L'interview : Nathalie Arthaud, candidate à la présidentielle
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 75 %Attaque 20 %Défensif 5 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:25OuverteRéponse directe
Pouvez-vous vous présenter, votre parcours politique, votre parti et votre parcours professionnel ?
- 2:24OuverteRéponse directe
Que vous apporte votre expérience d'enseignante dans votre engagement politique ?
- 4:16OuverteRéponse directe
Le clivage gauche-droite est-il toujours pertinent selon vous ?
- 7:48OuverteRéponse directe
Comment gagner une révolution par la rue plutôt que par les urnes ?
- 16:26OuverteRéponse directe
Si vous pouviez tout changer d'un claquement de doigts, quel serait le nouveau monde de Nathalie Arthaud ?
- 19:46OuverteRéponse directe
Le doublement des salaires des enseignants prévu par Anne Hidalgo est-il réaliste selon vous ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:35Invité politiqueFait
« Je suis militante de lutte ouvrière depuis que j'ai 18 ans. »
- 0:50Invité politiqueFait
« Je pense qu'il faut changer toute la société. »
- 1:49Invité politiqueFait
« Je suis candidate à l'élection présidentielle pour la troisième fois. »
- 1:52Invité politiqueFait
« Je ne vis pas de la politique. Je ne suis pas rémunérée pour être porte-parole de lutte ouvrière. »
- 1:59Invité politiqueFait
« Je suis professeure en lycée d'économie-gestion et je gagne ma vie comme ça. »
- 4:31Invité politiqueFait
« Non, moi, je ne l'ai jamais considéré pertinent, ce clivage gauche-droite. »
- 8:05Invité politiqueFait
« La gauche au pouvoir a montré qu'elle n'était pas du côté des travailleurs. »
- 9:25Invité politiqueFait
« Nous, lutte ouvrière, on est placé à l'extrême-gauche. Nous, nos perspectives sont des perspectives communistes révolutionnaires. »
- 10:07Invité politiqueFait
« La classe ouvrière, elle s'abstient massivement. C'est l'abstention. »
- 16:50Invité politiquePromesse
« Il faut prendre le contrôle des multinationales. »
- 19:16Invité politiquePromesse
« Je me revendique comme communiste, ça passe par l'expropriation de la bourgeoisie, de la classe capitaliste sur ses grands moyens de production. »
- 20:02Invité politiqueChiffre
« C'est une réalité en Allemagne. C'est une réalité dans les pays voisins. »
- 30:14Invité politiqueFait
« Ce qui manque aujourd'hui, ce n'est pas le travail qui manque. Ce qui manque, c'est l'argent. »
- 31:19Invité politiquePromesse
« L'idée, c'est de travailler tous et de travailler moins. »
- 35:00Invité politiqueFait
« Je ne fais ni plus ni moins que acte de présence. »
Temps de parole
- Nathalie Arthaud89 %
- Présentateur11 %
≈ 0,5 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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accepté de participer à cette interview. Donc, tout d'abord, est-ce que vous pouvez vous présenter, vous, votre parcours politique, votre parti, ainsi que votre parcours professionnel dans le but d'éclairer nos abonnés qui ne vous connaîtraient pas encore ?
Donc, je suis militante de lutte ouvrière depuis que j'ai 18 ans. Depuis que j'ai 18 ans, j'ai rencontré des militants au lycée et je me suis engagée parce que je pense qu'il faut changer toute la société. Voilà, ce sont les idées révolutionnaires qui m'ont attirée. Et donc, c'était à 18 ans et je continue de défendre cette perspective-là, de tout changer dans la société parce qu'il y a trop de misère, trop d'inégalités, parce que c'est un gâchis incroyable, parce qu'on est dans une société où il n'y a que l'argent qui compte. Enfin, voilà. Donc, je suis révoltée aussi par ce racisme-là qui est complètement décomplexé maintenant, qui s'exprime tous les jours. Donc, voilà.
Et tous les jours, je suis déterminée à me battre pour changer la société. Et je suis maintenant, donc, porte-parole de lutte ouvrière. C'est à ce titre-là, d'ailleurs, que je suis candidate à l'élection présidentielle pour la troisième fois. Mais je ne suis pas du tout une professionnelle de la politique. Je ne vis pas de la politique. Je ne suis pas rémunérée pour être porte-parole de lutte ouvrière. Je suis enseignante. Je suis professeure en lycée d'économie-gestion et je gagne ma vie comme ça. Donc, pour moi, la politique, c'est un engagement, un engagement militant, personnel. Certains diraient bénévole.
Mais voilà, ce sont mes convictions que je défends et avec enthousiasme parce que, voilà, moi, j'ai vraiment, vraiment envie de la changer, cette société.
Et par rapport à votre parcours politique, est-ce que vous pouvez nous dire ce que vous apporte en plus votre expérience d'enseignante dans ce milieu-là ?
Mon expérience d'enseignante ? Alors, pour moi, c'est… Je travaille dans un quartier très populaire, dans une ville très populaire, au Bervilliers. Et puis, pour moi, c'est… Voilà, il était hors de question que j'arrête de travailler d'abord parce que j'ai besoin de gagner ma vie comme tout le monde. Et puis, mon camp, c'est celui-là. C'est le camp des travailleuses, des travailleurs. Être enseignante, bien sûr, c'est pas être ouvrière. Je ne suis pas exploitée sur une chaîne de montage ou à la caisse d'un supermarché.
Mais en même temps, moi, j'ai ce sentiment de faire partie de cette grande chaîne de femmes et d'hommes qui font tourner la société parce que sans l'école, sans l'éducation, sans les infirmières, sans les conducteurs de bus, la société, elle ne tiendrait pas. Donc, moi, je vois tous les jours comment ceux qui font tourner la société, ceux qui la portent. Et quand même, je pense que l'éducation, c'est quand même fondamental. La jeunesse, c'est l'avenir de la société. Je vois tous les jours comment tout cela, ça passe après des considérations liées aux affaires, au business, les considérations économiques, les profits pour tous les gouvernants. Donc, voilà.
Moi, je suis aussi confrontée aux restrictions dans l'éducation nationale, au manque de moyens. Donc, voilà. Avec mon expérience professionnelle, j'ai aussi pas mal de leçons politiques à tirer.
D'accord. Et maintenant, je voudrais vous parler d'un tout autre sujet. Est-ce que vous considérez aujourd'hui que le clivage gauche-droite est toujours pertinent ? Et si oui, où est-ce que vous vous situez personnellement là-dessus ?
Non, moi, je ne l'ai jamais considéré pertinent, ce clivage gauche-droite, parce que d'abord, je pense que ce monde politique, ces institutions, cela crée une diversion par rapport au pouvoir. Pour moi, l'essentiel du pouvoir, il n'est même pas à l'Élysée, il n'est pas à Matignon, il n'est pas dans ce gouvernement, dans cette assemblée nationale. Non. Pour moi, l'essentiel du pouvoir, il est dans la sphère économique. Il est en fait dans les mains des multinationales, c'est-à-dire de ces grands groupes qui font la pluie et le beau temps sur le terrain économique et social. Et en fait, ce sont eux qui ont un pouvoir sur nos vies.
Vous, vous êtes jeune, demain, il faudra trouver un travail, vous allez dépendre de cette classe capitaliste, dépendre de ce patronat petit et grand, et vous allez ressentir ce pouvoir finalement sur votre vie. Et en fait, c'est un pouvoir qui est là tous les jours. Moi, je pense que si on ne réalise pas que le véritable pouvoir sur nos vies, sur la société, si finalement les décisions qui sont prises aujourd'hui, par exemple à Total ou chez Apple, ne sont pas celles qui vont déterminer l'avenir de la planète sur le plan, par exemple, de l'écologie, eh bien, on se trompe.
Donc, moi, je n'ai jamais pensé que le pouvoir était dans ces politiciens, qu'ils soient de gauche, qu'ils soient de droite. Le véritable pouvoir est dans ce monde capitaliste. Et ce que j'observe, c'est que ces politiciens, qu'ils soient de gauche ou qu'ils soient de droite, ils sont à leurs pieds. Ils n'imaginent pas d'autres sociétés que cette société basée sur cette propriété privée des multinationales. Donc, ils n'imaginent pas d'autres sociétés que cette société capitaliste qui est basée sur l'exploitation, qui est basée sur la course au profit, sur la concurrence.
Donc, pour moi, il y a finalement des différences, mais très, très marginales, en tout cas pas des différences permettant de changer la vie. Pour moi, la gauche et la droite, on les a vus au gouvernement. Sans surprise, ils ont mené une politique très, très semblable qui se ressemblait comme deux gouttes d'eau sur beaucoup, beaucoup de questions. La question des retraites, du temps de travail, des salaires, de l'emploi, de la lutte contre le chômage, etc. Bon, c'est des politiques qui se ressemblaient comme deux gouttes d'eau et ce n'est pas surprenant parce qu'en réalité, les deux considèrent que finalement, les capitalistes, ils ont tous les droits. Ils ont tous les droits.
Alors, si vous voulez, en gros, d'un côté, on a une classe capitaliste qui casse la vaisselle en prenant ses décisions uniquement en fonction des profits, de ses intérêts égoïstes. Et de l'autre côté, on a un monde de politiciens qui essayent de recoller plus ou moins bien les morceaux. Donc, moi, je pense que le combat, ce n'est pas de recoller les morceaux, c'est de mettre en cause ceux qui cassent la vaisselle, c'est d'essayer de les empêcher de nuire. Donc, moi, ma politique, c'est de viser, d'avoir un pouvoir sur ces multinationales et pas de se transformer en serpillère.
Mais par ailleurs, la gauche, qui est le camp qui, quand même, historiquement a le plus soutenu les travailleurs, elle obtient à peine 30 % des intentions de vote, tous partis confondus selon les derniers sondages pour les élections en 2022. Est-ce qu'on peut dire, selon vous, que la France se droitise ?
Justement, la gauche au pouvoir a montré qu'elle n'était pas du côté des travailleurs dans la mesure où elle n'était pas prête à se confronter aux financiers, à se confronter au grand patronat. François Hollande, par exemple, avait fait campagne en 2017, en 2012, en disant « mon ennemi, c'est la finance ». Au bout du compte, il a déployé le tapis rouge pour les financiers, pour le grand capital. Et les travailleurs se sont retrouvés dans la galère. Ils se sont retrouvés abandonnés par ce pouvoir. Donc, ça, c'était quelque chose qu'on a vécu sous Hollande, quelque chose qu'on avait déjà vécu avec Jospin. Et puis, quand on remonte aux années 80, c'était sous Mitterrand.
Donc, en fait, les travailleurs, ils ont fait toutes ces expériences-là depuis déjà fort longtemps pour arriver à cette conclusion. Non, la gauche au pouvoir n'est pas dans notre camp. Donc, voilà pourquoi, petit à petit, cette gauche, le Parti socialiste et le Parti communiste, qui a toujours finalement participé à cette opération politique, ont perdu leurs propres électeurs, se sont complètement discrédités et se retrouvent là, maintenant, aussi bas dans les sondages. Mais nous, lutte ouvrière, on est placé à l'extrême-gauche. Nous, nos perspectives sont des perspectives communistes révolutionnaires. On n'a rien à voir avec cette gauche gouvernementale.
On l'a toujours combattue et on la combattra toujours.
Et les partis, justement, de cette extrême-gauche, comme vous dites, entre guillemets, anti-gouvernementale, donc ça inclut votre parti, mais aussi un petit peu une idéologie semblable chez le NPA de Philippe Poutou, donc un autre parti opposé au capitalisme. Vous vous êtes donc souvent posée en tant que défenseur de la classe ouvrière. Alors, comment vous réagissez au fait qu'aujourd'hui, ce soit Mme Le Pen qui recueille le plus de voix parmi ces populations ?
Alors, d'abord, la classe ouvrière, elle s'abstient massivement. C'est l'abstention. Parce que, justement, c'est l'écœurement, c'est le dégoût, c'est… Voilà, beaucoup de femmes et d'hommes des classes populaires se sont sentis véritablement trahis par les différents politiciens qui sont passés au pouvoir et donc ils se détournent complètement de la politique. Ils disent que, de toute façon, rien ne changera pour eux au travers des urnes. Donc, ils s'en détournent. Et puis, un certain nombre, effectivement, tombent sous l'influence des préjugés, des préjugés nationalistes, quand ce ne sont pas des préjugés racistes. Et ça, c'est aussi le fruit de la crise économique.
Parce que quand on est confronté à une crise économique qui a beaucoup de chômage, que c'est un combat tous les jours pour avoir un emploi, pour trouver une place en crèche, pour… il faut faire jouer des coudes pour monter dans un métro. Enfin, bon, c'est la guerre, la guerre pour tout. Eh bien, tout cela, ça provoque aussi un réflexe de rejet, un réflexe de repli. Et donc, ça alimente, effectivement, les réflexes identitaires nationalistes qui sont le fonds de commerce de l'extrême droite de Le Pen et aujourd'hui de Zemmour. Mais tout ça, ce sont des poisons. Ce sont des poisons, c'est des impasses.
C'est très dangereux pour le monde du travail parce qu'en fait, les travailleurs, ils ont à certains moments réussi à faire avancer leurs intérêts. Ils ont réussi à imposer leurs intérêts vitaux, des augmentations de salaires, obtenir plus de congés payés. Et ils l'ont obtenu comment ? Ils l'ont obtenu en se battant. En se battant le plus collectivement possible, en étant le plus fort, le plus nombreux à se battre. Donc, tout ce qui les divise, tout ce qui oppose les travailleurs les uns aux autres, tout ce qui oppose les pauvres aux pauvres, en fait, les affaiblit. Et les livres pieds et poings liés au patronat.
Donc, moi, je n'ai de cesse de dire que cette politique d'extrême droite, raciste, glénophobe, contre les immigrés, c'est du poison, c'est du poison pour le monde du travail. Et c'est se tromper quand on appartient au monde du travail, que de regarder de ce côté-là. De ce côté-là, il n'y aura pas de perspective. Parce que, bon, ce n'est pas Zemmour qui va permettre aux ouvriers, aux aides à domicile, d'obtenir des bons salaires qui leur permettront de vivre. Alors, ça, ce n'est pas vrai. Tout ce qu'il a à dire, Zemmour, c'est mis à… En plus que de déverser sa bile raciste, c'est qu'il faut travailler plus. Voilà, c'est qu'il faut travailler plus. C'est que…
En fait, Zemmour, c'est l'extrême droite du MEDEF. Voilà, c'est ça que j'ai envie de dire aux travailleurs.
Alors, vous, vous avez dit que vous souhaitiez gagner, je vous cite, par la rue et non par les urnes. Alors, selon vous, comment on gagne par la rue une révolution, des grèves générales, des manifestations ? Je ne sais pas.
Oui, oui. Le monde du travail a toujours gagné, effectivement, au travers des mouvements sociaux d'ampleur massif. Ce sont les grèves générales qui ont permis aux salaires d'augmenter en 68, par exemple, les salaires. Le SMIG, c'était le SMIG à l'époque, a augmenté 35 %. Donc, vous voyez, aujourd'hui, quand on parle des augmentations de salaires avec la flambée des prix, là, les salaires, ils ont augmenté considérablement, du jour au lendemain. Et pourquoi ? Parce qu'il y avait des millions de familles d'hommes dans la rue, parce que le patronat, il a eu peur. Et là, il a effectivement délié les cordons de la bourse, parce qu'il y a de l'argent, en fait.
Mais aujourd'hui, cet argent, il est accaparé, il est monopolisé par une classe sociale qui en veut toujours plus. Donc, c'est une question de rapport de force. Et non seulement les travailleurs ont réussi à faire progresser leur sort, leurs intérêts, à obtenir de grandes victoires au travers des luttes collectives, grèves générales, occupation d'usines, mais aussi, ils ont réussi à faire progresser toute la société. Parce que vous comprenez, quand les salaires sont augmentés, quand on crée des emplois, c'est la jeunesse qui va pouvoir obtenir, va pouvoir avoir un emploi sur les femmes, qui peuvent aussi s'émanciper.
Et ce mouvement ouvrier, quand il se bat, il porte aussi toutes ces valeurs-là de progrès, ces valeurs où finalement, on est tous à égalité, où on est tous à égalité et où on a les mêmes droits et où on doit obtenir cette reconnaissance-là. Donc, c'est vraiment ce mouvement ouvrier en marche, qui a obtenu dans le passé les plus belles victoires. Et moi, je suis convaincue que demain, ça sera la même chose. Ça sera la même chose. Donc, moi, je fais cette campagne d'abord, d'abord pour dire à tous ceux qui sont victimes de cette société, et il y en a aussi chez les jeunes, qu'en fait, nous avons nous-mêmes, nous-mêmes la force de réagir, la force de nous opposer.
C'est à nous de nous inviter sur le terrain politique, c'est à nous de nous faire entendre. Et ça se passe effectivement dans la rue, dans les entreprises, dans les mobilisations. Au fond des urnes, vous savez, on va faire dire tout et n'importe quoi de votre bulletin de vote. Celui qui sera élu va trahir ses engagements, il fera le contraire de ce qu'il aura dit. C'est à chaque fois le même cinéma.
Donc, moi, je suis clairement dans cette élection pour dire, c'est nous, en bas, qui changerons la société quand la colère sera supérieure à la peur, quand enfin on aura envie de revendiquer que la vie change pour tous et que ces richesses ne soient pas accaparées par une minorité et ne soient pas dilapidées dans des caprices de riches ou alors pire, dans la spéculation.
Mais par rapport à vos idées, vous, vous défendez un programme de rupture totale avec le monde d'aujourd'hui. Je vous cite, je ne cherche pas à gérer cette société capitaliste, je cherche à la renverser. Alors, si vous pouviez tout changer d'un claquement de doigts, quel serait le nouveau monde de Nathalie Arthaud ?
Non, d'un claquement de doigts, je ne vais pas… Mais en tout cas, je pense que pour réorganiser la société, il faut prendre le contrôle des multinationales. Moi, je pense que les gars, femmes, que ces grandes entreprises-là, qui dominent le monde, qui ont des potentialités énormes, elles peuvent servir à autre chose qu'à enrichir quelques familles de milliardaires. Voilà, ces gars, femmes, ils doivent être utilisés précisément pour recenser les besoins, les besoins de la population, les besoins de la population à l'échelle de la planète. Ils en ont les moyens.
On pourrait recenser à la fois les besoins, on pourrait recenser les moyens pour les produire, les moyens de production, les entreprises, les usines que l'on a, les moyens pour produire l'énergie, et on pourrait les faire se correspondre. On pourrait planifier la production, on pourrait rationaliser celle-ci, faire les choix, choisir, nous, de qu'est-ce qu'on produit, qu'est-ce qu'on ne produit pas, qu'est-ce qu'on arrête de produire. On pourrait le décider, ça, démocratiquement, tous ensemble.
Et là, oui, je le sais, parce que tous les chiffres l'indiquent, on pourrait nourrir toute la planète, on pourrait loger, on pourrait permettre à chaque être humain de ce monde d'avoir une vie digne, d'être soignée, de pouvoir manger à sa faim, de pouvoir s'éduquer, de pouvoir se déplacer aussi. Mais pour cela, il faut absolument qu'on prenne le contrôle de notre machine productive, parce qu'en fait, on a la solution sous la main. On a déjà un système qui permet de répondre aux besoins de l'humanité tout entière. On l'a, il est fabriqué. On est capable de produire ces richesses.
Le problème, c'est qu'elles sont accaparées et les décisions aussi sont entre les mains d'une classe capitaliste qui n'organise tout ce système qu'en fonction de ses intérêts à elle, pour maximiser ses profits, pour maximiser ses fortunes, ses cours boursiers. Donc, il faut remettre la société sur ses pieds. Et moi, je pense que la remettre sur ses pieds, c'est constater, reconnaître que tout ce qu'on produit aujourd'hui, on le produit à l'échelle de la planète, on le produit collectivement. C'est une grande chaîne de production qui nous réunit tous, finalement. Eh bien, il faudrait gérer ses moyens de production collectivement.
Donc, ça passe, et c'est là que je me revendique comme communiste, ça passe par l'expropriation de la bourgeoisie, de la classe capitaliste sur ses grands moyens de production. On doit collectiviser, mettre en commun ses grands moyens de production. Voilà, et décider ensemble de ce qu'on en fait. Je crois que c'est comme cela qu'on mettra fin à la famine, aussi développement, qu'on mettra fin aussi à cette fuite en avant qui détruit la planète, qui détruit la planète, qui réchauffe le climat, qui est une impasse pour l'humanité tout entière.
Par rapport maintenant, justement, à cette question des salaires et du niveau de vie, est-ce que vous pensez que le doublement des salaires des enseignants prévu par Anne Hidalgo, est-ce qu'il est réaliste selon vous ? Et vous, qu'est-ce que vous prévoyez pour cette profession ?
Est-ce qu'il est réaliste ? Mais écoutez, c'est une réalité. C'est une réalité en Allemagne. C'est une réalité dans les pays voisins. Alors, pourquoi faire passer cette idée comme saugrenue, irréaliste ? Vous voyez, tout ça, on est conditionné à faire croire que finalement, voir leur salaire, leur rémunération doubler, leur âme doublée, c'est possible que quand on est millionnaire ou milliardaire. Non, je suis désolé. Je pense que bien sûr qu'il y a les moyens, il y a les richesses, il y a l'argent pour doubler les salaires des enseignants et bien d'autres salaires d'ailleurs, parce que je suis moi-même enseignante, mais je ne voudrais pas qu'on croit que je prêche pour ma paroisse.
Je pense qu'il y a beaucoup de salaires qu'il faudrait doubler. Je pense que les rémunérations des aides à domicile, des aides soignantes sont indignes. Si aujourd'hui, on est arrivé dans une impasse à l'hôpital, parce qu'il y a des démissions, parce que les conditions de travail sont trop dures et puis parce qu'on n'y arrive pas, on n'y arrive pas à vivre en étant infirmière, en étant laborantin en hôpital. Donc, vous voyez, c'est une nécessité effectivement d'augmenter ses salaires. Et moi, dans l'éducation, bien sûr que je pense que ça serait possible.
Et encore une fois, je trouve que cette question, elle est très intéressante parce qu'elle pose vraiment la question de dans quelle société on a envie de vivre. Est-ce qu'on a envie de vivre dans une société où une classe capitaliste peut accumuler des fortunes dépassant les budgets de certains États, étant même supérieure au budget de pays entiers ? Ou est-ce qu'on vit dans une société qui met à disposition de sa jeunesse, de son futur, de son avenir, le plus de moyens possibles ? Voilà, c'est ça la question qui est posée.
Tous ceux qui nous font croire que ce n'est pas possible, que c'est irréaliste, vous savez, ce qui est fou, c'est que pour eux, aller se balader dans l'espace, c'est réaliste. Ah oui, pour eux, ça, c'est une réalité, aller se balader dans l'espace, avoir des WC en or, ça, c'est réaliste pour eux. Disposer d'un yacht qui a la taille d'un terrain de foot, ça, c'est réaliste. Alors, vous voyez, il y a deux réalités dans ce monde-là. Il y a la réalité des très, très riches, et puis il y a la réalité de ceux qui font tout tourner dans la société.
Moi, je pense que ceux qui vont tourner la société, ceux qui leur apportent, ceux qui éduquent la jeunesse, ceux qui soignent, ceux qui devraient avoir la priorité.
Par rapport aux relations internationales, maintenant, sans transition directe, quelle est votre position vis-à-vis de l'Union européenne ? Est-ce que vous comptez en sortir ou alors la remettre en question, notamment, je pense, la question du libéralisme ?
Moi, je pense que la construction européenne, elle a été à l'image de toute cette société. Elle est construite en fonction des affaires, en fonction du business, en fonction des problèmes de concurrence, de marché. C'est uniquement ce qui a… C'est comme cela que l'Union européenne a été construite. Elle a été construite par des représentants politiques des capitalistes pour les capitalistes. Voilà. Donc, pour moi, c'est ni fait ni affaire. Voilà. Moi, ce que je prône, c'est en effet la disparition des frontières. La disparition des frontières. Donc, bien sûr que moi, je suis pour un espace au minimum européen. Enfin bon, on est sur un seul et même continent.
Mais je pense qu'on devrait être unifié, on devrait pouvoir circuler librement sur cet espace-là, surtout à une période où, quand même, le monde est devenu un petit village avec ces moyens de communication, de déplacement qui sont fantastiques. Donc, pour moi, ces frontières, c'est vraiment des obstacles qui sont mis, finalement, qui sont artificiels. Voilà. Les obstacles artificiels qui n'ont plus lieu d'être, qui servent à séparer les peuples et même à les dresser les uns contre les autres. Et ça comporte un véritable danger, ce nationalisme-là qui revient de tous les côtés. Alors qu'en fait, on a les moyens aujourd'hui de se sentir une seule et même humanité.
Voilà, une seule et même humanité partageant la même planète. Donc, voilà, moi, je suis profondément internationaliste. Mais je pense que le vrai internationalisme qui déploiera des relations égalitaires entre les peuples, il ne pourra être, il ne pourra exister qu'en changeant, qu'en changeant la société de base, qu'en libérant, finalement, la société de cette mainmise des capitalistes sur l'économie et puis aussi sur les États et sur la politique.
Cette question, vous l'avez évoquée, des frontières et des nationalismes, elle est aussi énormément abordée par une frange d'extrême droite. Et justement, par rapport à cette extrême droite, il y a aussi un constat qui est souvent partagé par les politiques de ce côté-là, c'est la montée systémique de la violence en France. Alors vous, est-ce que vous pensez qu'il y a une montée de la violence en France ces dernières années ?
Non, non, je pense que la société a toujours été violente. Elle l'est par plein de boue. Oui, il y a de la délinquance, bien sûr. Et ça, plus il y a de la misère, plus il y a d'ailleurs une frange de la jeunesse qui est rejetée, qui est marginalisée, qui est ostracisée, stigmatisée, enfin bon, plus il y aura des réactions, comment dire, de rejet, d'individualisme et donc de comportements asociaux, délinquants, hostiles à la société. Mais il n'y a pas que cette délinquance, il n'y a pas que la violence ne se résume pas à cette délinquance. La violence dans la société, c'est aussi les femmes battues, c'est aussi les violences contre les femmes.
Les enfants sont victimes aussi de très nombreuses violences. Il y a la violence des trafiquants, et bon, ça c'est toute la violence physique, etc. Puis il y a aussi une violence sociale, parce que moi j'ai quand même envie de réaffirmer là que la première violence dans cette société, c'est d'être pauvre. La première violence dans cette société, c'est d'être pauvre, d'être pauvre dans un océan de richesse, dans un océan de prospérité, dans un étalage même de consommation dans tous les sens, c'est d'être pauvre dans une société qui érige un culte à l'argent et à la réussite.
Donc la société, oui, elle est violente par plein de bouts différents, mais elle l'était déjà dans le passé, elle l'était dans le passé, et des homicides, des bandes rivales, malheureusement, il y en avait aussi dans le passé. Là, je crois qu'il y a aussi une instrumentalisation, il y a aussi la droite, l'extra-droite, Macron, Emmanuel Macron a aussi le pouvoir qui a envie de nous mettre dans un certain état d'esprit. Ce sentiment-là d'être assiégé, ce sentiment d'être confronté à une situation catastrophique, et évidemment, tout ça, c'est pour qu'on tourne nos regards vers la population issue de l'immigration, en fait, vers les quartiers populaires, vers tout ça, c'est…
Et ça, c'est vraiment un calcul politique, un calcul politicien pour faire diversion, pour faire diversion. Les inégalités sont tellement, tellement frappantes, sont tellement incroyables, sont tellement… Il y a tellement un fossé visible, visible, qu'en fait, je crois qu'ils ont peur, ils ont peur qu'il y ait des réactions, qu'il y ait des explosions de colère, qu'ils essayent de faire diversion. Il faut qu'on parle de tout, sauf des richesses accumulés à un pôle, sauf de ces milliards et de ces milliards de profits, sauf de ces grandes fortunes.
Il faut qu'on parle de tout, sauf de ces grandes fortunes et du fait qu'elles font tout pour échapper à l'impôt et que l'État se voit privé de centaines de milliards chaque année à cause de cette évasion ou de cette optimisation fiscale, n'est-ce pas ? Donc voilà, tout ça, c'est aussi un calcul démagogique, politicien qui consiste à faire diversion et il ne faut pas marcher là-dedans.
Et par rapport justement à cette, entre guillemets, internationalisation de la production, que ce soit envers l'évasion fiscale, mais aussi c'est le cas avec notamment beaucoup d'usines qui ont fermé en France ces dernières années. Monsieur Montebourg, lui, il soutient un programme de réindustrialisation de la France. Est-ce que ce projet est-il une bonne nouvelle pour les travailleurs ?
Non, mais moi, je tiens à dire d'abord une chose. Ce qui manque, ce qui manque aujourd'hui, ce n'est pas le travail qui manque. Ce qui manque, c'est l'argent. C'est l'argent. Tu travailles, il y en a dans les hôpitaux. Tu travailles, il y en a dans les usines. Je peux même vous dire que quand on travaille dans une usine, même dans une entreprise, dans les bureaux, qu'on soit dans le commerce, qu'on soit, on a du boulot. On a du boulot par-dessus la tête. Dans l'éducation aussi, on a du boulot par-dessus la tête. On aimerait travailler autrement. Donc, ce n'est pas le travail qui manque. Le travail, il y en a. Le problème, c'est l'argent.
Si on pouvait répartir le travail qu'il y a déjà, on pourrait éradiquer le chômage. Si on pouvait embaucher massivement dans l'éducation, dans les hôpitaux, dans les EHPAD, mais dans les usines, dans les usines pour soulager, pour arrêter avec ces cadences infernales, tout en versant des salaires entiers. Moi, je suis pour la répartition du travail entre tous, jusqu'à ce qu'il y ait zéro chômeur et qu'on touche un salaire entier. Donc, l'idée, c'est de travailler tous et de travailler moins. Voilà, on travaille moins, ce qui permettra de faire de la place pour que tout le monde contribue à la société.
Moi, je pense qu'on pourrait très bien faire des semaines de 20 heures, voire moins de travail, en fait, si on se répartissait le travail entre tous. Donc, le problème, c'est absolument pas de dire, ah oui, oui, il faut absolument que les patrons ils réindustrialisent ou je ne sais pas. Il faut d'abord que les patrons, ils arrêtent de supprimer des emplois, qu'ils arrêtent de concentrer le travail sur ceux qui restent. Parce que, qu'est-ce qui se passe dans les entreprises ? Ils ne remplacent plus ceux qui partent à la retraite, ils ne remplacent plus les absents. Alors ça, dans l'éducation, on connaît, les profs malades ne sont plus remplacés. Mais c'est pareil dans les entreprises.
Donc, on se retrouve à faire le travail de deux, on se retrouve à faire le travail de trois. Donc, il faut déjà arrêter avec cette hémorragie, il faut arrêter avec toutes ces suppressions d'emplois, et il faut répartir le travail entre tous. Voilà. Moi, j'ai un contre-exemple sur cette histoire de réindustrialisation. Je ne sais pas s'il y en a un petit peu le temps, là.
Si, si, c'est bon, pas de souci.
D'accord. Il y a le groupe PSA Stellantis, c'est-à-dire le groupe Peugeot qui a fusionné dernièrement avec Fiat. Il s'appelle maintenant Stellantis. Le groupe Peugeot, il ferme une usine jusqu'en janvier 2022 à Eisenach, en Allemagne. C'est une usine Opel. Et il rapatrie la production à Sochaux. Il rapatrie la production à Sochaux. Donc, en fait, c'est une grosse production. Il y avait 2000 ouvriers à Eisenach, en Allemagne. Il rapatrie tout le boulot à l'usine de Sochaux. PSA Stellantis à Sochaux. Est-ce que vous pensez qu'il y a une seule création d'emploi ? Eh bien, non. Ils ne reprennent même pas les intérimaires qu'ils ont mis à la porte, là, suite aux événements de la pandémie.
Même pas. Il n'y a pas d'embauche. Il n'y a pas de reprise d'intérimaires. Il n'y a rien. En fait, ils vont demander aux ouvriers de travailler plus, de travailler plus. Ils vont augmenter les cadences, ils vont augmenter les rythmes de travail. Alors, vous voyez, la réindustrialisation, ça peut se faire aussi comme ça. Ça va se faire avec l'argent de l'État et ça va se faire sur le dos des travailleurs. Donc, pour moi, ce n'est absolument pas une perspective et un mot d'ordre.
Le mot d'ordre, c'est que les travailleurs visent, imposent des augmentations de salaires et imposent la répartition du travail entre tous et refusent, refusent l'intensification du travail qui est en train d'exploser absolument de partout.
Très bien. Donc, pour conclure et terminer cette interview, nous faisons toujours réagir à nos invités à une image humoristique, un même. Celui-ci a été publié sur Instagram, sur un compte dédié.
Alors ?
Alors, sur cette image, on voit les principaux candidats des partis les plus à gauche, notamment vous et votre parti lutte ouvrière, mais aussi Philippe Poutou et son parti du NPA, avec en haut écrit « L'extrême-gauche à chaque élection présidentielle » et en sous-titre « On fait acte de présence, rien de plus ». Alors, c'est un compte qui publie ça, mais qui fait de l'humour sur tous les partis. Et justement, est-ce que le fait que vous ayez eu des faibles scores aux élections précédentes, est-ce que c'est un signe, selon vous, que vous faites juste acte de présence ou alors vous contribuez à propager vos idées au sein de la société ?
Oui, bien sûr, bien sûr. Acte de présence, on pourrait retourner la question ou le compliment. Emmanuel Macron, il fait acte de présence. Non, mais quelque part, il fait acte de présence. Regardez ce qui se passe avec la COP, regardez ce qui se passe avec le réchauffement climatique. Vous croyez que Macron, il est en mesure d'empêcher quoi que ce soit ? Vous croyez que Macron, il a le pouvoir sur les entreprises et sur le système capitaliste pour qu'enfin, on arrête avec le gaspillage, qu'on arrête avec cette course au profit qui fait que les pollueurs, ils ont tous les droits ? Bon, tous ces dirigeants-là qui prétendent avoir le pouvoir, ils gèrent quoi au juste ?
Est-ce qu'ils vont empêcher un prochain krach financier ? Mais ils n'ont aucune prise, en fait, sur ce système qui est une folie, une folie douce. Voilà. Donc, moi, je ne fais ni plus ni moins que acte de présence. Je me bats sur effectivement mes idées. Je pense que ces idées, quand je dis que oui, les travailleurs sont capables de se battre, peuvent changer la société, peuvent la remettre sur ses pieds, évidemment, c'est tout autre chose que d'appeler à voter pour moi, parce que vous allez voir, une fois, je vous promets de faire ci ou de faire ça. Vous voyez, moi, j'appelle un vote de conscience, un vote militant, un vote qui va engager, finalement, à agir.
Je n'appelle pas un vote, comment dire, passif. Voilà. Donc, évidemment, tant qu'on ne verra pas à nouveau des grèves, des manifestations, des mobilisations, ces idées-là, elles seront minoritaires, elles seront à contre-courant. Et moi, je suis convaincue que ces idées, elles comptent beaucoup. Elles comptent beaucoup pour tous ceux qui réalisent que de toute façon, il n'y a pas le choix. Soit on se fait craindre de ceux qui dirigent, soit on sera toujours les sacrifiés dans l'affaire. Donc, voilà, c'est un vote de conscience, c'est un vote de combativité, c'est un vote, effectivement, pour défendre une perspective, celle de changer toute la société.
C'est un vote qui est aussi un caractère d'urgence, c'est-à-dire qui vraiment veut mettre sur la table que c'est tout le système, c'est tout le système qu'il va falloir changer. Et sans cela, la vie, l'avenir sera compromis. Mais voilà, pour finir, j'ai envie de dire que, d'abord, c'est un honneur, c'est une fierté pour moi de montrer, effectivement, que les idées révolutionnaires, communistes, le fait de produire tous ensemble, le fait qu'il y ait des femmes et des hommes qui pensent qu'on n'est pas condamnés à une société capitaliste qui est basée sur l'exploitation de l'homme par l'homme. Pour moi, c'est quelque chose qui me rend fière.
C'est quelque chose qui me rend fière et c'est avec cet état d'esprit que je vais participer à cette campagne présidentielle.
D'accord, merci beaucoup, Nathalie Arthaud, d'avoir répondu à nos questions. À moins que vous ayez quelque chose à ajouter, cette interview se termine sur ces mots.
Je vous remercie.
Nathalie Arthaud