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interviewSUDRADIO· 29 juillet 2026 8 min

Pourquoi faut-il couper les arbres pour sauver nos forêts ?

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Locuteur 1

Et les incendies en cours, notamment en Gironde, nous amènent à repenser totalement l'aménagement de nos forêts, notre manière de vivre à leur abord, à leurs abords, avec une question. Faudra-t-il couper des arbres pour sauver nos forêts ? Ça peut sembler paradoxal, oui, et pourtant, c'est bien la question qui se pose aujourd'hui. Pour tout nous expliquer, nous sommes avec Bruno Laffont. Bonjour Bruno Laffont. Bonjour. Et un grand merci d'être avec nous ce matin, vous êtes le maire de Biganos. Vous êtes également le président Nouvelle-Aquitaine de l'association Défense des forêts contre les incendies.

Depuis plusieurs jours, il faut le dire, vous vous démenez avec vos équipes pour tenter de stopper la propagation du feu, ou devrais-je dire des feux. Quelles actions vous avez mis en place pour cela, concrètement, Bruno Laffont ?

0:41
Locuteur 2

Si vous voulez, on a donné un coup de main normal et nécessaire, puisque nos infrastructures que nous finançons depuis des années et des années, après les grands incendies d'après-guerre, ont été, si vous voulez, trop modestes par rapport à ce gigantesque feu, ce feu hors normes. Et donc, nous avons décidé, avec le commandant des opérations, de couper la forêt à l'avant des fronts de feu sur une centaine de mètres. Et nous avons fait 127 kilomètres, 128 exactement kilomètres. Hier soir à 18h, c'était terminé.

Et donc, en trois jours, entre lundi matin 9h30 et hier soir 18h, nous avons réalisé ces 128 kilomètres, qui sont une bande de protection que nous allons aujourd'hui humidifier au maximum, là où c'est terminé, pour que lorsque le feu va arriver, il puisse mourir sur cet endroit.

1:34
Locuteur 1

C'est un travail titanesque. Tout cela en trois jours. Combien de personnes, de pelleteuses, d'abatteuses d'arbres, ont été mobilisées sur ces opérations, monsieur le maire ?

1:44
Locuteur 2

Ce sont des centaines de personnes. Nous savons que nous avons près de 200 matériels forestiers. Toute la filière forestière est à notre service, sur réquisition, bien sûr, de madame la préfète et du commandant des opérations. Mais nous avons des abatteuses, c'est-à-dire des machines qui coupent les arbres, et puis après des transporteurs, et puis des débardeurs, c'est-à-dire les billons sont sortis du milieu forestier pour les mettre en bord de route. Et puis après, on passe des machines, des broyeurs, qui sont sous surveillance de la DFCI, de cuve de la DFCI, parce qu'au camp où ils mettraient le feu, ça serait le comble d'ailleurs. Donc on préfère le rouleau landais.

Vous savez, le rouleau landais, ce sont des lames qui sont sur un axe et qui sont tirées par le tracteur et qui hachent toute la matière pour qu'il y ait le minimum de matière sur le nouveau pare-feu.

2:28
Locuteur 1

Énorme élan de solidarité également. Vous avez beaucoup de bénévoles qui sont venus pour tenter de vous aider. Ça n'a pas été trop difficile à gérer d'ailleurs cela, monsieur le maire ?

2:37
Locuteur 2

Si vous voulez, c'est un paradoxe, parce que normalement nous devrions les canaliser, l'organiser, mais là c'est arrivé, ces gens qui aujourd'hui ne travaillent pas dans les communes ou n'ont pas d'activité, qui sont artisans et puis commerçants pour certains, et puis d'autres qui ont des emplois, mais qui ont mis une cuve de 1000 litres sur une remorque ou sur un camion, et certains ont 3000, 5000 litres. Et donc ils viennent en renfort parce qu'ils nous permettent d'alimenter en eau les pompiers, et ça c'est utile, mais il faut qu'on les canalise, et surtout qu'ils ne se mettent pas en danger, ça c'est la difficulté.

C'est sûrement une notion que nous aurons organisée, mais c'est très difficile quand même, mais ils sont les bienvenus parce que ça rend service.

3:17
Locuteur 1

Bruno Laffont, on ne vivra plus aux abords d'une forêt comme avant, c'est votre conviction ?

3:23
Locuteur 2

Oui, je l'avais déjà dit en 2022, parce que le climat change, et il faut qu'on acculture, c'est-à-dire qu'on explique aux personnes qui sont en France, aux citoyens, qu'aujourd'hui il faudra être très attentif, et tout au long de l'année, dans toutes les régions de France, parce qu'il n'y aura aucune région qui ne sera pas concernée, principalement quand les températures, avec les 3,30, vous savez les 3 chiffres qui sont primordiaux, lorsqu'il y a des journées à haut risque, la météo des forêts que nous avions demandé, on l'a obtenue aujourd'hui, on ne nous parle pas simplement que de la crème solaire à mettre, mais également du feu de forêt, c'est très important.

Tout ça, ce sont des nouvelles orientations, il va falloir communiquer, communiquer, communiquer, et puis sévir, parce que je pense qu'à un moment donné, on ne peut pas faire que de la prévention, il faut aussi faire la répression.

4:08
Locuteur 1

Communiquer, communiquer également avec le Président de la République, on vous a vu, vous êtes quelqu'un de très direct, j'ai envie de dire, Bruno Laffont, vous avez interpellé directement Emmanuel Macron, qu'attendez-vous précisément, concrètement, de la part du Président de la République ?

4:23
Locuteur 2

Qu'il demande au gouvernement et aux responsables, si vous voulez, d'avoir du bon sens, c'est-à-dire de demander aux gens du terrain, après les retours d'expérience, après les audits, tout ce que nous avons connu, il faut après passer à la phase active, mais c'est lourd, enfin c'est compliqué, on l'entend dans différents domaines, et donc il faut essayer d'alléger tout cela. Bien sûr, chacun est dans son rang, chacun est à son travail, mais je pense qu'il faut être beaucoup plus efficace. Aujourd'hui, il faut qu'on raccourcisse un certain nombre de délais de décision, ou du moins de hiérarchie, pour que vraiment on passe à l'action.

Il l'avait voulu en 2022, mais on n'a pas pu y arriver, et donc il faut qu'aujourd'hui, on passe définitivement à l'action.

5:01
Locuteur 1

Vous dites que certaines normes environnementales font plus de mal que de bien à la protection de nos forêts. Vous pensez à quelles normes, par exemple ?

5:11
Locuteur 2

Écoutez, quand on nous demande de faire une étude d'impact, lorsqu'on veut faire une piste forestière, ou lorsqu'on veut creuser un fossé pour que l'eau s'éloigne, eh bien écoutez, on nous demande un travail considérable, et si on ne le fait pas bien, d'ailleurs, on est verbalisés. Donc si vous voulez, il vaut mieux, je le dis très bien, perdre un peu de forêt pour en gagner beaucoup. Donc écoutez, il faut qu'on nous aide, quand nous, on est assez responsable. Ce n'est pas par hasard si on est arrivé à avoir ce massif aujourd'hui, donc il faut qu'on continue.

5:43
Locuteur 1

Juste sur ces normes environnementales, ça veut dire que là, ce que vous avez fait dans l'urgence, c'est que vous avez agi dans l'illégalité, finalement ? Enfin, je ne sais pas ce qu'il en est exactement à ce sujet.

5:54
Locuteur 2

Oui, monsieur, mais je crois que tout le monde a compris que si on n'arrête pas ça, le feu va continuer, le monstre. Donc à un moment donné, si on ne fait rien, il va venir aux portes Bordeaux, il va... Non, mais bien sûr, mais bien sûr, l'illégalité sûrement par rapport à ce qu'on nous demande par moment, mais écoutez, à un moment donné, il faut choisir. Il faut choisir. Et c'est ça qui est terrible. On ne veut pas faire n'importe quoi, mais qu'on nous laisse faire à des professionnels qui connaissent et bien sûr encadrer avec un cadre. Mais il faut le faire.

6:23
Locuteur 1

Je vous dis ça parce qu'effectivement, ça nous aide à prendre conscience qu'il faut changer tout cela. D'ailleurs, qu'est-ce que vous dites aux écologistes, en tout cas pour certains des écologistes, qui disent, voilà, on ne veut pas de coupe d'arbre ?

6:36
Locuteur 2

Écoutez, monsieur, on continuera à importer 6 milliards de bois de l'étranger, des forêts qui ne sont absolument pas gérées, pour d'autres qui le sont, puisque c'est les forêts du Nord. Donc, à force de donner des leçons de morale à des gens qui sont bien souvent, qui n'ont pas un centimètre carré de forêt, alors que nous, nous connaissons nos forêts, nous, on les exploite, mais on reboise.

Bien sûr qu'il y a des essences qu'il faut garder, bien sûr qu'il y a des normes que nous avons besoin de garder, bien sûr qu'il y a des aptitudes qu'il faut garder, mais non, il faut que nous puissions avoir une belle forêt française qui puisse s'exploiter, qui puisse être un exemple, comme le sont les Allemands dans certaines régions. C'est vrai qu'il faut s'adapter aujourd'hui au changement climatique, qu'il faut faire attention à la biodiversité. Ils ne sont prêts à l'entendre, mais il y a un minimum.

Et les ayatollahs, les ayatollahs de « il faut faire yaka, faut con », bien écoutez, nous, qu'on nous écoute aussi, et que les politiques ne regardent pas toujours dans un sens, mais vous savez, c'est comme en agriculture, si on ne garde pas l'eau l'hiver lorsqu'on en a beaucoup pour l'utiliser après l'été, bien écoutez, et on continuera à avoir une agriculture en difficulté, bien pour nous, la forêt, c'est pareil. Et il y a la marque, on parle de la forêt, que lorsqu'elle est en feu ou lorsqu'elle est en tempête, elle est abattue par les arbres, il faut aussi qu'on la mette, comme elle était à une époque, ministère de l'Agriculture et de la forêt.

7:51
Locuteur 1

Être écouté, entendu, vous l'avez été ce matin sur Sud Radio, merci infiniment Bruno Laffont, vous êtes le maire de Bigano, c'est également le président pour la Nouvelle Aquitaine de l'association de défense des forêts contre les incendies. Merci et bon courage, bien évidemment, à vous pour la suite.

Pourquoi faut-il couper les arbres pour sauver nos forêts ? — Carl Lang · Pourquijevote