Thomas Porcher démonte le chantage à la dette de Macron
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 60 %Défensif 10 %
Questions et réponses
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- 3:00OuverteRéponse directe
Thomas, est-ce qu'il y a là un problème au niveau de la dette publique ou pas du tout ?
- 4:55OuverteRéponse directe
Qui dit emprunt dit taux d'intérêt, forcément. Pourquoi la hausse des taux justifierait les réformes ?
- 7:41OuverteRéponse directe
Maîtriser les dépenses, maîtriser la dette publique, est-ce que ce n'est pas plus pour plaire au marché financier ?
- 9:13OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on s'endette pour financer nos dépenses courantes comme on l'entend très souvent ?
- 10:28OuverteRéponse directe
La dette publique a augmenté en même temps que notre patrimoine public a diminué. Pourquoi cette situation est dangereuse ?
- 14:37OuverteRéponse directe
La dette publique, on peut la rembourser en faisant des économies ou en allant chercher des recettes. Comment faire ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:00InvitéFait
« Le président l'a souvent dit qu'il n'y avait pas d'argent magique, qu'il y avait une dette à rembourser. »
- 0:07InvitéFait
« ça a été le cas pour ce problème de 5 euros des APL. »
- 0:14InvitéFait
« Il y a la dette, les marchés financiers vont nous manger, donc on doit la passer. »
- 2:29PrésentateurChiffre
« À la fin du quatrième trimestre 2022, la dette publique s'établit à 2 950 milliards d'euros, presque 3 000 milliards. »
- 2:44PrésentateurChiffre
« C'est 111,6% du PIB fin 2022, après 113,4% à la fin du troisième trimestre 2022 et 112,9% en 2021. »
- 4:10InvitéFait
« notre dette a augmenté moins vite que les États-Unis, moins vite que l'Espagne, moins vite que le Canada, moins vite que le Royaume-Uni. »
- 5:23InvitéChiffre
« Nous, on est à 3%. »
- 5:50InvitéChiffre
« quand vous avez un taux d'intérêt à 3% et une inflation à 6%, ce qui veut dire que vous avez un taux d'intérêt réel négatif. »
- 7:54InvitéChiffre
« Les États-Unis ont une dette publique largement au-dessus de la nôtre, avec une dépense publique à 38%. »
- 8:17InvitéChiffre
« En Grèce, j'aime bien rappeler ce chiffre qui est très important, c'est qu'on a baissé de 20% la dépense publique, en volume, 20%. »
- 11:26InvitéChiffre
« depuis 2015, il y a eu plus de 2500 bâtiments publics qui ont été vendus. »
- 11:34InvitéChiffre
« Depuis les années 70, vous avez 79 entreprises qui ont été totalement vendues ou partiellement vendues, privatisées. »
- 14:47InvitéChiffre
« 60 milliards de baisses d'impôts, notamment 20 milliards ciblés sur les entreprises et les plus riches. »
- 16:26PrésentateurFait
« Je refuse de céder au terrorisme intellectuel en fustigeant l'extrême gauche et présentant son plan anti-ZAD. »
Temps de parole
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Le président l'a souvent dit qu'il n'y avait pas d'argent magique, qu'il y avait une dette à rembourser. Ça a été le cas pour l'hôpital, ça a été le cas pour les baisses dans les collectivités locales, ça a été le cas pour ce problème de 5 euros des APL. Dès qu'il y a une réforme douloureuse, la meilleure façon de la faire passer, c'est de dire qu'on n'a pas le choix. Il y a la dette, les marchés financiers vont nous manger, donc on doit la passer. C'est parfaitement faux.
Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce nouvel Instant Porcher. Je suis ravie de vous retrouver. L'instant Porcher, c'est un petit moment qu'on se prend entre nous, avec Thomas Porcher, chaque semaine pour décrypter l'actualité, car on le sait, les discours sont politiques et les comprendre est une véritable arme démocratique. Ce programme s'inscrit dans notre grande ambition. Débarquez à la télé et continuez de tenir notre antenne 24-7 sur YouTube et Dailymotion pour vous proposer une autre hiérarchie et un autre traitement de l'information. A partir du 7 mars s'est lancée la bataille décisive contre la réforme des retraites.
Le média est là pour vous faire vivre cette lutte de manière quotidienne sur son plateau, sur les piquets de grève, en manifestation aux quatre coins de la France, bref, partout où il y aura des points levés et des slogans scandés. Ils ont des milliards, mais nous sommes des millions. Alors abonnez-vous aux médias à partir de 5 euros par mois et soutenez à la fois les luttes et le média des luttes. Vous êtes notre seule force pour garantir une information libre et indépendante. Rendez-vous sur soutenez.lemediatv.fr. Au programme de l'instant Porcher aujourd'hui, presque 3000 milliards de dettes publiques, évasion fiscale et Darmanin qui refuse de céder au terrorisme intellectuel.
Une dette, ça se rembourse. Il y a 2200 milliards de dettes. On ne peut pas financer aujourd'hui les retraites sur de la dette. Il y a un moment donné où il faut évidemment rembourser, où il faut payer des intérêts. Les taux d'intérêt de la dette sont en train d'augmenter. Les taux d'intérêt sont plus élevés. On est assis sur une bombe à retardement. La dette ? Une dette. S'endetter, s'endetter, s'endetter. Il n'y a pas d'argent magique. Ah, cette dette comme un chiffon qu'on agite pour justifier réformes et coupes budgétaires. Enfin, ça dépend pourquoi et pour qui, surtout. À force, on ne sait même plus ce que ça veut dire, d'où elle vient et quel danger ou non elle représente vraiment.
Mais d'abord, c'est quoi la dette publique ? Les administrations publiques, Etat, administration centrale, collectivité locale, sécurité sociale, ont des recettes et des dépenses. Quand les dépenses sont plus élevées que les recettes, les administrations empruntent. La dette publique, c'est l'ensemble de ces emprunts contractés par les administrations publiques. C'est la définition de l'INSEE au sens du traité de Maastricht. Il faut aussi prendre en compte l'évolution du PIB, l'inflation, les taux d'intérêt et à ne pas confondre avec le déficit public. Bref, il est temps de décrypter et de faire un point avec toi, Thomas. L'INSEE indique ceci.
À la fin du quatrième trimestre 2022, la dette publique s'établit à 2 950 milliards d'euros, presque 3 000 milliards. C'est une augmentation depuis les années 2000. Évidemment, elle avait fortement augmenté pendant la crise sanitaire et le quoi qu'il en coûte. On note cependant une légère baisse par rapport au PIB. C'est 111,6% du PIB fin 2022, après 113,4% à la fin du troisième trimestre 2022 et 112,9% en 2021. À noter aussi, les administrations publiques puisent dans leur trésorerie en nette baisse ce trimestre, moins 37,6 milliards. Thomas, est-ce qu'il y a là un problème au niveau de la dette publique ou pas du tout ?
Alors, ce qu'il faut savoir, c'est que quand on voit les montants comme ça en milliards, tout de suite, on est apeuré. 3 000 milliards de dettes. Ouh là là, c'est très grave. C'est plus élevé que notre production annuelle, ce qui n'est pas très grave, puisque même à titre personnel, quand on a un prêt, je veux dire, en général, on ne rembourse pas en une année de salaire. Ça prend du temps et quand on est un pays qui plus est, où on a une durée de vie illimitée, ça peut prendre plus de temps. Mais le chiffre en lui-même ne veut rien dire sans comparaison internationale. Ce qui est important, c'est de regarder les comparaisons. Parce que vous savez, il y a une dette qui est énorme.
Ces dettes sont aussi des obligations qui sont achetées par des investisseurs. Et elles sont achetées par des investisseurs en regardant, finalement, comment évoluent les dettes des autres pays. C'est ça qui est important. En fait, le but, ce n'est pas de rembourser sa dette. C'est que la dette soit soutenable. C'est ce qu'on dit. Donc, qu'on puisse garder un niveau de dette soutenable. Et pour ça, pour savoir si c'est soutenable, il faut comparer avec les autres. Et quand on compare avec les autres, y compris en prenant en compte la période du quoi qu'il en coûte, parce qu'on nous rabâche tout le temps. Il y a eu le quoi qu'il en coûte en France.
Comme s'il n'y avait que le quoi qu'il en coûte en France. Mais le quoi qu'il en coûte, il a été partout pendant la crise du Covid. Et quand on regarde l'évolution de notre dette pendant le quoi qu'il en coûte, c'est-à-dire pendant le Covid, entre 2019 et 2021, on se rend compte que notre dette a augmenté moins vite que les États-Unis, moins vite que l'Espagne, moins vite que le Canada, moins vite que le Royaume-Uni. C'est-à-dire que notre dette a été plus contrôlée que quatre grands pays importants qui font partie, on va dire, des pays les plus sûrs en termes d'achat de dette. Donc, il n'y a pas de réel problème de la dette.
Notre dette, elle a augmenté, certes, comme beaucoup d'autres pays, et moins vite que quatre grands pays. Donc, notre dette, dans le contexte actuel, qui est un contexte où le privé, on va dire la finance privée, subit quelques turbulences en ce moment avec les crises des banques aux États-Unis, elle reste ce qu'on appelle dans le jargon « fly to quality », c'est-à-dire encore intéressante pour les investisseurs.
Alors, qui dit emprunt dit taux d'intérêt, forcément. Ils ont pu franchir les 3% ce dernier mois et ont considérablement augmenté cette dernière année. Beaucoup justifient les réformes actuelles, notamment la réforme des retraites, par la hausse des taux d'intérêt. Déjà, pourquoi ? Et ensuite, pourquoi ça ne tient pas ?
Alors, les taux d'intérêt, déjà, il faut savoir que c'est un peu le coût du risque. Quand on emprunte, quand on estime qu'un pays n'est pas sûr, le taux d'intérêt augmente. Alors, parfois, la Grèce, c'était jusqu'à 20% de taux d'intérêt. Nous, on est à 3%. En fait, 3%, c'est exactement les taux d'intérêt qu'on avait à peu près en 2011. C'est un niveau qui est parfaitement normal. Ils ont été à des niveaux extrêmement bas avec la politique de la Banque centrale. Mais là, ils remontent, effectivement, à des taux qui restent encore à peu près largement acceptables. Même pas à peu près largement acceptables.
Et en fait, ce qui est important, c'est de regarder ces taux en prenant en compte l'inflation. Il faut regarder les taux d'intérêt réels. Alors, quand vous avez un taux d'intérêt à 3% et une inflation à 6%, ce qui veut dire que vous avez un taux d'intérêt réel négatif. Donc, nos taux d'intérêt réels sont négatifs. Et pour voir si la dette est soutenable, il faut comparer ce taux d'intérêt à la croissance. Vu que nous avons un taux d'intérêt négatif et une croissance positive, même si elle va être proche de zéro, mais elle va être positive quand même, nous avons la croissance qui est supérieure au taux d'intérêt et tout va bien.
Si demain, les taux d'intérêt s'élèvent et deviennent supérieurs à la croissance, c'est ce qu'on appelle un effet boule de neige pour la dette. Et là, ça devient une dette qui n'est plus soutenable, mais incontrôlable. Mais jusqu'à aujourd'hui, en prenant en compte l'inflation, nous avons des taux d'intérêt négatifs. Et même si on va plus loin, si on découpe beaucoup plus finement l'inflation, qu'on part du principe qu'il y a 50% de l'inflation qui est importée et 50% qui est due à notre économie, nous avons encore une inflation qui est en dessous de la croissance. Donc, la situation va très bien.
Elle va bien aussi parce que, comme je l'ai dit, vous avez une épargne énorme qui est en circulation sur les marchés financiers, une épargne mondiale énorme. Cette épargne mondiale, il faut qu'elle aille quelque part. Alors, elle va aller bien sûr un peu dans le privé, mais quand le privé vacille, elle aime bien se diversifier et aller aussi dans des obligations d'État. Donc, quand on part de ce constat-là, on peut dire que les taux d'intérêt resteront durablement des taux d'intérêt bas et que ça n'augmentera pas comme le scénario qu'on nous prévoit depuis 2011.
Je rappelle qu'on a fait des économies sur l'hôpital, sur les collectivités locales, en partant du principe, alors que nous avions des taux d'intérêt extrêmement faibles, qu'ils allaient augmenter. Il ne faut pas faire la même erreur aujourd'hui et se dire qu'il faut faire des coupes franges dans la dépense publique. C'est ce que veut faire un peu le gouvernement.
Alors, il appelle ça du sérieux budgétaire, mais bon, c'est ce que veut faire le gouvernement, c'est ce que veulent faire les think tanks du patronat pour anticiper, pour faire une frappe préventive dont l'impact pourrait être pire que le fait de laisser rouler sa dette et d'observer et de ne rien faire tant qu'on la juge soutenable.
Donc, justement, maîtriser les dépenses, maîtriser la dette publique, est-ce que ce n'est pas plus pour plaire au marché financier, du coup ?
Non, pas du tout, parce que, alors, déjà, la première des choses, c'est qu'il faut bien rappeler qu'il n'y a pas de lien entre la dépense publique et la dette publique. Vraiment, c'est important de le dire ça. C'est-à-dire que les États-Unis ont une dette publique largement au-dessus de la nôtre, avec une dépense publique à 38%. L'Espagne a une dette plus élevée que la nôtre, avec une dépense publique plus faible. Et le Japon a une dépense publique extrêmement faible et une dette à 200% du PIB, plus de 200%. Donc, il n'y a pas de rapport entre la dépense publique et la dette publique.
La deuxième chose, c'est que si vous faites des coupes trop fortes dans la dépense publique, vous avez un effet sur le PIB. C'est ce qu'on appelle les effets multiplicateurs en économie. Et c'est ce qui s'est passé en Grèce. En Grèce, j'aime bien rappeler ce chiffre qui est très important, c'est qu'on a baissé de 20% la dépense publique, en volume, 20%. C'est ce que réclament des think tanks du patronat, comme l'Institut de l'entreprise aujourd'hui pour la France. Eh bien, le PIB a perdu 25%.
Donc, quand vous avez une dette publique en pourcentage de PIB et que vous avez le PIB qui descend plus vite que la dépense publique, eh bien, vous avez un pourcentage de dépense publique en PIB qui augmente. Et donc, on a fait des coupes drastiques qui se sont ressenties chez les gens, dans l'hôpital, dans les retraites, etc., et qui n'ont eu aucun impact sur le montant de la dépense publique en pourcentage de PIB, ni sur la dette. Elles ont toutes les deux augmenté. Donc, il faut faire très attention avec les coupes dans la dépense publique parce qu'in fine, vous êtes toujours quelqu'un qui le ressent. Et puis, il y a un impact souvent macroéconomique assez élevé sur le PIB.
Justement, c'est important de rappeler cette différence entre dépense publique et dette parce que ça peut très vite faire des amalgames. Est-ce que, justement, il y a cette question, est-ce qu'on s'endette pour financer nos dépenses courantes comme on l'entend très souvent ?
Non, ça, c'est faux aussi. Les gens ont l'impression qu'on s'endette pour financer nos dépenses courantes, mais c'est faux. Alors, en période de crise, c'est possible, mais c'est normal. Vous êtes en période de crise, vous avez une chute du PIB. Vous complétez comment ? Par de la dépense publique. C'est normal. Le PIB, c'est quoi ? C'est de la consommation, de l'investissement, de la dépense publique, des exportations, des importations et puis des stocks. Si la consommation va mal avec l'inflation, vous ne pouvez plus compter sur elle, alors que c'est le moteur principal.
Si l'investissement privé va mal à cause de ce qui se passe aujourd'hui, de la conjoncture, on va dire, sociale, mais aussi de ce qui se passe sur les marchés financiers, il faut bien soutenir l'activité. Et là, c'est la dépense publique qui le soutient. Donc, dans des périodes de crise, effectivement, la dépense publique peut soutenir l'activité et les dépenses courantes. Mais quand on regarde après, depuis 1980, que l'on retire en fait l'investissement public du calcul des déficits, on se rend compte qu'on est en excédent.
Ce qui veut dire en fait que toutes nos dettes, les fois où on s'est endetté, c'est pour faire de l'investissement public et pas des dépenses courantes, hormis les périodes de crise. Donc, la dette publique finance de l'investissement. Et à partir du moment où elle finance de l'investissement, en général, il y a des retours sur investissement, etc.
La dette publique, elle a augmenté en même temps que notre patrimoine public, lui, a diminué, les entreprises et bâtiments publics. Pourquoi cette situation-là, elle est dangereuse ?
En fait, vous savez, en comptabilité nationale, vous avez un passif et un actif. Le passif, c'est la dette. En face, vous mettez l'actif. L'actif, c'est le patrimoine public, c'est-à-dire les bâtiments des administrations, les infrastructures des administrations publiques, etc. Quand on dit souvent, oui, on va laisser à nos enfants 3000 milliards de dettes, en fait, il faudrait faire la différence entre le patrimoine et la dette. En général, on laisse, avant le Covid encore, peut-être moins maintenant, mais avant le Covid, on laissait un patrimoine net, c'est-à-dire qu'on laissait un actif, un positif. Le patrimoine public couvrait la dette publique.
Vous voyez, il y a des petits pays africains, des petites économies qui vont avoir une dette de quelques milliards et qui vont être en banqueroute. Pourquoi ils sont en faillite ? Parce qu'ils n'ont pas de patrimoine public. Et souvent, ces pays-là doivent gager leur dette sur la production pétrolière ou de matière première. Nous, ce qui fait que notre dette est soutenable, c'est que nous avons un actif qui est très fort. Le problème, c'est que cet actif est bradé. Il est bradé par les politiques qui ont été au pouvoir ces dernières années. Par exemple, depuis 2015, il y a eu plus de 2500 bâtiments publics qui ont été vendus. 2500 bâtiments publics.
Depuis les années 70, vous avez 79 entreprises qui ont été totalement vendues ou partiellement vendues, privatisées. Les entreprises publiques, c'est des grosses entreprises, ce n'est pas des petites PME. Donc, on brade notre patrimoine public et on fait en sorte que notre actif diminue alors que notre dette augmente, ce qui met en difficulté la soutenabilité de notre dette. Beaucoup d'études économiques montrent que quand on a un fort patrimoine public, on peut avoir un niveau de dette plus élevé parce qu'elle est soutenable, parce que vous avez cet actif.
Si nous bradons d'un côté le patrimoine public et de l'autre côté, notre dette augmente, nous nous amenons les Français dans une situation qui est beaucoup plus dangereuse. Et la vraie question aujourd'hui, c'est pourquoi continuons-nous à vouloir brader notre patrimoine public puisque là, 2500 bâtiments depuis 2015, c'est assez récent. Pourquoi on continue à le faire si ce n'est pour servir des intérêts privés et mettre la majorité des Français potentiellement, ce n'est pas le cas encore aujourd'hui, en danger dans un avenir à moyen terme ?
Donc en conclusion, d'agiter le chiffon de la dette publique pour justifier soit la réforme des retraites, la réforme de l'assurance chômage ou autre, c'est complètement inutile en fait ?
C'est complètement inutile. Et en fait, la dette, si on a un peu de mémoire, elle a tout le temps été mise en avant quand il fallait passer des réformes difficiles. Ça a été le cas pour l'hôpital. Ça a été le cas pour les baisses dans les collectivités locales. Ça a été le cas quand il a fallu ce problème de 5 euros des APL. On a toujours dit, des arbitrages ont toujours été faits, des arbitrages douloureux dans le budget, pour dire mais nous ne pouvons pas faire ce que nous voulons parce qu'il y a la dette.
Et je veux dire, ce qui est le plus frappant, c'est que le président l'a souvent dit, il l'a dit à une aide-soignante à Rouen avant la crise du Covid, qu'il n'y avait pas d'argent magique, qu'il y avait une dette à rembourser, qu'il ne pouvait pas investir dans l'hôpital pour qu'après on se retrouve en plein Covid avec des gens qui n'avaient pas de matériel, qui étaient crevés avec un manque de personnel, etc. Et qu'on revienne finalement, au moins de manière théorique, parce que dans les faits, c'est autre chose. Mais sur ça, sur cet état de fait, en disant qu'on va réinvestir dans l'hôpital, etc.
Donc on se rend compte que dès qu'il y a une réforme douloureuse, la meilleure façon de la faire passer, c'est de dire qu'on n'a pas le choix. Il y a la dette, les marchés financiers vont nous manger, donc on doit la passer. Or c'est faux, c'est parfaitement faux.
Il y a une autre actualité dont je voulais te parler, qui est en lien quand même. Mardi 28 mars, il y a la Société Générale BNP Paribas, Exane, qui est une filiale de BNP Paribas, Natixis, groupe BPCE, et le géant bancaire britannique HSBC, qui ont été visés par des perquisitions simultanées. Et la place financière de Paris a vu une opération hors normes. Ces banques sont soupçonnées de blanchiment aggravé, de fraude fiscale aggravée. BNP et Exane sont de surcroît soupçonnés de fraude fiscale aggravée.
Un scandale financier révélé par Le Monde en 2018 appelé le Cum-Cum, il tire son nom d'une pratique répandue dans les institutions financières consistant à mettre en place des opérations complexes sur les marchés dans le but de contourner l'impôt sur les dividendes dû par les actionnaires d'entreprises cotés en bourse. Ce hold-up fiscal qui a longtemps prospéré dans une zone grise légale pourrait connaître un sérieux coup d'arrêt du fait de l'offensive coordonnée des autorités judiciaires et fiscales, c'est ce qu'écrit Le Monde. Cela représente plusieurs milliards d'euros qui échappent au fisc.
Thomas, j'en parle là, car je pense que ton analyse aussi a forcément un lien avec tout ce qu'on vient de raconter.
En fait, vous savez, une dette publique, vous la remboursez en faisant des économies. C'est ce que le gouvernement n'arrête pas de nous dire. Mais vous pouvez la rembourser aussi en allant chercher des recettes budgétaires. Les recettes budgétaires, elles se cherchent où ? Alors déjà, en ne faisant pas des baisses d'impôts inutiles, parce que 60 milliards de baisses d'impôts, notamment 20 milliards ciblés sur les entreprises et les plus riches, dont les effets escomptés n'ont pas eu lieu.
Et donc, il faudra un moment revenir peut-être sur ça, puisque quand on nous promet des emplois comme ça, des millions d'emplois et que ça n'a pas lieu, ou que la baisse d'impôts des plus riches transforme en investissement et que ça n'a pas lieu, il faut s'interroger sur ça. Et puis après, il y a bien sûr l'évasion fiscale. Et l'évasion fiscale, on a toujours l'idée en tête que c'est une personne seule qui prend sa mallette et qui traverse la frontière et qui va poser son argent en Suisse ou au Luxembourg.
Non, il y a toute une organisation du système financier qui n'hésite pas à demander de l'argent et de l'aide publique quand ils en ont besoin pour faire en sorte que cette évasion fiscale ait lieu et qu'elle devienne presque légale. Ou à la limite de la légalité et de l'optimisation fiscale, ça devrait être interdit. Les prix de transfert qui fait qu'on fait un prix très faible dans les endroits où il y a des fortes fiscalités pour le faire plus élevé dans les endroits où il n'y a pas de fiscalité et donc payer des impôts là où il n'y a pas de fiscalité, ne pas en paie là où il y a de la fiscalité, ça devrait être illégal. Et en fait, c'est en partie légal.
Donc, il y a tout un système qui organise l'optimisation fiscale. Et là, je vais dire, si j'étais le gouvernement, j'irais secouer le cocotier parce que là, vous ne récupérez pas 10 milliards, vous récupérez des centaines de milliards. Et donc, il faudrait que le gouvernement s'attaque plus à ça. Mais il y a dans ce gouvernement une volonté de s'attaquer aux chômeurs avec la réforme de l'assurance chômage pour 10 milliards, la réforme des retraites sur les vieux pour 10 milliards, plutôt que d'aller taper là où il y a des milliards qui s'évaporent en fumée et qui sont placés dans des paradis fiscaux qui sont souvent en Europe.
Un autre sujet avant de se quitter, mais qu'il est important d'aborder. Samedi dernier, et ce n'était pas en poisson d'avril, le JDD a mis en une Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, je cite « Je refuse de céder au terrorisme intellectuel en fustigeant l'extrême gauche et présentant son plan anti-ZAD. » Alors, il y a plusieurs choses à dire. Déjà, viser la NUPS ou LFI en parlant d'extrême gauche, c'est factuellement faux et ne fait que déplacer la fenêtre d'Overton à l'extrême droite. LFI n'est pas l'extrême gauche, vraiment. C'est faux. Ensuite, l'expression « terrorisme intellectuel ». Cette théorie vient clairement de l'extrême droite.
Encore une de leurs théories réemployées dans la sphère politique. Et enfin, cela continue dans la stratégie mensongère de diaboliser les manifestants et les manifestations et de toujours justifier l'énorme répression inégale qui a pu faire de s'en blesser, dont deux comas à Saint-Céline, dans la manifestation anti-Bassine, ou encore les nombreuses violences policières et ou nasses illégales constatées dans les manifestations anti-réforme des retraites. Toi, Thomas, qu'est-ce que tu en penses ? C'est quoi cette stratégie politique avec cette une-là ?
Déjà, je pense qu'il ne faut pas utiliser le mot « terroriste » à toutes les sauces comme ça. Parce que, je veux dire, notre pays a été frappé par le terrorisme. Il y a eu des dizaines de morts au Bataclan et ailleurs. Et donc, il ne faut pas utiliser ce terme et l'agiter comme ça à toutes les sauces parce qu'après, il perd de son sens. La deuxième chose, c'est qu'il y a une volonté vraiment de casser cette opposition autour des retraites. Vous avez aujourd'hui quand même 70% à 80% des gens qui sont opposés à la réforme des retraites. Et ce chiffre est constant depuis pratiquement maintenant deux mois et demi, trois mois. Ce qui est quand même hallucinant.
Malgré tout ce qui se passe, les gens comprennent la radicalisation des mouvements dans les manifestations. Les gens continuent à soutenir. On a beau leur expliquer, leur montrer des images de Paris en boucle 24 heures, ils soutiennent toujours. Ils disent que voilà. Et donc, il faut casser ça. Alors, comment on casse ça ? Eh bien, on retourne sur des clivages politiques. Il y a Mélenchon a récupéré 23% des voix. Donc, il y a une grosse partie qui ne se retrouvait pas dans les voix de Mélenchon. Donc, on clive en prenant comme exemple Mélenchon. Donc, il y a une autre partie. Mais moi, je ne suis pas Mélenchoniste, etc.
On fait tout pour en fait rediviser cette opposition majeure au système de retraite. Vous savez, moi, j'avais écrit dans un livre, un ancien livre, que je l'avais appelé « Les délaissés ». Et le sous-tit, c'était comment faire en sorte qu'un bloc divisé devienne majoritaire, grosso modo. Et là, je prenais les cadres, qui sont des cadres en voie de déclassement, qui sont les nouveaux employés en réalité. Je prenais les agriculteurs, je prenais les habitants des campagnes et je prenais les habitants des banlieues. Et je trouvais les points communs entre ces gens-là.
Et les points communs, c'était que tous étaient victimes du système qui était la mondialisation, la financiarisation de l'économie et l'austérité budgétaire. Et qu'en fait, la façon de les réunir, c'était autour de l'économie. Alors, j'ai peut-être un biais parce que c'est mon travail, mais c'était là-dessus. Et là, avec la réforme des retraites, en fait, on le voit. Vous avez des gens qui ont dû voter Front National, des gens qui ont dû voter à droite, des gens qui ont voté Macron, des gens du PS, des gens de l'extrême gauche, NPA, LFI, etc. Et tous ces gens, en fait, se retrouvent pour être en opposition contre cette réforme. Et vous avez 80% des Français qui sont en opposition.
C'est impressionnant au président de la République. Donc, pour moi, un certain nombre de réformes économiques, si elles sont bien expliquées, la majorité des Français sont contre. Et comme aujourd'hui, en politique, vous ne pouvez pas accepter ça parce que vous devez vendre aux gens qu'il y a des alternatives politiques, mais pas de l'alternative économique. Donc, il faut trouver des moyens de recliver le débat. Et à la sortie de Darmanin, c'est une façon de cliver le débat. Demain, il y en aura d'autres. On ira sur d'autres trucs, d'autres thèmes. Et ce qu'a fait Macron quand il a dit, pendant son interview, « Oui, moi, je vais me pencher sur le rachat de dividendes.
» Mais pour taxer le rachat de dividendes, sans trop dire c'était quoi, là, c'est un contre-feu pour essayer de rassurer. Et puis après, il dit, « On va partir sur le climat alors qu'on en parlait de la réforme des retraites et pas d'autre chose. » Donc, il y a des volontés comme ça de repositionner les débats pour casser cette opposition qui est une opposition à la réforme des retraites.
Ce programme s'inscrit dans notre grande ambition d'ébarquer à la télé et continuer de tenir notre antenne 24-7 sur YouTube et Dailymotion pour vous proposer une autre hiérarchie et un autre traitement de l'information. À partir du 7 mars, c'est lancé la bataille décisive contre la réforme des retraites. Le Média est là pour vous faire vivre cette lutte de manière quotidienne, sur son plateau, sur les piquets de grève, en manifestation aux quatre coins de la France, bref, partout où il y aura des points levés et des slogans scandés.
Ils ont des milliards, mais nous sommes des millions, alors abonnez-vous aux médias à partir de 5 euros par mois et soutenez à la fois les luttes et le Média des luttes. Vous êtes notre seule force pour garantir une information libre et indépendante. Rendez-vous sur soutenez.lemédiatv.fr. Chaque geste compte, alors vos j'aime, partage et pubs autour de vous sont également indispensables. Nous sommes ravis de décrypter l'actualité avec Thomas et vous chaque semaine. Merci de toujours nous suivre pour tous vos commentaires et pouce en l'air sous la vidéo. Spectateurs, abonnés, donatrices et sociaux, je vous dis à la semaine prochaine.