour que ce budget soit voté, il faut que les socialistes, les écologistes, les communistes s'abstiennent et que la droite puisse le voter. Donc, il faut trouver un moment, un compromis.
Ça suppose que lui dise, puisque la taxe Zuckman ne sera pas votée, vraisemblablement, nous dise qu'est-ce qu'il met comme outil à la place pour recueillir les milliards dont nous avons besoin, pour faire en sorte que la copie soit une copie qui ne... Vous lui avez parlé ? Bien sûr que je lui parle.
Il vous a dit qu'il parlerait aujourd'hui ?
Il m'a dit qu'il parlerait aujourd'hui.
Est-ce qu'il vous a dit, je vais prendre mon risque, comme il l'avait fait la dernière fois ?
Non, il ne m'a pas dit ça.
Est-ce qu'il vous a dit, je vais m'adresser à vous ? Vous trouverez des solutions aujourd'hui ?
Il m'a dit qu'il s'adresserait au Parlement. Non, je ne sais pas ce qu'il dira et je ne suis pas là en termes de commentaire.
Mais s'il vous écrit, s'il vous appelle, c'est bien qu'il pense qu'aujourd'hui, il va vous apporter satisfaction.
Je pense que lui a certainement quelque chose à proposer au pays. Je ne sais pas ce qu'il veut proposer et je ne sais pas si ce sera suffisant. Ce que je sais, c'est qu'évidemment, nous sommes à un moment charnière.
Il est en tout cas dans un état d'esprit, si vous avez communiqué ensemble dans ces dernières 24 heures, où il a envie que ça marche.
Oui, je pense qu'il a envie que ça marche. C'est moi aussi.
Il vous l'a dit ?
Oui, bien sûr. Mais il sait qu'il n'a pas de majorité. Je sais que je n'ai pas de majorité. Et donc, nous avons l'obligation de nous parler. Ce n'est pas... Enfin, j'entends qu'il y a des gens qui voient là une logique complotiste. Il n'y a pas de complot. Il y a simplement des gens qui se disent que ce pays...
Pas forcément complotiste, mais un deal que vous faites un peu hors de l'hémicycle.
Ce n'est pas un deal hors de l'hémicycle. Ce sont des gens qui se parlent parce qu'ils considèrent qu'à un moment, les intérêts partisans doivent s'effacer devant l'intérêt du pays.
Est-ce que, Olivier Faure, si aujourd'hui, on accumule la taxe sur les holdings qui vient d'être adoptée, la question de la surtaxe sur les très hauts patrimoines, la fin du pacte d'Utreil, est-ce que s'il y a tout ça, vous considérez que le compte est bon ?
Pas complètement, parce que tout ça est bienvenu. Mais la taxe d'Utreil, vraisemblablement, on récupérait de l'ordre de 1 milliard. La taxe sur les holdings, elle était déjà dans la copie initiale. Donc, ça n'est pas de l'argent en plus. La surtaxe, c'est 2 milliards de plus. La saisie sur le patrimoine, c'est 2,7 milliards. Donc, on voit bien que la copie commence à s'améliorer.
Vous n'avez plus, dans ces cas-là, besoin de la taxe Zuckman, y compris de la taxe Zuckman Lite ?
Non, on a besoin d'argent. Je ne sais pas sous quelle forme. Moi, ce que je crois, c'est qu'on pourrait, par exemple, remettre l'impôt sur la fortune. On pourrait faire en sorte qu'aussi...
Vous demandez ce matin à remettre l'impôt sur la fortune, dans sa version initiale ?
Non, je dis simplement que ça pourrait être une des formules qui ne seraient pas suffisantes là encore. Ce qu'il faut, c'est aussi faire en sorte que sur l'héritage. L'héritage, c'est un gros irritant pour les Français. Ce que les Français ne savent pas, c'est que pour l'immense majorité des Français, quand ils transmettront leur patrimoine, leurs enfants n'auront rien à payer. En revanche, vous avez aujourd'hui des taux qui sont des taux théoriques. Vous avez des taux jusqu'à 45%. Et grâce à ce qu'on appelle le pacte d'Utreil, à la fin, ça se finit par 5% à payer pour des très gros héritages.
Parce qu'ils mettent en entreprise une partie qui est transmise et qui est protégée par rapport aux autres.
Et donc là-dedans, vous avez le yacht, vous avez l'hôtel particulier, vous avez le jet privé, vous avez tout ça. Et on fait comme si c'était...
Considérés comme des biens professionnels.
Voilà, qui sont considérés comme des biens professionnels. Et c'est pour ça que je défend un taxe de Zuckman. Aussi, c'est parce qu'en réalité, nous avons aujourd'hui une façon de raconter l'histoire en français, qui est une histoire mensongère.
Il faut aller plus loin dans les fraudes autour de ces holdings, où on met à dormir dans des holdings des biens qui, effectivement, ne devraient pas être considérés comme professionnels. Vous évoquez la question de l'héritage, vous évoquez la question de l'ISF. Je vous repose la question. Est-ce que vous vous dites, aujourd'hui, on peut... Est-ce que vous pourriez, vous, par amendement, à un moment ou à un autre, est-ce qu'il pourrait y avoir cette discussion ? Est-ce que vous espérez que le Premier ministre, tout à l'heure, dans l'hémicycle, vous annonce le retour, par exemple, de l'ISF ?
Nous n'avons plus, nous, la possibilité de déposer des amendements.
Mais lui, il peut le faire.
Parce qu'en fait, il y a des règles spécifiques au Parlement, et donc, il y a des délais de forclusion, et donc là, c'est trop tard. Donc, désormais, à la réponse, nous, nous avons partagé nos propres réponses, nous avons dit, nous, c'est la taxe Zuckmann. Et ce que j'entends, c'est que l'extrême droite, qui l'an passé, s'était abstenue, et qui a complètement changé d'avis, qui désormais défend les milliardaires plutôt que la classe ouvrière, et bien, l'extrême droite, ils ont changé d'avis, cette taxe Zuckmann, ressemblablement, ne sera pas votée. – Ce n'est pas la taxe Zuckmann, vous dites ? – Il faut un remplacement de l'argent.
– Et pourquoi pas les deux pistes que vous évoquez, c'est l'héritage et l'ISF.
– Ce que je veux, c'est que cet argent, il soit prélevé sur les grandes fortunes, sur les grandes entreprises, et qu'on n'ait pas… Moi, je ne veux pas qu'on fasse en sorte que ce soit les classes populaires qui payent l'impôt des milliardaires. Donc, à un moment, il faut que le Premier ministre accepte cela. Et je le répète, en fait, on a aujourd'hui, en fait, on a beaucoup épargné les entreprises. Elles ont aujourd'hui plus de 200 milliards d'aides chaque année. Et donc, puisqu'ils ne veulent pas y toucher, on dit, nous, on dit, il faudra toucher, puisqu'on ne touche pas aux entreprises, il faut toucher aux grandes fortunes et aux grands patrimoines.
Et là, on nous dit, il ne faut pas toucher aux grandes fortunes et aux grands patrimoines. Et à la fin, ça donne quoi ? Ça donne que tout ce qu'on ne prend pas sur les grandes entreprises et sur les grands patrimoines, c'est vous et moi, c'est surtout ceux qui nous écoutent, qui vont le payer. Et donc, ça suppose que maintenant, on ait un autre choix. C'est ce choix qui se joue aujourd'hui.
Ça se joue aujourd'hui, exactement. Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti Socialiste, merci d'avoir répondu à mes questions. Il est 8h48.
Olivier Faure