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interviewBFMTV· 21 février 2025 13 min

Affaire Bétharram, services publics, Trump: la prise de parole de François Bayrou en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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François Bayrou

C'est une insatisfaction qui s'exprime générale. Et cependant, nous sommes le pays du monde qui dépense le plus d'argent public, d'impôts et de taxes diverses pour son service public. Et ça, ça ne peut pas continuer. Vous voyez à quel point on est au bout du chemin, là. Le vote du budget de ce point de vue-là a été traumatisant. Et tout le monde voit qu'à la fois, on se plaint des impôts et on se plaint qu'il n'y a pas assez de dépenses. Et ceci, ça montre que nous sommes arrivés au bout d'habitudes qui ne sont plus soutenables. Et donc, il va falloir changer. Alors qu'est-ce qu'on va faire ?

La première chose, j'ai demandé à chaque ministère, à chaque direction, à chaque service de chaque ministère, de définir quelle est sa mission, de dire aux Français, en termes compréhensibles par tous, quelle est sa mission. Et cette mission-là, lorsqu'elle aura été définie, je communiquerai aux Français la liste de ces missions. Tout le monde pourra la vérifier. Et après, on fera une évaluation. Tout ça dans un temps limité, en quelques semaines. Les Français pourront dire si cette mission est remplie ou pas. Et les professionnels et les fonctionnaires.

Parce que je compte beaucoup sur ceux qui sont dans l'État pour apporter des idées nouvelles, des analyses nouvelles et des jugements nouveaux. C'est avec eux qu'on va le faire. Et troisièmement, après, on s'intéressera aux organisations. Pour quelles raisons est-ce qu'on est dans ce genre de blocage et dans ce genre d'impasse ? Et après, on s'intéressera aux moyens. C'est-à-dire qu'on inverse la question. Au lieu de partir de la question des moyens de laquelle on part depuis des décennies et dont on ne se tire pas, on va partir de la question du service à rendre aux Français.

2:22
Locuteur non identifié

Hier soir, dans le contexte international qu'on connaît, le chef de l'État a laissé entendre que les dépenses militaires pourraient drastiquement augmenter dans les années à venir, si les États-Unis se retiraient de l'OTAN, notamment. Est-ce que le budget de l'État le permet ? On a vu comme ça a été difficile ces dernières semaines.

2:35
François Bayrou

— Eh bien c'est exactement la même question. Nous avons à faire face à une situation qui est à bien des égards terrifiante, où tout bascule. On se croyait dans un univers en sécurité. Et tout d'un coup, on est dans un univers où les pires menaces deviennent possibles. Ce qui était inimaginable jusqu'à hier n'est plus inimaginable. Et on sait une chose, c'est qu'il faudra dégager les moyens pour ça. Et dégager les moyens, alors on le fera pas tout seul. Ce n'est pas la France toute seule. Pour moi, c'est une question qui se pose à l'échelle européenne. — Et heureusement, une Europe qui, jusqu'à maintenant, n'imaginait pas du tout qu'elle devrait avoir à faire face à de tels risques.

L'Europe se voyait protégée par les États-Unis pour toujours. Elle imaginait que l'alliance était fiable. — Et aujourd'hui, il y a beaucoup d'interrogations, parce qu'on s'aperçoit tout d'un coup que ce qu'on croyait le plus sûr ne l'est plus. Et donc ça veut dire, en effet, qu'on va avoir à se poser des questions inédites sur lesquelles, jusqu'à maintenant, jamais on avait réfléchi. — Et ça donne d'autant plus la responsabilité d'un gouvernement qui est à la charge d'un pays comme la France dans un moment aussi grave.

4:15
Locuteur non identifié

— L'un des points de dépense majeurs, c'est la question des retraites, avec une part de nos budgets qui est conséquente consacrée à ce système par répartition. Êtes-vous satisfait des conclusions tirées hier avec le premier rapport du conclave ?

4:27
François Bayrou

— Le rapport confirme absolument et au-delà. Au-delà. Les analyses que j'ai développées depuis longtemps, c'est-à-dire qu'il n'y a d'équilibre du système de retraite, équilibre qui désormais n'est plus atteint, que grâce à une participation très importante de l'État. — Je l'avais chiffré dans des études au plan à 30 milliards. Là, on est plutôt dans le rapport de la Cour des comptes à plus de 40 milliards. — Et c'est une question pour nous tous. Mais il y a d'abord la question du système de retraite privé. Et les partenaires sociaux sont d'abord réunis pour ça.

La question des retraites du public et de la participation du public à l'équilibre du système de retraite en général est une question que nous devons traiter à part avec les organisations et les responsables de l'action publique.

5:38
Locuteur non identifié

— Deuxième question, c'est savoir qui financera ce système. On a eu une hausse des taxes sur les entreprises votées hier à l'Assemblée nationale avec l'abondement des Bassas. Et votre collègue Astrid Panossian s'est exprimé pour que des retraités aisés contribuent davantage à l'effort public.

5:54
François Bayrou

— C'est une déclaration antérieure. Et donc il y aura toute cette réflexion à venir que les partenaires sociaux vont évidemment reprendre, à la fois représentants des entreprises et, au fond, nous tous représentants des retraités.

6:10
Locuteur non identifié

— M. le Premier ministre, que répondez-vous aux accusations de cette ancienne enseignante de Notre-Dame-de-Betterham qui dit que vous avez alerté, que vous avez ignoré ces alertes sur les violences faites au sein de l'établissement et qui accuse votre femme de ne pas avoir agi pour mettre fin à ces violences ?

6:26
François Bayrou

— Vous voyez bien la mécanique du scandale qu'on cherche. La mécanique du scandale, c'est qu'on dit des choses toujours plus insupportables les unes que les autres, toujours plus invraisemblables les unes que les autres. Ces protagonistes, je ne les connais pas. — Ah ma femme, je ne les connais pas non plus. Mais n'utilisez pas des mots qui sont faits pour faire monter la tension. Moi, je dis les choses comme elles sont. Cette mécanique du scandale qui vise à toujours faire monter la tension, je la connais très bien, c'est la mécanique de l'affaire Baudis. Dominique Baudis a été pris. Alors les accusations étaient plus graves, plus obscènes contre lui.

Et puis on s'est aperçu au bout du compte qu'il n'y avait rien. J'ai fait la preuve que quand j'ai été informé d'une claque, j'ai demandé... J'étais ministre. J'ai demandé une inspection générale. Après, je n'étais plus ministre. J'ai apporté les documents qui prouvaient que le gouvernement de l'époque avait été directement informé. Et depuis 25 ans, il n'y a plus eu aucune... Hélas, aucune alerte. Moi, je pense aux victimes. Je les ai rencontrées. C'est la première fois que quelqu'un les rencontrait. C'était d'ailleurs la première fois qu'ils se rencontraient entre eux, ce qui est incroyable. Je pense aux victimes et je pense à la justice.

Et je sais très bien que ceux qui montent ces scandales, c'est pas les victimes qui les intéressent. C'est pas la justice qui les intéresse. Ce qui les intéresse, c'est s'ils pouvaient monter un scandale qui aurait des répercussions politiques sur le gouvernement et le Premier ministre. C'est ça qu'ils veulent. Et il n'y a rien de plus infâme que de viser la famille de quelqu'un pour l'atteindre politiquement.

8:29
Locuteur non identifié

— Monsieur le Premier ministre, vos mots cette semaine à la tribune de l'Assemblée pour réagir à la motion de censure du PS ont beaucoup fait réagir, ont beaucoup heurté, semble-t-il, les socialistes, qui appellent désormais eux aussi à votre démission. Est-ce que vos mots à l'Assemblée ne fragilisent pas votre position à Matineau ?

8:43
François Bayrou

— Je ne crois absolument pas à cette vision des choses. Bon, je suis un peu rugby. Et les déclarations des dirigeants socialistes dans les jours précédents, je m'en suis expliqué avec quelques-uns d'entre eux, étaient des déclarations très, très violentes pour quelqu'un comme moi. M'accuser de fusion idéologique avec l'extrême droite, c'était chaud. Bon, on a eu un moment chaud. Et quand on me cherche, j'ai un tempérament qui fait qu'on me trouve. Mais ça ne signifie pas que je considère que le PS est devenu hors-champ du travail que nous avons à construire pour la France. Pas du tout. — L'accord de l'offension n'est pas caduque. — Mais il n'y a jamais eu d'accord de cet ordre-là.

— Sur le budget, c'est autre chose. Il se trouve – je l'ai expliqué longuement à la tribune – que j'ai du respect pour toutes les forces politiques françaises. Et j'ai la volonté de travailler avec toutes celles qui le souhaiteront. Et le PS a montré dans la séquence budgétaire qu'il était prêt à participer. Et désormais, tous les textes qui vont venir sont des textes qui vont appeler à la responsabilité de chaque force politique. Donc les moments de... Comment je peux dire ? Un peu chaleureux, comme ça, sont des moments qui, au fond, vérifient que nous sommes vivants. — Vous ne la regrettez pas à vos propos ? — Je ne regrette pas souvent mes propos.

10:27
Présentateur

— Juste une question. Vous avez dit tout à l'heure que l'Europe s'inquiète du rapprochement de Donald Trump avec la Russie. Cet après-midi, c'est Jordan Bardella qui va s'exprimer devant les conservateurs à Washington. Des proches de Trump. Est-ce que ça vous inspire un commentaire ?

10:40
François Bayrou

— Non. Je pense qu'il y a toute une part de l'opinion française depuis très longtemps qui est fascinée par ce type de vision brutale de l'avenir. Ils ont été fascinés par Poutine. Ils ont été, j'allais dire, quasiment dans la proximité de Poutine. Ils sont aujourd'hui quasiment dans la proximité de Trump. En vérité, c'est le même mouvement. C'est la même fascination. — Et moi, je suis du côté de la démocratie. Je suis du côté de ceux qui croient que la liberté et la responsabilité peuvent faire avancer les peuples et qu'on n'a pas besoin de tyrannie, de violence. Je pense pas ça. Mais vous voyez bien, aujourd'hui, c'est planétaire.

Si vous prenez tous les pays du monde dans lesquels ces attitudes de « c'est la force qui fait la loi », ils sont majoritaires. Et nous, ceux qui croyons que c'est la loi qui doit être la force, on est minoritaires. C'est le moment, donc, de se battre, de relever le gant, de dire que ce sont des choses vitales pour nous, vitales, qu'on va pas s'aider, qu'on va pas s'agenouiller, qu'on va pas se laisser écraser, ni commercialement, ni du point de vue de la recherche, ni du point de vue militaire. Mais vous voyez à quel point c'est un changement de mentalité. Les démocraties étaient faibles. Et d'une certaine manière, elles s'accommodaient de leur faiblesse.

Et une de nos fiertés, c'est que la France, depuis des décennies et singulièrement la dernière décennie, la France a défendu cette position-là. Que l'Europe se constitue, qu'elle se forme, qu'elle se forge, et qu'elle parle d'une seule voix, y compris en étant capable de se défendre. Merci.